EXAGÉRATIONS
jamais clans le domaine du vulgaire; car alors toute l'habileté de nos magistrats n'arriverait pas toujours à en saisir et à en réprimer les abus. Telle est mon opinion éclairée par l'expérience; et je me souviens qu'à l'époque où je m'en occupais, sous la direction d'un homme aimable et bon, M. Beaumont de Brivoisac, intendant civil à Bône (Afrique) , je fus sévèrement tancé par le Dr Fleury, mon premier maître et mon bienfaiteur, homme essentiellemen t sévère, probe et d'ailleurs très-peu crédule. Lui ayant raconté ce que j'avais vu ou fait à Bône, j'en reçus la réponse suivante , faite avec le ton rude et cassant qui lui était familier : « Monsieur, votre imagination trop vive vous a déjà fait donner dans le saint-simonisme : on peut à la rigueur embrasser cette utopie sans cesser d'être honnête; mais si vous tenez à conserver votre propre estime , prenez garde à la pratique du magnétisme. » Cet avis me fut donné en 1834 (je n'avais guère alors que 24 ans), je ne l'ai jamais oubhé depuis, sans doute parce que j'en ai reconnu maintes fois la justesse.
Mais, en dehors de cette question si controversée du magnétisme animal, qu'il m'a été donné, je le répète, d'approfondir, et dont je suis heureux de ne plus m'occuperdu tout, si ce n'est en conversation, il en est une autre qui se rattache trop directement au sujet que je traite dans ce livre, pour que je puisse la passer sous silence : je veux parler du spiritisme, renouvelé des temps anciens, du moyen-âge surtout, qui à notre époque afait tant de dupes, produit tant de consomptions, de foHes. d'affections convulsives, et dont on s'est particulièrement occupé dans certaines contrées, par exemple aux États-Unis, car la race ariglo-saxonne, sans contredit la plus positive, la moins
DE l'idée SPIRITUALISTE. 375
crédule de toutes à diflFérents points de vue, semble posséder des aptitudes spéciales pour le surnaturel et le merveilleux.
Bien que la vogue dont jouissait naguère le spiritisme soit définitivement arrivée à sa fin, malgré les prodiges opérés par les Home, les frères Dawenport, les Squire, les Harris, etc., il m'a semblé que je devais jeter un coup d'œil rapide sur une matière qui, je le répète, a sa place marquée dans cet ouvrage, dont n'ont pas dédaigné de s'occuper des bommes tels que le P. Ventura, le vénérable professeur Lordat (de Montpellier) , MM. deGasparin et de Saulcy, etc. , et sur laquelle enfin M. le marquis de MirviUe a publié un livre remarquable qui témoigne à la fois de son talent, de ses sentiments religieux, de ses bonnes intentions, mais, il faut bien le dire aussi, de sa robuste crédulité.
Le spiritisme, je l'ai déjà fait remarquer, est une des plus anciemies vieilleries que mentionnent les annales de 1 humanité : c'est tout simplement la magie, la kabale la gnose des siècles passés ; cette science occulte que cultivèrent successivement les mages, certaines sectes juives les templiers, les albigeois, etc. Aujourd'hui comme jadi^ elle se donne pour mission : d'eœpliqy.er tout ce nui est inexplicable, de dévoiler tous les secrets de la nature et surtout ceux de Dieu, qui en est l'artisan; d'établir l'eris tence des esprits purs non incorporés, la possibilité de l'évo cation des âmes des morts, et partant, de nos relations avec le monde i^isiUe que la volonté suprême nous dérobe et nous ferme. Par lui, l'attention des philosophes a été ra
cellene du moyen-age, qui conduisit à la fois tant de
savants et d'imbéciles au bûcher ; sur les apparitions qui se produiraient encore de nos jours dans certains pays ou certains lieux que l'on suppose hantés, privilégiés par les esprits,. tels par exemple que l'Ecosse, la Suède, l'Ârmorique, les archipels nébuleux de la mer du Nord ; sur le prétendu don de seconde vue ; sur la mission de Jeanne d'Arc, les miracles du diacre Paris, les visions d'Antoinette Bourignon' , les trembleurs des Gévennes, etc. ; en un mot, sur cette multitude de faits, d'événements , qu'on qualifie de surnaturels , par ce seul motif qu'on ne peut remonter clairement jusqu'à leurs causes naturelles.
Avant d'entamer mon appréciation du spiritisme, je vais en faire une courte histoire , car c'est toujours ainsi qu'il faut procéder lorsqu'on veut faire connaître le fond des choses.
