‹ L'astrologie grecqueChapitre 39 sur 360 · LA PLANÈTE SATURNE · texte numérisé non relu

LA PLANÈTE SATURNE

Après les « luminaires » viennent les planètes proprement dites, (jiie nous allons énumérer par ordre de dignité, c’est-à-dire suivant la hiérarchie mythologique, mise d’accord avec les distances.

I;. Saturne (‘l'a-viov - Kpôvo; - Saturnii.s). — Ptolémée se contente tout d’ahord de noter les deux caractères principaux de cette planète en disant ([u’elle est froide et sèche : froide, parce qu’elle est éloignée du Soleil, sèche parce qu’elle est encore plus loin de la Terre h II s’imagine évidemment que le rôle astrologi(iue de la planète peut s’explitiuer par le sec et le froid, et il alfecte de n’avoir nul besoin de la mythologie pour rendre raison de ce sec et de ce froid. Laissons ce savant honteux à sa prétendue physifjLie et allons à la recherche des raisons véritables.

L’éclat un peu livide et la marche lente de Saturne sont les données premières sur lesquelles a travaillé l’imagination des Chaldéens. Les Grecs, on l’a dit plus haut, n’ont fait que sul)stituerlvronos à Ninih. Peut-être les Chaldéens se représentaient-ils Saturne comme un soleil vieilli, refroidi, ralenti Dès lors, le

1. '0 ôè •ïoü Kfôvou àTTT.p -;:AîOv ïyv. xr,; t:oiôxt,xo; ïv xm v v.7.'. f,psaa

^T.pï'vî’ Oià xô ttT^îÏxxov, (Ô; è'oixcv, àaa xr,; xs xoC Ocpaaxta; xal xr,;

xojv TTôpi XT|V yf,v ûypôiv d(vaO'j;j.'.â5co)î dt'pîsxivati [TeLrab., 1, 4. Anon., p. H'-i). l)c même lo. Lyd., Mens., Il, U : '^•j/ovxt axpiD; aal rpoas/w; ^T,paivo vxi.

2. U y a là une question posée par le texte de Diodore disant que les noms des autres planètes sont les mêmes en Clialdée et en Grèce, sauf celui de Saturne, qui est appelé Ilélios par les Chaldéens : tôia 5è xôv 6-ô x(T)v 'Eaat,vuv Kpdvov ôvo;Aaî^ôu£vov, è— ’.'pavîaxaxoy Si xal 'KXsisxa aal jj.syio'xa ~po3’T,;j.a'.vovxa, xaXoÜT'.v tj>v£ou (l)iod.. Il, 30, 3). R. Brown [Proceedinr/s, Xlll, p. 218) assure qu’en etlet les Chaldéens appelaient Saturne « le vieux Bélier l’Ancien », c’est-à-dire, le vieux Soleil. L’expression ?iX{ou àax r, p - s/ella Soiis, est appliquée à Saturne dans la Didascalie de Leptine {Notices et Extraits, XVlll, 2, p. 31), l’E/n/ome d’Ératosthène, Hygin et le Scoliaste de Germanicus (C. Robert, op. cit., pp. 191-193), trois auteurs qui confondent, il est vrai, Saturne avec .lupiter, mais dont l’inadvertance est une garantie de plus; enfin, par Simplicius (ôv "UXiov ins~éç>x oî x:a)>a'.o'. ■7:po7T,vdpcyov. ad Aristot., De caelo, p. 499). 11 est possible que Saturne ait eu, aux yeux des Chaldéens, des allinités avec le Soleil; mais il se peut aussi, comme l’a supposé Wesseling. qu’il y élit eu là une simple méprise, des Grecs ayant traduit par ''Il>.'.o; 1 El phénicien (Bel chaldéen), assimilé à Saturne : ''Il Xov, xôv xai K p ôvov (Euscb., Praep. Eu., 1, 10, 16). Apiid Assyrios Del dicitur quadam ratione et Saturnus et Sol (Serv., Aen., I, 729) — oxi «I'oÎv.xîî xat Xypoi xôv Kpôvov "IlX xxl RI, a xat BuXaOh.v ôvopâ^o’jsi (Damasc. ap. Phot., cod. 212) — Kpdvoî, ôv oî <l>oivtxc;’’IiA irpoxayopô'jo'jx'. (Sanchon. ap. Fr. II. Gr.,!!!, p. 370). — Kronos, nom arabe du Soleil, "Apa^' Kpôvo;, d’après Nonnus (.XL, 393). Le nom de Tixiv, qui lui était commun avec le Soleil, contribuait aussi à maintenir l’association d’idées. Cf. Kpovi;x|XüJv, nom donné par l’astrologue Paul d’Alexandrie à son

