REPRÉSENTATION DE LA TERRE
Tunivers ». Mais il mourut sans avoir vu Tachèvement de cette œuvre, et la carte ne nous est point parvenue, ce qui est peu étonnant, puisque la possession des simples itinéraires qui servaient à diriger la marche des armées, était, pour un particulier, un crime de lèse-majesté.
Le fond de cette carte était sans doute un routier général de Tempire; était-il assujetti à des observations astronomiques? les documents sont muets, et cela parait bien peu probable, étant donné l'esprit purement pratique des Romains ; seulement le routier devait être accompagné de renseignements de toutes sortes et qui ne nous sont point parvenus davantage. C'est alors que fut érigée au centre de Rome la colonne militaire, Milliarium aureum^ d'où rayonnaient vers les frontières les grandes voies militaires dont le mesurage venait d'être effectué.
Un des rares vestiges qui nous restent est la carte dite de Peutinger, qui paraît être du iv® siècle, mais recopiée au xm® : les pays et les villes n'y sont point marqués suivant leur position géographique, mais rangés arbitrairement les uns à la suite des autres, de rOuest à l'Est, sans égard aux longitudes et latitudes ; pour le bien montrer, il suffit de dire que cette carte, conservée à Vienne, a 21 pieds de long sur un de large.
Ptolémée put tirer parti des mesures ainsi faites dans toute l'étendue de l'empire romain. Après lui s'ouvre une période où. tout progrès s'arrête et où les documents disparaissent: telle est cette mappemonde de Gharlemagne, gravée sur une table d'argent, et que son petit-flls Lothaire, pendant la guerre contre ses frères, mit en pièces en 842 pour en distribuer les morceaux à ses soldats.
Abandonnée en Occident, laGéographie économique et descriptive fait de grands progrès chez les Arabes, particulièrement en Orient, grâce à l'étendue de leurs conquêtes et de leurs relations commerciales. Mais,
pour la Géographie mathématique, ils la laissent àpeu près telle qu'ils l'avaient reçue des Grecs : leurs latitudes, moins médiocres sans doute, sont encore erronées de 3(y, parfois de 1^, et ils n'apportèrent aucune amélioration à la détermination des longitudes par les éclipses; à la vérité, 500 ans avant les Occidentaux, ils reconnurent certaines erreurs énormes de Ptolémée sur diverses parties de la Méditerranée, mais c'est sans doute grâce à des mesures itinéraires, par l'emploi de cartes marines ou portulans, documents côtiers qui ont toujours été d'une grande exactitude relativement aux détails.
Quant à leurs cartes, rien n'est plus informe que celles qui sont jointes à leurs manuscrits : il n'y a ni projection, ni graduation, et rien n'y rappelle les formes réelles des pays.
Dans l'Europe du Moyen Age on trouve qpelaues mentions sur l'habitude qu'on avait dans les écoies de figurer sous les portiques des cartes, où l'on pouvait étudier les grands traits physiques et la situation des diverses parties du monde.
Après les Croisades, qui préparèrent le grand mouvement de rénovation, la Géographie renaît en Occident, oîi fut alors introduite la connaissance de la boussole; et, au xiv® siècle, on rencontre quelques cartes générales, dans lesquelles d'ailleurs l'influence arabe est manifeste. Puis le nombre des cartes qui nous ont été conservées augmente rapidement au XVI® siècle : certaines y indiquent l'Amérique, même avant la naissance de Christophe Colomb.
Les voyages par terre, vers l'Orient, n'étaient alors ni impossibles, ni très rares, comme le montre celui de Marco Polo en Chine, et de bien d'autres; ils auraient pu donner de précieuses indications sur l'étendue est-ouest de la terre habitable, mais le défaut d'observations astronomiques leur ôtait tout caractère de précision ; d'ailleurs, ce fut peut-être ufic circonstance heureuse, car, on Ta vu, c'est ce qui
heprésentation de la terre 163
avait fait placer si loin en longitude Textrémité de TAsie et décidé Christophe Colomb à tenter par rOuest la recherche d'une rçute pour atteindre les Indes.
Au xv^ siècle les découvertes des Portugais autour de l'Afrique et jusque dans Tlnde, celles des Espagnols en Amérique, donnèrent une vive impulsion à la cartographie, et nous avons encore des cartes nombreuses du xvi® siècle : les contours généraux y sont assez exacts, ainsi que les latitudes, que les instruments nautiques de Tépoque donnaient à un tiers de degré près; mais les longitudes y sont encore fort erronées.
Plus que jamais cependant la connaissance des longitudes était indispensable, puisque les longues navigations de haute mer étaient désormais inévitables ; aussi allons-nous assister à d'innombrables efforts pour résoudre ce problème célèbre.