‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [electronic resource]Chapitre 24 sur 30 · D*ARRETER NOTRE DECADENCE · texte numérisé non relu

D*ARRETER NOTRE DECADENCE

qui emploient niême trop souvent leurs richesses à porter la corruption et le déshonneur au milieu de pauvres familles. Cette démoralisation des classes éclairées, qui s'est si souvent montrée au grand jour dans notre siècle, devant les cours d'assises et les tribunaux, est une de nos plus grandes plaies sociales: c'est donc là que les gouvernements doivent tout d'abord frapper sans pitié *.

Vous me demanderez sans doute, mon cher Jaumes, par quel moyen je prétends arriver à la répression de l'athéisme dans notre société, et si, par hasard, je rêverais une nouvelle et déplorable confusion entre la loi civile et la loi rehgieuse, le rétablissement de l'inquisition, celui du pilori, de la marque, qu'on infligeait jadis aux athées, aux blasphémateurs

Non-seulement je me garderai bien de confier le soin de notre remorahsation au rétablissement d'une législation si funeste; mais j'estime encore qu'elle aggraverait le mal au lieu de l'arrêter. Je suis jaloux autant que qui que ce soit de la liberté de la pensée, et je ne contesterai jamais à personne le droit d'en abuser au point même de devenir athée; je ne crois pas cependant, d'un autre côté, que la liberté puisse devenir impunément licence, et que

' Au moment où je reçois les épreuves de ce livre, 15 avril, il n'est bruil à Marseille que d'une sale affaire que le parquet de cette ville instruirnil depuis quelque temps, et dans laquelle seraient compromis, pour fait d oiiirages à la morale publique et en complicilé de mineurs, plus de soixante individus d'un certain âge, appartenant h la classe éclairée de la société. Espérons que nos magistrats, tout én maintenant sévèrement le huis clos, si l'affaire leur est déférée, ne la traiteront pas avec indifférence, surtout '■11 se souvenant que c'est au relâchement des mœurs, favorisé par le climat, qiio Marseille doit d'être connidérée par les Ponentais comme le premier if'Iai des pays hai'li.'irf'^f|im.^.

nous devions pernietlre la pi-opagaiide verbale ou écrite de l'athéisme, surtout dans les chaires officielles. Il y a dans ce fait, vous devez le sentir mieux que personne , quelque chose de profondément immoral et qui appelle toute la sollicitude des gouvernements. Pour eux, il n'y a pas de juste milieu à prendre : ils doiventfermer la bouche aux professeurs, ou proclamer d'une manière absolue la liberté de l'enseignement supérieur. Si ces professeurs euxmêmes, qui se prétendent les organes de la libre pensée, veulent être conséquents avec leurs principes, ils ne feront rien pour conserver le monopole de l'enseignement officiel ; loin de là , ils appelleront l'antagonisme , la controverse de tous leurs vœux. Mais, dans le cas contraire , et s'ils veulent continuer à être les uniques dispensateurs de la science, qu'ils cessent de mettre en question devaiil les élèves que la société leur confie, les fondements éternels de la civilisation et de la morale publique ; qu'ils cessent d'enseigner l'athéisme, qui fut la doctrine des Marat, des Gastaing, des Lapommerais , des Lacenaire , en un mot de toutes les personnalités cyniquement criminelles que les classes éclairées ont eu le malheur de produire

Oui, mon cher ami, on ne saurait trop se le dire: dans l'état actuel de la société européenne, et avec l'influence toujours croissante qu'y prend le matériahsme allemand fcar c'est de l'autre côté du Rhin que l'athéisme moderne a surgi ) , il devient absolument indispensable d'exercer une surveiUance sévère sur l'enseignement supérieur , et de sévir contre ses écarts envers Dieu à peu près comme on le fait contre la diffamation , d'autant plus que des professeurs de chimie, de physique, de médecine, etc.. n'ont

t) ARRETEE NOTRE DECADENCE. iQl

pas . dans leurs programmes respectifs , à s'occuper de philosophie , et à débattre les grandes questions de la théodicée et de la morale; la physiologie elle-même, en dépit de ses connexions si étroites avec la philosophie, peut, à la rigueur, se borner à l'étude des organes et de leurs fonctions en ce qu'elles ont de sensible, sans se croire obligée d'aUer au-delà.

