‹ L'Astronomie, évolution des idées et des méthodesChapitre 5 sur 72 · Z L ASTRONOMIE · texte numérisé non relu

Z L ASTRONOMIE

désir de satisfaire les nécessités ou les commodités de la vie.

Dès les premiers âges de la préhistoire, en effet, l'homme a été forcé de porter son attention sur les phénomènes célestes qui règlent le renouvellement périodique de ses besoins, Tordre de ses occupations, la succession des saisons; la nécessité de diviser le temps imposait à Thomme Tétude du ciel; et c'est pour cela qu'on trouve les premières notions d'Astronomie chez tous les peuples.

Les premières sciences. — L'histoire nous montre FAstronomie mêlée dans son développement à la Géométrie et à la Philosophie : c'est que l'Astronomie n'est pas la science primitive; comme les autres, pour faire le moindre progrès elle exige que l'on sache compter. V Arithmétique est donc la plus ancienne des sciences : le premier berger en avait déjà besoin pour compter ses moutons. Aussi, les peuples les plus sauvages ont tous un système de numération, et il a ordinairement dix pour base, sans doute parce que l'on commence naturellement de compter sur les doigts, comme Aristote le faisait déjà remarquer.

Après la notion de nombre, c'est la notion de figure qui se présente immédiatement : l'enfant et le sauvage savent à peine compter jusqu'à dix, et déjà ils distinguent les corps d'après leur forme; les mots rond^ pointu^... se trouvent dans les vocabulaires des langues les plus primitives, et dès l'âge de la pierre on trouve des figures géométriques assez régulièrement tracées. Après l'Arithmétique, la Géométrie est donc la science la plus ancienne ; et cela doit diminuer notre étonnement de Tétudier encore dans des Flé^ ments codifiés par Euclide, il y a 2.200 ans, et auxquels rien d'essentiel n'a été changé.

L'Astronomie est-elle venue la première après-l'Arithmétique et la Géométrie? on peut en douter;

peut-être a-t-elle été précédée par les systèmes de Philosophie^ car le désir et la puissance de raisonner sont précoces dans Thomme; il n'y a, pour ainsi dire, aucune tribu sauvage qui n'ait élevé quelque système de théologie, de cosmogonie : c'est que le philosophe, comme le mathématicien, crée par sa pensée le premier objet de son étude ; et de là ce lien remarquable que nous voyons entre les philosophes, les géomètres et les astronomes : en Grèce, par exemple, Thaïes, Pythagore, Platon créent les premiers systèmes de philosophie et démontrent les propriétés fondamentales des figures ; en outre, les premiers philosophes sont en même temps les premiers astronomes, non pour les questions qui exigent une longue observation, mais pour les idées qui touchent à la constitution de l'Univers.

Aussi, à défaut d'une histoire écrite, que les anciens ne nous ont pas laissée, sur Torigine de l'Astronomie, nous nous laisserons guider par l'étude des premiers moyens employés pour diviser le temps, et par l'examen des plus anciennes cosmogonies : tels seront les deux fils conducteurs qui nous feront pénétrer au plus haut dans les connaissances astronomiques primitives. Il faut y joindre l'Astrologie, qui, de très bonne heure, avait envahi jusqu'à la vie journalière de certains peuples, et qui exerça une influence énorme sur l'étude du ciel.

Mais, avant toute autre chose, nous devons passer en revue les premières observations que les hommes ont dû faire; et comme la tradition est ordinairement muette, nous nous laisserons guider par l'ordre logique, appuyé autant que possible sur l'Histoire.

Mouvement journalier du Soleil, de la Lune et des étoiles. — Le mouvement du Soleil, du levant au couchant, fut sans doute le premier phénomène céleste qui attira l'attention des hommes; et la même remarque fut bientôt étendue à la Lune et aux étoiles. Le Soleil offrait ainsi le moyen le plus simple de

4 L ASTRONOUIB

diviser la durée; aussi on ne peut douter que les hommes aient compté d'abord par jours ou par nuits. Mais bientôt ce moyen s'est trouvé insuffisant, car le laboureur, le berger même, a besoin de prévoir le retour des saisons, ce qui nécessite une connaissance approximative de la longueur de Tannée. Cette longueur a dû être fournie d'abord par le retour de la saison chaude ou de la saison froide; toutefois, on a reconnu bientôt que ce retour est trop irrégulier; on a donc cherché d'autres phénomènes moins trompeurs; mais avant de trouver ceux qui devaient donner mieux la longueur de Tannée on a dû en noter d'autres plus faciles à remarquer et qui d'ailleurs pouvaient aider aussi à la division du temps : ce furent sans doute les phases de la Lune et le mouvement propre de cet astre.

