REPRÉSENTATION DE LA TERRE : LES PREMIÈRES CARTES GÉOGRAPHIQUES
La Géométrie naquit, dit-on, sur les bords du Nil, du besoin de retrouver les limites des champs sous le limon déposé parle fleuve. Aussi le cadastre égyptien existait dès la plus haute antiquité ; sans doute il comportait quelque représentation géométrique du sol. Peu à peu, on dut figurer des régions de plus en plus étendues, et enfin des pays entiers : on parle d'un Pharaon qui exposa aux yeux de ses sujets une représentation des pays soumis par ses armes.
De même, on a trouvé en Babylonie d'antiques représentations du monde chaldéen.
Les Phéniciens avaient, dit-on, composé des cartes à l'aide desquelles leurs vaisseaux se guidaient jusqu'au delà des Colonnes d'Hercule, et les Grecs seraient parvenus à s'en procurer quelques-unes.
On attribue cependant à Anaximandre la première carte géographique connue, mais qu'il ne fit sans doute qu'étendre ou perfectionner ; quelque carte antérieure, comme la sienne, fut corrigée par Hécatce qui l'accompagna d'un itinéraire du monde, cité par Strabon. Démocrite, de son côté, traçait des cartes ou figures de la Terre.
L'usage de ces cartes se répandit rapidement, comme le prouve un passage des Nuées d'Aristophane : un disciple de Socrate en présente une à Slrepsiade, et l'on peut, par quelqi/es traits de leur dialogue, se
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former une idée assez complète des détails qu'elle figurait :
A — Cela sert à mesurer la Terre.
« — Quoi ! celle que Ton partage après la victoire?
<( — Point du tout; c'est la Terre universelle... ♦< Tiens, voilà tout le tour de la Terre. Le vois-tu? « Voilà Athènes.
« — Que dites-vous donc là ? Je n'en puis rien « croire, car je n'aperçois pas de juges sur leurs sièges.
« — Voilà pourtant tout le territoire de TAttique.
« — En quel endroit sont les Cicynniens, mes « compatriotes ?
« — Les voici, et voilà l'Eubée : comme tu vois, « cette île est d'une grande étendue.
« — Oh! oui : Périclès et vous, vous l'avez, à « force d'impôts, rendue immense en produits. Mais « oii est Lacédémone?
M — La voici.
« — Diantre! elle est bien près de nous : il la « faut éloigner bien vite. »
Il résulte également de ce que rapporte Plutarque, dans la Vie d^Alcibiade^ que les citoyens d'Athènes s'amusaient à tracer les figures des provinces puniques et siciliennes qu'ils se proposaient d'envahir; et aussi qu'on exposait des cartes géographiques représentant la Terre entière.
Ces anciennes cartes n'avaient ni méridiens, ni parallèles, et manquaient de points fixes auxquels on pût rapporter les limites des contrées, les positions relatives des lieux : c'étaient des tableaux bien plutôt que des cartes.
Dicéarque, disciple d'Aristote, imagina comme il suit de remédier aux inconvénients de ce système : ce géographe, qui fut en même temps philosophe, orateur et historien, avait composé, pour l'ensemble de la Terre connue, une carte générale qui fut célèbre dans l'antiquité : à peu près à égale distance des extrémités nord et sud, il y avait tracé une droite
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continue parallèle à l'équateur, divisée en stades à la manière de nos échelles, et qui marquait la longueur ou longitude de la Terre connue. Comme cette ligne partageait la carte en deux, elle reçut le nom de diaphragme; elle correspondait au 36^ parallèle de latitude nord, et passait par Rhodes. En outre, Dicéarque avait tracé une ligne nord-sud, donc perpendiculaire au diaphragme, passant aussi par Rhodes, et pareillement divisée en stades : étendue jusqu'aux limites nord et sud du monde alors connu, elle était moitié à peu près du diaphragme et correspondait à la largeur ou latitude de la Terre.
Au moyen de ce système d'axes de coordonnées, dont on trouve ici le premier exemple, il fut possible de placer toutes les villes, tous les points qui étaient connus, ordinairement par leurs distances, et parfois aussi par leur climat ou latitude. Aussi la carte de Dicéarque eut une précision relative qu'on ne trouvait pas dans les cartes antérieures, et elle resta un type dont on ne s'écarta plus, au moins jusqu'à Hipparque et même jusqu'à Ptolémée.
La carte qui accompagnait la Géographie d'Ératosthène était une reproduction corrigée de celle de Dicéarque : diaphragme et ligne nord-sud se coupant à Rhodes, divisés tous deux en stades et formant ainsi l'échelle de la carte; celle-ci n'était encore qu'un tableau gradué, sur lequel les lieux étaient placés par leurs distances au diaphragme et à sa perpendiculaire, toujours en s'aidant du petit nombre de lati- ^ tudes déterminées soit avec le gnomon, soit par î l'observation du plus long jour de l'année. I Quant à l'emploi des longitudes, il était ignoré i encore, et il faut laisser arriver le temps d'Hipparque pour apprendre à déterminer cette seconde coordonnée qui est restée, encore jusqu'à aujourd'hui, plus difficile à obtenir que la latitude.
Invention des projections.. — Ces caries primi-