Mais si les autorités commises à la surveillance de l'enseignement public estimaient , comme nous , que la médecine et la philosophie sont connexes et inséparables, le meineur moyen à prendre pour atténuer les tendances matérialistes de nos écoles serait sans contredit la création, - dans leur sein , de chaires de philosophie médicale et d'histoire de la médecine. Sans doute, une pareille institution n'aurait pas lès sympathies des organes accrédités de l'athéisme ; mais qu'importe ! on ne les établirait pas juges de son opportunité.

Quant aux mesures de répression, à la pénahté qui devraient atteindre les professeurs qui s'obstineraient à nier Dieu et l'âme dans leurs leçons, à nous assimiler aux gorilles, et qui enseigneraient conséquemment l'irresponsabilité humaine et l'absurdité, l'injustice du Gode pénal, j'estime qu'on pourrait les borner à un seul moyen : l'amende. L'argent est tout à notre époque : si on se borne à réprimander un professeur, si on le met en disponibihté, si on le destitue, on n'atteindra nullement le but; il criera à la persécution, se posera en victime, et trouvera des sympathies au miheu de lajeunesse ardente et généreuse des écoles; ce qui est bien préférable, bien plus profond, c'est de frapper le délincjuant , et sam faire le moindre bruit , d'ime amende proportionnée à sa position, à son influence;

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OU bien de lui suspendre ses appointements, en lui rappelant que la société ne croit pas utile à ses intérêts d'entretenir elle-même des athées dans la chaire officielle.

Cette pénalité devrait figurer, ce me semble, sur le règlement intérieur des écoles, à côté de l'amende à laquelle sont soumis les professeurs qui ne sont pas exacts à leurs leçons. De même, si un gouvernement était assez aveugle ou assez oublieux de ses devoirs les plus sacrés pour favoriser la propagation de l'athéisme, le meilleur frein à lui opposer serait certainement le refus de l'impôt. Qu'est-ce en effet qu'un gouvernement , sinon le mandataire auquel la société confie la défense de ses intérêts physiques et moraux, et des^ grands principes qui assurent sa stabilité? « n y a une société éterneUe et naturefie, a dit Cousin, dont toutes nos sociétés ne sont que des types plus ou moins fidèles. A cette société correspond un gouvernement tout aussi naturel, tout aussi légitime, envers lequel nous sommes tous obligés, qui nous défend tous et que nous devons tous défendre, en qui, enfin, nous avons le devoir de placer et de maintenir la force et l'autorité qui lui sont nécessaires pour pouvoir réprimer et non pas opprimer. » Oui, disons-le bien haut, c'est aux gouvernements à défendre la société contre l'athéisme ; ils en deviendraient les plus cruels oppresseurs s'ils pouvaient l'oubHer un seul instant; il ne doit pas leur suffire de faire enseigner la morale et la théodicée dans les établissements d'instruction secondaire, il faut encore qu'ils évitent de se mettre en contradiction avec eux-mêmes en laissant une trop grande liberté à l'enseignement supérieur sous le rapport philosophique.

Mais je m'arrête, mon cher ami; je crois en avoir assez

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dit, malgré mon incompétence en matière d'économie sociale, pour bien faire ressortir aux yeux des plus aveugles les causes essentielles et complexes de nos souffrances, de nos dangers sociaux. Que les novateurs audacieux qui cherchent à entraîner notre patrie dans l'abîme infect et délétère de l'athéisme trouvent mes idées ridicules ou rétrogrades, qu'ils les signalent à leurs pareils comme « des jérémiades sur un passé désormais impossible , » rien de plus naturel; mais qu'il me soit permis de leur répondre à mon tour que ce passé, tout impossible qu'il leur paraisse , est, à mes yeux, aux vôtres, à ceux de tous les hommes honnêtes et intelligents, le seul avenir possible de l'humanité. En effet , je l'ai dit dans l'avant-propos de cet ouvrage, et je le répéterai encore en le terminant: l'athéisme ne sera pas plus heureux dans notre siècle qu'il ne le fut à d'autres époques non moins néfastes; il pourra amener sans doute de grands malheurs en ébranlant fortement l'édifice social, mais jamais un cataclysme complot ; pour que ce dernier devînt possible, il faudrait tout d'abord, mon cher ami, que la nature de l'homme changeât, qu'il cessât d'être psycho-matériel, que les besoins de son intelligence et de son cœur s'éteignissent, et que par l'effet d'une affreuse dégénérescence dont l'athéisme serait sans contredit l'élément essentiel, il fût ramené'à l'ignoble condition des gorilles. Tant que ce prodige n'aura pas lieu , que les plus timorés se rassurent : la société pourra passer par de terribles épreuves, mais elle finira toujours, quelles que soient ses traverses, par se retrouver solide et rajeunie sur ses bases éternelles. Telle est ma conviction profonde, inébranlable, qui ne diffère en rien, je lésais, de la vôtre, mon vieil ami; car loin de vous jeter