Phases de la Lune. — Il est presque impossible de ne point s'apercevoir que la Lune se présente successivement en croissant délié, en demi-cercle, en cercle entier, puis qu'inversement, elle repasse par ces diverses formes pour disparaître pendant quelque temps dans la région où se trouve le Soleil ; enfin qu'elle reprend indéfiniment les mêmes aspects successifs : ces diverses formes constituent ce qu'on appelle les phases de la Lune. Tout le monde sait d'ailleurs ce qu'on entend par nouvelle lune, premier quartier, pleine lune, dernier quartier. Ces phénomènes ont été sans doute remarqués par le premier homme qui a jeté les yeux sur le ciel, et il n'a pu tarder beaucoup à s'apercevoir que toujours ils embrassent le même nombre de jours ou de nuits.

Mouvement propre de la Lune. — Jetons les yeux sur les régions du ciel où se trouve la Lune à un jour de distance : on remarque immédiatement qu'elle s'est déplacée parmi les étoiles, en allant de Touest vers Test, en sens contraire du mouvement d'ensemble de tout le ciel. Ca déplacement parmi les

étoiles a reçu le nom de mouvement propre^ et il est surtout frappant quand la Lune se trouve dans le voisinage d'une belle étoile : alors il est aisément sensible au bout d'une heure ou deux, et il peut être remarqué même par un enfant.

Cela constaté, on aura été amené à chercher combien de temps met la Lune à faire le tour du ciel, à revenir soit au Soleil, soit à une même étoile, ce qui a fait donner des noms à ces durées.

Aujourd'hui on appelle révolution synodique de la Lune le temps qu'elle met à revenir à la même position par rapport au Soleil; et révolution sidérale l'intervalle de deux retours consécutifs aune même étoile.

Ces dénominations s'appliquent d'ailleurs à tous les astres mobiles, aux planètes ; et comme — on le verra — le Soleil marche aussi, et dans le même sens que la Lune et les planètes, les révolutions synodiques sont nécessairement plus longues que les révolutions sidérales.

Fixité relative des étoiles. — Sphère céleste.—

Les étoiles gardent les mêmes positions les unes par rapport aux autres : cela se remarque aussi facilement que le mouvement propre de la Lune, mais il faut plus de temps pour le bien constater. Toutefois cette fixité relative a passé très rapidement à l'état de vérité indiscutable, car on trouve admise de toute antiquité la notion d'une voûte solide couvrant le ciel, et à laquelle les étoiles seraient fixées : chez les Égyptiens cette voûte était un plafond d'acier, semé capricieusement de lampes suspendues à des câbles puissants, et qui, éteintes ou invisibles pendant le jour, s'allumaient pendant la nuit. Pour les Chaldéens, la coupole du ciel, appuyée sur une muraille qui entourait la Terre, avait été forgée par Mardouk, d'un métal dur et résistant, dont la surface intérieure s'éclairait brillamment pendant le jour aux rayons du Soleil, tandis que la nuit elle ne présentait plus qu'une surface bleu sombre semée d'étoiles.

b * L ASTRONOMIE

Constel lations. — La fixité relative des étoiles devait conduire immédiatement à distinguer les principaux groupes qu'elles forment, à créer des constellations^ à donner des noms particuliers aux étoiles les plus brillantes. Même on dût, semble-t-il, commencer par nommer les plus belles étoiles et continuer en délimitant les constellations; ensuite on désigna celles-ci par les noms soit des objets terrestres qui leur ressemblaient, soit de personnages plus ou moins allégoriques; en fait, ces deux phases se trouvent confondues, quelque loin que l'on remonte dans le passé des grandes civilisations, ou quelque profondément que Ton pénètre dans les connaissances des sauvages nos contemporains.

La division du ciel en constellations est si naturelle, qu'elle a dû être réalisée d'une manière indépendante chez les divers peuples; mais il semble certain qu'une partie au moins des noms et symboles que nous employons encore pour les désigner sont d'origine babylonienne.

A vrai dire, on n'est encore parvenu à identifier qu'une partie des noms d'étoiles et de constellations qui ont été trouvés sur les tablettes d'argile des Chaldéens;-mais certains des nôtres se trouvent déjà sur des documents antérieurs à la destruction de Ninive. Tels sont Gud-anna^ le Taureau céleste et peut-être plus spécialement les Hyades; — Ur-a, le Lion, avec la belle étoile alors appelée Lugal ou Sarru, c'est-àdire le roi, devenue Régulus; — Gir tab, le Scorpion, qui ne diffère pas du nôtre. Il est incontestable aussi que la fameuse figure du Capricorne se trouve sculptée sur divers monuments babyloniens d'une haute antiquité, comme des xn® et xi^ siècles avant J.-G.

Ainsi, quoique nous ignorions et l'époque et la voie de transmission des constellations zodiacales d'un peuple à l'autre, ainsi que révolution de leurs noms et de leurs symboles, on ne peut douter de leur origine babylonienne.