Lexviiie siècle, siècle positif et sceptique, s'était ouvert, avait commencé son œuvre, et avait eu raison sans peine
1 Antoinette Bourignon, qui fut contemporaine de Louis XIV. joignit à une laideur si affreuse qu'on mit en question à sa naissance si on ne Tétoufferait pas comme un monstre , l'exaltation intellectuelle propre aux illuminés et aux thaumaturges les plus absurdes ; elle ne voyait jamais autour d'elle que sorciers, mauvais esprits, âmes de trépassrâ, et prétendait avoir journellement des conversations familières avec Dieu. Bayle s'est beaucoup égayé à ses dépens . en rapportant qu'ayant fait la connaissance d'un M de Cort, qui lui était très- sympathique par le fait de la conformité de leurs idées elle affirma l'avoir enfanté spirituellement {sic) -, et que pendant cet enfintement, elle avait éprouvé des douleurs absolument semblables à celles qu'éprouvent les femmes lorsqu'elles mettent les enfants au monde. Cette seule circonstance donne une idée de l'excentricité ou de la fohe d'Antoinette Bourignon, qui cependant lit école, tenta une réforme religieuse, lit des miracles, eut des disciples, et passa aux yeux de ces derniers pour une inspirée-, tandis que d'autres , plus ridicules encore, la regardèrent comme une sorcière ; elle ne fut, de toute évidence, qu'une monoman mystique.
de la magie, des sorciers, des revenants, etc.; mais au moment même où le mysticisme, l'illuminisme, la thaumaturgie, tombaient sous les sarcasmes de Voltaire et de son école, un savant de premier ordre, homme d'ailleurs honnête , pieux , bien intentionné , le comte suédois de Swedenborg, les rappelait en quelque sorte à la vie, comme pour réfuter le fameux vers si connu :
C'est du Nord maintenant que nous vient la lumière.
JFils d'un évêque luthérien, le célèbre théosophe, ou plutôt cet. étrange visionnaire, était parvenu par son seul mérite à une très-haute position sociale, lorsque, abandonnant tout à coup ses études, ses emplois, et rompant complètement avec le monde où il avait brillé, il annonça qu'il était entré en relation avec Dieu, les anges, les démons, les trépassés, et qu'il avait avec eux des entretiens importants, dont il était appelé à faire profiter l'humanité. Pour tout dire en un mot, Swedenborg échangea subitement sa position d'académicien et de savant contre celle de médium .
Bientôt, son exaltation étant parvenue à son apogée, il se mit à revoir et à corriger les livres de Moïse, spécialement la Genèse, qu'il arrangea tout à fait à sa guise, et présenta un nouveau système de création. D'après lui, ou si l'on veut d'après Dieu et Jésus-Christ, sous la dictée desquels il écrivait, il existerait deux mondes, le matériel et le spirituel, qui, chose étrange ! ne diffèrent pourtant pas l'un de l'autre sous le rapport des prérogatives, des institutions, etc., parce que l'Eternel dans sa justice les a traités avec une égale tendresse. Ainsi, par exemple, dans le monde spirituel ou invisible il existe un soleil, un ciel, une terre, des mers, enfin tout ce que nous voyons ici-bas,
et ses habitants, en dépit de leur spiritualité, jouissent comme nous de la faculté de perpétuer leur espèce par le mariage.
Les opinions de Swedenborg sur la nature de l'homme, sur son dynamisme spécial, sont beaucoup moins excentriques , et je dirai même qu'en y regardant de près, leur caractère vitaliste, barthézien, devient évident, en dépit de l'obscurité mystique dont il semble avoir pris à cœur de les entourer en les énonçant, et qui par suite fournit matière à des interprétations variées. Du reste, je crois superflu d'entrer ici dans aucun détail à ce sujet, et il doit me suffire de rapporter la proposition anthropologique capitale de Swedenborg : « L'homme, dit-il, est composé de trois choses : du corps, de l'âme, et du soi-même, qui naît de l'union du corps et de l'âme ». Mais qu'est-ce que ce 'soi-même, cet homme proprement dit ? Est-ce une âme numéro deux ou le principe vital tel que je l'entends; ou bien ce dernier, d'après le savant visionnaire suédois, estil inhérent à la matière? Voilà des questions qu'il ne prend pas la peine de résoudre, et qui doivent avoir peu d'importance aux yeux d'un prophète, d'un inspiré, qui jouit toujours du privilège d'affirmer que telle chose est parce qu'il en a reçu la révélation.
La première vision de Swedenborg eut lieu à Londres, où il se trouvait pour ses affaires, en 1743, à la suite d'un dîner copieux et sans doute fortement arrosé de porter et autres boissons fermentées ou spiritueuses, dont ne se font pas faute les gens du Nord.
