Euseb. Alex., op. cil., ed. Thilo, p
4. Cf. ci-dessus, pp. 46G, 2. 598, 1, le recours à la prière pour fléchir ou combattre les volontés célestes. C’était là le danger, que signalait encore le pape Léon le Grand : Quae lamen... spondenl passe muiari, si illis qiiae adversantur sideribiis si/pplicitiir, d'où ilia generatur impielas ul Sol... adoretur, quod nonmdli eliam Christiani se religio.'ie facere putanf, etc. (Léo Magn., Serm. in naUv. Oom., 3-4).
POLÉMIQUE DES ORIGÉNISTES
à propos de l’étoile des Mages. Les Pères du iv“ siècle linissant ne parent que recommencer, sans y jeter un argument nouveau, la lutte contre l’astrologie, au nom de la morale menacée par son fatalisme *. Comme origénistes, ils n'osent plus employer contre elle les armes théologiques et, comme dialecticiens, ils sont bien au-dessous de leurs devanciers. Ils répètent à 1 envi (jue si la destinée humaine était préfixée par les astres. Dieu, qui a fait les astres, serait responsable de nos actes, même mauvais. Leur argumentation peut se résumer dans le mot de S. Ephrem ; « Si Dieu est juste, il ne peut avoir établi des astres génétbliaques, « en vertu desquels les hommes deviennent nécessairement pé- « cbeurs » C’était le langage du bon sens ; mais le bon sens, tait de postulats empiriques, n’est pas plus admis dans les démonstrations en forme que le coup de poing dans l’escrime savante, et, du reste, il était facile de le retourner contre le dogme chrétien. Ces docteurs qui, pour laisser entière notre responsabilité, ne veulent pas connaître de limites naturelles à notre liberté ferment les yeux pour ne point voir les redoutables questions soulevées par la foi en la prescience de Dieu et les ditlicultés qu’ajoute à ce problème général, insoluble, le dogme chrétien lui-même. Le péché originel, la grâce, et l’obligation d accorder ces formes de la fatalité avec l’idée de justice, sont des arcanes auprès desquels le fatalisme astrologique paraît souple et accommodant. En outre, ces mêmes docteurs s'attaijuaient imprudemment à la science elle-même, au nom de l’orthodoxie. S Us n’avaient pas de textes précis à opposer à l astrologie, ils en
1. Nous avons encore le Kavi £Î;j.ap ;jls'vt, ; de Grégoire de Nysse ; le traité homonj’me de l’évêque Diodore de Tarse est perdu, saut quelques Iraguients (ap. Phot., Cod., ccxxiii). S. Basile [In lle.raem. llomil. l /) s indigne : il appelle l'astrologie un mal pernicieux {'pÆ-r;/) dont il faut guérir les esprits.
2. Ils admettent les signes célestes de l'Evangile et tous autres présages météorologiques. On se demande si c'est pour discréditer le » thème du monde » des astrologues dits « Égyptiens » que S. .leaii Chrysostome [De mundi créai., 0pp. VI, p. 4W) s'avise de soutenir que Dieu a créé la lune pleine (-avTSA-r.voî). Elle ne pouvait pas être pleine si elle était dans le Cancer, le Soleil étant dans le Lion (ci-dessus, p. 187, fig. 23).
3. Ephræm., Carm. Nisih. (en syriaciue', lxxu, 16. De meme, et aussi contre les astrologues : si {/enits humanum ad varias actiis nascoidi necessitale premerehir, car aut laudem mereanliir boni, aul mali percipiant ultioneml (Isid., Orifir/., III, 70, 40). Mais les mêmes théologiens, ici déguisés en moralistes, ne trouvaient pas absurde — une fois Dieu mis hors de cause — que la liberté d'Adam eût produit pour ses descemlants une nécessitas peccandi jointe à la responsabilité, une transmission non seulement de la déchéance, mais de la culpa .
618 nu AP. XVI.
