LE CULTE DES ASTKES
lerrain même de l’astrologie, qui, loin de les étoulïer, aidait à leur progrès. Les cultes solaires et les dogmes astrologiques formaient une religion complète, qui prenait conscience de sa force chez certains astrologues au point de les pousser à une propagande offensive. « Pourquoi, ô homme », s’écrie le Pseudo-.Manèthon, « pourquoi sacrifies-tu inutilement au.x bienheureux? ... « 11 n’y a pas ombre de profit à sacrifier aux immortels, car pas « un ne peut changer la géniture des hommes. ... Fais hommage « à Kronos, à Arès, à Hermès et à Cythérée et à Zeus et à Mène et « au roi Hélios. Ceux-là, en eiret, sont maîtres des dieux, sont « maîtres aussi des hommes et delà mer et de tous fleuves, orages « et vents, et de la terre fructifiante et de l’air incessamment « mobile »*. C’est le langage d’un apôtre qui, pour le commun des mortels, ressemblait singulièrement à un athée. En général, les astrologues évitaient ces accès de zèle imprudent. Loin de déclarer la guerre à une religion quelconque, Firmicus assure que l'astrologie pousse à la piété en enseignant aux hommes que leurs actes sont régis par les dieux et que l’àme humaine est parente des astres divins, ses frères aînés, dispensateurs de la vie L Toutes
méthode divinatoire, on faisait descendre de plus ou moins haut les sij^nes qu’elle interprète et que lui envoient les génies. Le système résumé par Martianus Capella (11, § 150 sqq.) place en bloc inLra Solis viealum usque liinarem f/lobum secundae beatiludinis numina supparisque polentiae, per quae lamen valicinia somniaque ac prodiqia componuntur. llaec aruspido exla fissiculant adtnonenlia qi/uedam vocesque transmillunL aicquralisque loquunlur ominibits. Plertnnque enim quaerenles admonent vel sideris cursu vel fidminis Jactilo vel osten/aria novUate. On comprend que l’astrologie ait acquis par là un droit de contrôle sur toutes les méthodes divinatoires. La Lune surtout pouvait faire dévier ou arrêter au passage les signes révélateurs. Héphestion de Thébes a un chapitre ’Ev Tioîaiî Tigspaç xf,î X£>,f,vT|; à);Ti6£ti; oî ôvsipoi (111, 24, ap. Engelbrecht, p. 26), et Ammon (v. 7, p. 53 Ludwich) assure que xai /pT,ff;xol xai ôv£’poi t^suoovx’ èv xpo-ixoTai. Apollon lui-même se faisait astrologue, dit-on, pour garder sa clientèle : £pwTT,6ctî ô ’AtvôXXwv xt xé^cxa’ -r, yuvf,, èx xûv à XX pw V sIt:sv ôxi 2rf,Xu, èvt xoü x-roplpou Èrtyvoù; /pôvou (Euseb., Pr. Eü., VI, 1). 11 met au premier rang des méthodes divinatoires la « généthliaque », quae instantiiim saeculorum generanda denuntiat (Mart. Cap., IX, 894). Cf. le De Aslrologia déjà cité du Ps. -Lucien, où tous les devins sans exception sont reconnus pour astrologues. De même, au xvi<= siècle, Pomponace supprime toute divination indépendante de l’astrologie, en disant que les prophètes, sibylles et autres « possédés », n’ont la faculté prophétique qu’en vertu de leur géniture {De Incanl.^ ch. xii).
1. Maneth., I, 196-207. Cf. Firmic., 1, 2, 9 Kroll : Quid invocas, aralor, deos?
2. Firmic., 1, 5-6, etc. Mac ralione immorlalis animus in nobis cadticam lerreni corporis fragililatem confidenlia suae majeslalis exornnl. — Quare nunc cum sumus cum slellis quadam cognatione conjuiicti, etc. (1, 5, 12 Kroll). Firmicus ne fait que délayer ce que d'autres ont mieux dit de la parenté de
606 cHAi*. XVI. — l'astuologie dans le monde komain
les religions, même les monothéistes, pour peu qu’elles tolérassent la métaphore, pouvaient accepter ces formules élastiques.
Toutes, sauf le christianisme, tant qu’il resta fidèle à l’esprit judaïque qui l’avait engendré et qu’il vit dans l’astrologie une superstition païenne. A vrai dire, il est dillicile de trouver, soit dans le judaïsme alexandrin, soit dans le christianisme primitif, si vite encombré de spéculations gnostiques et platoniciennes, une veine de doctrine absolument pure de toute compromission avec l’obsédante, insinuanle et protéiforme manie qui était devenue une sorte de maladie inlellectuelle. Le ferment déposé dans la cosmogonie de la Genèse, que règle le nombre septénaire, échanlfait les imaginations mystiques et les poussait du côté des rêveries chaldéennes. C’est aux environs de l’ère chrétienne que parut le livre d’Hénoch, relatant les voyages du patriarche dans les régions célestes, d’après les 366 livres écrits par Hénoch lui-même L On y rencontre une description des sept cieux, où circulent les sept planètes. Dieu réside dans le septième, rem-
notre âuie avec les astres ; el hoc habel argumentinn divinüaHs sune; quod ilium divina delectant, nec ut alienis inlerest, sed ut suis, üecure spécial occasus siderum alque or Lus. — Curiosus spectator exculit sinqula et quaeril. Quidni quaeral? Scil ilia ad se perlinere (Senec., Q. Nat. Praef. 10). Plus beaux encore sont les vers de Manilius : Quis dubitat post haec hominem conjungere caelo ? — Quis caelum possil nisi caeli munere nosse | El reperire deum, nisi qui pars ipse deorum est? (Manil., II, 105, 115-116), vers que Gœthe inscrivit sur le registre du Brocken, le 4 septembre 1784 (Ellis, Noct. Manil., p. viii), en un temps où sa curiosité était tournée du côté de l'astrologie, car, en janvier 1784, il avait égayé la cour de Weimar avec un Ballet des Planètes {Planetenlanz). Le « mathématicien » idéal de Firmicus cotidie de diis vel cum dûs loquitur (11, 30, 1 Kroll).
