‹ L'atavisme chez l'hommeChapitre 20 sur 32 · IV. Appareil circulatoire · texte numérisé non relu

IV. Appareil circulatoire

De la crosse de l'aorte naissent, chez l’homme, trois vaisseaux destinés à la tèle et aux membres supérieurs. Le premier de ces vaisseaux est le tronc brachio-céphalique : il se divise de bonne heure en deux branches, l'artère sous-elavière en dehors, l'artère carotide primitive en dedans. On peut donc, dans une certaine mesure, considérer le tronc brachio-céphalique comme provenant de la coalescence de l'artère sous-clavière droite avec l'artère carotide primitive droite. À gauche, cette coalescence ne se produit point : aussi voit-on l'artère carotide primitive et l'artère sousclavière naître chacune directement de la crosse de l'aorte. Broca a imaginé de représenter cette disposition par la formule 241 + 1 —%, formule qui s'applique indifféremment à l’homme, au gorille et au chimpanzé.

Chez l’orang, les gibbons, les pithéciens, les cébiens, les lémuriens et les carnassiers, la formule devient 5 + 1 = #4, c'està-dire que l'artère sous-clavière gauche prend naissance isolément sur la crosse de l'aorte, tandis que la sous-clavière droite et les deux carotides primitives naissent par un tronc commun.

Broca faisait remarquer que la différence entre ces deux types n’est pas très grande, car, chez l’homme, l'origine de la caroude gauche n’est séparée que par un petit intervalle de celle du tronc brachio-céphalique. Il suffit que cet intervalle disparaisse pour que les deux vaisseaux se fusionnent, en d’autres termes, pour que de la formule 2 + 1 +1 —%4, on passe à la formule 5 + 1 = 4.

Mais si la différence est faible, au point de vue strictement anatomique, elle est au contraire de la plus haute importance au point de vue physiologique. Le mode d’origine des artères qui se séparent de la crosse de l'aorte est en effet manifestement en rapport avec la marche. Cela demande explication.

1. G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, 2° édition, IV, 2° partie, p. 629. 2. L'obligation de remettre notre manuscrit à jour fixe, jointe au peu de loisirs que nous laissait notre cours de la Faculté de médecine, nous a contraint d’écourter plus

que de raison les chapitres relatifs aux appareils circulatoire et respiratoire, et à passer totalement sous silence le système nerveux central.

Chez les quadrupèdes, le thorax est très étroit dans le sens transversal, très allongé au contraire dans le sens dorso-ventral ; il en résulte que la crosse aortique décrit une courbe peu étendue, en sorte que la carotide gauche se fusionne avec le tronc brachiocéphalique. Chez les bipèdes, les dimensions du thorax présentent une disposition inverse : le diamètre transversal l'emporte sur le diamètre dorso-ventral, c’est-à-dire que la poitrine s’élargit et s’aplatit tout à la fois. Grâce à cette conformation particulière de la cage thoracique, la crosse de l’aorte a plus d’ampleur et la carolide gauche peut se séparer du tronc brachio-céphalique, pour naître isolément sur l'aorte.

Il s'ensuit que, si chez un bipède, on voit les vaisseaux se séparer de la crosse aortique suivant le mode des quadrupèdes, des pithéciens, par exemple, cette disposition sera l’indice d’un état quadrupède antérieur. Or, telle est la règle constante chez les gibbons, qui sont, sans contredit, les moins bipèdes des anthropoides. Tel est encore le cas chez l’orang, bien que, à proprement parler, on observe chez cet animal une sorte de transition, un état intermédiaire entre celui des vrais quadrupèdes et celui des bipèdes véritables : la carotide gauche naît en effet exactement dans l’angle que forme le trone brachio-céphalique et la crosse de l'aorte.

On a vu dans plus d’une circonstance les artères qui naissent de la crosse aortique se disposer, chez l’homme, suivant la formule 5 + 1=— #4. Tel était le cas, par exemplé, pour la jeune fille zouloue disséquée par Chudzinski et dont Broca nous a laissé l’observation”. Les conséquences qu’entraine une semblable disposition ne nous semblent pas douteuses; en raison des considérations qui précèdent, nous n'hésitons pas à y voir un dernier reflet de l’état dans lequel les précurseurs de l’homme étaient encore de simples quadrupèdes, à thorax comprimé latéralement.

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