CHAP. XVI. — L ASTROLOGIE DANS LE MONDE ROMAIN
Tilan lapélos, père des Pléiades et des llyades, ou par Prométhée, fabricateur et éducateur de l’espèce humaine, ou encore par le centaure Chiron, catastérisé dans le Sagittaire du Zodiaque, à moins que, sur la foi des Orphiques, on ne substituât à ces révélateurs Orphée, ou Musée, ou Eumolpos. Le brevet d’inventeur de l’astrologie était à l’encan et adjugé par les mylhographes. Mais les droits de la Chaldée et de l’Égypte ne se laissaient pas éliminer ainsi. Les néo-Égyptiens invoquaient les révélations de leur Hermès (Thot) ou de leur Asklépios (Eschmoun), par lesquels auraient été instruits Néchepso et Pétosiris. Les Chaldéens tenaient la leur, au dire des évhéméristes, d’une Istar ou Vénus quelconque, qui aurait enseigné l’astrologie à Hermès, celui-ci trait d’union avec la Chaldée, l’Égypte et le monde gréco-romain. Toutes ces légendes, brassées et repétries par des agioteurs enchérissant les uns sur les autres, se prêtaient à toutes les fantaisies. La palme que se disputaient Égyptiens et Chaldéens pouvait leur être ravie par les Éthiopiens, sous prétexte qu’Âtlas était un Libyen, ou un fds de Libya L En faisant d’Héraklès-Melqart
et autres arcanes aux anges révoltés (cf. l’arbre de la science du bien et du mal, les arts inventés par les flls de Caïn, dans la Genèse; dans le Livre d Hénoch, les arts et sciences révélés par les anges rebelles, pères des Géants ou Titans, notamment ràff'rpo>.oYta par Rakiel, et ràaTspoffxoxia par Sathicl), il y a l’idée que l’avenir est le secret des dieux et qu’il y a sacrilège à le fouiller, sacrilège et malédiction ; quid crastina volverel aelas | Scire nefas hoinini (Stat., Theb., 111, 563).
1. Essayons de mettre quelque ordre dans ce fouillis de légendes étirées en tous sens et qui visent indistinctement — ne l’oublions pas — l’astronomie et l’astrologie. Atlas connaît le ciel, puisqu’il le porte, soit comme dieu (llesiod., Theoq., 507; Hygin., Fab., 150, etc.), soit comme montagne. Les évhéméristes le transforment en astronome, ainsi que Prométhée, Céphée et autres (Cic., Tusc., V, 3. Virg., Aen., 1, 741. Plin., Vil, § 203). Par sa mère Libya [Libyae filius. Plin., l. c.; ô AtêO;. Euseb., Praep. Ev., X, 6. Tzetz. ad Ljeophr., 482-483), ses enfants ou ses disciples, il se laisse transporter à volonté du côté chaldéen, égyptien, phrygien ou phénicien. Hermès est son petit-fils par Maia, Hercule, son élève, sans doute à cause de la substitution des « colonnes d’Hercule » aux colonnes d’Atlas (llerodor. ap. Clem., Strom., 1, 15 p. 132 Sylb.). Hercule savant (encore une invention stoïcienne : voy. Heraclit., Honier.,
ch. 33) prêtait à rire : on racontait qu’il s’était brûlé pour remplacer le soleil, un jour d’éclipse [Hercules aslroloqus diclus, quod eo die se flanimis injecit, quo futura eral. obscuraiio salis. Fest., Epil., s. v.). Pour ceux qui croj aient, d’après Hérodote (11,2), les Phrygiens le plus ancien des peuples, Atlas était un astronome phrygien (Clem., lac. cil.). S. Augustin ne doute pas de l’existence de Allans ille maqnus aslroloqus., qu’il fait contemporain de Moïse [Civ. Dei, XVIII, 40). Prométhée, auteur de toute science, devient, par une fiction évhéraéristc inconnue d’Eschyle, un astronome, avec le Caucase pour observatoire. Comme il était là voisin de l’Assyrie, hic primus astroloqiam