«Il était un peu tard, et je mangeais de grand appétit, dit-il, lorsqu'à la fin de mon repas m'aperçus qu'une espèce de brouillard se répandait sur mes yeux, et que le
plancher de ma chambre était couvert de reptiles hideux. Bientôt ils disparurent, les ténèbres se dissipèrent, et je vis clairement , au milieu d'une lumière éclatante , un homme assis dans le coin de ma chambre, qui me dit d'une voix terrible : Ne mange pas ! A ces mots ma vue s'obscurcit; elle s'éclaircit ensuite peu à peu, et je me trouvai seul ; la nuit suivante, le même homme, rayonnant de lumière , se présente à moi et me dit : « Moi , le Seigneur, créateur et rédempteur, je t'ai choisi pour eœpliquel- aux hommes le sens intérieur et spirituel des Écritwes sacrées; je te dicterai, et tu écriras. »
Dryden a dit, on le sait, que les hommes de génie et les monomanes se tiennent par la main, c'est-à-dire de trèsprès ; mais cette parole, que l'on répète si souvent et dont on a tant abusé pour faire planer des soupçons de folie sur tant d'hommes éminents, notamment sur Socrate, je me garderai bien de la faire valoir ici à propos de Swedenborg, d'autant plus que je n'admets pas le principe, essentiellement faux , qu'elle tend à consacrer ; loin de là, après avoir fait la part de la haute érudition, du. profond savoir, de la douceur, de la bonté, de la charité, en un mot de toutes les qualités appréciables qui distinguèrent l'initiateur du spiritisme, je n'hésite pas à déclarer avec la foi la plus entière qu'il était malade et halluciné, par le fait même des grands travaux auxquels il avait dû : se livrer pour composer son Encyclopédie. Bien qu'un peu moins caractérisé, son état mental était évidemment le iméme au fond que celui de cet officier de marine monoimane qui communiquait à Esquirol les curieux fragments -de son journal, et dont le style mystique et illuminé rap- Fpelle parfaitement celui qui est propre à Swedenborg.
g^Q HISTOIRE
Qu'il me soit permis d'en rapporter un seul ici. afln de bien établir la justesse du paraUèle :
,( Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit , )) Signes et visions qui pronostiquent le règne de Dieu et la venue de N. S. J .-C.
)> Depuis quelques années, il se passe des choses tresextraordinaires dans le ciel et sur la terre; le règne de Dieu et la venue de N. S. J-G. sont proches; Dieu m a favorisé de plusieurs visions, j'ai vu la demeure des cieux. Que je sais de choses 1 .. . ^
«A l'Orient, en octobre 1821, vers minuit, j entendis une voix très-forte partant du ciel, qui prononça des paroles que je ne compris pas, que je ne puis répéter; peu après, j'entendis de grands cris et je vis des démons qm étaient châtiés par Dieu ; à cette voix, je me levai précipitamment et je priai. Le lendemain, je donnai mon argent aux pauvres. Quelques jours après, avant le lever du soleil ie vis en Orient le triangle, emblème de ses divinités • j'en parlai à plusieurs personnes, mais je n'avais pas alors une conduite assez religieuse pour être cru.
« J'ai vu plusieurs fois Dieu le Père, qui a eu la bonté de me parler ; j'ai vu saint Jean-Baptiste dans un char a sept chevaux, d'où, je crois, il préparait avec des anges le événements qui doivent précéder la venue du Christ, et « Je ne continuerai pas ici la reproduction dun docu ment qu'on peut Ure in extenso dans le TraUé des rnala^e^ mentales d'Esquirol (pag. 169 et suivantes , vol. I) ^rn. le peu que j'en ai rapporté me parait plus que suffisant pour mettre en reUef tous les points de contact qm existent entre le comte suédois et le pauvre monomane religieux qui a fini ses jours h nharenton.
Deux écrivains célèbres , Dom Galmet et sir Walter Scott, n'ont pas peu contribué à la propagation du spiritisme, sans en avoir jamais été pourtant les adeptes ; et je ' dois en dire quplques mots ici, avant de m'occnper des auteurs spiri listes contemporains.
Dom Augustin Galmet, religieux bénédictin de la Congrégation de Saint- Vannes, né près de Gommercy, en Lorraine, après avoir fait ses études au prieuré de Breuil, et prononcé ses vœux, alla étudier la philosophie à l'abbaye de Saint-Èvre, la théologie à Munster, et apprit le grec, l'hébreu , afin de se donner les moyens de commenter avec fruit les saintes Écritures. Puis il se mit à l'œuvre et publia, en 1707, ses Commentaires deYRncien et àn nouveau Testament, en 23 volumes in-4'', et une foule d'autres ouvrages non moins érudits ou étendus. Une de ses dernières productions (1751) fut son fameux Traité s\ir les apparitions des esprits et sur les vampires ou revenants, qui lui valut de la part de Voltaire ce quatrain quelque peu sarcastique :
Des oracles sacrés que Dieu daigna nous rendre,
Son travail assidu perça l'obscurité;
Il fit plus, il les crut avec simplicité,
Et fut par ses vertus digne de les entendre.
Dans ce travail, oii il fait preuve en eJffet (sous l'influence de sa philosophie essentiellement religieuse et des casuistes, ses devanciers) d'un grand fonds de crédulité à l'endroit des apparitions, le savant bénédictin divise les apparitions en quatre classes: celles des bons et des mauvais anges; celle des trépassés; celle d'hommes vivants éloignés, habitant dans un hémisphère et apparaissant dans l'autre sans en avoir la volonté ou la conscience. Je ne
saurais dire, du reste, à laquelle de ces classes il rattache les vampires, qui ne sont pas précisément des ombres, des fantômes, mais de vrais corps de décédés qui jouiraient du privilège d'échapper à la décomposition après leur enterrement , et constitueraient, par suite, des êtres mixtes qui ne seraient ni vivants ni morts.