clans les voies absurdes du scepticisme, voire supériorité intellectuelle et votre immense savoir médical ont fait de vous riiomme le plus sincèrement religieux, le père de famille le plus dévoué et le plus complet que j'aie jamais connu. J'espère donc que vos précieuses sympathies ne feront pas défaut à ce livre, que je ne saurais mieux terminer, je crois, que par ces paroles de J.-J. Rousseau : « Malheur à ceux qui renversent, foulent aux ineds tout ce que les autres respectent, ôtent aux affligés la dernière consolation de leur misère, aux puissants et aux riches le frein de leurs passions, arrachent du fond des cœurs le remords du crime, l'espoir de la vertu, et se vantent encore d'être les bienfaiteurs du genre humain. Heureux celui gui vit saintement sous le joug de la religion : il régnera un jour dans le céleste Royaume. y)

« Je ne voudrais pas, dit à son tour Voltaire, avoir affaire à. un prince athée. S'il trouvait son intérêt à me faire piler dans un mortier, je suis bien sûr que je serais pilé. Jene voudrais pas aussi, si j'étais souverain, avoir afPaire à des courtisans athées, dont l'intérêt serait de m'empoisonner; il me faudrait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples, que l'idée d'ion Être suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dam les esprits. (Dict. philosophique.)

« L'athée, dit encore le même philosophe {Homélie sur l'athéisme), fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonne et agit conséquemment, s'il estsùr de l'impunité des hommes ; car, s'il n'y a point de Dieu, ce monstre est son Dieu à lui-même ; il s'immole tout ce qu'il désire ou tout ce qui lui fait obstacle. Il est démontré que

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l'athéisine peut tout au plus laisser subsister les vertus sociales dans la tranquille apathie de la vie privée, mais (ju'il doit porter à tous les crimes, dans les orages de la vie publique. Une société particulière d'athées qui ne se disputent rien et qui perdent follement leurs jours dans les amusements de la volupté, peut durer quelque temps sans trouble; mais si le monde était gouverne par des athées, il vaudrait autant être sous l'empire immédiat de ces êtres infernaux qio'on nous peint acharnés contre leurs victimes.y)

Je n'ajouterai plus qu'un seul mot en vous serrant la main, mon cher ami : c'est que je ne partage pas l'opinion du philosophe de Ferney sur l'innocuité de l'athéisme considéré dans la vie privée. Les crotales sont-ils moins redoutables, moins venimeux, lorsqu'ils sont isolés que lorsqu'ils vont par bandes, et la simple prudence ne nous, commande-t-elle pas dans les deux cas de les poursuivre impitoyablement partout où ils se montrent?

Il ne me reste plus maintenant qu'à rappeler sous forme de propositions les divers principes philosophiques, biologiques et médicaux qui ont servi de base à ce hvre, et qu'il avait pour but de remettre en lumière enfacedu matériahsme et de l'athéisme du xix« siècle; ces principes, que l'histoire démontre avoir été professés par tous les grands génies de l'humanité , et que par suite on peut regarder comme irrévocablement soustraits à l'empire de la mode, les voici :

Unité d'intelligence, d'harmonie, de puissance ; éternel moteur, cause première et dernière de tout ce qui existe Dieu a tout créé, tout formé, tout organisé , entretient et renouvelle tout, depuis l'atome microscopique jusqu'aux êtres les plus compliqués. « Vie et lumière de ce monde , tout émane de lui, et de quelque côté que nous nous tournions, nos regards le rencontrent. »

Le Destin, la Nécessité, comme les entend l'école matériahste Allemande, qui a fait invasion chez nous, n'existent pas, car dans le cas contraire ils seraient Dieu luimême sous un autre nom.

Le Hasard, divinité des sots, étant le néant, c'est-à-dire rien, n'a jamais rien créé ou produit; c'est un mot inventé

par l'ignorance orgueilleuse ; c'est à lui que doit être appliqué le fameux axiome ex nihilo nihil, qui devient au contraire sans portée lorsqu'on s'en serl, comme l'a fait le célèbre chimiste allemand Justus Liebig, contre la création par Dieu. Nier cette création, c'est faire preuve d'aveuglement et de folie, c'est faire injure à la raison, au sens commun; c'est compromettre, ravaler la science.

