Tetrab
3. Telrah., 1, 8. Ptolémée transporte à son épicycle le symbolisme attaché aux quadrants du Zodiaque (ci-après, tig. 15) et de l'orbite lunaire (ci-dessus, p. 92, 4 et 102, t). Gomme il emploie les termes vulgaires, ivaToX-f, et ouai;, qui signitient proprement lever et coucher diurne, an lieu de è-ivoXf, et xp’jtj;'.; (lever et couclier liéliaque), son texte prête à l’équivoque. C'est un abus souvent signalé par les puristes (Gemin., Iscifiog., 11; Théo Smyrn., p. 136 lliller). Au teuqjs de Ptolémée, d'après ses 'PaTc'.; i-jîAavôiv àïvépwv (ap. Wachsinuth, LycL, ed. 2% pp. 199 sqq.), l’è-iToX-r, s'appelait éwa àva-roVr,, et la xp'j'j/i;, £5-£p[a ûûaiî; les autres phases sont: àxpovj/oî [àvavo)»T,] pour l) £5T:£pta àvavo);T, et iwa Suo-i; pour Ç et . Les astrologues ou astronomes ne s’accordent pas tout à fait sur la distance à laquelle les planètes émergeant des rayons solaires commencent à être visibles en « lever héliaque ». La doctrine la plus ancienne probablement fixait l’écart à 15<> (cf. Schol. Arat., V. 152; Paul. Alex., fol. Fv). Pline admet 11° pour les trois planètes supérieures—eroriwn/wr matutino discedentes parfibus tmnquam amplius underris
112 ClIAP. IV.
les planètes et les types planétaires
Il y a peiiL-clre de la naïveté à discuter avec un astrologue; mais il semble bien que Ptolémée, pour introduire de force sa théorie desépicycles dans les spéculations astrologiques, commet sciemment de grossières erreurs de raisonnement, et je soupçonne que l’envie de déguiser ses paradoxes entre pour quelque chose dans l’obscurité de son langage. Laissons de côté les acolytes du Soleil, Mercure et Vénus, et prenons exemple dans les planètes supérieures, les seules auxquelles s’applique la théorie complète des rétrogradations. Dans la théorie des épicycles, la planète, tournant d’Occident en Orient sur l’épicycle comme sur l orbite qui porte l’épicycle, est au plus loin de la lerre quand elle est sur le môme méridien que le Soleil, « sous l œil du Soleil »
([àoT'r^p] aùyà; - UTca’jyo; - ijTra'JY'i? “ <tuvooi'/.o; - àoav/jÇ - COTIlbuslus
aOsconsus) L Elle est alors « brôlée », et on ne voit pas où elle prendrait cette humidité dont il plaît à Ptolémée de la munir dans le premier quart de sa course. A mesure que le Soleil s’éloigne d’elle et qu’elle se rapproche de la Terre, elle s échauffe, ce qui est au moins surprenant. A partir de son périgée, moment où elle se lève au coucher du Soleil (à-/.pôv’j/o;) , elle commence a se dessécher dans l’humidité de la nuit, et elle se refroidit en allant rejoindre le Soleil, ce qui est proprement inintelligible. L’explication la plus simple de ces paralogismes, c est que Pto lémée a calqué les « phases » de ses planètes sur celles de la Lune, — lesquelles s’adaptent assez bien au symbolisme des quadrants du Zodiaque, — sans remarquer, ou en évitant de faire remarquer que l’assimilation est un démenti donné à la physique. Dans la conjonction (N. L.), la Lune est au-dessous, et non audessus du Soleil; elle est obscure (humide) et non pas « brùl^ ». Elle prend plus d'éclat et l’on peut soutenir qu'elle s’échauffe a mesure qu’elle s’éloigne du Soleil; comme on peut dire quelle se refroidit, puisqu’elle s’obscurcit, en se rauprochant de lui. Transportées aux planètes supérieures, ces expressions deviennent
absurdes.