Sans décider cette grave question, je rappellerai en passant que notre illustre Tournefort a protesté, dans la Relation de son voyage dans le Levant, que j'ai en ce moment sous les yeux (tome P^ page 160), contre la faculté de conservation qu'on attribue généralement aux vampires ; car ayant assisté à l'exhumation et à l'incinération d'un de ces êtres malfaisants, il signale la mauvaise odeur qu'il répandit dans l'assistance. « ne doute pas, dit-il, qu'on n'eût soutenu qu'il ne puait pas, si nous n'eussions été présents ; pour nous qui étions placés près du vampire pour faire plus exactement nos observations, nous faillîmes à crever de la grande puanteur qui en sortait , et quand on nous demanda ce que nous croyions de ce mort, nous répondîmes que nous le croyions bien mort. »
Quant à sir Walter Scott, le plus illustre romancier du XIX® siècle , l'ami et l'élève en quelque sorte de Lewis (l'auteur du Moine) , la publication qu'il fit, en 1 830 , des Lettres sur la démonologie et les sorciers, et celle des légendes merveilleuses de la vieille Galédonie, qu'il a successivement racontées dans ses romans historiques, ont incontestablement préparé les esprits à la réaction spiritiste ou gnostique du XIX® siècle; bien que dans son histoire, fort curieuse d'ailleurs, de la Démonologie et de la sorcellerie, il ait soin d'élever fréquemment des doutes sur la réalité des apparitions, ilestfucile de reconnaître qu'illesémet plutôt afin de
DU SPIRITISME. 3g^-
satisfaire au scepticisme de l'époque que par conviction; dans beaucoup d'endroits son amour du merveilleux et ses tendances à admettre les superstitions écossaises, se révélentmanifestement. C'est, ainsi par exemple, que parlant du vieux château baronial de Glamis, demeure héréditaire des comtes de Strathmore, qui fut le théâtre du meurtre de Malcolm II, roi d'Ecosse, et où il coucha une nuit par circonstance, ilnous dit (pag. 46 1) : « L'apparence de ce . vieil édifice, les traditions qui s'y rattachent, tout concourt à le rendre propre à faire impression sur l'imagination. Tous les meubles y sont d'une grande antiquité, '^e qui , joint aux armures de chevalerie suspendues aux murailles , contribue beaucoup à l'effet général de l'ensemble. Conduit dâns l'appartement qui m'était destiné dans un coin reculé du château, je dois avouer que lorsque j 'entendis porte sur porte se fermer, quand mon conducteur m'eut quitté, je commençai à me regarder comme trop loin des vivants et un peu trop près des morts.
«Nous avions passé à travers ce qu'on appelle la chambre du roi , appartement voûté que la tradition désigne comme le heu où se passa la scène du meurtre, et j'avais une idée que la chapelle du château était dans mon voisinage. Aussitôt toute la scène nocturne du château de Macbeth se présenta subitement à mon imagination , en dépit de la vérité historique , et j'éprouvai des sensations r/ui, bien que je o^ie fusse ni très-tmideni très-superstitieux, ne l aissaient pas de m 'être très-dèsa,gréahles . »
On n'aura pas de peine à comprendre qu'avec de telles dispositions, sur lesquelles il revient très-souvent dans son livre , le graud romancier de l'Ecosse ait pu avoir, dans certains cas, des visions ou plutôt des hallucinations dues
à l'absorption de son sens interne par le souvenir d'une personne ou d'un événement. C'est ainsi que, très-intimement lié avec le célèbre lord Byron, la nouveUe de sa mort le frappa si vivement qu'il crut en voir le fantôme dans son château d'Abbodsford, d'aiUeurs parfaitement disposé pour les scènes de revenants. Il m'a paru aussi que Walter Scott croyait réellement au don de seconde vue, dont jouissent, dit-on, bien des gens en Ecosse, même de nos jours.
Je passe maintenant aux sorciers du xix« siècle, ou si l'on aime mieux aux médiums, qui dans ces derniers temps ont abusé de la crédulité d'un public qui affectionne si particulièrement le scepticisme, et se pose si volontiers en esprit fort. Je dois accorder d'abord, dans cette courte revue historique, une mention distinguée au prophète Michel (de Figanières, Var) qui commença sa carrière à Marseille, si mes souvenirs ne me font pas défaut, et la termina à Paris en dictant à deux secrétaires lettrés que le Tout-Puissant avait pris la peine de lui choisir, proprio motu, 827 pages in-8° de révélations où se trouvent complètement expliqués, en style aussi excentrique qu inintelligible (cette dernière qualité est indispensable en pareil cas) , Dieu, la nature, l'homme, les mondes, en un mottout ce qui est inexplicable dans son essence. Cet ouvrage phénoménal, qui est intitulé : Clé de la vie (sic), a été mis à l'index à Rome, sans doute par ce seul motif qu'il n'était pas compréhensible , et j'estime que la célèbre congrégation, qui lui a fait vraiment trop d'honneur en s'occupant de lui , aurait mieux fait d'en rire de bon cœur : il est impossible en effet de voir un plus ridicule galimatias; et cependant l'homme qui a tenu des discours si ridicules, a occupé la presse contemporaine.