Ainsi, lorsque les. D" Vogt, Buchner, Molescliott, etc.. affirment hardiment que le monde s'est produit tout seul et n'a pas été créé, qu'il est éternel comme la matière qui le forme, ils tranchent, avec l'audace qui appartint de tout temps aux épicuriens et aux athées, des questions dont la solution a été donnée en sens inverse par le consentement unanime.

Admettre un Dieu, avec tous les attributs que nous lui reconnaissons, c'est admettre impHcitement, comme conséquence forcée, qu'il a pu faire sortir du néant, par sa seule vertu, les forces et la matière .

Le système des atomes, celui de la génération spontanée, sont des extravagances scientifiques qui déshonorent lu raison humaine; car, pour que quelque chose ici-bas se fût créé tout seul, il faudrait que ce quelque chose eût pu agir avant d'exister, ce qui est tout bonnement absurde.

Il se produit bien, dans certainescirconstances, des apparitions spontanées d'êtres vivants, végétaux et animaux, qui ne peuvent être expliquées; mais on ne saurait induire de l'obscurité qui les entoure qu'elles ne résultent pas des procédés ordinaires et invariables de la nature.. Il n'y a jamais eu, je le répète, de génération spontanée, soit priinitive, soit consécutive.

La matière brute et la matière org-anique, simples et

formées du même élément primordial, sont foncièrement inertes et sans activité , les forces qui s'y manifestent ne leur sont pas inhérentes, comme l'assure si carrément le D*" Buchner.

Sans doute, la science n'a pas à spéculer ou à disserter sur les causes premières; mais afin d'être respectable, respectée, et pour ne pas devenir le mal, elle doit hautement en reconnaitre l'existence et l'autocratie dans la nature. Elle doit jjar-dessus tout se garder de l'athéisme, qui n'est en réalitéqu''im vain mot, syno7iyme d'ignorance, d'impuissance, d'ingratititde et d'orgueil.

Quiconque admet Dieu est forcé, pour être conséquent, de croire à sa Providence ; car nier cette dernière, c'est nier le subhme Artisan de la nature, en le privant de son attribut le plus nécessaire par rapport à ses œuvres.

L'étude philosophique de l'histoire démontre nettement que la providence de Dieu utilise souvent l'erreur, qui a sa source dans le mal, c'est-à-dire dans l'homme, pour mettre en relief le bien ou pour le restaurer lorsqu'il subit l'oppression. Elle ne permet sans doute, à cette heure, à l'athéisme de se produire avec une audace et un cynisme inouis dans les annales de l'humanité, que pour qu'il tombe plus lourdement au miheu des huées et des sifflets du sens commun ; qu'il se le dise bien !....

Les dogmes de la prescience de Dieu et du hbre arbitre humain, quelque difficultés qu'y rencontre notre raison , ne sont nullement inconciliables avec celui de la Provi-. dence. L'arsenic, les poisons végétaux, le scorpion, lecror taie, ont leur but que nous ne saurions mettre en doute, bien que nous l'ignorions

La plus grande et la plus inconcevable merveille de lu

création a été la combinaison des éléments dynamique et matériel, combinaison qui est le fondement et la source de la vie universelle.

C'est par le fait de cette mixtion psycho-matérielle que tous les êtres qui peuplent l'univers, de quelque règne qu'ils relèvent, sont doubles, c'est-à dire forces et matière en même temps.

La première et la plus importante déduction qu'on doit tirer du fait universel de la mixtion psycho-matérielle, c'est que le spiritualisme et le matérialisme purs et absolus, en tant que systèmes philosophiques et scientifiques, sont également faux par la base, impropres, par suite, aux progrès de l'esprit humain et à la découverte de la vérité.

// n'y a et ne peut y avoir qu'une setile et sérieuse doctrine philosophique naturelle, c'est-à-dire en harmonie avec le caractère universel des œuvres de Dieu, et partant, susceptible de servir de base première, de point de départ à toutes les sciences humaines : c'est le psycho-matérialisme, ou dualisme.