Les anciens documents égyptiens renferment beaucoup de noms de constellations, et même la preuve que les constellations étaient enfermées dans des figures; mais au lieu d'être localisées dans la région zodiacale, ces constellations appartiennent à toutes les parties du ciel. Elles ne répondent d'ailleurs point à nos constellations : d'après Biot, le Lion égyptien serait composé de petites étoiles appartenant à la Coupe et â l'Hydre; — l'Hippopotame femelle, qui tient enchaînée la Cuisse, placée au pôle, serait notre Dragon, avec un certain nombre d'étoiles appartenant aux constellations environnantes.

En Grèce, diverses constellations furent distinguées de très bonne heure : V Iliade cite les Pléiades, les Hyades et Orion, ainsi que Sirius; V Odyssée mentionne le Bouvier, gardien de l'Ourse : il semble d'ailleurs qu'à cette époque on associait à l'Ourse les autres étoiles de la même région céleste, et on peut supposer que les constellations homériques étaient plus grandes que les nôtres.

C'est un traité d'Eudoxe, versifié par Aratus, qui a fixé pour toujours l'iconographie céleste, car il indique l'attitude de chaque figure ainsi que les parties du corps du personnage ou de l'animal dans lesquelles se trouvent les principales étoiles : c'est le plus ancien document où il faut chercher nos constellations.

Pôles. — Cercles de la sphère. — En présence de cette voûte tournante, on devait chercher Vessieu ou axe autour duquel se fait son mouvement, remarquer sa fixité parmi les étoiles et noter celles qu'il rencontre. On connut donc de très bonne heure quelque étoile polaire, « celle qui ne marche pas », selon la très juste expression des Iroquois. Des documents chinois font remonter cette connaissance à 2.400 ans avant J.-C. Quelques siècles plus tôt, c'est dans le Dragon qu'était l'étoile brillante la plus voisine du pôle, mais son caractère chinois ne désigne pas une polaire j

8 L*ASTR0N0MI1

à cette époque reculée on n'aurait donc pas encore remarqué en Chine Tétoile qui ne marche pas.

De la voûte solide à la sphère, la transition était facile; aussi voyons-nous l'origine de la sphère se confondre avec celle même de l'Astronomie; les Grecs en attribuaient l'invention à Atlas, un des fils d'Uranus.

Ainsi la notion d'axe et de pôles de la sphère céleste esfc extrêmement ancienne. Dans la suite, l'examen de la marche des astres a dû conduire à la notion des cercles (équateur, parallèles, méridiens)^ à moins d'admettre que la pratique du tour, entre les mains du potier par exemple, avait déjà conduit à les considérer.

On sait qu'on appelle équateur céleste un grand cercle de la sphère qui a tous ses points à égale distance des deux pôles. On peut le considérer aussi comme l'intersection de la surface de la sphère par un plan mené par le centre, perpendiculairement à la ligne des pôles. Et les parallèles sont des petits cercles parallèles à l'équateur. Enfin les méridiens ou cercles horaires sont des cercles dont les plans contiennent la ligne des pôles.

Connaissance approchée des points cardinaux. — Orientation des plus anciens monuments. —

La découverte du pôle, la connaissance d'une étoile polaire, eut une importance pratique énorme, et dût se répandre rapidement, à moins qu'un intérêt commercial en ait fait garder le secret. Dès lors, en eff'et, on put se guider avec sécurité dans les longs déplacements, et ainsi eut lieu une des premières et capitales applications de la science des astres à celle des voyages. La connaissance des points cardinaux en dut résulter naturellement; et nous savons qu'elle remonte à une extrême antiquité, car des monuments qui existent encore, plus ou moins ruinés, en portent l'em preinte depuis plus de 60 siècles : ce sont les pyra-

mides d'Egypte et des monuments récemment omis à jour en Chaldée.

D'après le rituel funéraire des Égyptiens, les tombeaux devaient être orientés ; et il en est ainsi, en effet, des pyramides que des pharaons de IV® dynastie firent élever pour protéger leur dernier repos. Or la construction de ces monuments remonte à peu près à 4.000 ans avant J.-C. : ainsi à cette époque on savait déjà s'orienter, même assez exactement. Mais on peut croire que dans la vallée du Nil ces connaissances étaient encore assez récentes, car la pyramide à degrés de Saqqarah, antérieure d'un petit nombre de siècles, est inexactement orientée: Terreur atteint 4^ 35'.

On sait que les pyramides ont leurs faces exposées aux quatre points cardinaux. En Chaldée, ce sont, au contraire, les angles qui sont tournés vers les mêmes points. La ville d'Eridou (aujourd'hui Abou-Sharein), métropole religieuse de la basse Chaldée, possédait un temple dédié au dieu poisson En-Ki, et dont la construction peut être reportée à plus de 3.000 ans avant J.-C; ses ruines, fouillées récemment, présentent des faces regardant non les quatre points cardinaux, mais les quatre directions intermédiaires.

La même orientation a été reconnue dans le palais de Goudéa, à Lagash (aujourd'hui Tello), remontant à la même époque, ainsi que dans les ruines d'Ourouk ou Erech (aujourd'hui Warka).