« Son esprit, disait en parlant de lui la Bévue britannique en septembre 1 838, se transporte, au gré des questionneurs, dans les astres, aux antipodes, sous la croûte terrestre, et décrit avec une effrayante rectitude de jugement les lieux qu'on lui fait visiter. Désignez-lui une personne absente, qu'il n'a jamais vue, à l'instant il en décrit le portrait physique et moral, en tire l'horoscope, pénètre dans son intérieur, cherche la partie malade ou viciée, et prescrit le traitement.
» Il possède en outre la faculté de o^étrospection ; il voit des événements depiois longtemps passés, et qu'il n'a pu connaître. On l'a fait descendre à l'année 1833, pour l'envoyer à la recherche de la Lilloise: il découvre la corvette au moment où elle quitte Cherbourg, il l'arrête à 103 lieues des côtes de France, à cause du mauvais temps; il arrive en Islande avec eUe en mai 1835, en repart le 13 juin; alors il la perd de vue, et ne la retrouve qu'en mai 1836, tout à fait dans le Nord, où règne un froid excessif qui empêche les habitants de se montrer et de lui dire le nom du pays dans lequel il voyage. La Lilloise part de nouveau, il ne la voit qu'à la fin de 1837 dans le pays le plus glacial qu'il ait parcouru. Un événement qu'il ne peut définvr, à cause ûm froid qu'il ressent lui-même dans tous ses membres, menace le navire français du plus grand danger;' il entend les cris de détresse de l'équipage, le navire est englouti: tout disparaît, tout périt, pas un homme n'échappe, et ce sinistre arrive à 1165 lieues de Londres. »
Voilà ce qu'on a pu lire, je le répète, en 1838, dans une des premières revues littéraires d'Europe, et ce qu'ont reproduit plusieurs grands journaux politiques de Paris, sans doute à titre de curiosité et sous toute réserve. Mais
on peut au moins en induire quels mediv/ni Michel (de Figanières, Var) est ou fut (car je ne saurais dire s'il existe encore) l'une de nos plus grandes illustrations spiritistes et que je ne pouvais éviter de rappeler son nom et ses puissantes vertus dans ce travail.
Si j'avais le temps et l'espace nécessaires pour extraire de la Revue spiritualiste de Paris, et consigner ici tous les faits extravagants qui y sont rapportés, je ferais sans doute grand plaisir à mes lecteurs sérieux; mais il me suffira de leur présenter le résumé d'un seul numéro (celui du mois de juin 1860) de ce journal, consacré à l'étude des facultés de l'âme et à l'examen raisonné de tous les genres de manifestations médianimiques et des phénomènes psychiques présents oupas.sés.
Après avoir établi, dans son premier Paris, les immenses progrès que fait journellement le spiritisme, en dépit des sarcasmes, des préventions, des hostilités, et des enfants égarés qu'il compte dans son propre sein, comme les obsédés, les possédés et les charlatans, le rédacteur en chef s'écrie avec cet enthousiasme mystique qui est propre à tous les inspirés :
« SpirituaUstes, sachez-le bien, Dieu combat pour nous, j'en ai Ips preuves personnelles les plus touchantes qu'il m'aitété donné jusqu'ici d'avoir. Je n'ose raconter les faits dont je suis actuellement témoin dans ma demeure. ... Un sentiment de modestie, que l'on comprendra, m'empêche d'être plus expHcite à ce sujet;... qu'il suffise desavoir que, seul le plus souvent et parfois devant témoins, je suis l'objet de manifestations spontanées qui ne sont rien autre qu'une confirmation do lu voie (|ue j'ai prise dans l'œuvre nouvelle. Par ces manifestations, les grandes
questions spiritualistes que je me pose chaque jour mentalement à mon esprit (sic), sont résolues affirmativement ou négativement par l'intervention d'avertissements particuliers du caractère le plus merveilleux
» Oui ! spiritualistes, soyez-en pénétrés, un nouveau monde, un nouvel ordre de vérités religieuses, d'idées et d'usages se prépare et ne peut tarder à régénérer l'huma» nité. »
Après cette tirade, il n'est plus question dans le journal que de guér^sons miraculeuses, thaumaturgiques, rappelant quelque peu celles du zouave Jacob; de l'esprit d'un homme assassiné qui revient pour faire connaître ses meurtriers; des apparitions fantastiques qui ont lieu dans un vieux château de Silésie; des merveilleuses espiègleries auxquelles se hvrent les esprits dans une maison de la rue des Noyers ; enfin de la curieuse histoire d'un notaire, qu'une main mystérieuse, mais visible seulement jmidcmt /'obscurité (ces choses-là détestent en général la lumière), empêcha de consommer une injuste exhérédation qu'avait provoquée une marâtre contre le fils du fantôme lui-même. Toutes ces histoires sont rapportées avec beaucoup de sérieux, sans que leurréaUté, leur authenticité soient mises en doute le moins du monde. On trouve du reste, dans la Chronique du même numéro, l'annonce de la deuxième édition de la vie de Jeanne d'Arc, dictée par elle-même à Ermance Dufau, et la création faite récemment par MM. Doligny et Casimir Broussais, qu'on est quelque peu surpris de trouver en pareille compagnie, d'un cercle magnétique et phrénologique, où doivent être ouverts des cours sur ces deux matières antagonistes et disparates, dont il est bien difficile de saisir l'association et les points de contact.