Ne considérer, dans les corps naturels , que les seuls phénomènes sensibles ou matériels, c'est-à-dire leur forme, leur odeur, leur saveur, leur couleur, etc., c'est vouer la science non-seulement à l'erreur, mais encore à un terreà-terre déplorable et nuisible; c'est faire du matériaUsme crasse, de l'empirisme, et déduire exclusivement l'évidence de la sensation; par cette méthode, on ne saurait arriver qu'à la misère, à l'anarchie et au gâchis scientifiques.

Dans l'étude d'un corps, quel qu'il puisse être , il faut considérer à la fois, et avec le même soin, la matière et

les forces qui existent en elles , les actions et réactions réciproques de ces éléments constituants.

Mais si la matière peut être étudiée à l'aide du microscope, des réactifs chimiques et des expériences faites sur les animaux vivants, l'étude du dynamisme ou des forces appelle de toute nécessité le concours de la philosophie inductive: donc, prononcer le divorce définitif de celle-ci d'avec la science, comme le fait l'école matérialiste allemande, c'est faire rétrograder l'esprit humain et le condfTmner à jamais à la stérilité.

Les athées, qui sont aux croyants à peu près comme un est à cent mille (je l'ai fait remarquer dans mon Avantpropos), leur disent avec une audace inqualifiable : Vous (^tes le passé, un passé qui n'est pas sans quelque gloire nous voulons bien en convenir, mais contre lequel nous protestons en faveur du progrés.

Arrière! arrière ! répond en notre nom la philosophie traditionnelle; tout passé que nous pouvons être, nous sommes encore plus l'avenir, et vous en ferez bientôt l'expenence : Dieu est l'alpha etl'oméga de toute science humame, et U n est pas de progrès possible avec l'athéisme La vie universelle, résultat merveilleux de la combinaison de la matière avec les forces, mystère divin à jamais impénétrable, même par le microscope et le creuset chimique, apour caractères essentiels l'activité et le mouvement; elle se perpétue par la génération et s'entretient par le milieu atmosphérique.

Mais les corps naturellement voués au repos participent a la vie universelle par les forces moléculaires le, alli ".tes, de telle sorte qu'il est permis d'acimettre'que rien Il absolument inerte n'existe dans la création

Dieu agit sans cesse sur elle par sa puissance, sa volonté et comme principe immanent do conservation , de fomentation et de réglementation .

«Toutes les théories des athées, a dit M. hiHvé{Revue positiviste, mars et avril 1868) , ne sont que des interprétations imaginaires ; l'unité de la matière , l'unité des forces, l'existence d'un fluide impondérable, celle conséquemment des molécules éthérées, ne sont que des hypothèses, et ces deux dernières spécialement ne sont pas démontrables ; enfin, le inouvement rotatoire des atomes et la répulsion de la matière sur l'éther ne le sont pas davantage. »

D'après Buchner, la force en général n'est qu'un produit, ou si l'on aime mieux une propriété inséparable de la matière ; de toute éternité, elle ne serait rien sans elle.

Répondons, avec l'école psycho-matériahste ou dualiste : la force et la matière auraient leur existence propre et séparée, s'il n'avait plu à Dieu de les enchaîner l'une à l'autre; et si dans notre milieu l'élément dynamique a absolument besoin de la matière pour pouvoir se manifester à nos sens, on ne saurait jjrend^-e texte de ce fait pow soutenir que la matière ne peut pas exister sans la force, et viceversa.

La vue d'un cadavre d'animal, d'un tronc d'arbre desséché, la présence et l'absence alternatives du calorique, de l'électricité, du magnétisme dans divers corps, sufflsentpour prouver que certaines forces sont véritablement adventices et passagères à l'égard de l'élément matériel, qu'elles no lui sont prêtées en quelque sorte que pour un temps variable.

Extrêmement fort en matière d'explication , comme

>:ONXI,L.SIONS.

lous les matérialistes d oulre-llhiu, le D' Budmei- oppose « ces faits, d'observation vulgaire , que s'il n'y avait pas dam le fer des molécules smeeptibles d'aimanlation et d'c tectrisation, les fluides éleciriçue et magnétique n'ea^istc ra,eMpas (sic); que d'aiUeurs les impondérables ne sont pas force, mais bien matière subfile.

Personne ne veut accepter de pareilles raisons: une lampe et l'huile qui l'alimente, une mécanique et le fluide élastique qui la fait mouvoir, ont bien leur part contingente dans la production de la lumière et du mouvement • ma,s qut oserait soutenir cette thèse que, si la lampe et la machme n'avaient pas été construites ad. hoc. il n'existe ra.t m vapeur ni huile ! Quant à la nature matérielle et non pas dynamique des impondérables, qui pourra la démontrer d une manière satisfaisante?

