ASTRONOMIE ROMAINE
Les sciences furent toujours négligées à Rome, et le tableau des idées et des méthodes astronomiques pourrait laisser ignorer même jusqu'au nom romain : c'est que la considération attachée à Téloquence et aux talents militaires entraînait tous les esprits, de sorte que le culte des sciences n'y présentait aucun avantage. Aussi le calendrier romain primitif offre d'incroyables imperfections, et même les applications les plus utiles de l'Astronomie ne pénétrèrent à Rome que fort tard, comme on a vu pour les cadrans solaires par exemple; aussi César ^ pour réformer le calendrier, dut faire appel à un astronome d'Alexandrie, Sosigène.
Nous ne trouvons donc à Rome que quelques noms à citer, même en glanant chez les poètes et les écrivains qni n'ont parlé qu'accidentellement de l'Astronomie : tels sont Cicéron^ Lucrèce^ Ovide^ Virgile^ Vitruve^ Pline^ Sénèque.
Manilius est un poète qui touche davantage à l'Astronomie, par un poème intitulé Asfronomicon; il rappelle les Phénomènes d^Aratus et il est plus astrologique qu'astronomique. Manilius florissait vers la fin du règne d'Auguste, c'est-à-dire dans les premières années de notre ère, et on ignore s'il est le même que le mathématicien Manlius : celui-ci, au
rapport de Pline, plaça une boule sur Tobélisque du Champ de Mars employé comme gnomon, afin d'avoir une ombre mieux terminée. On a également identifié au Manlius de Pline un Ménélaus.^ dédoublé en un géomètre et un astronome : de ce dernier, Ptolémée cite une conjonction de la Lune avec les étoiles du front du Scorpion. Enfin, comme pour ajouter à la confusion, des auteurs arabes font Tivre à Rome, à la même époque, un Millœus qui aurait composé un catalogue stellaire, celui même que Ptolémée, disent-ils, transporta à la première année du règne d'Antonin par l'addition de 25' à toutes les longitudes.
Il semble que, suivant toute probabilité, il n'y a, au total, que deux personnages distincts, d'un côté le poète Maniliusou le Maniiusde Pline, de l'autre Ménélaus, astronome et géomètre, dont le nom aurait été modifié parles Arabes.
Après les grands auteurs du siècle d'Auguste, le^ niveau littéraire baisse considérablement sans élever celui de la science. On ne trouve à citer que Hygin (second siècle?) dont le Poeticum Astronomicum rappelle les Phénomènes d'Aratus; — Censorin, dont le De die Natali, écrit en 238, donne de précieux détails sur la Chronologie et l'Histoire du Calendrier; — Firmicus Maternus qui vivait du temps de Constantin,^ et a écrit en huit livres un Astronomicon où il n'est question qce d'Astrologie; — Martianus Capella, grammairien latin né en Afrique au cinquième siècle et qui, sous le nom de Satyricon^ a composé une petite encyclopédie en neuf livres quia servi de texte pour l'enseignement dans les écoles du Moyen Age. C'est le huitième livre qui est consacré à l'Astronomie, et il n'est qu'une compilation sans critique, où toutefois on trouve un passage remarquable dans lequel l'auteur dit que les orbites de Mercure et de Vénus ont le Soleil pour centre. Copernic mentionne cette opinion de Capella, qui dit-on, lui suggéra l'idée de son système.
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Macrobe, qui vivait au cinquième siècle, était chambellan de Tempereur Théodose ; il reste de lui un Commentaire sur le songe de Scipion^ de Cicéron, où Ton trouve quelques notions d'Astronomie, et qui peut nous apprendre quelles étaient alors les connaissances à la cour de Rome : on n'y connaissait point les travaux d'Hipparque et de Ptolémée. Macrobe place l'entretien de Scipion et de son aïeul dans la voie lactée, qui nous est présentée comme la route des âmes entre le ciel et la terre.
Au temps pu nous sommes, au cinquième siècle, la fixation de la fête de Pâques était encore un sujet discuté par les églises. A la prière du pape Hilaire, ViCTORius d'Aquitaine, né dit-on à Limoges, s'occupa de prévenir le retour de ces difficultés, et créa le cycle de 19x28=532 ans, qui (en supposant exacte la valeur de Tannée julienne, 365^ 7^, et le cycle de 19 ans de Méton), doit ramener la Lune, et en particulier celle de Pâques, à la même date du mois et au même jour de la semaine. Tel fut le cycle Victorin qui fut adopté par les églises d'Occident et qui se maintint longtemps en France.
Victor avait fait commencer son cycle à la pleine Lune arrivée après la mort de Jésus-Christ, et elle fut l'origine de l'ère qui commençait à la mort du Christ. . Mais Denys le Petit, qui mourut en 540, transporta cette origine à Tannée de la naissance et ainsi s'établit l'ère actuellement en usage dans la majeure partie des pays civilisés. Seulement, par erreur, Denys plaça cette origine deux ans après la vraie naissance du Christ, ce dont Bède s'aperçut le premier.
La période romaine que nous venons de parcourir, et qui n'a jamais eu aucun éclat, se termine à peu près en même temps que la brillante période alexandrine : maintenant, les conquêtes arabes d'un côté, les invasions barbares de l'autre, ne vont laisser deboul
dans le monde gréco-romain, que l'empire byzantm, qui a Constantinople pour capitale, et qui subsista jusqu'en 1453.
Dans cette période d'environ 1.000 ans, qui s'étend de la destruction de l'empire d'Occident (476) à la chute de Constantinople (1453), l'Astronomie est presque complètement négligée à Byzance comme dans tout l'Occident, et les Arabes seuls, à partir du IX' siècle, la cultivent avec succès.