Ainsi 3.000 ans avant J.-C. les Sumériens de la basse Chaldée savaient déterminer avec précision non seulement les points cardinaux, mais encore les directions intermédiaires. Quanta une orientation approximative, on peut la faire remonter bien plus haut encore, puisque le traité d'Astrologie dont la compilationremonte àSargonI®^(3.800ansav.J.-C.), menlionne déjà les pays du Nord, du Sud, de TEst et de l'Ouest.

Oscillation annuelle des points de lever et de coucher du Soleil. — Solstices. — Le retour de

10 L*ASTB0N01fIB

quelque saison bien marquée, chaude ou froide, a dû faire connaître d'abord une valeur approximative de la durée de Tannée; mais on n'a pu tarder à sentir Tinsuffisance de ce moyen pour fixer les travaux agricoles.

L'homme des champs, pour qui les moments du lever et du coucher du Soleil offrent tant d'importance, s'est vite aperçu que le point de l'horizon où le Soleil se lève ou se couche change constamment.

Examinons ce phénomène plus attentivement. Supposons-nous placés dans la région tempérée de notre hémisphère, en un lieu dégagé. Au printemps, par exemple, notons pendant assez longtemps le point A (fig. 1) de Thorizon où se couche le Soleil,

}for<i

Couchant dhioen CoucfiofU tte/^

Fi6. 1. — Oscillation annuelle des points où se couche le Soleil.

par rapport aux objets que Ton aperçoit, collines, arbres, maisons, etc.

Immédiatement on voit que ce point de coucher s'avance graduellement vers le Nord, d'abord assez rapidement, puis de plus en plus lentement jusqu'à devenir stationnaire en un certain point E. Il rétrograde ensuite vers le Sud à une allure inverse, c'està-dire très lentement d'abord et avec une vitesse croissante qui passe par un maximum, pour diminuer de nouveau jusqu'à un second arrêt H qui se produit en hiver. Dès lors il revient vers le Nord, et ainsi de suite indéfiniment, oscillant sans cesse, mais avec la plus parfaite régularité ; le premier observateur de ce mouvement doit être aussi le premier qui a donné la longueur de Tannée avec une précision suffisante pour les travaux agricoles.

Aux points E, H, le Soleil s'arrête donc {Sol stat)

pour changer de direction; aussi on a donné le nom de solstices aux époques correspondantes de Tannée : celui de la saison chaude, des longs jours, c'est le solstice d'été, tandis que celui de la saison froide, des jours les plus courts, est le solstice d'hiver.

Ce mouvement d'oscillation des points de lever et de coucher du Soleil a dû être remarqué dès une haute antiquité, particulièrement par les Egyptiens et les Chaldéens ; mais nous n'en trouvons pas de mention dans les inscriptions et les écrits que nous possédons de ces peuples. L'indication la plus ancienne est peut être celle qu'on trouve dans V Odyssée pour indiquer la position de Tîle Syria (aujourd'hui Syra, unedesCyclades),versTOuest-Nord-Ouestde celle d'Ortygie (l'île des Cailles, Délos). Homère dit qu'elle est plus au Nord que le tournant du Soleil, xpoiroct tjsX^oio; on voit dans son expression l'origine du mot tropique, nom donné par la suite aux deux cercles parallèles à l'équateur qui limitent la route oblique du Soleil parmi les étoiles, et que le Soleil atteint en effet aux époques de son tournant.

Il est donc probable que c'est par Tobservation des stations des points de lever et de coucher du Soleil qu'on aura d'abord connu avec quelque précision la longueur de Tannée : celui qui aura eu Tidée de compter combien de jours séparent deux solstices d'été successifs ou deux solstices d'hiver, aura vu sans peine que Tintervalle est toujours le même.

Il n'est d'ailleurs pas indispensable de se régler sur les solstices et on peut choisir un moment quelconque, ainsi qu'on Ta fait de très bonne heure ; car, disent les livres sanscrits, pour déterminer la longueur de l'année, il suffit de marquer la direction du Soleil à un certain jour et au moment de soulever ou de son coucher : lorsque cette direction sera redevenue la même, le Soleil marchant dans le même sens, une année se sera écoulée.

On savait même que l'observation est d'autant plus

précise que le jour choisi est plus éloigné des solstices, parce qu'alors le point se déplace plus rapidement.

La connaissance de cette oscillation des points de lever et de coucher du Soleil fît remarquer sans doute que si la Lune présente quelque chose d'analogue, il n'en est pas de même des étoiles ; pour la Lune l'oscillation est plus rapide et plus complexe, tandis que chaque étoile, observée constamment d'un même point, se lève toujours dans la même direction, et se couche de même. Mais pour les étoiles cela se trouve dit pour la première fois par Euclide, dans un ouvrage intitulé Phénomènes, qui doit contenir toutes les connaissances que l'on avait en Grèce 300 ans avant J.-C,

Equinoxes. — Dès que l'on a connu les solstices, avec l'inégale longueur des jours correspondants et le passage graduel des uns aux autres, on a dû concevoir l'existence des equinoxes^ c'est-à-dire des époques de Tannée où le jour et la nuit son égaux; mais on n'avait pas de moyen facile pour en déterminer les moments, car le déplacement du point de coucher du Soleil le long de la ligne EH (fig. 1, p. 10), est complexe, et le moment des equinoxes ne correspond pas à celui où le Soleil se couche au milieu de la longueur EH. Kepler pensait qu'Hipparque avait reconnu les equinoxes à ce que les points de lever et de coucher du Soleil sont diamétralement opposés. Mais cela est contraire à tout ce que dit Ptolémée.