Une faut pas confondre l'élément dynamique universel primordial, avec le principe de l'inteUigence, que certains .-■orps doués d'activité, de mouvement et de v lou f .nfestent durant leur évolution. Z '„.,„,,,„,, ^^Ze ~ ^-elle se traduisedans la nature, es, ue^Z >lemo^a n'es, «ra«n^,,,„,„ l! JLèr'Z dut de la force ou ,es forces ,ui la ntettent en ,eu, e Z source est évidemment Dieu ou nmelU^enec suprême foutes les sciences humaines, quelles qu'elles soient fie le lepete encore), ont impérieusement besoin du coucou s ■Je la philosophie; soutenir le contraire, comme on le fa

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indispensable , en leur fournissant le point de départ, les principes, la méthode etles règles qu'elles doivent suivre.

Toute science n'est en effet qu'un ensemble de déductions plus ou moins rigoureuses qui découlent des vérités généralement admises. Tant que l'esprit humain se borne càobserver sans méthode, sans plan arrêté, sans théorie préconçue, des faits isolés et disparates; tant qu'il ne s'efforce pas de les rattacher à une doctrine à laquelle ils puissent naturellement s'adapter , il ne possède que les éléments d'une science, mais cette science elle-même n'existe pas. Avant tout, il faut à celle-ci une base solide que peuvent seuls lui fournir le raisonnement et la méthode à priori.

Ainsi raisonnèrent , pendant une période de près de vingt-trois siècles, les personnalités les plus justement célèbres, les génies les pluséminents de l'humanité à partir d'Hippocrate.

Mais les hommes voués en particuher aux études physiques se garderont bien eux-mêmes de repousser la philosophie. L'illustre Fourcroy a pubhé un hvre sous ce titre caractéristique : Philosophie chimique. Geoffroy Saint- Hilaire est l'auteur d'une philosophie anatomique ; Mos^ cati, qui croyait à la consanguinité de l'homme et de l'orang, a pubhé, en 1799, un ouvrage intitulé : De remploi des systèmes philosoiohiques dans la pratique de la médecine. Personne n'ignore que le savant et si honorable Double a composé un Essai sur les moyens dont l'esprit humain doit s'aider dans l'étude de la médecine pratique cl spéculative; enfin, Lamarck a écrit une Philosophie zoologique.

Aujourd'hui, la gent moutonnière qui se précipite toujours en aveugle sur les pas des novateurs, quels qu'ils

soient, crie de toutes parts, sans savoir pourquoi : A bas la phdosopMe! A la lanterne la philosophie ! Qu'elle se calme et se modère dans ses manifestations, cette gent moutonnière, car elle ne tardera pas à reconnaître qu'elle crie contre elle-même, surtout si l'athéisme, dont l'audace la réjouit et l'amuse, lui joue quelque bon tour de sa façon, dans le genre de celui de 1793.

Bienque le D^Buchnerait avancé dans l'un de ses écrits {Force et matière) que les enfants, les niais et les superstitieux peuvent croire seuls à l'existence et à l'autocratie suprême d'un Dieu, je n'hésite pas à répéter encore qu'il est le but et la tîn de toute science ; quant aux théories du même auteur sur l'immortahté, la dignité, l'éternité et Imfînite de la matière, je les déclare fausses et absurdes estimant du reste qu'elles ne méritent même pas d'être sérieusement examinées. Dans ce livre, trop grossièrement athée pour Ure dangereuœ , chaque phrase contient une erreur ou un blasphème (deux choses qui vont toujours ensemble) pour que l'intention dernière de l'auteur ne puisse jamais êPre oubliée wn seul instant

En voici d'ailleurs la morale , et celle du matériahsme ' scien ifique allemand, relevée avec indignation dans l'assemblée des naturalistes et des médecins à Gœttingue par le professeur et conseiller aulique Wagner :

<c Mangeons et buvons, demain nous ne serons plus; toutes les grandes et nobles pensées sont de vains rêves, des fantas magories, des jeux d'automate à deux bras, courant sur ^ deux jambes et se décomposant en atomes clmniques pour .se combiner de nouvecm, etc., semblables-à la danse d'adxen..sdansu;n hôpital; sans avenir, sans base morale » ' Je fais grâce à mes lecteurs de la réponse de Buchner

dont l'ouvrage m'a lui-même fourni cette photographie de l'école matérialiste allemand^.

