CHAP. XVI. L ASTHOLOGIE DANS LE MONDE ROMAIN
et aux signes du Zodiaque; mais de quelle science exige-l-on qu’elle atteigne son idéal? Les astronomes modernes ne peuvent pas non plus faire entrer dans leurs formules le réseau infini d’attractions que suppose la théorie de la gravitation universelle.
La discussion ébranlait peut-être, mais laissait debout l’idée que les astres agissent sur la Terre, et même l’idée plus précise que les astrologues, s’ils ne calculaient pas toutes les influences célestes, visaient au moins les principales. Mais là surgit le point délicat, une question redoutable dont les adversaires de l’astrologie tirèrent un assez médiocre parti. Comment prétendait-on déterminer la nature des influences astrales? D’où savait-on que telles planètes étaient liienfaisantes, telles autres malfaisantes, et plus ou moins suivant les cas *? Comment justifier les ridicules associations d’idées attachées à la forme purement imaginaire des figures du Zodiaque, et l’influence réciproque des planètes sur les signes et des signes sur les planètes, alors que celles-ci — on le savait depuis longtemps — sont à grande distance des constellations et n’y paraissent logées que par un efièt de perspective? Les astrologues avaient le choix entre divers genres de réponses. Aux esprits positifs, ils affirmaient que les connaissances suspectées se fondaient sur l’expérience, sur une série d’observations continuées pendant des siècles ou même durant des périodes entières de la vie cosmique de celles qui, achevées, se recom-
serait imputable aux astrologues, et non à l’astrologie, à laquelle Sénèque, en bon stoïcien, croit ou a cru : Videbis quinqiie sidéra diversas aqentia vices el in contrarium praecipiti mundo nitentia : ex horum levissimis moUhus fortunae populoriim dépendent , el jnaxima ac minhna perinde formantur prout aequtnn iniquumve sidus incessit (Sen., Consol. ad Marc., 18). Cf. supra, p. S52, 3.
1. S’il y a une action des astres, elle est pour nous quelque chose de àxa- TâX-n-Ttxov (S. Empir., Adv. AstroL, § 95, p. 353). C’est l’objection de fond, celle à laquelle on revient quand les autres ont cédé. Ptolémée la réfute de son mieux, par des analogies vagues et des raisons à côté {Telrab., I, 2).
2. XaXSatwv g?0[X£v XTipr,ff£i<:. .. irapaSouüaî ip.u9f,xwv /povwv — xal oXwv xoaatxwv •7££pic>3tov xai xa xa<rxc( a £ wv T,(Tav icrxoptai (Proclus in Anal, suer., V, 2, p. n Pitra), argument invoqué par Proclus contre la précession des équinoxes inconnue des Chaldéens, wv xai ai xT,pT,a£i<: SXtov f,cTav xoaii'.xüv x£pto5wv xal xpoppfitj£K; àv£)v£-)'xxot xiôv x£ iSicov xal xtÔv xo’.vwv xaÔT^ixaxwv [hi Tim., p. 217 F). Sextus Empiricus [op. cit., p. 355) fait observer avec raison que l’expérience ne peut pas dépasser une de ces périodes, attendu que 1 âxoxaxaaxasi? interrompt xo auv£yè; xriÇ iaxop'.xf,i; ”apa8oo’£ioç. On lui accordera aussi que l’expérience ne saurait porter sur une période ou « grande année » entière, même accourcie à 9911 ans. Mais il gâte son raisonnement en exigeant que les astrologues aient observé plusieurs fois des thèmes de geniture absolument identiques. C’est comme si on voulait que te même individu vécût plusieurs fois. 11 n’y a pas de thème de géniture absolument semblable à un autre.
LES UÉFÜTATIONS SCIENTIFIQUES
mencent. On avait beau retrancher aux chitlres fabuleux invoqués par les Chaldéens, il en restait toujours assez pour constituer une tradition respectable. Cicéron le sent si bien qu’il s’abrite derrière Panétius pour attaquer : « Quand on vient dire », écrit-il, « que les Babyloniens ont employé quatre cent soixante-dix mille « ans à faire des essais et des expériences sur les enfants qui « venaient de naître, c’est une duperie : car si on avait pris l’habi- « tude de le faire, on n’aurait pas cessé; or nous n’avons aucun « garant qui dise que cela se fait ou sache que cela se soit fait » *. L’argumentation est assez molle : il n’est pas nécessaire qu’un usage se continue pour qu’il ait été pratiqué dans le passé; et, quant à ce passé, les astrologues ne se faisaient pas faute de soutenir que les documents chaldéens existaient et <(u’il ne sultit pas d’ignorer une tradition pour la supprimer
Ils étaient plus à l’aise encore avec les mystiques, qui dérivaient de la révélation divine tout ce que les hommes n’avaient pu inventer eux-mêmes. Il y avait sur ce point des traditions de toute sorte, d’autant plus confuses qu’on ne distinguait pas entre astrologie et astronomie. Une idée chère aux Grecs était que, la prévision de l’avenir ayant pour but, avoué ou non, de déranger l’ordre prévu, la divination avait été enseignée aux hommes par les dieux détrônés et révoltés ® : par Atlas, tils d’Ouranos ou du
1. Cic., Divin., II, 46. Cf. I, 19. Cicéron ajoute : Videsne me non ea dicere, (juae Carneades, sed ea qune princeps Sloicorum Panaelius dixeril?
2. On citait tes atlinnations de Bérose et de ses disciples immédiats, Épigène et Critodème : Epujenes apud Babylonios dccxx M annorum observa tiones siderum coclilibus laferculis inscriplas docel, yravis auclor inprimis; qui minimum, Berosus et Critodemus, cccxc M, ex quo adpareret aeternus liHerarum usas (Plin., Vil, g 193 : cf. ci-dessus, pp. 37, 2 et 39, 1). Suivant Üiodore (II, 31), les Chaldéens assuraient avoir commencé à observer les astres 473,000 ans avant .Alexandre. Panétius ne pouvait prouver qu'une chose, c’est qu’il n’y croyait pas. De même Favorinus protestant disciplinam islam Chaldaeorum tanlae velustafis non esse quantae videri voluni, et criant au charlatanisme (ap. Gcll. XIV, 1, 2. Cf. 1, 17). Si on comptait les voix, les sceptiques avaient le dessous. Firmicus vise à la fois l’expérience et la révélation ; nobis fi.dem suam asfrolor/ia responsionum apotelesmal unique divinis ac manifestissimis aucloritafibus comprobavil (1,3, 1 Kroll). .\u v<= siècle de notre ère, Palchos (ap. Fr. Cumont, op. cil., p. 6) est convaincu que les astrologues ont observé « dans tous les climats et presque jour par jour » : àv ô-oiw xXt- [jiaTi, xoti iitzYpi’^T.'ixo t6 ~0'.T,-cixév vfiî svspyîiot; aûvwv a/éSov ~pôî T|jj.épav. Pour qui le croit sur parole, l’argument est irrésistible!
3. Manilius aime mieux croire que l'astrologie a été révélée par les dieux régnants : quis enim, nolenfibus illis, \ Cepissel fiirto munduni quo cuncta requnlurl (I, 26 sqq.). .Au fond de cette tradition, commune à bien des peuples et qui se perpétue dans le christianisme attribuant l'invention de l'astrologie