MESURES DE LA TERRE CHEZ LES MODERNES
même où l'on pouvait penser que Picard avait fixé ce rayon avec précision, une observation mémorable, celle de raccourcissement du pendule à secondes vers Téquateur, allait montrer que le problème est plus complexe, que la Terre n'est pas parfaitement ronde. ■ Au nombre des voyageurs envoyés au loin, sous l'impulsion de l'Académie naissante, se trouvait Richer, qui séjourna à Cayenne en 1672 et 1673. Parmi les questions portées à son programme, se trouvait la détermination de la longueur du pendule à secondes, dont on soupçonnait déjà la variabilité. Voici en entier le passage où il a consigné lui-même cette célèbre observation : « L'une des plus considérables « observations que j'ay faites, est celle de la longueur « du pendule à secondes de temps, laquelle s'est « trouvée plus courte à Caïenne qu'à Paris ; car « la mesme mesure qui avait été marquée en ce K lieu-là sur une verge de fer^ suivant la longueur a qui s'estoit trouvée nécessaire pour faire un pen- <( dule à secondes de temps, ayant esté apportée en « France, et comparée avec celle de Paris, leur « différence a esté trouvée d'une ligne et un quart, « dont celle de Caïenne est moindre que celle de (( Paris, laquelle est de 3 pieds 8 lignes ^1^. Cette « observation a esté réitérée pendant dix mois « eutiers, où il ne s'est point passé de • semaine « qu'elle n'ait esté faite plusieurs fois avec beaucoup ({ de soin. Les vibrations du pendule simple dont on « se servoit, estoient fort petites, et duroient fort sen- « sibles jusques à cinquante-deux minutes de temps, « et ont esté comparées à celles d'une horloge très- « excellente, dont les vibrations marquoient les « secondes de temps ».
Il avait remarqué aussi que son horloge, qui battait la seconde à Paris, retardait à Cayenne de deux minutes par jour.
Cette observation si simple eut des conséquences énormes pour la question de la figure de la Terre :
elle montrait en effet qu'elle n'est point sphérique, et en même temps elle indiquait, pour la détermination de sa forme, une méthode nouvelle et féconde qui a reçu le nom de méthode dynamique, par opposition à la méthode employée jusque-là, et qui est appelée méthode géométrique.
Dès maintenant nous devons suivre séparément ces deux méthodes qui d'ailleurs ne se développèrent point avec la même rapidité.