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un disciple d Atlas, on se procurait une espèce de commis-voyageur en astrologie, qui implantait la doctrine partout où il plaisait aux mythographes de le promener A Par ses attaches phéniciennes, la légende d Hercule rentrait à volonté dans le cercle d attraction de la Chaldée. Les J uifs eux-mêmes — ceux d’Alexandrie probablement apportèrent leur appoint aux prétentions chaldéennes, en s attribuant, au détriment des Égyptiens, Phéniniciens et Cariens -, le rôle de propagateurs de la science des
Ass?/rus indicavü {Serv.,EcL, VI, 42). Assyrie ou Chaldée, peu importe. Chiron, déjà vanté par Homère comme précepteur d’Achille, ne pouvait manquer d’etre savant, médecin, astronome fSchol. Ap. Uhod., IV, 810). Euripide — qui ne connaissait pas encore l’astrologie chaldéenne - attribue à llippo, fille de Chiron, l’art de « prédire par le lever des astres .. (•?, irpôjTa txÈv xi .'jeTa |xavT:£0<j2-o I 7pT,T[j.orcrt cracpscnv àcrTÉpoiv èir’ àvxoAaT; : cl', ci-dessus, p. 37,' 1), c’est-à-dirc de régler le calendrier, y compris le retour des jours heureux et malheureux, et de pronostiquer le temps. On disait que Chiron avait prédit pluies et orages pour les noces de Thétis et de Pélée {Fr. Uisl. yr., IV, p. oü.0), et aussi qu’il avait enseigné la médecine à Asklépios et l’astrologie à ’llerculè (bchol. German., Aral., ad v. 2üt, p. 410 Eyssenhardt). Le dieu Pan, qui ressemble a Chiron, lui est parfois substitué (Tzetz. ad Lycophr., 482-483). Quant a Orphée, sa lyre heptacorde est le symbole du système planétaire (Ps.-Lucian., AsIroL, 10) : Eumolpos, Musée, Linos (Diog. L., Frooem., 3) sont des astronomes. Pour forcer la conviction, d’ingénieux évhéméristes avaient Iransformé la plupart des héros épiques en astronomes et astrologues. Tirésias découvre ^ sexe des planètes : Atrée et Thyeste (cf. Ilygin., Fab., 258), Bellérophon, Dédale, Icare, Pasiphaé (éprise du 7'a«reaiQ, Endymion, Phaéthon, sont des astronomes ; l Apollon Didyméen est celui des Génwaiix (AiSupLot) : la Pythie de Delphes représente la Vierr/p; l’dracle d’Ammon est celui du Bélier ; l’adultère d Arès et .\phrodite dans Y Iliade n'est que la conjonction de Mars et de Vénus etc (Ps.-Lucian., op. cil. : cf. ci-dessus, p. 59, 2). Les Grecs ont aussi recueilli ou fabriqué des légendes chaldéennes et égyptiennes. Le Thot dont les faussaires devaient faire l'Ilermès Trismégiste, auteur de milliers de volumes, est déjà connu de Platon (Pliaedr.. p. 174).Arnobe hésite entre lui et Atlas : ywa/irfo siderum mol us au! ralio coepla es! r/enelhliaca scb'i? Non posi Theulin Aegyplium au! posI Allanlem, ul quidam feriinl, bajnlum caeli? (Arnob., H, 69).
« Sages chakléens » et Egyptiens, dieux et hommes, sont cités pêle-mêle dans un papyrus (No/, e! E.rir., XVIII, 2, p. 236). Le Livre de Néchepso s’ouvrait par une révélation nocturne, apportée par une « voix du ciel » (Riess, op. ci!., p. 333), et Hrmicus ne se lasse pas de répéter que les informations de Pétosiris sont divines fl, 3, 1. IV, 22). La Vénus babylonienne est institutrice d’Hermès (Hygin., Asiron., Il, 42), et Bel inven! or disciplinae sideralis (Mart. Cap., VI, 701).
1. Cest bien 1 Hercule de Tyr que \onnus appelle iTTpo/îxwv (XL, 408. 579), -poao; axxpwv {ibuL, 367), Soleil, Dieu universel, etc. (369-410). Cet Hercule fait un cours d’histoire à Bacchus et lui fait cadeau de sa robe constellée, le vêtement légendaire des astrologues (577 sqq.).
2. Les Cariens avaient leurs partisans, sans doute des érudits qui retrouvaient leurs traces à l’origine de la civilisation grecque, à côté des Phéniciens :
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