Homme. ©: Normaux
Depuis la publication du mémoire d’Albrecht, notre ami le DL. Manouvrier à pu constater l'existence du basiotique sur différentes pièces du musée Broca, et nous avons pu nous-mêmes faire des observations semblables sur certains crânes du musée Dupuytren, notamment sur les crânes 51 À et 51 C. Enfin, Lanzi' a décrit et figuré le même os sur un crâne de vieux Péruvien du musée d'anthropologie de Florence.
Quelle est la signification du basiotique et est-1l bien légitime de faire intervenir cel os au cours d’une étude sur l’atavisme considéré chez l’homme ?
L'anatomie comparée et lembryologie s'accordent à démontrer l'exactitude de la théorie vertébrale du crâne : on discute bien encore, à l’heure présente, sur des questions secondaires, mais les grands faits sont désormais acquis. On ne saurait nier que les centres nerveux encéphaliques, à l'instar des centres médullaires, sont enfermés dans une boite osseuse formée de pièces ayant la signification de vertèbres. Or, comme nous l'avons dit, la découverte du basiotique vient tout à la fois confirmer d’une façon
1. Gr. Lanzi, Di una interessante anomalia dell'osso occipilale umano. Archivio per l'antropologia, XIV, p. 13, 1884.
L'ATAVISME CHLZ L'HOMME. 435
éclatante la théorie vertébrale des crânes et jeter une vive clarté sur certains point obscurs.
Ces sérieuses considérations, rapprochées de la constance remarquable de forme et de rapports que présente le basiotique, étaient déjà suffisantes pour nous faire admettre que cet os rentre bien, en tant que pièce distincte, dans le plan du crâne primordial, et pour nous faire attribuer à sa présence la valeur d’un fait de réversion. Gette opinion trouve une frappante confirmation dans un récent travail de M. le D' V. Lemoine.
On connaît les remarquables recherches de ce savant ; on sait avec quel talent il travaille à la restauration de la faune éocène du conglomérat de Cernay. Dernièrement encore, il publiait une belle monographie des reptiles du genre Simæœdosaure ‘, monographie qui mérite de fixer notre attention.
Chez ces reptiles, la région crânienne inférieure présente, en effet, une constitution des plus remarquables. « Des quatre pièces constituantes de l'occipital, dit M. Lemoine, nous avons recueilli un basi-occipital bien curieux, en ce qu’il se dédouble en une partie postérieure en connexion normale avec l ex-occipital et le susoccipital et en une portion antérieure qui affecte des rapports tout spéciaux avec deux des pièces constituantes de la capsule auditive, à savoir l’opisthotique et l’épiotique. Il y aurait done là deux segments crâniens bien distincts, lun qui pourra conserver le nom de segment occipital, l’autre qui à cause de sa situation pourra recevoir le nom de segment inter-occipito-sphénoïdal.
Il est évident que l’inter-occipito-sphénoïdal de Lemoine est identique au basiotique d’Albrecht. Sans avoir eu connaissance des travaux de ce dernier auteur, M. Lemoine considère également le nouvel os qu’il a découvert de son côté comme le centre d’une seconde vertèbre crânienne, interposée entre la première ou occipitale et la troisième (autrefois deuxième) ou post-sphénoïdale,
La basiotique fait donc partie intégrante de la base du crâne normal du simædosaure : 101, il a bien la signification d’un os distinet. Cette remarquable disposition vient confirmer l'opinion que nous émettions plus haut et démontrer que la présence de cet os chez l’homme est une simple anomalie réversive.
Dans les traités d'anatomie humaine, on décrit sous le nom de
4. N. Lemoine, Étude sur les caractères génériques du Simædosaure, replile nouveau de la faune cernaysienne des environs de Reims. Reims, in-8 de 58 p., 1885. REVUE D'ANTHROPOLOGIE, 2° SÉRIE, 7. VIIL. 98
crêle occipitale interne une saillie longitudinale médiane qui sépare l’une de l'autre les deux fosses cérébelleuses. Cette saillie s'insinue entre les deux hémisphères cérébelleux et marche pour ainsi dire à la rencontre du vermis, celui-ci demeurant petit et peu saillant, En 1871, le professeur C. Lombroso, de Turin, en faisant l’autopsie d’un criminel, remarqua que la face interne de l'occipital présentait une dépression à l'endroit même où eût dû se montrer la crête en question‘ ; cette dépression médiane était du reste séparée de part et d'autre de la fosse cérébelleuse par une proéminence bien nelte. On pouvait constater en même temps que le vermis avait acquis une taille exceptionnelle : très développé et très proéminent, il avait refoulé l’occipital de manière à creuser une excavalion entre les deux fosses cérébelleuses. En raison de ces faits, Albrecht® propose de donner le nom de fossette vermienne à celte excavation.
L'’anatomie comparée nous démontre que la fossette vermienne existe chez lous les mammifères, et souvent développée d’une façon considérable, sauf chez le gorille, l’orang et le chimpanzé. Comme chez l’homme, l’occipital de ces anthropoïdes est en effet ou plat ou muni d’une crête sur la ligne médiane de sa face interne ; les gibbons présentent au contraire une fossette de grandes dimensions.
Ces faits nous autorisent à conclure que les cas où la fossette vermienne se rencontre chez l’homme sont des cas de réversion. Des considérations diverses viennent à l'appui de cette manière de voir : dans les races supérieures, la fossette vermienne, autant qu'on à pu en juger jusqu'à présent, est plus fréquente chez les individus mal développés, soit physiquement (monstres atteints de bec-de-lièvre et gueule-de-loup), soit moralement (criminels). Les races inférieures la présentent plus souvent que les supérieures : sur les’ crânes d’Aymaras, on l’observe environ 40 fois sur 100, d’où le nom de ossette aymarienne du crdne sous lequel on avait voulu la désigner, avant que son existence constante dans la classe des mammifères n’eût été signalée.
Ajoutons que nous avons pu constater sa présence sur cerlaines
1. C.Lorabroso, Ésistenza diuna fossa occipitale mediana nel cranio diun delinquente. Rendiconti del r. Istituto lombardo (3), IV, 1871. — Archivio d’antropologia e d’etnologia, I, p. 65, 1871.
2. P. Albrecht, Sur La fosselle vermienne du crâne des mammifères. Bulletin de la Société d'anthropologie de Bruxelles, p. 138, 1884.
pièces du musée Dupuytren, par exemple, sur le crâne n° 49, et sur le crâne du supplicié Campi.