L ASTIiOLOrxlE DANS LE MONDE ROMAIN
I, pouvaient, et plus d’un, qui leur défendaient d'admettre que la terre fût une sphère et leur imposait de croire qu’il y avait au haut du (irmament des réservoirs d’eaux célestes. Ils étalaient ainsi a nu leur naïveté, déjà tournée en intolérance, et se mettaient sur les bras des (pierelles inutiles, ou utiles seulement aux astrologues. Ceux-ci, en efïet, gardaient le prestige de la science grec(jue, et ils auraient aussi bien trouvé leur compte au triomphe de la cosmographie orthodoxe, qui était celle des anciens Chaldéens '.
La lutte, ainsi élargie, dévoyée, dispersée, fut reprise et comme concentrée en une dernière bataille livrée par le plus grand tacticien, le plus impérieux et le plus écouté des docteurs de l’Église, S. Augustin. Celui-là esl d’une autre trempe (jue les origénistes de 1 Église d Orient. 11 dédaigne les précautions de langage, les arguments de moralistes, comme le souci du libre arbitre humain, qu il écrase sous la doctrine de la grâce et de la prédestination ; et, s’il emploie la raison raisonnante, c’est comme arme légère.
1. Cf. le mémoire de Letronne, Des opinions cosmogmphiques des Pères de
I hf/lise, 1835 (OEuvres choisies, I, pp. 382-414). Tandis que, du coté païen, des esprits aussi médiocres que Macrobe, par exemple, admettent la sphéricité de la Terre et l'existence des antipodes, Lactance n'a pas assez de railleries pour cette doctrine à son gré inepte, absurde (hist. Div., 111, 24) : Diodore de Tarse la réfute et S. Augustin défend qu’on y croie. L'opinion générale des Pères est que le ciel est un hémisphère creux posant sur la Terre, attendu que Dieu stulaü caelum quasi fornicem et exlendit ipsum quasi labernaculum (Psalm., cui, 3). Au centre du disque terrestre est T ôp^aXà; rr,; yf,î, non plus Delphes, mais Jérusalem, ou, plus exactement le Golgotha, Dieu ayant dit par le prophète ; Ista est Jérusalem : in medio qentium posai eam, et in circuilu ejus terras (Ezech., v, 5). Au-dessus de la voûte céleste, peut-être sur un fond horizontal, les eaux ou « cataractes du ciel » [Gen., i, 6-7. vu,
II ; Psalm. ^ lxxvii, 23. cm, 3. cxLvm, 3). S. Augustin coupe court à toute discussion, en disant ; quoquo modo aulem et qualeslihet aquae ibi sint, esse eas minime dubitemus : major est quippe Scriplurae auctoritas quant omnis humani inçienii capacilas (Augustin., In Genes., II, 9), ce qui est raisonner franchement en théologien. Seulement, il accorderait volontiers que ce sont des « eaux spirituelles » {Conf., Xlll, 32. Retract., H, 6'. S. Augustin constate du reste, comme les Pères du mo siècle, que les chrétiens passaient aux yeux des païens pour des simples d’esprit et des gens sans culture : ad/iuc audent ipsi pauci qui remanserunt... Çhrislianos lanquam imperilissirnos irridere. Ils parlent de Vimperilia et slullitia Chrislianorum, à quoi S. Augustin répond que le nombre des cbrétiens augmente et celui des païens diminue (Augustin., De divin, daetnon., § 14). Un païen pessimiste n'eût pas tiré du même argument la meme conclusion. En revanche, les chrétiens subissaient le prestige de la science païenne, de la divination diabolique, contre laquelle écrit S. Augustin — advet sus praesumplionetn et lanquam mirant et tnaqnam scienliam Paqanorum (ibid., 1).