■ Je dirai toutefois, sans aller plus loin et pour être juste, que le spiritisme moderne n'a réellement existé comme corps de doctrine qu'à partir de la publication faite par M. Allan Kardec du Livre des esprits. Ce livre contient en effet les principes de la doctrine spiritique sous forme d'aphorismes ou de propositions qu'ont dictés à l'auteur plusieurs esprits de la classe supérieure. Il établit la nature de ces derniers, leurs manifestations et leurs rapî^rts avec les hommes, les lois morales, la vie présente, la vie future et l'avenir de l'humanité {m pages grand in- 8° sur deux colonnes) .
Bien que le texte en soit clair, précis et absolument dépouillé de l'obscurité gnostique qui est familière aux auteurs spirites, je ne ferai pas icil'analyse de cet ouvrage, qui est un traité complet de thaumaturgie, par ce seul motif que les esprits révélateurs qui l'ont dicté à M. Âllan Kardec n'y ont laissé irrésolue aucune question ; je ne saurais donc mieux faire que d'y renvoyer mes lecteurs, préférant employer le peu d'espace et de temps dont je dispose, à l'appréciation du travail de M. le marquis de MirviUe, dont j'ai parlé au commencement de ce chapitre.
Je l'ai déjà dit et jele répète avec intention, les ouvrages de cet honorable et savant auteur ne sauraient être confondus avec aucun de ceux qui ont été publiés sur cette matière à la fois étrange et scabreuse , et c'est à eux surtout que doivent recourir les personnes qui, ne sachant pas au juste ce qu'on doit entendre par le mot spiritisme, désirent sortir de cette ignorance. Non-seulement, en cfTct . elles y trouveront une histoire complète de la question des esprits tant anciens que modernes, mais encore de curieuses controverses, des recherches intéressantes et une foule d'anecdotes inédites ou peu connues sur le même sujet;
peu de lectures m'ont été, je l'avoue volontiers, plus agréables, car le style de ces écrits est à la fois simple, élégant et imagé.
Pourtant, je me hâte de le faire remarquer, si M. de Mirville a su se placer très-haut comme historien et écrivain inédit, il s'est montré très-faible ou du moins trop prévenu à l'endroit de ses appréciations, attendu que partout il s'est efforcé de faire plier les faits devant son idée fixe, que les manifestations spiritiques sont tout simplement dues aux démons agissant sur la nature vivante et sur la natw^e inerte par l'intermédiaire des divers fluides impondérables. Ce système est présentéparl'auteur avec tant de Qonviction et de talent, qu'on se sent très-disposé de prime abord à l'adopter; mais on en reconnaît toute la faiblesse lorsqu'on le soumet au creuset philosophique.
On comprendra du reste que je ne pourrai examiner ici un à un les principes, les raisonnements que fait valoir M. de Mirville en faveur de son idée chérie; mais il me suffira de déclarer d'abord , en ma qualité d'ancien médecin des hôpitaux et de professeur de médecine, que je ne saurais admettre avec lui :
Que la foUe en général, et spécialement la monomanie dans ses diverses formes, résultent de possessions et d'obsessions démoniaques, et que l'hallucination, entant que phénomène naturel morbide psycho-matériel, n'existe pas. Ce qui revient à dire que les images et les bruits que perçoivent les fous se rattachent à des causes réelles, existant dans le miheu ambiant;
Que Socrate , .Jeanne d'Arc, les convulsionnaires de bamt-Médard et des Gévennes, Gaufridi, Magdeleine de Manduls. étaient tout simplement des possédés et des
sorciers; queFelitmann, Lecompte, Papavoine, Séverac, le sergent néerophage Bertrand, et autres monomane* ou criminels du môme genre (car il y a ici une question préjudicielle que je ne veux pas soulever) , étaient aussi possédés par de mauvais esprits opprimant leur libre arbitre et
les poussant au mal.
