L ASTROLOGIE
calendrier, fondé sur Temploi d'un mois conventionnel, mais il devait se manifester aisément dans le calendrier babylonien, dont la véritable unité fonda-' mentale était le mois lunaire. D'ailleurs cette succession ne se produit pas en tout temps, mais elle a eu lieu ou se produira dans les périodes suivantes :
755 à 432 avant J.-G. — 198 avant J.-C. à 154 après J.-C. — 388 à 711 — 957 à 1391 — 1607 à 1948, etc.
Dans ces conditions, une série étant commencée, de six mois en six mois on devait attendre une éclipse de Lune toutes les fois que la pleine Lune était visible; et si la pleine Lune était alors sous Thorizon ou cachée par les nuages, Téclipse n'était pas observable, mais l'astrologue savait se rendre raison du fait et n'avait aucun motif pour douter qu'elle se fût réellement produite.
On pouvait donc ainsi faire des prévisions à courte échéance qui expliquent bien ce qu'on trouve dans les tablettes.
Quand, de progrès en progrès, on fut parvenu à la prédiction confirmée des éclipses de Lune, les astrologues sentirent assurément quelle puissance morale la nouvelle découverte mettait entre leurs mains; et les gouvernants, si intéressés à connaître les présages longtemps à l'avance, durent augmenter encore les moyens d'action de leurs astrologues. Les observations furent continuées plus systématiquement, on trouva des périodes de plus en plus exactes, on essaya de prévoir les positions des planètes et on vit apparaître des éphémérides perpétuelles; c'était le véritable commencement d'une Astronomie théorique, et l'Astrologie avait puissamment contribué à la faire naître.
Le problème des ascensions obliques.— On connaît le genre de prédictions des Chaldéens : ce sont des pronostics visant à brève échéance les pays, les peuples, le souverain; mais dans les documents signais jusqu'ici nous ne connaissons pas d'applica-
tion à de simples particuliers. Dans la suite, il se forma une branche spéciale de rAstrologie, branche qui se proposait de prévoir par les astres Tavenif de chacun, et qui constitue ce qu'on appelle la génethliologie^ la science des horoscopes. On y admet que toute la vie de chacun dépend de la position des astres au moment de sa naissance (quand on raffina on fit intervenir également le moment de la conception), de sorte qu'avant toute chose il fallait connaître ces positions pour le moment considéré.
On voit sans peine combien une telle croyance dut pousser aux progrès deTAstronomie, car il fallait perfectionner les moyens d'avoir l'heure et arriver à connaître à tout instant la position des astres, ne fût-ce qu'en vue des naissances survenues de jour ou par temps couvert.
Pour l'heure, les anciens employaient sans doute le gnomon, les sabliers, les clepsydes, ou bien on la déterminait par les levers ou couchers des astres; il fallait donc deux opérateurs; du moins Sextus Empiricus, dans une attaque contre les astrologues, suppose à l'œuvre une équipe de deux Chaldéens, dont l'un surveille la naissance, prêt à frapper sur une cymbale pour avertir le confrère placé sur une hauteur.
Le point de départ était Yhoroscope : on appelait ainsi le point du zodiaque, plus exactement de l'écliptique, qui se levait à l'heure même de la naissance. Rigoureusement parlant, ce point n'est pas observable, mais on pouvait le déterminer à peu près, soit directement, soit au moyen de la configuration des étoiles voisines ; souvent on se bornait à noter en bloc le signe zodiacal qui se trouvait à l'horizon, d'où l'expression vulgaire « naître sous tel signe ».
L'horoscope étant connu, il fallait déterminer les autres centres^ et ici on rencontrait une véritable difficulté qui a provoqué les progrès du calcul astronomique. On appelait centres les quatre points de l'écliptique qui, au moment de la naissance, se trouvaient
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deux à rhorizon et deux en culmination supérieure ou inférieure. Ces quatre centres, en allant dans le sens du mouvement diurne, étaient donc :
1*" L'horoscope ou Levant ;
2^ La culmination supérieure ou médium cœlum]
3** Le Couchant;
4*» La culmination inférieure ou imum cœlum.
Nous n'avons pas ici à parler de la vertu des centres, pas plus que des vertus des signes et des planètes, mais seulement à dire comment, Thoroscope étant connu, on déterminait les trois autres centres.
Au premier abord on put croire que ces quatre points sont à 90° Tun de l'autre; mais cela n'a lieu qu'aux instants où les équinoxes sont à l'horizon; en général il n'en est pas ainsi parce que le zodiaque est oblique au méridien; en outre, comme il tourne autour de l'axe du monde, oblique à son plan, certains signes du zodiaque se lèvent plus vite que d'autres, ces mêmes signes descendant au contraire plus lentement lors de leur coucher.
