‹ L'astrologie grecqueChapitre 321 sur 360 · LES RÉFUTATIONS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

LES RÉFUTATIONS SCIENTIFIQUES

soit comme science, soit comme religion, elle ait paisiblement envahi les intelligences cultivées, où elle trouve son terrain d’élection, sans rencontrer d’adversaires. L’absence de contradiction suppose l’indillerence, et les doctrines que l’on ne discute pas meurent bientôt de leur belle mort. L’astrologie grecque, laçonnée et pourvue de dogmes rationnels par la collaboration des Stoïciens, n’avait pu être considérée par les philosophes des autres écoles comme une superstition négligeable. Elle avait été introduite, dès l’origine, dans le cénacle de la science, à une place qu’elle eut non pas à conquérir, mais à garder. Elle eut afiaire tout d’abord aux dialecticiens de la Nouvelle Académie ; plus tard, aux sceptiques, néo-pyrrhoniens et épicuriens, aux physiciens qui la repoussaient comme superfétation charlatanesque de l’astronomie, aux moralistes qui jugeaient son fatalisme pernicieux, enfin, aux théologiens qui la trouvaient incompatible avec leurs dogmes .

De Carnéade aux Pères de l’Église, la lutte contre l’astrologie n’a pas cessé un instant; mais ce fut, pour ainsi dire, un piétinement sur place, car les premiers assauts avaient mis en ligne presque tous les arguments, qui, par la suite, se répètent et ne se renouvellent plus. Il n’est pas question de suivre ici pas à pas, époque par époque, la stratégie des combattants et la libation des arguments b 11 nous sulfira de classer ceux-ci dans un ordre quelcoiuiue et d’en examiner la valeur logique. Peut-être verrons-nous que, faute d’avoir su distinguer du premier coup, dans une construction aussi compliquée, les parties maîtresses, qui étaient en même temps les plus ruineuses, les adversaires de l’astrologie n’ont guère fait que suggérer aux astrologues des perfectionnements de leurs méthodes, et, pour avoir continué à employer des arguments qui ne portaient plus, ont fait de plus en plus ligure d’ignorants.

Nous laissons de côté provisoirement, pour éviter des redites, le souci qui domine et perpétue le débat, le besoin de dégager

1. Cette filiation a été établie, avec beaucoup de sagacité, par Fr. Boll {SLudien über Claudius Ptolemaus, p. 182). Il cite en première ligne, parmi les assaillants, Carnéade et Clitomaque. De Carnéade procèdent Panétius, Cicéron, Philon, et, par Cicéron, S. Augustin : de Clitomaque, Favorinus, Sextus Empiricus, et, par Sextus, Fauteur des Pliilosophumena. Une autre veine — répartie entre Bardesane, Origène et Fauteur des Recoqnitiones pseudo-clémentines — conduit, par Bardesane, à Diodore de Tarse; par Origène, à S. Ambroise, S. Grégoire de Nysse et Procope de Gaza; par Fauteur des Recognilioîies, à Césaire.

572 CilAP. XVI. — l'astrologie dans le monde romain

la liberté humaine du fatalisme astrologique. L’astrologie grecque n’est ni plus ni moins fataliste que la philosophie stoïcienne dont elle a emprunté les théories, et, contre les moralistes, elle peut s’abriter derrière des moralistes de haute réputation.

Ce sont les Stoïciens qui ont mis pour ainsi dire hors d'atteinte le principe même, la raison première et dernière de la foi astrologique. La solidarité de toutes les parties de l’univers, la ressemblance de la fraction au tout, la parenté de l’homme avec le monde, du feu intelligent qui l’anime avec les astres d’où est descendue pour lui l’étincelle de vie, les afiinités du corps humain avec les éléments dans lesquels il plonge et qui subissent l'inlluence des grands régulateurs célestes, la théorie du microcosme, enfin, fournissait une réserve inépuisable de réponses à des attaques hésitantes. Mais, entre le principe et les conséquences, il y avait place pour bien des objections. L’astrologie chaldéenne avait vécu sur un fonds d’idées naïves; elle datait du temps où le ciel n’était que le couvercle de la terre, où tous les astres étaient rangés à petite distance sur cette voûte, et où les planètes se promenaient au milieu des étoiles comme des bergers inspectant leurs troupeaux. La science grecque ayant dilaté le monde, l'influence des astres reculés à d’énormes distances n’était plus un postulat de sens commun. Les planètes sont trop loin, disait Cicéron, au moins les planètes supérieures, et les fixes sont encore au-delà L Les astrologues répondaient que la Lune et le Soleil sont loin aussi, et que pourtant ils soulèvent les marées Sans doute, les Chaldéens ne savaient pas le monde si grand; mais les planètes, qu’ils croyaient plus petites, étaient reconnues infiniment plus grosses, et il y avait compensation. Il sullisait, pour maintenir le dogme astrologique, d’identifier l’action sidérale à la lumière : là où arrive la lumière pénètre aussi 1 action

t. Cic., Diuin., Il, 43.

2. Cet argument se retrouve partout, et Ptolémée {Telrab., I, 2) n'a garde de le négliger. Son exemple, du reste, prouve victorieusement qu’on pouvait allier la foi en l’astrologie avec une conception scientifique de l’univers. \oy. ci-dessus le ch. ni, et notamment (p. li, 3) les concessions que lait le savant Géminus. Du reste, les astrologues pouvaient opposer à Géminus une fin de non-recevoir — quod gralis affirma/ur, gratis negalur — et le renvoyer aux Stoïciens.

3. C’est la proposition lï laquelle se rallie le docte Ciruelo {Astral, christiana, fol. A), jugeant inutile d’admettre une autre propriété active qiiain vacant in/luentiam, ad penetrandum, ut aiunt, multa quae lux sua virtute 7ian palesl penelrare. 11 aime mieux supposer 7uillum esse caïqms a luce intransibile (ceci écrit près de quatre siècles avant la découverte des rayons X et d autres

LÈS HÉFÜTATIONS SCIENTIFIQUES

Il y avait, dans celte réponse victorieuse, un point vulnérable que les assaillants n’ont pas su découvrir. Si la lumière d’un astre rayonne tout autour de lui, pourquoi son action astrologique ne se produit-elle que sous certains angles ou aspects? Les astrologues n’eussent pas été à court de réponses, mais il leur fallait les prendre dans l’ordre mystique. De même qu’il y a sept planètes, de même, en vertu de l’harmonie générale, chaque planète agit dans sept sens ou aspects, et non plus L Les purs logiciens n étaient pas convaincus sans doute par un argument de ce genre; mais les astrologues avaient pour eux les pythagoriciens et tous les amateurs de raisons absconses. Mais est-il certain qu’il n’y ait que sept planètes, et, s’il y en a davantage, les calculs des astrologues, qui n’en tiennent pas compte, ne sont-ils pas faussés par là même ”? Les astrologues pouvaient ou écarter l'hypolhèse ou répondre que l’action de ces planètes était négligealile quand elles restaient invisibles, et (ju’elle était soigneusement appréciée quand elles apparaissaient sous forme de comètes. Sans doute, U eût été préférable que l’on pût faire entrer dans les calculs les positions de tous les astres ^ au lieu de se borner aux planètes

rayons ou vibrations à découvrir). Comme chaque corps céleste a son action spéciüque, il est faux, suivant Ciruelo, que tous reçoivent leur lumière du Soleil. Avec la polarisation de la lumière par réflexion, sous divers angles, des Ciruelos modernes feraient merveille et reconstruiraient la théorie des « aspects ».

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