POLÉMIQUK DE S. AL’GL'STIN
se réservant d’employer, pour briser les résistances, 1 aflirmalion hautaine et l'autorité du dogme. Il ne faut donc pas s attendre à trouver chez lui une logique serrée, et il n’est même pas aise de distinguer du premier coup le but qu'il poursuit. Ce n est pas pour la liberté humaine ({u’il combat. Loin de faire cause commune avec ses défenseurs, il les considère comme des athées. Il trouve détestable la négation de la prescience divine opposée comme tin de non-recevoir par Cicéron aux partisans de la divination C II admet donc, sans ombre de doute, la possibilité de la révélation de l'avenir, — sanscjuoi il faudrait nier les prophéties, et même il ne considère pas comme des superstitions nécessairement illusoires et mensongères les pratiques divinatoires. Mais il abomine il'autant plus ces inventions des démons, des démons qui, toujours aux aguets, épient les signes extérieurs de la pensée divine et s’emparent ainsi de quelques bribes de vérité (pCils mêlent, quand il leur plait, à leurs mensonges ^ S. Augustin accepte toute la démonologie cosmopolite qui minait depuis des siècles l'assiette de la raison, et nul esprit ne fut jamais plus obsédé pai‘ la hantise et le contact du surnaturel. Manichéen ou orthodoxe, il ne voit dans le monde, dans l’histoire comme dans la pratique journalière de la vie, que la lutte entre Dieu et le diable, entre les anges de lumière et les esprits de ténèbres, ceux-ci imitant ceux-la, opposant leurs oracles aux prophéties divines, disputant aux songes véridiques Tàme qui veille dans le corps endormi, luttant à coups de sortilèges magiijues avec les vrais miracles. L’astro-
1. Quid est errjo quod Cicero timuit in praescientia futurorum, ut eum labefuctare dispiitalione deteslahili niterelur? (Augustin., Ctü. Dei, 9). Il le fléteste plus que les Stoïciens, ce (jui n’est pas peu dire, parce que, en niant
la prédestination, il nie Dieu. Qui eiiini non est peaescius omnium futuvorum, non est ntique Deus. Suivant S. Augustin, Dieu a tout prévu de toute éteinité, inêine nos voûtions ; mais nous sommes libres dans tous les cas où il a voulu que nous le fussions et prévu que nous le serions {ihid., \, lü). G est au nom de ce libre arbitre à peu près inintelligible qu il repousse le tatalisme aslrologif|ue ; alii quideni fato se ad peccandum querunlur impelli, tamqunm hoc decreverint sidéra et caelutn prias talia decernendo peccaveti (Augustin., De Contin., 14). Ce qui lui importe, c est de maintenir la lesponsabilité du pécheur, tout en attribuant à la grâce seule la justification du prédestiné.
2. Voy. le traité spécial De divinatione daemonum, qui résume une doctrine depuis longtemps chrétienne. Il arrive aussi que Dieu lorce les démons â confesser la vérité. C’est pourquoi des zélateurs lubriquaient des oracles où
Apollon se déclare vaincu et enseigne, en bon catéchiste, le dogme de la Trinité, rend hommage à la Vierge Marie, etc. (v. g. Anal, sacr., V, pp. 307- 308 Pitra).
620 CHAP. XVI. — l’astrologie dans le monde romain
log’ie bénéficia pourtant du goét qu’il s’était senti pour elle et de 1 étude qu il en avait laite ^ Ce n’élait pas là un de ces pièges vulgaires tendus par le démon aux âmes simples, mais l’extension abusive, orgueilleuse, athée, d’une science qui était à certains égards le chef-d’œuvre de l'esprit humain 2. Si l’astrologie n’était pas athée, si les « mathématiciens >> consentaient à ne voir dans les astres que des signes, et non plus des causes, S. Augustin hésiterait à condamner une opinion partagée par des gens très doctes 'h Mais, telle qu elle est et que la comprennent la plupart de ses partisans, elle a la prétention de substituer la fatalité naturelle, mécanique, a la volonté do Dieu; elle est donc dans la voie du mensonge, et le champion du Tout-Puissant s’attaque, avec sa longue ordinaire, à ces « divagations impies »
Les armes théologiques étant depuis longtemps émoussées, c est à la dialectique qu’il a recours. Il reprend tous les arguments mis en ligne depuis Carnéade, mais il n’y ajoute guère que sa véhémence, des sarcasmes et un peu de sophistique. La fastidieuse querelle élevée à propos des jumeaux — avec variante pour les jumeaux de sexe diflerent — n’est pas plus tranchée