1. Cf. Ad. Lods, Le livre d'Hénoch, fragments grecs découverts à Akhmîm, etc. Paris, 1892. R. H. Charles et W. R. Morfill, The Book of the Secrets of F/ioc/i, translated from the Slavonie. Oxford, 1896. On a dit plus haut (p. 578, 1) que Ilénoch passait pour l’inventeur de l’astrologie, et il importe peu que l’on entende par là l’astronomie; car, en disant que l’astrologie a été inventée par les mauvais anges (ap. Clem. Alex., Ecl. proph., p. 1002 Potter; Tertull., Apolog., 35. De cultu fœmin., I, 2), on en fait l’œuvre d’êtres plus intelligents que l’homme. Le livre d’Hénoch (ou 1’ « Initié », qui, d’après la Genèse, v, 23-24, avait vécu 365 ans et avait été transporté au ciel sans passer par la mort), écrit probablement en araméen ou en hébreu, avait été de bonne heure traduit en grec. On ne le connaissait jusqu’à ces derniers temps que par la version éthiopienne, éditée et traduite par Dillmann en 1851-1853. Une partie de la version grecque a été retrouvée en Égypte, dans les fouilles de 1886-1887, et publiée par MM. Bouriant et Lods. Le livre slavon est complet et donne un texte assez différent. Ici, Hénoch retourne un mois sur terre, raconte à ses fds ce qu’il a vu et leur remet les 366 livres qu’il a écrits au ciel sous la dictée de l’ange Vretil (Uriel). Pour montrer quelle prise peuvent avoir sur les
LE LIVKE d’hÉNOCU
plaçant ainsi Anoii-Bel ou Saturne. Le paradis se trouve dans le troisième, probablement celui de Vénus tandis qu’il y a des anges coupables dans le deuxième et le cinquième, sans doute dans Mercure et Mars. Les sphères célestes hébergent les âmes, qui préexistent au corps, comme dans les systèmes platoniciens. L'homme a été formé par la Sagesse de sept substances, à l’image du monde, et le nom du premier homme, ’Aoâ [j., est l’anagramme des quatre points cardinaux.
Ce n’est pas une métaphore indifférente, mais une réminiscence du livre d'Hénoch qui tombe de la plume de S. Paul, quand il écrit aux Corinthiens qu’il a été « ravi au troisième ciel, au paradis » L’apôtre connaît aussi des créatures qui ont besoin d’être rachetées, « soit celles qui sont sur terre, soit celles qui sont dans les deux » et des « esprits méchants dans des lieux célestes » ce qui ne peut guère s’entendre que du ciel visible. C’est bien, du reste, de ce ciel que tomba un jour Satan, visible lui-même « comme un éclair Les nombres astrologiques s’étalent à l’aise dans V Apocalypse. Le voyant s’adresse à sept Églises, au nom de sept Esprits; il a vu sept candélabres d’or, et au milieu une (igure semblable au Fils de l’homme, qui tenait dans sa droite sept étoiles. Le Livre a sept sceaux; l’Âgneau, sept cornes et sept yeux; la Bête, sept têtes; on entend retentir sept tonnerres et les sept trompettes des sept anges qui vont ensuite répandre sur le monde sept fioles pleines de la colère de Dieu. Quant au nombre l‘:2, c’est le nombre même des étoiles
esprits ces sortes de pieux mensonges, il sullit de dire que Tertullieu discute sérieusement les moyens par lesquels le livre d’Hénoch a pu survivre au Déluge, et que, en t836, le Rév. E. Murray l’aisonuait encore comme Tertullien (Lods, op. cit., pp. v-vi).
1. Induction confirmée par un curieux passage de V Apocalypse (ii, 28) où daho illistellam malulinam veut dire : « je lui donnerai le Paradis ». Cf. Jésus disant de lui-même : Ego sum stella splendida et malutina (Apoc., xxii, 16). Au moyen âge, c’est la Vierge qui devient Stella maris (jeu de mots sur Maria) et malutina.
2. I Cor., XII, 2-4. 11 croit fermement à sa vision, mais il ne sait s'il a été transporté en corps ou en esprit {sive in corpore, site extra corpus nescio, Deus scil).