REPRÉSENTATION DE LA TERRE
tives n'étaient pas assujetties à un mode régulier de projection, et, par suite, ne pouvaient figurer exactement les positions relatives des divers lieux. On sait, en effet, qu'aucune partie de la surface d'une sphère n'est développable sur un plan; il y a donc nécessairement une déformation quand on veut représenter sur une carte, c'est-à-dire sur un plan, un pays de quelque étendue. De là résulte la nécessité de créer des règles auxquelles on assujettit cette déformation, afin de pouvoir remonter des mesures prises sur la carte à leurs correspondantes sur la surface de la Terre : chaque manière conventionnelle de représenter ainsi la Terre ou ses parties constitue ce qu'on appelle un système de projection^ et le plan sur lequel se fait la représentation est le plan du tableau.
Le système de projection le plus anciennement connu est le système orthogonal dans lequel chaque point de la surface de la sphère est représenté par le pied de la perpendiculaire abaissée de ce point sur le plan du tableau : c'est le plus simple, le plus naturel, et il a été imaginé par Apollonius de Perge.
Hipparque inventa un autre système, celui de la projection stéréographique^ fréquemment employé encore, et qui jouit de propriétés remarquables. On sait que ce service n'est pas le seul qu'Hipparque ait rendu à la Géographie, puisqu'il imagina la détermination astronomique des longitudes ; aussi l'a-t-on appelé avec raison « le père de la véritable Géographie ». Et cette dernière idée apporta dans la construction des cartes générales une simplification énorme, dont on peut se faire une idée en lisant, par exemple dans Strabon, les longues discussions auxquelles on se livrait quand il fallait placer les contrées éloignées. En outre, l'emploi des longitudes, combiné avec celui des latitudes, connu depuis longtemps, allait empêcher l'inévitable accumulation d'erreurs de toutes sortes que comportaient les distances et les directions.
Dès lors, les vrais principes étaient posés, mais l'application en fut extrêmement lente.
Nous ne savons rien des cartes de Marin de Tyr, dont les ouvrages ne nous sont point parvenus.
Quant à Ptolémée, aucune des cartes qui accompagnent ses manuscrits ne paraît être contemporaine du texte. La raison qui en a été donnée c'est que Ptolémée était le guide universel des marins, dont chacun corrigeait dans son exemplaire les erreurs qu^il y apercevait, et, de là, aurait résulté le grand nombre de variantes que Ton trouve dans les manuscrits grecs pour les côtes orientales de la Méditerranée, et dans les manuscrits latins pour les côtes occidentales. Certains manuscrits renfermeraient des cartes du v® siècle, faites par un certain Agathodœmon, qui vivait SOO ans après Ptolémée, et, quant aux cartes qui accompagnent les éditions imprimées, elles furent généralement dressées au xv® siècle.
Les Romains entreprirent de grands travaux géodériques, dont ils avaient senti Timportance pour l'administration de leur vaste empire, mais il nous reste peu de chose de leur immense travail. Par un sénatusconsulte, Jules César ordonna que le monde romain tout entier (ce qui doit s'entendre sans doute des routes seules) serait mesuré par des hommes de la plus grande habileté, doués de tous les genres de savoir; et, en effet, une véritable armée degéodètes et d'arpenteurs fut occupée à cet immense travail, qui dura vingt-cinq ans, et fut peut-être dirigé par Agrippa, gendre d'Auguste, auquel une opération analogue est attribuée. Les noms des principaux chefs du travail nous ont été conservés : Zenodoxus pour rOrient, Theodotus pour le Nord, Polyclîtus pour le Midi et peut-être Didymus pour l'Occident.
D'après Pline, Agrippa voulait consacrer par un monumen-t le souvenir de ce vaste et beau travail : il avait tracé le plan d'un large portique sous lequel il voulait « déployer la carte du monde aux yeux de