caractère astrologique de l’astre fut celui d’un vieillard prudent, grave, un peu triste, capable de nuire sans être (bncièreinent malveillant, chez qui les aptitudes intellectuelles prédominent sur les facultés physiques. A son âge s’attache l'idée de primauté et aussi celle de paternité, celle-ci enfermant déjà des éléments contradictoires, attendu que la paternité, conçue comme effet de la puissance génératrice, s’accorde mal avec la vieillesse. Et, d’autre part, l’idée de force génératrice, de semence, est attachée aussi au type de Kronos et surtout au Saturnus latin. De plus, comme chaque idée fait surgir sa limite, Kronos est aussi le dieu destructeur de ses propres œuvres. Un jeu de mots facile, d’origine orphiqueou stoïcienne, l’identifiait avec le Temps (Xpôvoçi la faux avec laquelle il avait mutilé son père Ouranos lui servait à moissonner tout ce qui grandit sur terre. De là une série d’associations d’idées incohérentes et divergentes, dans lesquelles les astrologues ont choisi à leur gré de quoi composer le type de l’aslre puissant et redouté, celui qui trône au plus haut du ciel et pèse irrésistiblement sur les leviers célestes.

Sa prééminence ne fait pas de doute Les Grecs l’ont main-

fils, équatiou symbolique où Ammon (Bélier solaire) remplace El. Letronne (op. cit., pp. 495-497) ne rejette ropinion de Wesseliiig que parce qu'il est convaincu que les renseignements de Diodore viennent de l’antique Chaldéc.

1. Chrysippe, virtuose de l'étymologie, considérait Kpôvo; comme sxxpixtxôv Toü p£U[xaToç ^6ov (Phaedr. Epie., p. 17 Petersen). Kpdvo; = Xpôvo; (Varr. ap. Tert., Ad Nul., Il, 12. Aug., C. Dei, VI, 8. Macr., Sat., l, 8, 6-7. Cf. Lobeck, Ar/laoph., p. 470). 11 y a une idée analogue dans l’assimilation alexandrine de Saturne avec Némésis ; r^apà 6è AiyuTrtLotî Ns ptÉffswç àarrjp (Ach. Tat., Isarj., 17). Némésis, c’est la loi de nature, la « répartition » (de véaw) qui attribue à chacun son dû, c’est la destruction qui atteint nécessairement — et justement — tonte œuvre humaine. Serait-ce comme Némésis que Saturne est en astrologie l'auteur des morts violentes (Ptolem., Tetrab., IV, 8), de celles précisément qui ne sont pas l’œuvre du temps? Némésis, symbole solaire suivant Macrobe (SaL, 1, 22, 1), ce qui vient à l’appui du caractère solaire attribué à Saturne (cf. ci-dessus). Ce serait perdre son temps que de discuter ces identifications, si tons les mythographes étaient de la force de ceux qui faisaient de Saturne un fils de Pollux, a pollendo (Fulgent., Mytii., 1, 2; cf. Polliicis proies in PoeL. lai. min., V, p. 350 Baehrens), ou d”'A xp.wv, i.-h toü oùpavou àxa[xiTou (Eustath. ad lloiuer., p. 1205 ed. Basil.). Ce sont des étymologies dues à l’insipide exégèse des Stoïciens (’'Axpiiov = Oùpavéî, dans Cornntus, ch. i).