De là un problème qui n'a été bien résolu qu'après l'invention de la Trigonométrie, et qui est intimement lié à un autre dont nous allons parler.
Les pronostics concernant la durée de la vie étaient fondés sur la longueur des arcs du zodiaque en temps, autrement dit sur la vitesse dont ils sont animés par suite du mouvement diurne. Un problème fondamental était donc celui des ascensions (avacpopal) des signes du zodiaque, et pour connaître les durées de ces ascensions il fallait projeter les arcs de l'écliptique sur l'équateur : les durées d'ascension étaient dans le même rapport que ces projections. On le voit, les astrologues babyloniens avaient à résoudre le même problème que les astronomes d'aujourd'hui quand ils transforment les longitudes célestes (ou degrés d'ascension oblique) en arcs de Féquateur (ou d'ascension droite); et ils l'avaient résolu d'une manière originale par le moyen des progressions arithmétiques
souvent utilisées par eux. Cette méthode, retrouvée sur leurs tablettes, et qui est un des traits originaux de leur Astronomie, avait même passé en Grèce par rintermédiaire d'Hypsiclès : Nous verrons en quoi elle consiste. '
D'autres exemples pourraient montrer encore la profonde influence de l'Astrologie sur les progrès de l'Astronomie; mais il ne paraît pas utile d'insister davantage sur ce siyet.
A rorigine, les gommes, à la manière des enfants, prêtaient leurs sentiments à tout ce qui est doué de mouvement, aux animaux en particulier. Et, comme iîs ne connaissaient pas de loi physique naturelle,^ ils attribuaient à des êtres invisibles, capables de vouloir et de raisonner, tout phénomène dont ils ne se sentaient pas eux-mêmes la cause.
Aussi chez les anciens peuples. Egyptiens, Chaldéens, Grecs... tout dans la nature était animé, sinon divinisé ; le ciel, les astres étaient mis en mouvement, pensait~on, par des dieux, assujettis cependant a une sorte de fatalité suprême contre laquelle ils n'osaient s'insurger.
Quant aux moyens par lesquels ces astres-dieux effectuent leurs mouvements, c'est toujours le plus apprécié du pays : une barque en JtLgypte, un char en Chaldée, l'un et l'autre en Grèce.
La Terre, partout* entourée d'une mer mystérieuse, d'un fleuve qui sépare le domaine humain de celui réservé aux dieux, est conçue comme une table plate et allongée par les Egyptiens, plate et ronde par les Grecs, tandis que, pour les Chaldéens, elle va en s'exhaussant des bords vers le centre, qui forme ainsi une montagne où TEuphrate prend sa source.
Sur les bords inaccessibles de la Terre, ou sur de grandes colonnes dont on ne peut approcher, s'ap-
puie la coupole du ciel, toujours supposée de métal, qui réfléchit la lumière solaire pendant le jour et qui, le soir, s'illumine d'innombrables étoiles. A chaque astre est préposé un dieu qui, pensaient les Egyptiens, doit rester éternellement à son poste, sans liberté de s'en éloigner jamais, et sans autre faculté que de remplir à heure fixe la fonction dont il est chargé.
Quant au support commun de la Terre et du ciel, quand il est indiqué, ce sont les eaux éternelles (Chaldéens).
Dès qu'il s'agit d'expliquer les mouventsdes astres, oji trouve plus de diversité.
Mouvements du Soleil. — Explications primitives des éclipses de Soleil. — Le cielchaldéen, d'épaisseur indéfinie, était supposé creusé d'une grande caverne circulaire qui communiquait avec l'intérieur par deux portes, situées l'une à l'Orient, l'autre à l'Occident. Le Soleil, sur un char traîné par des onagres, entrait chaque matin par la porte de l'Orient, montait vers le Midi, puis descendait à la porte d'Occident, par où il pénétrait dans la caverne qui le ramenait pour le lendemain à la porte du Levant : le disque flamboyant aperçu d'ici-bas par les mortels était une des roues du char.
Pour les Égyptiens, le Soleil était porté par une barque qui voguait sur un fleuve céleste; et la nuit il devenait invisible, parce qu'il se trouvait dans la partie du fleuve cachée par les montagnes du Nord. Dans le jour, il montait obliquement de l'Orient vers le Sud, puis redescendait du Sud vers le Couchant, mais en restant plus bas en hiver et montant plus haut en été, ce qu'on expliquait par une comparaison prise du Nil: la barque solaire devait toujours côtoyer, disait-on, sur le fleuve céleste, celle des berges qui
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est la plus voisine des hommes ; or, au moment où ce fleuve débordait, gonflé comme le Nil par la crue annuelle, la barque sortait du lit et se rapprochait de l'iigypte ; puis, au retrait des eaux, la barque se retirait avec elles.
