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L ASTROLOGIE ET LE CHRISTIANISME

mables des traditions et des textes de toute provenance, assaisonnés d allégories pythagoriciennes, orphiques, platoniciennes, bibliques, évangéliques, hermétiques. Leurs bandes délirantes menaient le carnaval de la raison humaine, faisant pleuvoir de tous cotés sur la foule ahurie les communications célestes, oracles et évangiles apocryphes, recettes magiques et divinatoires, talismans et phylactères. Tous n étaient pas des partisans de l’astrologie, puisque 1 on a pu attribuer au plus chrétien d'entre eux, le Syrien Bardesane, une rélutation du fatalisine astrologique ; mais certains comptaient précisément attirer à eux les astrologues en taisant place dans leurs doctrines aux dogmes « mathématiques ». Les « Pératiques » susmentionnés tirent des prodiges d’ingéniosité dans ce but, et notamment convertirent les catastérismes traditionnels en symboles judéo-chrétiens L

L ASTROLOGIE ET l’ORTllOnOXIE CHRÉTIENNE.

11 faut attendre ([ue tout ce tumulte soit apaisé pour distinguer le courant de doctrine chrétienne qui deviendra l’orthodoxie et

i . L auteur des Philosophumena proteste surtout contre l’adultération du chnstiauisme par l’astrologie : -x-jiry xr,v oioa/V -rüv àxxpoXôywv elÂT/pôxeî c-Ti&c2^0'j7i XpwTÔv. — Ta'jx-r,v rl.v c?-JaxaTtv xal tt,v oiacsopàv xwv aTTotov XaXôâvxI.v •JTTip/ouaav T:pà; Éa'jxoù; Èria-acrâ.xîvoi... û; Xp’Txoü >.ôyov xarr.yysiXav x. t.

(V, 2, 13). Ils croyaient à rinflu.'c générateur des astres (V, 2, IS) et se paraient eux-inéines du nom de fatalistes (= Ilspâxat. V, 2, 16). Leur adaptation des catastensnies est une série de tours de force. Les deux Ourses, à sept étoiles chacune, sont les symboles de la création, avant (Grande-Ourse) et après (Petite-Ourse) le Christ. Le Chien, c’est-à-dire le générateur (xüwv = y-.'/wv), est le Verbe; et le Dragon, le diable. La constellation anonyme, l”Evyovacrtv, est Adam à genoux confessant son péché, étendant une main vers la. Lyre (instrument du Verbe), l’autre vers la Couronne, qui lui reviendra s il est fidèle a l’harmonie de la Lyre-Verbe; ce pendant que Ophiuchus « contient^ le Serpent », comme l’indique son nom, c'est-à-dire empêche le Dragon d’enlever la Couronne (IV, 6, 3-i ; V, 2, 16), et ainsi de suite. Rien n était impossible à des gens qui, rencontrant dans la Bible cet aphorisme : « sept fois le juste tombe et se relève » (/Voü., xxiv, 16), l’appliquaient au coucher et au lever des sept planètes {Philos., V, 1). Les sto’i’ciens d’antan étaient len remplacés. Usant de procédés analogues, les docteurs juifs, talmudistes et kabbalistes, drossaient des tableaux de correspondance entre les vents, les saisons, les planètes, les signes du Zodiaque, les 28 mansions de la Lune et les ^iigcs, les patriarches, les lettres de l’alphabet, etc. (Cf. Cl. Diirct, Thrésor de l histoire des Icuif/ues de cesl Vnicers. Cologny, 1613, pp. 206-216). Le mvsticisme est une mer sans riva'’'es.

610 CHAP. XVI. — l’astrologie dans le monde romain

avoir affaire à des docteurs qui aient marqué leur empreinte sur le dogme destiné à durer.

Ce dogme ne sortit pas de la crise aussi simple qu’il était autrefois; il avait fallu trouver des réponses à toutes les ([uestions soulevées, et, quand on ne pouvait les tirer des textes révélés, les emprunter à la philosophie, à la seule qui fût encore vivante et même rajeunie, au platonisme. Fascinés par la merveilleuse épopée de l’ânie, que Platon leur montrait descendant des sphères célestes et y retournant au sortir de sa prison d’argile, les docteurs chrétiens reconnurent en Platon et en Socrate des précurseurs de la Itévélation messianique. Sans doute, ils se réservaient le droit de faire un triage dans ce legs et même de se tenir sur le pied de guerre avec les philosophes platoniciens; mais ils étaient désarmés plus qu’à demi contre le foisonnement des hypostases et émanations de toute sorte, contre la démonologie, la magie et théurgie qu’accueillait sans résistance l’école néoplatonicienne. En thèse générale, ils tenaient les méthodes divinatoires, et, plus que toute autre, l’astrologie, pour des inventions diaboliques ^ ce qui était une façon de les reconnaître pour efficaces et d’exalter peutêtre le goût du fruit défendu. Encore ne pouvaient-ils pousser cette thèse à fond, car le démon ne sait guère que parodier les actes divins, et il fallait se garder, en abominant les fausses révélations, de discréditer les véritables. Or, il était constant que Dieu, créateur des astres, dont il avait voulu faire des « signes » , s’en était servi parfois pour révéler ses desseins : témoin le recul de l’ombre sur le cadran solaire d Ezéchias 1 étoile des Mages , l’obscurcissement du soleil à la mort du Christ et les signes

1. Il y aurait ici cent textes à citer. C'est une opinion générale chez les chrétiens, qui l’ont empruntée aux Juifs. Elle remonte au moins jusqu’au livre d’ilénoch : t,6ïi 8è xai ’Evw/ Ç^taiv -roù; TrapaôâvTaî ayyAoy; 6t5a;ai touî àvOpcÔTtouî àaxpovop.tav xa'i [j.avxtxT,v xal àXXa? xs/yai; (Clem. .\lex.,p. 1002 Poltei) et s’accorde merveilleusement avec les légendes grecques sur Prométhée et les Titans. Du reste, les dieux des Gcnfils étant des démons, elle traduit aussi bien toute tradition attribuant à l’enseignement des dieux 1 origine des méthodes divinatoires (cf. ci-dessus, p. 515-578).

2. Fiant luminaria in firmamento caeli et dividanl diem acnoefem, et sinlin signa eftempora, et dies et amws (Genes., i, 45. Cf. Psalm., cxxxv, 1-9). 11 est évident que les astres ne sont ici que les indicateurs du temps ; mais ces textes n’en ont pas moins motivé les concessions de Philon et d Origene.

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