2. Cf. Diodore, 11, 30,3 (ci-dessus, p. 93, 2) : Epiyeni — videtur plurium fiabere, ad omnes sublimiiim motus, Stella Saturni (Sen., Q. Nat., Vil, 4) — seu quod de seplem sideribus guis res mortales reguntur, altissitno orbe et praecipua potenlia Stella Saturni feratur (Tac., Uist., V, 4). npioxa pèv ouv Ttxiv Ttâvxoî K oôvoî atOepoç üp'/J-'- \ ’AoT^ip 5v ipaivovxa 6eol pépo-rcé; x£ xaXoüxtv (Maneth., IV, 14-15). Saturne est le llpéaSuf; (Maneth., V, 249) — Ôtà xô Tzpoutpscrxivai

LA PLANÈTE SATIjHNE

leiiüe, en la justifiant par une raison qui aurait pu les conduire à une conclusion contraire; car, s’il est au plus haut du ciel, il est aussi le plus loin de la terre. Mais les physiciens et les mystiques répétaient à l’envi, les uns, que les éléments les plus purs, les plus intellectuels, montent vers les sphères supérieures, les autres, que l’intelligence et la dignité des astres va croissant à mesure qu’ils s’approchent de la sphère des lixes et du séjour de la Divinité. Saturne devenait ainsi la tète, le cerveau du monde planétaire Aussi est-il celui qui marche le plus majestueusement et obéit le moins à l’élément irrationnel, cause des rétrogradations.

La logique des physiciens aurait conduit à admettre que Saturne était de la nature du feu, l’élément qui, en vertu de sa légéreté spécifique, occupe la partie supérieure du monde. Cela ne faisait pas le compte des astrologues, qui tenaient pour le vieillard morose et froid. On a vu comme Ptolémée, (jui dérive du Soleil la chaleur et la lumière, justifie ce froid. Il n’y eut pas de contradiction sur ce point L On n’en saurait dire autant de l’autre qualité ([u’il plaît à Ptolémée de joindre à celle-là, à savoir la sécheresse. Le législateur de l’astrologie grecque n y avait sans doute pas assez réfléchi, car il a contre lui une foule d analogies et d’arrangements plus anciens que sa doctrine ; ou bien il a voulu imposer sa théorie, en vertu de la(iuelle la terre est la

lïivxuv xal x6 (Anon., p. 98). Pour les pythagorisants, sa pri-

mauté vient de sa qualité de « septième », de son rang dans la sphère et dans la semaine (lo. Lyd., Mens., Il, 11).

1. Cf. Hermipp., 1, 13, § 86-90, et ci-après (ch. x), la « mélothésie » planétaire.

2. Le plus ancien texte sur le tempérament physique des planètes (d’après les Stoïciens) est de Cicéron : quarum {stellarum) tantus est concenlus — ut, cuin summa Satunii refrujeret, media Martis incendat, his interjecta Jovis inlustret et temperet infraque Martem duae Soli ohoediant, ipse Sol niundum omnem sua luce compleal ab eoque Luna inluminata qrainditates et partus ad ferai malurilalesque qiqnendi (Cic., Nat. Deor., Il, 46). Vitruve (IX, 1 [4]) explique comme quoi, le feu montant toujours. Mars doit être brûlé par les rayons du Soleil. Saturne est très froid, parce que lanqit conqelalas caeli regiones. .lupiter, entre les deux, est tempéré. On voit que ces explications « physiques » n’ont pas été imaginées par Ptolémée. Elles ont dû être systématisées par Posidonius. Cf. Frigida Saturni sese quo Stella receptet (Virg., Georg., 1, 336). — Sumjna si frigida cœlo \ Stella nocens nigros Saturni accenderet ignés (Lucan., l’hars., 1, 643). — Summa est Saturni, quae quia proprior est cryslallo, h. e. cœlo, in ea déficit calor solis. — Salis cognitum est Saturni slellam frigidam esse, et ideo apud .Judaeos Saturni die frigidos cibos esse (Schol. Virg., ibid.). Saturne est pour les physiciens la plus légère des planètes : levitatis argumentum habet, quod super celeras est (Sen., Q. Nat., VII, 29), plumbeus pour les astrologues.