Chez les Grecs, aucun document digne de foi ne permet de remonter au delà de Tépoque d'Homère, qui, entre la Terre et la voûte céleste, place la région de l'air, avec les nuages, et, au-dessus, Véther, qui confine à la voûte. Jupiter et les dieux parcourent à I leur gré le ciel, c'est-à-dire les hautes régions de ^ l'éther ; c'est là, au-dessous de la voûte solide, que les astres se meuvent : l'Aurore, précédée de l'étoile du matin, est suivie du Soleil qui chaque jour sort à l'Orient du fleuve Océan, atteint au milieu du jour le milieu du ciel, puis redescend vers l'Occident où il se plonge dans l'Océan au-dessous de la Terre. Que devient-il pendant la nuit? Ni Homère, ni Hésiode n'en disent rien, mais Eschyle les complète : chaque nuitj il navigue de l'Ouest vers l'Est, dans une coupe d'or, le long du fleuve Océan.
Les Egyptiens primitifs avaient remarqué les éclipses de Soleil et les attribuaient à un dragon : la barque solaire, entraînée par un courant toujours égal, glissait pacifiquement sur le fleuve céleste. Parfois, cependant, Apôpi, serpent gigantesque, analogue à ceux qui se cachent encore dans le Nil, sortait du fond des eaux et se dressait sur le chemin de Râ, le dieu incarné dans le Soleil ; l'équipage alors courait aux armes, engageait la lutte : tant que le combat se prolongeait, les humains voyaient Râ défaillir, et le Soleil disparaissait ; aussi, quoique fort éloignés, ils cherchaient à le secourir, et, pour cela, comme font encore les peuplades sauvages, ils criaient, s'agitaient, frappaient avec vigueur sur tout ce qui pouvait faire grand bruit, afin d'effrayer le monstre : après quelque temps, le Soleil l'emportait et reprenait sa course, tandis qu'Apôpi se recouchait dans l'abime.
Mouvements de la Lune, des planètes, des étoiles.— Explications primitives des phases de la Lune et de ses éclipses. — Les mouvements de la Lune, des planètes et des étoiles s'expliquaient, dans chaque contrée, à peu près comme les mouvements du Soleil. En outre, les Égyptiens avaient essayé d'expliquer les phases de la Lune et ses éclipses.
La Lune, œil gauche du dieu Horus, portée par une barque, voguait sur le même fleuve que le Soleil et passait par les mêmes portes franchies par lui le matin et le soir. Elle avait également ses ennemis, qui la guettaient sans cesse : le crocodile, l'hippopotame, la truie. C'était surtout dans son plein, vers le 15 de chaque mois égyptien, qu'elle courait les plus grands périls : la truie, fondant sur elle, la précipitait dans le fleuve, où elle s'éteignait graduellement, et s'y perdait pendant quelques jours; mais son jumeau, le Soleil, partait à sa recherche et la rapportait à Horus. Ainsi s'expliquaient ses phases, et chacune de ces crises mesurait un mois aux habitants du monde.
Parfois, l'accident était plus grave encore : la truie, profitant d'une distraction des gardiens, avalait gloutonnement la Lune, qui disparaissait rapidement, au lieu de s'aff^aiblir par degrés. Ces éclipses, qui effrayaient les hommes au moins autant que celles de Soleil, ne duraient jamais bien longtemps, caries dieux obligeaient le monstre à vomir l'œil d'Horus avant qu'il l'eût digéré.
Chez les Chaldéens, mais à une époque bien moins reculée, on trouve une explication scientifique des mêmes phases : ils considéraient la Lune comme un disque arrondi, plat et mince, qui se présentait à la Terre tantôt parla tranche (nouvelle lune), tantôt de face (pleine lune) et graduellement dans les positions intermédiaires.
A quelle époque faut-il faire remonter les idées cosmogoniques primitives qui viennent d'être indi-
quées? Comment se sont-elles transformées ensuite? Nous ne pouvons répondre à ces questions que pour les Grecs, chez qui ces idées se modifièrent et prirent une allure plus scientifique avec la première école philosophique, celle d'Ionie, où Ton trouve l'idée d'une explication naturelle et universelle, substituée aux explications partielles et surnaturelles.