Les Egyptiens avaient à leur disposition un moyen beaucoup plus simple de reconnaître les equinoxes, mais nous ignorons s'ils en ont fait usage; ces moments arrivent en effet quand le Soleil se lève et se couche dans la direction des faces Nord et Sud de leurs pyramides. Et J.-B. Biot, qui attribuait à ce peuple de profondes connaissances astronomiques, voulut mon trer combien la détermination des equinoxes était

facile pour les prêtres égyptiens : sur ses indications, Mariette fît en effet cette observation en 1853, au moyen de la grande pyramide, et trouva le moment de Téquinoxe vernal à moins de 30 heures près, malgré la dégradation actuelle de ce monument, dont les faces et les arêtes sont maintenant fort irrégulières.

En résumé, partout et toujours Talternative des jours et des nuits, la succession des phases de la Lune, le retour des saisons et celui de Tannée, ont dû être l'objet de l'attention et de la réflexion du chasseur, du berger, du laboureur, qui aussitôt ont dû entrevoir là un moyen de favoriser leurs travaux; et c'est ainsi que l'Astronomie prit naissance. Aussi, comme partout les besoins ont été à peu près les mêmes, on doit trouver chez tous les peuples des traces plus ou moins profondes de connaissances astronomiques primitives ; et c'est ce que nous voyons en effet.

Il n'y a doncpas lieu de se demander à quelle époque et en quel pays l'Astronomie a pris naissance. Elle ne fut pas inventée par Atlas, comme le veut la fable classique, ni enseignée à Achille par le centaure Chiron; elle ne fut pas plus inventée parThoth, Bélus, Uranus. .., comme l'ont prétendu les Egyptiens, les Babyloniens, les Atlantes... : chaque peuple l'a créée sous la forme la plus appropriée à ses besoins, à son propre type intellectuel; et les premières notions d'Astronomie doivent être considérées comme le patrimoine commun des primitives générations humaines, au moins de celles qui se sont élevées au-dessus de l'état sauvage.

Quant aux personnages plus ou moins mythologiques auxquels les anciens peuples ont attribué l'invention de l'Astronomie, ils coordonnèrent sans doute les notions qu'ils trouvaient répandues autour d'eux, et en tirèrent soit les premières règles du calendrier, soit les notions cosmologiques plus ou moins déflgu-

rées que Thistoire nous a transmises parfois. Et comme leur science parut extraordinaire, on leur attribua une nature surhumaine, on les divinisa.

D'ailleurs quelque simples et rudimentaires que fussent les notions qu'ils fixaient ainsi, elles n'en constituaient pas moins un commencement de science astronomique : Thomme primitif qui examinait le retour périodique des phases de la Lune ou comptait les jours d'une lunaison, exécutait une opération nettement scientifique et astronomique, au moins au même titre que celle de l'astronome moderne qui détermine la révolution d'une planète ou la période d'une étoile variable.

Ces premières connaissances astronomiques n'ont pas fait chez tous les peuples un égal progrès; et l'étude comparative des points de vue variés sous lesquels a été considérée l'Astronomie, par des nations de caractère et de mentalité si divers, présente un véritable intérêt, à la fois historique et ethnographique. A vrai dire, l'intérêt serait encore beaucoup plus grand si chacun de ces systèmes rudimentaires avait évolué d'une manière logique et naturelle, indépendamment de tous les autres ; mais il en est bien peu qui soient dans ce cas : certains peuples ont eu leur développement naturel brisé violemment, comme il est arrivé en Amérique et en Polynésie; ailleurs le passage des idées primitives à un stade plus complexe et plus perfectionné s'est fait sous l'influence d'une culture supérieure; et, en somme, la science du ciel dans l'antiquité ne présente guère que deux systèmes qui aient pris naissance et se soient développés chez des peuples bien différents et par des moyens à la fois originaux et en grande partie indépendants : ce sont, d'un côté le système astronomique des Chaldéens, révélé surtout par des recherches récentes, et de l'autre celui des Grecs, qui est devenu le nôtre.

Distinction des planètes d'avec les étoiles. — Les étoiles sont fixes les unes par rapport aux autres, sur la sphère céleste. Mais quelques astres qui leur ressemblent, que rien de saillant ne distingue au premier abord, se déplacent plus ou moins parmi les constellations stellaires : les anciens leur ont donné le nom de planètes^ c'est-à-dire d'astres errants.