source iini(iiie de rhumidilé, comme le Soleil l’est de la chaleur; auquel cas, il a échoué. L’opinion commune voulait que Saturne fi'it froid et humide. Dans le Zodiaipie, Saturne a pour domiciles le Capricorne et le Verseau, signes froids et humides L Dans les « lieux » du cercle de la géniture, il est logé en IMC., au plus bas, au lieu qui symbolise souvent les eaux Même en culmination supérieure, il est le patron des jardiniers et porteurs d’eau de toute espèce De même qu’il provoque des pluies en traversant ses domiciles, de même il excite dans le corps humain des mouvements d’humeurs froides, tlux intestinaux, pituites, etc. il en fait autant dans les corps célestes (ju'il rencontre : on croyait que la Lune, en le quittant, produisait des rhumatismes et hydropisies Enfin, les théories les plus opposées sur la génération et la mort s’accordaient à loger l’humidité dans Saturne, l’eau étant le principe générateur dans la physique issue de Thaïes et Textincteur du feu vital dans celle des partisans d’Iléraclite ®.

1. Yoy. ci-après, ch, vu. On s'imaginait tpie ces signes étaient pluvieux, non parce que le Soleil y est en hiver, mais à cause de Saturne, et quand Saturne y était. Comme le Soleil, dit Pline, a dans l’année ses étapes de température diverse, de même les planètes. Igilur [sidéra) in suo quaeque motu naliiram suam exercent, quod manifestum Salurni maxime transilus imhribus faciunl (Plin., II, § lOfi). Summo si frir/ida coda j Stella nocens nigros Saturai accenderet ignés, | Deucalioneos fudisset Aquarius imbres etc. (Lucan., Phars., 1, 645 sqq.). — Quod Saturnus humoris totius et frigoris deus sil (Serv., heorg., 1, 12).— Saturnus deus pluoianan est, unde etiarn senex fingilur ; na7n senes sernper novimus esse gelidos. Hic aiitem in Capi'icoi’no facit gravissimas pluvias, praecipue in Ilalia. — Ut in Scorpione grandines : item in alio fulmina, in alio ventos (Serv., Georg., 1, 336). Ptolémée lui-même s'oublie jusqu’à dire que les étoiles qui sont dans le flot épanché de l'urne du Verseau ont le tempérament de Saturne [Tetrab., I, 9). Il y a, il est vrai, un moyen d associer le sec et l'humide par la gelée : torpere videntur \ Omnia Salxirno; raros ille exprimit ignés \ El siccas hiemes adstriclis perficil midis (Gcrman., Aral. Prognost., fr. III, 24 sqq.) Cf. Pline, II, § 34 [Salurni aulem sidus gelidae ac rigentis esse naturae). L'urne de plomh de Saturne, plena undosae hiemis atque algidi frigoris neenon etiam pruinarum (Martian. Cap., 1, 1/). En un mot, Saturne répond à notre « bonhomme Hiver ».

2. La culmination inférieui'e {IMC — imum medium caelum) est parfois xai TTAoiwv xal ûSaxixwv xôirwv XcpixxTiX'.xo; (Paul. Alex., loi. M 4 v.); Saturne à l’horoscope quibusdam circa aquam dabil aclus (Firmic., 111, 2, 3 Kroll). On voit reparaître dans Saturne, patron des jardiniers, l'ancien dieu chthonicn et agricole.

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