‹ L'atelier d'Ingres;Chapitre 5 sur 15 · L'EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

L'EXPOSITION DE

nous mettons quatre (et il faisait semblant de la soulever, en se relevant comme un homme essoufflé), et nous ne pouvons pas. »

Cela me rappelait Homère disant déjà des pierres que lançait Diomède :

« Le fils de Tydée prend dans sa forte main une pierre d'un poids énorme, telle que deux hommes de ceux qui maintenant respirent ne pourraient la porter; seul, il la soulève... »

Je ne sais comment cette idée me revint quand je voulus faire une étude peinte ; toujours est-il que j'imaginai un jeune berger prêt à se baigner, et découvrant sur le bord du ruisseau un basrelief antique, qu'il regarde avec admiration.

J'éprouvai plus que jamais le désappointement dont j'ai déjà parlé, à l'aspect de ma petite figure, perchée très-haut, et dont la dimension était amoindrie par le voisinage d'une figure colossale peinte par Ziegler. Je ne puis me rappeler sans sourire l'espèce de colère que mon camarade me témoigna de ce voisinage : « Votre figure rend la mienne ridiculement grosse, me dit-il. )) Il ne s'occupait pas le moins du monde du tort que la sienne pouvait me faire. Ces explosions d'égoïsme étaient si naturelles, si franches, qu'il n'y avait pas moyen de les lui reprocher. Au changement qui eut lieu au bout d'un mois, je me trouvai placé dans le grand salon.

au-dessus de la porte d'entrée, fort près, par conséquent, de la. Jeanne Grey. La foule, qui se portait toujours de ce côté, me permettait souvent d'entendre, sans être vu, les quelques observations qu'inspirait mon pauvre tableau. Un jour, un gros monsieur à lunettes d'or demanda, près de moi, à son fils qui tenait le livret: « De qui est ce jeune berger ?

— D'un élève d'Ingres, répondit le jeune homme, en me nommant.

— Ah ! d'un élève d'Ingres ! c'est étonnant ! » Et tournant les yeux du côté du Saint Symphorien: « Son maître muscle... Il ne muscle pas, lui... Il musclera plus tard, ajouta-t-il, » pensant probablement que mon éducation n'était pas achevée dans ce sens.

Un autre jour, madame de Girardin arrive chez ma sœur, et du pas de la porte :

« Tu sais, lui dit-elle, comment j'appelle le tableau d'Amaury? Le poulet au cresson.

— Et de ces poulets qui font renvoyer une cuisinière, » ajouta madame Gabriac, sa cousine, qui était là ; et nous tous de rire.

Ah ! que tout cela était gai et charmant! Quels souvenirs aimables me rappelle le nom de cette femme si admirablement douée, et que son esprit peut-être a empêchée d'avoir du génie. Que de saillies plus amusantes les unes que les au-

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