Ces planètes furent distinguées partout à des époques très anciennes ; du moins il en fut ainsi pour Vénus qui, de tout temps, attira l'attention par son éclat. Elle était déjà connue d'Homère, précédé de beaucoup par les Egyptiens et les Chaldéens : déjà en Chaldée, du temps de Nabuchodonosor I®'' et de Mérodach-Baladan P^(1200àll00av. J.-G.),la Lune, le Soleil et Vénus constituaient une triade astronomique fréquemment représentée; ce qui supposerait même que, dans ses apparitions du matin et du soir, Vénus n'était plus considérée comme deux astres distincts.

Pour les planètes à marche lente, ou pour Mercure qui est difficile à voir, il fallut bien plus de temps pour les reconnaître. Cependant on a retrouvé en Chaldée beaucoup de monuments anciens, surtout des cylindres gravés employés comme sceaux, où Ton rencontre fréquemment des représentations du Soleil, de la Lune et de sept astres mineurs; on a conjecturé que ceux-ci reorésentaient les Pléiades,

16 L*ASTRONOMIB

OU les Hyades, ou les sept étoiles de la Grande Ourse, etc., etc. Mais, étant données les idées astrologiques des Chaldéens, il est plus logique d'y voir les sept planètes, en comptant Vénus et Mercure chacun pour deux, parce qu'à Torigine on n'avait pas reconnu l'identité de Tastre du soir avec celui du matin,

11 est vrai que ces sept astres mineurs sont encore reproduits par la sculpture et la gravure jusque dans les derniers temps de Ninive, ainsi qu^on peut le voir dans les étonnantes scènes de guerre et de chasse d'Assurnazipal, retrouvées dans les ruines de Kalah ; mais c'est sans doute parce qu'on se bornait à copier les anciennes représentations. On connaît d'ailleurs un superbe bas-relief d'Assar-Haddon sur lequel les sept astres mineurs sculptés d'abord furent ensuite réduits à cinq.

En Grèce, les planètes furent distinguées beaucoup plus tard : on attribuait à Pythagore la connaissance de toutes à l'exception de Vénus; et Sénèque dit que Démocrite ne connaissait encore ni leur marche, ni même leur nombre.

Déplacement du Soleil parmi les étoiles. — La

connaissance du mouvement propre de la Lune a dû préparer la découverte d'un mouvement analogue dont le Soleil est animé, et dont la connaissance a été un progrès important. Mais ce mouvement est plus caché que celui de la Lune, parce que la lumière du Soleil empêche de voir les étoiles qui sont dans son voisinage; aussi le mode d'observation doit être changé.

Le soir, par exemple, regardons vers l'horizon, du côté du point où le Soleil vient de disparaître, et notons les belles étoiles qu'on y aperçoit. En répétant cette observation quelques jours de suite, on reconnaît que ces étoiles sont de plus en plus près de leur coucher quand on commence de les apercevoir, comme si elles allaient se plonger lentement dans la

lumière du Soleil; et au bout de quelques jours on ne les voit plus, c'est-à-dire qu'elles ont déjà disparu quand raffaiblissement de la lumière répandue dans l'atmosphère laisse apercevoir les autres étoiles qui sont aussi vers le couchant.

Si ensuite, quelques jours plus tard, mais le matin, on regarde le ciel vers l'Orient, là où le Soleil va se lever, on revoit les mêmes étoiles qui maintenant précèdent le Soleil au lieu de le suivre. Ces étoiles semblent donc avoir passé d'un côté à l'autre du Soleil ; mais comme cela se produit ainsi successivement tout autour du ciel, on en conclut que c'est le Soleil qui se déplace parmi les étoiles. On a reconnu plus tard que ce déplacement se fait suivant un grand cercle oblique à î'équateur, et qui a reçu le nom d*écliptique.

Levers et couchers héliaques. —Cette disparition d'un astre dans les rayons du Soleil a reçu le nom de coucher héliaque; et de même sa réapparition le matin est un lever héliaque ou épitole, comme l'appelle Ptolémée.

Ces levers et couchers, trop vagues par eux-mêmes, ont aujourd'hui disparu de notre Astronomie, mais ils ont joué un grand rôle chez les Anciens, et leurs auteurs les mentionnent très fréquemment, ainsi que d'autres moins connus, comme les levers et couchers cosmiques et acronyques.

Le mouvement propre du Soleil, qui produit les levers et couchers héliaques, a été connu de très bonne heure par les Egyptiens, qui réglaient le commencement de leur année sur le lever héliaque de Sirius : nous verrons qu'on peut faire remonter cette connaissance chez eux aux environs du xxvm* siècle avant J.-C.

