LES JOURS HEUREUX
clé de sa porte accolée à la mienne. Ces mœurs naïves m’encliantaient ; cette inno» cence profonde , cette vie indécise , mais pure, ce départ en l’air, qui me faisait une crainte à côté d’une joie, comme aux enfans qui cueillent les fleurs au bord de nos fortifications pleines d’eau; je ne vous dirai pas précisément ce qui me berçait dans ce vague détachement de mon sort, mais, je voudrais n’avoir jamais changé d’atmosphère ; car l’air que j’ai bu durant ces trois années, n’était pas le même qui m’a nourri plus tard : je clandestinais l’existence ; c’était comme le lait pur qui coule aux lèvres d’un enfant à moitié endormi. Mon Dieu! que i’étais bien! Ma mère me disait quelquefois, mais a voix basse, comme une mère qui parle de départ: — Mon fils! quand donc vous en allez-vous à Rome? — Je répondais , le plus long-temps après que
je pouvais : — Ma mère ! certainement.... bientôt : mais que voulez-vous!... — Je sens bien cela , répliquait ma pauvre mère convaincue ; et je gagnais trois mois!
Un jour aussi, mon frère ayant ruminé
long-temps un discours ferme et ravivé son courage, vint me dire, la tête montée : — Eh bien ! Constant , votre voyage de Rome? car enfin , le temps coule ; les autres vont revenir , peut-être ; et vous êtes l'a! Convenez que c’est terrible pour ceux qui vous aiment : bref, quand donc ? — Mais, ce n’est pas douteux, mon frère, répondais-je encore 5 croyez-vous que je ne le sache pas? puisque je le disais a ma mère, l’autre fois 5 demandez-lui ? Je le sens d’une manière impérieuse ; assurez-le bien a votre femme : mais j’ai des portraits d’amis h finir ; vous sentez que je ne peux couronner par un froid procédé, l’accueil délicieux que