Après l'étude des phénomènes cosmiques ou de la vie universelle, il n'en est pas qui appelle davantage le concours de la philosophie inductive que celle de la vie végétale et animale.

L'échelle graduelle et progressive des êtres vivants, basée sur la prétendue loi du perfectionnement , n'est qu'une hypothèse sans valeur.

La consanguinité du singe et de l'homme est une autre hypothèse sans fondement ni vraisemblance, et qu'il faut reléguer au milieu des excentricités qui ont déshonoré la science et la raison.

Il est probable, sans doute, que l'homme et le singe furent les deux dernières créations animales; mais de cette circonstance on ne saurait induire leur consanguinité : les deux races furent et seront toujours distinctes comme celles du cheval et de l'âne.

L'homme est un être libre, intelligent, moral, conscient, prévoyant, sociable, perfectible, connaissant Dieu, se connaissant lui-même, ayant le sentiment profond de sa noblesse, de son autocratie sur la terre et de son immortalité ; le singe et les autres brutes sont absolument dépourvus de ces attributs.

La station bipè:le , la physionomie et son jeu, le langage parlé, écrit et gesticulé, mettent encore un abîme infranchissable entre l'homme le plus brut , le plus dégradé , et les autres animaux .

C'est par la création de riiomine que Dieu a laissé entrevoir le but de ses œuvres et mis en relief cette vérité, que j 'ai formulée aiUeurs, que le principe de l'intelligencê n'a rien de commun avec la matière et les forces, quelles qu'elles soient, qui la mettent en action.

Ce principe , qui constitue notre moral et qui est la source de notre liberté, n'existe pas, de toute évidence,, chez les autres animaux. Ils n'ont aucun empire sur leurs passions et sont doués seulement de cette inteUigence congéniale, routinière, imperfectible, à laqueUe nous avons donné le nom d'instinct, et qui chez eux n'a ni période ascendante et décroissante, ni point de culmination.

Donc, l'âme proprement dite appartient à l'homme seul; toutes les fois qu'on se sert de ce mot en parlant des bêtes, il doit être traduit par celui d'mïe%ence, et celleci, extrêmement bornée chez la plupart des animaux , ne ^ doit jamais être confondue à son tour avec l'm^^mc^, qui n'a rien de commun avec elle.

L'homme est le seul animal qui ait une psychologie, et en revanche, ses instincts sont aussi imparfaits que ceux des brutes sont remarquables dès les premiers instants de leur naissance. Chez lui , l'âme commande et la machine organique exécute , la force vitale aidant, lorsqu'elle est à l'état normal. Cette doctrine a été dans tous les temps celle des princes de la médecine.

Tous les systèmes qui attribuent au cerveau la production immédiate des actes intellectuels et moraux, et qui subordonnent par suite étroitement les facultés de l'âme à la masse et au volume de cet organe , sont faux par la base.

Nulle sorte ou nulle particule de matière, a dit le natu-

48 i CONCLUSIONS.

raliste Lamarck, dont les opinions étaient pourtant matérialistes, ne saurait avoir en elle-même la jjropriété de se mouvoir, de vivre, de sentir, de penser ou d'avoir des idées ; et si parmi les corps il y en a gui soient doués, soit de toutes ces facultés, soit de quelques-unes d'entre elles, on doit considérer alors ces facultés comme des phénomènes physiques ^ue la nature a pu produire, non par l'emploi de telle matière qui posséderait en elle-même telle ou telle de ces facultés, mais par l'ordre et l'état de choses qu'elle a institués dans chaque organisation \ y) (Philosophie zoologique.)

L'étude de l'homme sain et de l'homme malade démontre clairement qu'il se produit à la fois chez lui tous les phénomènes matériels et dynamiques propres à l'animalité, à la végétabilité, et de plus des phénomènes spéciaux qui lui sont particuliers, qui ont leur source dans le principe animique, et qui, bien que subordonnés dans leurs manifestations à l'état de la matière organisée, ne peuvent être considérés comme son effet immédiat.

L'observation et l'induction démontrent aussi clairement que possible à tout esprit non prévenu, qu'il existe chez les animaux et chez les végétaux une force spéciale inconnue dans la nature inorganique ou minérale, et de laquelle dépendent leurs manifestations d'activité.