Zodiaque. — Les Chaldéens comparaient volontiers les planètes à des moutons capricieux, échappés du troupeau des étoiles pour aller paître au gré de

18 l'astronomib

leur humeur Yagabonde. Cependant on s'aperçut avec le temps qu'elles restent toujours dans une zone peu étendue de part et d'autre de Técliptique, et qui est devenue le zodiaque; nous avons déjà cité quelquesunes des constellations que les Chaldéens y avaient placées. Depuis on a fixé à 16^ la largeur totale de cette zone, dont l'écliptique occupe le milieu.

Longtemps on a revendiqué l'invention du zodiaque pour les Egyptiens; et des textes nombreux semblent la leur accorder. Ainsi Macrobe, au v® siècle, explique en détail comment s'y prirent les Egyptiens pour diviser le zodiaque en douze parties égales au moyen de clepsydres ; mais ce procédé, bon pour Téquateur, ne Test pas pour Técliptique, en raison de son obliquité ; cela prouve seulement que Macrobe était étranger au problème des ascensions obliques, le tourment des astrologues, et dont nous aurons l'occasion de parler. Et les autres textes invoqués appartiennent aussi généralement à des scoliastes de la basse époque, dont les suppositions montrent seulement la naïve ignorance.

Les documents portent plutôt à penser que notre zodiaque vient des Chaldéens, dont les constellations connues avaient été placées dans cette partie du ciel, tandis que les célèbres décans égyptiens, employés dans la vallée du Nil pour régler et subdiviser l'année, ne se trouvent pas systématiquement au voisinage de l'écliptique.

La découverte de zodiaques à Denderah et à Esnéh, lors de l'expédition française de 1798, parut d'abord confirmer les vues de ceux qui, avec Bailly et Dupuis, attribuaient une très haute antiquité au zodiaque égyptien; ces zodiaques, en efi*et, placent l'équinoxe loin .de sa position actuelle. Cette question, portée sur un terrain brûlant, excita les controverses les plus vives jusqu'à ce que Letronne, en 1824, eût montré que ces représentations sont de l'époque romaine et librement tirées du zodiaque grec.

Il semble même que les Egyptiens n'ont pas eu de zodiaque proprement dit, car ils suivaient peu la marche des planètes ; et nous venons de dire que leurs décans, employés pour régler et subdiviser Tannée, ne sont pas pris systématiquement au voisinage de Técliptique.

Au contraire, de très bonne heure on trouve en Chaldée le germe d'un zodiaque dont nous avons cité quelques constellations; mais on n'a pas encore découvert leur série complète.

La position présumée de ces constellations semble indiquer, dans leurs noms, des allusions à la température des parties correspondantes de Tannée solaire. Ainsi, trente siècles avant notre ère Téquinoxe du printemps était dans le Taureau, et le Taureau était le symbole de Mardouk, le Soleil du printemps. De même, les signes qui correspondaient alors à Thiver sont tous aquatiques, à partir du Scorpion, qui correspondait à Téquinoxe d'automne. Ainsi il semble que dès cette époque très reculée on avait en Chaldée une ébauche du zodiaque.

Longtemps après, cette ébauche se trouve plus avancée dans une tablette d'Assurbanipal donnant les étoiles qui, par leurs levers héliaques, indiquaient les commencements des mois et des décades. Cette tablette est divisée en douze secteurs égaux, un pour chaque mois, et son tour circulaire comprend 240 divisions ; aussi faut-il y reconnaître un acheminement vers Tinvention d'un vrai zodiaque, dont l'usage se manifeste chez les Babyloniens à Tépoque de la conquête perse (538 av. J.-C).

Du temps des Sargonides de Ninive (vni* et vnVsiècles av. J.-C), les rapports des astrologues de la Cour donnent les positions de la Lune et des planètes en marquant la constellation où elles se trouvent, en indiquant les étoiles brillantes dont elles sont voisines, mais sans donner de chiffres. On dut sentir le besoin de ramener ce procédé à une forme régulière,

et alors la zone céleste dans laquelle circulent le Soleil, la Lune et les planètes fut divisée en parties égales ou signes au nombre de douze : c'est là ce qui constitue la véritable invention du zodiaque, et on peut la fixer vers 600 avant J.-C. En effet, d'un côté des documents antérieurs à la destruction de Ninive (607 av. J.-C.) présentent déjà quelques tentatives pour réduire à un système uniforme Tensemble des constellations des mois, et de l'autre une tablette de la septième année de Cambyse montre l'usage du zodiaque réduit à une pratique courante : chacun des douze signes porte les noms qui furent employés dans les siècles suivants jusqu'à notre ère, et chaque signe est divisé en trois parties, antérieure, moyenne et postérieure, suivant Tordre de leur lever et de leur coucher; ces subdivisions valaient donc chacune 10^, ce qui permettait de définir la position d'un astre en longitude avec une erreur inférieure à 5*.