D'autre part, comme simple individu appartenant à la classe éclairée de la société , habitué à consulter en toute chose sa raison, sa conscience, il m'est absolument impossible de considérer comme de vrais articles de foi , amsi que le voudrait M. de Mirville : la réalité des évocations attribuées à Cagliostro , au comte de Saint-Germain et autres adeptes ejusdem farinas ; la possibilité du transport au ■ milieu des airs des possédés et des obsédés; rinfailUbilité des oracles rendus par les tables tournantes, les corbillons, les guéridons, etc. ; les merveilles de la baguette divinatoire ; lapossession constante de certains heux dits fatidique s par les esprits; l'existence réelle des fées, de poétique mémoire, etc. , etc. Selon moi, pour l'exphcation de toutes ces choses extraordinaires surnatureUes , on ne saurait arguer de notre impuissance à les expliquer d'une manière satisfaisante, par ce seul motif qu'une foule de faits évidemment simples et -naturels, et auxquels personne ne songe à contester ces qualités, sont inexplicables.
Mais ce que je crois devoir condamner surtout dans le remarquable travail de M. de MirviUe, c'est l'excentricité de la théorie par laquelle il explique les faits étranges . et bien certainement na<wre/5, qui se produisirent, dit-on, dans le presbytère de GideviUe (Seine- Inférieure) en 1849. On lit en effet, à^ns\Q Livre des esprits, pag. 139 et suivantes, que le démon qui hantait ce presbytère, et dont le seul
but était d'en faire sortir deux enfants qui y faisaient leur éducation, se montrait tantôt sous la forme d'un homme vêtu d'une blouse, tantôt sous celle d'une colonne grisâtre ou de vapeur fluidique, et que de ces fantômes, qu'on attaqua à coups d'épée, jaillit une flamme très- vive à laquelle succéda une fumée suffocante; que les témoins de ce miracle entendirent alors distinctement et à diverses reprises le mot: Pardon! et qu'enfînle lendemain à midi, le berger Thorel. dont cette ombre, cette colonne grisâtre n'étaient qiTele species, se présenta au presbytère ; mais, cette fois, en chair et en os, portant au visage les stigmates des blessures reçues la veille par son fantôme.
Voilà certes une théorie des plus étranges, renouvelée des anciens thaumaturges; pourtant, non-seulement M. de Mirville n'y trouve rien à redire, mais encore il s'efforce de la justifier dans une note placée au bas de la page 349, où il est dit à propos du fantôme du berger Thorel et de la blessure qu'il avait reçue : « M. S..., dans sa dissertation sur les lares et les apparitions des anciens, ne craignait pas d'affirmer que les apparitions de ces ombres légères ayant la forme dM corps étaient quelquefois rapportées avec des circonstances si précises et des témoignages si posit ifs, que des personnes d'ailleurs bien sensées . ne savaient qu'en penser. Ce corps délié, dit-il, avait des membres
équivalents à l'autre : c'était Venveloppe de Pythagore
Ombres légères se dissipant comme un songe lorsqu'on pensait à les embrasser, sensibles à l'impression de certains corps, et craignant surtout la pointe d'une épée
qui ne pouvait les blesser Qui ne pouvait les blesser !
secnealorsM. de Mirville ; en êtes- vous bien sûr, M. S...? A la page dans une autre note, il revient sur la
possibilité de la blessure mystérieuse des ombres, et rappelle à ce propos le conseil que la Sybille donne au pieux Énée de se munir d'une épée avant de descendre au séjour des ombres :
Tuque tnvade viam vaginaque erîpe ferrum.
{Œn., liv. VI.)
Quant aux jongleries que pouvaient cacher les prodiges du presbytère de Gideville. M. de MirviUe estime qu'il ne faut pas même en avoir l'idée que toutes les circonstances repoussent, et d'après lui pourtant, l'histoire démontre que de pareilles jongleries ont eu lieu quelquefois et n'ont pu être découvertes que bien longtemps après les événements. C'est ainsi, par exemple, que dans son Traité de la démonologie, déjà cité, le dernier barde de l'Ecosse, après avonrappelé les prodiges effrayants qui s'accomplirent dans le palais royal de Woodstock, et qui obligèrent les commissaires que le long Parlement y avait envoyés en mission à déguerpir sans avoir pu exécuter leur mandat ; Walter Scott dis-je, déclare nettement que ces prodiges sont l'exemplele plus célèbre de l'industrie humaine cherchant à imiter les opérations surnaturelles des esprits : «On découvrit après la Restauration, dit-il (pag. 447), que toute cette affaire n'était qu'un tour joué aux commissaires par quelqu'un qui était de leur compagnie et qui. sous le nom de Giles Sharp, les avait suivis en qualité de secrétaire. Cet homme, dont le nom véritable était Joseph GoUins. d'Oxford, était royahste en secret, et il connaissait parfaitement l'ancien palais de Woodstock ; la confiance que les commissaires avaient en lui rendit sa tâche plus facile, et chacun remarqua qu'ilfut, de toute la compagnie, celui qui eut les visions les plus extraordinaires. Walter Scott ajoute