(Il s 59); Martianus Capella, 12» : inlva duoclecim partes, 7ion ultra partes duodecbn (VIII, 886-887). La visibilité dépcmiant de l’éclat de la P ^ comparé à celui du Soleil, d’aucuns admirent des distances f
15» pour Saturne, 12» pour Jupiter, 8» (?) pour Mars, 8» pour Venus, et p Mercure (Firmic., 11, 9 Kroll). Ces chiffres sont utilisés
vue, dans le calcul de la durée de la vie (ci-après, chap. xu) et paraissent dériver de considérations mystiques plutôt que de 1 observation .,.,bes(») 1. Je ne trouve pas dans nos textes les distinctions faites par les Ara (.) entre le « cœur » du Soleil (conjonction exacte), la « combustion » ( de 16') et « l’œil » ou « rayon » du Soleil (jusqu’à lo“).
STATIONS ET ÜÉTIiOfUIADÂTIONS DES PLANÈTES
Ce n’est pas tout. Ptolémée adirme que l’action de la plaupte est réduite au minimum pendant la rétrogradation, c’est-à-dire au moment où elle est, en fait, le plus près de la Terre. Tout cela sent le placage maladroit, hâtivement fait et caduque. En dépit de Ptolémée et des louables efforts que font ses commentateurs pour le comprendre *, ce hors-d’œuvre n’a pas fait corps avec le reste. C’est ailleurs qu’il faut chercher un motif raisonnable, c’est-à-dire plausible à première vue et en accord suflisant avec le sens commun. La vraie raison, c’est l’imagination qui la four-
1. Nous verrons plus loin (p. 117) qu’on ne s’ontenil même pas toujours sur le sens de « avancer » et « rétrograder ». On ne s’entend pas davantage sur l’effet astrologique des phases. Sur une planète ÜTtauvoç, il y a presque unanimité. A moins qu’elle ne soit >^aij.TïTiVY\ (ci-après, ch. vin), elle est annihilée, impuissante, ce qui est heureux quand il s’agit de Mars (Maneth., 1, 96-99. Firniic., IT, 8 Kroll). Encore y a-t-il exception pour la Lune, qui est exaspérée et funeste en auvôîŒjxô;. D’autre part, on ne veut pas non plus que l’opposition au Soleil (àxpôvu/oî) soit le maximum d’énergie, surtout pour les planètes diurnes, bien que Ptolémée ait placé là le maximum de chaleur. C’est, du reste, une position que ne peuvent atteindre ni Vénus, ni Mercure. Est-il du moins reconnu que toutes les planètes sont puissantes et favorables comme éüoi (ou àvavoMxoi) et en marche directe (itpoaôsTivcot - lîpoTtoôtÇovxe;), affaiblies et défavorables comme sintéptoi (ou ôuxixol) et eu marche rétrograde (àcpaipexixoi - àvairoôiÇovxeç) ? On pouvait avoir là-dessus des scrupules, car cette règle supprime la différence entre planètes diurnes et nocturnes, ou masculines et féminines. Aussi Déinophile écrit ; oî àpffevtxoi lïXavfixat yalpoujtv oxav W51V àvaxoXixol, xal oi 6t,XuxoI oxav wcriv sa-Tzépiot (ap. Porphyr., p. 204). D’abord, il substitue le sexe à l'ai'peaiç; ensuite, je ne sais s’il prend àvaxoTvixoi comme synonyme de iûoi (lever héliaque), pendant naturel de ÉsTîsptot, ou si, au contraire, il emploie àvaxoTiixot dans son sens propre (lever cosmique) et donne à éaTtéptot le sens de 5ux'.xot. Enfin, sur l’effet des stations (xxTipiYgoi), c’est l’anarchie des opinions. En général, le ralentissement et l’arrêt de la planète passent pour une période de moindre efficacité ou d’inertie, surtout la seconde station, terminant une période de rétrogradation et de « sécheresse ». Mais Ptolémée lui-même enseigne que, lors des éclipses, les planètes ajoutent au présage oxav <jxT,piî;ovx£i; {Tetrab., il, 4), et ailleurs (111, 11, p. 345 Junctinus; cf. ci-après, ch. xii) il dit que, si les planètes en deuxième station affaiblissent le corps, les planètes en première station font des corps io/upà xal eüxova. lléphestion met le comble au désarroi en soutenant que les planètes ont une valeur significative dans les stations, et snrtout dans la seconde : é'xaaxOs Ôâ [xwv ào’xspuv] èv xoÏî axTipiyaoïi; OTigaîvet, xal [xâXXov SV xw ôsuxiptp axTipiygip (p. 93 Engelbr.). Le fait est que les astrologues égyptiens, voulant sans doute donner le maximum d’efficacité aux planètes dans les thèmes de géniture que nous possédons, les notent comme étant èv xip p' orxT,piy[j.ü (Papyr. Brit. Mus., CX, lig. 10, 13, 17), xô Ssôxspov uxt,p£î(wv (Pap. eXXX, lig. 119), ou éwoî dvaxoX'.xôî (Pap. CX, lig. 21. Pap. CXXX, lig. 103, 147), swo; âyav (CXXX, lig. 137), ou encore -sp£yetoî (CXXX, lig. 160). Mars, si redoutable à l’état rétrograde, est dit TrpoaxiOon (?) xoî; àpiOaoï; (XCVIll, lig. 25), en marche directe.
