‹ L'astrologie grecqueChapitre 38 sur 360 · LA LUNE · texte numérisé non relu

LA LUNE

exercée l'imagination des ignorants — et même des savants — surexcitée par les continuelles métamorphoses de notre satellite. Tonte la vie terrestre, végétale et animale, les mouvements des eaux et de ratmosphère, la formation môme de certaines substances minérales, comme le sel « ammoniaque * », tout, aux yeux des anciens, était comme suspendu aux phases de la Lune et suivait le rythme de sa marche. On ferait un livre, et un gros livre, avec les traditions cosmopolites concernant la Lune, même saiis'y comprendre les personnihcations mythologiques, les invocations des poètes ou les fantaisies des gens (jui s’amusaient à disserter sur la figure et les mœurs des Sélénites. Quelques Laits, réels ou probables, disséminés dans cet agrégat de superstitions, servaient à accréditer le reste L

La Lune est aussi le protagoniste de l’astrologie môme savanteL Pour des raisons mythologiques, qu’ils n’avouaient pas, et des raisons dites scientiliques, les unes empruntées à la gynécologie (menstruation), les autres à la physique générale, les astrologues grecs abandonnèrent le type chaldéen et masculin de 1 astre pour la conception grecque, qui faisait de Séléné ou Mené la somr ou la tille d’Hélios. C’était une opinion commune chez tous les « physiciens » (jue l’énergie masculine était analogue à celle de la chaleur, tandis (}ue la fonction féminine avait des allinilés

1. Plin., XXXI, § 18. CL les aujx'fôwovTcç xal ü'jva-jçoOvxc; XlOot tivéî (Anon., In Telrab., pp. 2-3), superstition très répandue autrefois, et la pierre diter/iossopetra, selenomantiüB necessaria, c|ui tombait du ciel lors des éclipses de lune (Plin., XXXVII, S 16-4).

2. Un Index de Pline au mot Li/na fournit déjà un aperçu du sujet. L'opuscule de Plutarque De fade in orbe lunae résume les opinions philosophiques, résumé à compléter à l’aide de l’Index de Diels, Doxopr. r/raeci, au mot

Au point de vue astrologique, cf. Ptolem., Telrab., 1, 3; Firmic., 1\, 1 à 16; Anon., Ilermipp., 11, 8-10, etc. Pascal parle encore « de la commune erreur qui est parmi le monde, que la Lune est cause de tout » {Pensées, VI, 11 et 11 bis Ilavet). Il y aurait un chapitre à consacrer à l’explication populaire et poétique des éclipses, attribuées aux charmes magiques, lesquels font descendre la lime du ciel en terre, où les magiciens l’exploitent et la métamorphosent de toutes façons (-rroXXol aâv Xiyovï’. tv teXt,vt,v xaxÉpycOÔa'. xal s'.ç Çwov tA£Ta<5âXXca6ai. Euseb. Alex., p. 19 Thilo). L’astrologie paraît presque raisonnable à côté de ces extravagances.

3. Etenim cum, ut ipsi dicunt, ortus nascentiinn luna moderelur, eaque

animadvertant et noient sidéra nalalida Chaldaei guaecumqiie Uinae jnncla videantur, etc. (Cic. Divin., Il, 43, 91. Cf. Nat. Deor., II, 46, § 119). Les sym-

bolistes invoquent surtout la « sympathie » qu'il y a entre les êtres vivant sur terre et la Lune, celle-ci étant malade et mourant comme eux, par décroissance et éclipse (Anon., Uermipp., II, 10). Cf. Plin., Il,?5 3a. La lune est comme la femme, « l’éternelle malade » de Michelet.

92 CUAP. IV. LES PLANÈTES ET LES TYPES PLANÉTAlliES

étroites avec le principe humide h II ne restait plus qu'à démontrer la nature humide de la Lune, et les arguments se présentaient en foule. La fraîcheur humide des nuits ; l’action de la Lune sur les eaux non seulement de la mer, mais des fleuves, qui, au dire de Ptolémée, croissent et décroissent avec la Lune; enfin, la pourriture humide engendrée, croyait-on, par l’influence de la Lune, surtout a son décours étaient des preuves d’autant plus fortes qu on ne songeait pas à les discuter.

Néanmoins, la Lune ne représente pas le féminin en soi. Dans le symbolisme hellénique, les divinités lunaires ont bien le sexe féminin, mais stérilisé par la virginité, une virginité même un peu farouche et qui comporte des goûts presque virils. La femme ne s achève que dans la mère, et la Mère par excellence, ce n’est pas la Lune, mais la Terre. La Lune est encore pour Platon un androgyne, qui « participe de la terre et du soleil ® ». Ptolémée ne fait guère que transposer ces idées quand il dit que la Lune tire son humidité de la Terre et reçoit du Soleil une parcelle de vertu calorifique Seulement, le sexe astrologique de la Lune n’est plus indécis ; elle est à la tête des planètes féminines.

1. fl n’y a qu’une voix discordante, celle de Pamiénide, qui se fondait sur la menstruation pour prétendre que les femmes, ayant plus de sang, avaient plus de chaleur que les hommes. Aussi supposait-il que, à l’origine, le sexe masculin s’était formé dans le Nord, le féminin dans le Midi (Aristot., Part, anim., II, 2. Plut., Plac. Phil.., V, 7, 2, etc.). Le caractère masculin du feu, l’assimilation du sperme à une étincelle (cf. la conception de Cæculus par une desiliens scintilla [Serv. Aen., Vil, 678]), de la vie à une ilamme, etc., sont des lieux communs aussi littéraires et philosophiques qu’astrologiques. En astrologie, les deux « luminaires » sont le Père et la Mère universels.

2. Ptol., Tetrab., I, 4 (xi CTwij.axa TTî-aivouffa xai ôiaïu-irouCTa xi xTisTsxa). Cf. Macrob., Sal., VII, 16, 16-34. Les astrologues ont pris le contre-pied de l’opinion actuelle, d’après laquelle la Lune est un astre privé d’eavi.

3. Ci-dessus, p. 25, 2. Le musicien pythagorisant Aristidcs Quiutilianus trouve en effet la « voix » de la lune « un peu masculinisée » (6f,Xuv — î-;:t ixixpùv T,p p£vti)[j.évo V, p. 147 Meibom.). — A T| jj. t) x t, p — x6 pLT,xpôî ‘icai yf|î ôvoua <7Uv6sTa'. • où yip yî) y’jvaïxa, iL; zl~z llXixtdv, à.Xkx yjvr, yr^v |Ai|jL!;j.T,xai (Philo. De opif. mundi, § 45).

4. Ptol., Telrab., I, 4. Les astrologues rallinaient là-dessus, disant que les quatre phases de la lune correspondent exactement aux phases solaires ou saisons et font prédominer tour à tour l'humide (printemps), le chaud (été), le sec (automne) et le froid (hiver). On distinguait aussi huit phases, c'est-àdire six en dehors des syzygies (Porphyr., /sny., pp. 181-182; Pruclus uiAnal., V, 2, p. 168 Pitra. Cf. Macr., N. Scip., 1, 6, 55). Quant à l'action fécondanle de la lune, qui répand sur la terre les germes solaires, etc. (cf. Plut., De Is. et Osir., 43), les astrologues n’avaient que l'embarras du choix entre les théories philosophiques. On trouve même des syncrétistes à outrance, qui 1>- 7ierem esse eliam Lunam volant (August., Civ. Dei, VH, 15. Cf. Macr., III, 8, 3).

Page 1