Dans ce zodiaque, le premier signe est désigné par la syllabe ku et comprenait le premier des groupes mensuels, />i/-g'an ou le Bélier; et cette disposition fut constamment conservée dans les siècles postérieurs. Ainsi, pour les astronomes babyloniens, le premier point de Técliptique, origine des longitudes, n'était pas mobile comme dans notre Astronomie, mais invariable parmi les étoiles; cela ne peut surprendre, puisqu'ils ne connurent pas la précession des équinoxes, et cette fixité ne présentait pour eux que des avantages.

LesChaldéens employaient les longitudes et les latitudes célestes dans leurs calculs ; mais, dans la pratique des observations, ils rapportent différentiellement l'un à l'autre les astres voisins, appréciant la position de i'écliptique parmi les étoiles et indiquant de combien de coudées et de doigts Tun précède Tautre en longitude, ou se trouve plus boréal ou plus austral. Cela suppose que, pour avoir les positions des mêmes astres, par rapport à Técliptique et à son origine (ce

que nous appelons les positions absolues), on disposait d'une sorte de catalogue d'étoiles fondamentales : grâce aux travaux du P. Epping, nous connaissons environ 30 de ces étoiles et leurs noms babyloniens ; mais on n'a pas encore rencontré de document qui indique leurs positions en longitude et latitude : un tel catalogue devait exister du temps de Cambyse, comme il résulte de la tablette déjà citée, qui est datée de la septième année de son règne.

Les Babyloniens rapportaient donc les astres à l'écliptique; parfois aussi ils en indiquent les positions par rapport à Thorizon, mais ils ne parlent jamais de Téquateur.

Les Grecs paraissent avoir emprunté aux Ghaldéens ridée du zodiaque, ainsi que celle des configurations animales : eux-mêmes reconnaissaient les poissons de TEuphrate dans leur signe des Poissons. Mais, dans la suite, ils rattachèrent toutes ces constellations à leur mythologie jiationale, et rendirent ainsiméconnaissables les caractères exotiques primitifs qui en auraient décelé l'origine. Toutefois, on réclame parfois pour eux la construction de Tanneau zodiacal régulier, géométriquement tracé à travers les constellations, ainsi que la division idéale en douze parties égales : on peut bien leur accorder cette division en douzièmes, qui se retrouve partout, mais les documents aujourd'hui connus montrent que les Babyloniens avaient, de leur côté, créé le zodiaque, et il semble difficile que les Grecs puissent réclamer la priorité. Le zodiaque grec n'a même été complété qu'assez tard : les constellations du Bélier et du Sagittaire furent ajoutées par Cléostrate deTénédos,et celle de la Balance est due probablement à Hipparque.

Quant à la division du zodiaque en 360 parties égales ou degrés, Eudoxe ne la connaissait pas encore, et on la trouve pour la première fois en Grèce dans un traité d'Hypsiclès, qui emploie aussi les minutes elles secondes de degré. Hipparque, peu après,

22 l'astronomib

emploie conslamment cette division, de sorte qu'on le considère comme en ayant le premier fait usage d'une manière abstraite, c'est-à-dire appliquée à un cercle quelconque. Mais cette division est d'origine chaldéenne; même la division de la révolution diurne en 360® de temps se rencontre déjà dans des documents contemporains de Cambyse.

Avant d'employer cette division en 360°, les Grecs estimaient les arcs par leur rapport à la circonférence : c'est ainsi qu'Eratosthèncdit que la distance de l'équateur aux tropiques est égale au côté du pentédécagone, ou 24®.

Marche et périodes des planètes. — Stations et rétrogradations. — Quand on suit la marche d'une planète sur la sphère céleste, on lui voit parcourir une ligne sinueuse telle que ABCDE (fig. 2), toujours

FiG. 2. — Stations et rétrogradations des planètes. ABC DE est la rente de la planète, avec ses stations en C, D. Sa rétrogradation d« C en D. — S S' est la route du Soleil, en écliplique.

voisine de la route S S' du Soleil et passant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Le mouvement, marqué par des flèches, est de même sens général que celui du Soleil, indiqué de même, mais il ne s'effectue pas toujours avec une égale vitesse ; même il change parfois de sens, comme dans la partie BOD de la course de l'astre.

On nomme stations les points B et D où la planète s'arrête pour changer le sens de son mouvement, et rétrogradations les parties CD de sa course où elle marche, en effet, en sens contraire de son mouve-

ment général* en sens contraire de celui du Soleil.

Les Ghaldéens avaient déjà remarqué ce mouvement sinueux des planètes antérieurement à la chute de Ninive, comme le prouve une tablette (K 2894 du British Muséum) tirée des ruines de cette ville et dont le contenu peut se traduire ainsi :

« Mars à sa plus grande puissance devint splen- \ « dide et resta ainsi plusieurs semaines successives ; « puis, pendant autant de semaines il devint rétro- « grade pour reprendre ensuite son cours habituel, « et il parcourut ainsi deux ou trois fois la même « route. La grandeur de la rétrogradation ainsi par- « courue trois fois (deux dans un sens et une dans « Tautre) fut de 20 kasbu (c'est-à-dire 20°). » Et cela est, en effet, exact.

Page 1