que la découverte et l'explication oflBcielle des apparitions de Woodstock a été publiée et qu'il l'a eue dans ses mains : or, si d'habiles jongleries ont été la cause des apparitions dont il s'agit, pourquoi se refuser absolument à admettre leur possibilité à Gideville ? dans la maison de la rue des Grès ?. . . Quelque jour peut-être les faits extraordinaires qui se sont produits dans ces localités recevront-ils leur explication, comme ceux de Woodstock, et je ne vois pas qu'en attendant on doive forcément les mettre sur le compte de l'esprit malin. *
Il y a quelques années, le bruit se répandit à Marseille que des visions, des apparitions avaient lieu journellement dans une communauté de femmes cloîtrées, située au cours Devilliers. Ces religieuses, travaillées sans doute par l'hystérie, qui est un véritable fléau pour les couvents (il m'a été donné de le vérifier dans plusieurs circonstances), tombaient dans l'extase, et dans cet état entraient en relation directe avec Jésus-Christ, la Vierge, les Saints, etc. Ces bruits ayant pris une certaine consistance, M^r Eugène de Mazenod, alors évêque de Marseille, homme essentiellement énergique et intelligent, se rendit dans la commu- ^nauté, y fit une enquête approfondie des faits, à l'issue de laquelle il déclara aux Victimes du Sacré-Cœur de Jésus (c'était, je crois, le nom de ces religieuses) qu'il entendait qu'à l'avenir les visions et les apparitions cessassent. Sa prescription n'ayant pas été exécutée, il coupa court aux prétendus miracles en faisant fermer le couvent, dont il éparpilla les habitantes dans d'autres communautés du même ordre. Ce couvent fut depuis acquis par les frères de la Doctrine chrétienne . qui le possèdent encore paisiblement.
Cette anecdote rappelle quelque peu, on en conviendra, la clôture, par ordre supérieur, du fameux cimetière de Saint-Médard à Paris, et les vers de Voltaire qui furent, dit-on, inscrits sur la porte :
De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
A notre époque, tel est l'accueil qu'il faut toujours commencer par faire aux miracles et aux prodiges, tant dans l'intérêt de la religion que dans celui de la science, tout en faisant les réserves nécessaires à l'endroit du pouvoir divin et de la faculté qu'il possède incontestablement de suspendre comme il lui plaît et quand il lui plaît les lois de la nature. Que serait-il advenu, en effet, si l'évêque de Marseille avait accueilli sans examen les visions et les apparitions du couvent des Victimes du Cœur de Jésus ? Sans doute quelque fâcheux scandale qui eût été exploité, non sans raison, il faut en convenir, par les sceptiques et les athées. Du reste, la partie la plus sage du clergé de France fit toujours preuve de la même circonspection en cette matière, et j'ai sous les yeux un livre que publia en 1763 un respectable ecclésiastique contre les prétendus miracles du diacre Paris, où il est dit avec beaucoup de justesse, qu'en considérant comme merveilleux les phénomènes qui se passaient alors au cimetière Saint- Médard, « c'est fournir des armes contre la religion, en ébranler les plus solides fondements, blasphémer contre Dieu, etlaisser croire au public que non-seulement il favorise le règne de l'erreur, mais encore qu'il accorde à l'esprit du mal le pouvoir de faire des miracles » .
Le même auteur rappelle du reste que si le pouvoir du démQ^i sur la matière existe réellement, on ne peut admet-
Ire un seul instant que ce pouvoir s'exerce aussi sur l'espril. parce que Dieu a créé ce dernier libre, et qu'il ne perd jamais cette liberté, sauf dans certains cas qui sont trop connus pour qu'il soit utile de les rappeler.
Je terminerai ici ma courte liistoire du spiritisme ou de la sorcellerie moderne , réservant pour le chapitre suivant l'exposition de ma doctrine sur * natm~e spirituelle dont l'existence ne fait pas doute pour moi, mais qui â , toujours été considérée à nu point de vue trop exclusif. Ou 11 me soit permis toutefois, avant de finir, de raconter en peu de mots une anecdote extraite de la Mmonologie de Walter Scott, et qui achève de justifier l'opinion que ] a. émise un peu plus haut sur les rectifications que reçoivent parfois des faits en apparence merveilleux, longtemps après qu'ils se sont produits.
Le président d'une société littéraire et scientifique de Plynaouth était gravement malade, et ses coUègues, réunis
malare'e,'r?' ^'^'^^''enaientdesa maladie et de la perte que sa mort ferait éprouver à la compagnie; tout à coup la porte de la salle s'ouvre e président revêtu d'une robe blanche, la pâleur de la mor sur son front, entre avec une gravitéextraordiuaire, prend le fauteml resté vacant par son absence, lève le verre vide qu, était devant lui, saine toute la société en le portant a ses lèvres, le remet sur la table, et sort aussi silen censément qu'il estentré. Frappés d'étonnement, pour ne nen dn-e de plus, l'académie envoie deux de ses membre u domicile du président; et ces membres reviennenrave la nouvelle effrayante qa'il étaitmort le soir même
Avant de se séparer, la société prit une délibération