nil, l’imagination qui se représente la planète hésitant, ralentissant son mouvement en avant, puis s'arrêtant devant un obstacle invisible, puis reculant lentement, comme à regret, et enfin, comme délivrée de la contrainte, s’élançant de nouveau en avant, avec une rapidité qui est comme une détente de résistance accumulée. On conçoit que l’astre, pendant qu’il subit cette contrainte soit considéré comme affaibli, attristé, ou, s’il est malveillant par nature, plus exaspéré qu’à l’ordinaire et par là-même, quoique affaibli, plus dangereux. Nous ne trouverons pas de meilleure raison, mais nous en trouverons d’autres, ou plutôt des déguisements divers de la même idée, dans les théories sorties des officines philosophiques.
Platon enseignait, d’accord avec le pythagoricien Alcmæon et les « mathématiciens » en général, que les planètes avaient un mouvement propre, contraire à celui de la sphère des fixes, mouvement qui tenait à l’élément moins pur introduit par le Démiurge dans le corps et l’âme des dieux-planètes. Le but du créateur avait été de faire des planètes des instruments propres à mesurer le temps, à scander la durée en périodes ou « années » plus longues et plus variées que la rotation diurne de la sphère étoilée ‘. Il ne s’agit pas là d’un mouvement mécanique S mais d’une marche consciente et voulue, quoique rigoureusement circulaire. Donc, nulle difficulté d’expliquer les rétrogradations, lesquelles sont aussi régulières et aussi voulues que la marche en avant. Les planètes obéissent à la fois, et dans la mesure convenue, à leur tempérament propre, qui les mène à contre-sens
1. Les causes finales sont toujours faciles à trouver. On pouvait dire aussi que le mouvement à rebours des planètes avait pour but de modérer, à la façon d'un frein, celui de la sphère étoilée. Nec rota per gyriim, quain Irudit machina Ohjmpi | Currere sic possit, ni seplem sidéra tricent (Tncert. ap. Poel. lat. min., V, p. 351 Baehrens). Enfin, il restait toujours, du côté de l’agreable, la musique des sphères, quae maxima divis \ Laetitiasl (Varr. Atac., in Poet. Lat. mm., VI, p. 334 Baehrens).
2. Comme Platon a toujours soin de mêler dans ses raisonnements le poui et le contre, il introduit dans le mouvement conscient des astres 1 impulsion mécanique sous le nom d’ ’AvayxT,. Tous les « fuseaux >> tournent « sur es genoux de la Nécessité ... Les Stoïciens appellent généralement le mouvement propre des planètes Trpoaipexix^ [xlv-rjaiî], c’est-à-dire « préféré », « choisi ». Dans la théologie mazdéenne, les planètes sont des êtres malfaisants, re
du mauvais principe, y compris, aux yeux de la secte des Zendiks, le So ei et la Lune. Ces Zendiks les croyaient animées par les sept pires dénions ( msj qu’y avaient emprisonnés les Esprits célestes au service d’Ormazd (E Blochet, UOulama-i Islam in Rev. Hist. Rel., XXXVH, [1898], pp. 29 et 43). C est évidemment l'explication mythique du mouvement à contre-sens des planètes.