* Je ne cite pas seulement ici Lamarck, à cause de son opinion si carrée et si explicite sur l'incapacité de la matière à se mouvoir, à vivre, à sentir, à penser par elle-même ; mais aussi pour faire remarquer l'erreur dans laquelle le jette son matérialisme , en lui faisant considérer ces facultés comme purement physiques. Gomment, en effet, l'ordre et l'état de choses que la nature a institués dans chaque organisation ( lisez l'âme, s'il vous plaît; car c'est elle qu'il désigne ainsi), pourraient-ils susciter des phénomènes physiques ou matériels? C'est le propre du matérialisme de mettre constamment en contradiction avec eux-mêmes les esprits les plus éminents .

Cette force, qui a été admise par presque tous les philosophes anciens et modernes, porte le nom de force vitale.

Répandue dans le milieu ambiant qui est une sorte de fluide biophore universel, la force vitale a pour véhicule le sang chez les animaux et la sève chez les végétaux ; sa puissance , son énergie sont variables selon les races, les individus. C'est par elle que les corps vivants sont soustraits, dans une certaine hmite, quoi qu'en puissent dire les matépiahstes modernes, à l'action des lois physiques et chimiques.

Tous les philosophes qui nient l'existence de la force vitale sont forcés de la remplacer, pourlesbesoins de leurs systèmes matérialistes, par des agents bien moins concevables et bien plus hypothétiques. C'est ainsi par exemple que Virchow, aUant sur les brisées de Lamettrie, professe que la vie n'est qu'une forme particulière de la mécanique. ^ Toutes les explications physiques , chimiques ou mécaniques de la vie, sont fausses et inadmissibles.

C'est en vertu de la force vitale que les animaux et les végétaux naissent , se nourrissent , s'accroissent, multipUent leur espèce, et c'est par son extinction naturelle ou accidentelle qu'ils meurent, le plus souvent sans que la matière organisée présente chez eux le moindre changement, la moindre lésion.

Chez les animaux, la force vitale s'aUie, d'une part à la matière, qu'elle organise , car elle est essentiellement plastique, et de l'autre au principe intellectuel que nous appelons dme on intelligence, selon que nous en observons les actes chez l'homme ou chez la brute.

Les lois de cette alhance sont de celles que la philoso-

'iSe CONXLUSIONS.

phie inductive seule peut chercher a saisir ou à soupçonner par l'appréciation des phénomènes sensibles dentelle est la source.

Parmi ces phénomènes, le moins constable de tous est, sans contredit, celui de l'unité vitale, qu'Hippocrate a le premier étudiée et signalée, et qui, malgré sa vulgarité, est nettement niée à cette heure par l'école matérialiste, capable d'ailleurs de toutes les négations même les plus extravagantes.

C'est du grand fait de l'unité vitale que découlent les sympathies dynamiques et organiques qu'on observe chez les animaux et en particuher chez l'homme, les crises qui se produisent dans le cours des maladies, etc. « Ce qu'il importe surtout de connaître, a dit Barthez [Traité des mouvements) , c'est l'être sympathique qui, obéissant à des lois primordiales, fait se correspondre entre elles, et les forces qui vivifient toutes les parties du corps, et les facultés de l'âme pensante.»

Les matérialistes ont beau répéter en toute occasion que la doctrine de la force vitale est aujourd'hui une cause perdue; en dépit de tous leurs efforts, elle se maintiendra comme toutes celles qui sont basées sur la saine philosophie. Naguère, personne ne croyait plus à la doctrine de la contagion des maladies; aujourd'hui, on compte les médecins qui protestent contre elle; encore, parmi ces derniers, beaucoup ne sont-ils pas sincères !

N'est-il pas étrange d'ailleurs que l'école médicale matérialiste, qui fait de l'hétérogénie à tout propos et qui prétend suivre, avec l'œil armé du microscope, les phénomènes les plus infimes et les plus confus de l'animalité et delà végétabiUté, proteste contre l'existence de lu force

CONCLUSIONS. -if*'

vitale, seule cause possible et raisonnable de ces phénomènes?

Le but de la médecine étant de prévenir et de guérir les maladie's, cëlte science doit avoir nécessairement pour base la physiologie, qui s'occupe elle-même de la vie, de ses phénomènes, de ses conditions, etc.

Toute physiologie qui n'est pas fondée sur le psychomatérialisme, c'est-à-dire sur l'étude simultanée des phénomènes ahimiques, vitaux, matériels, et qui s'occupe exclusivement de ces derniers , loin dé faire progresser la médecine, hé peut que là vouer à l'immobilité et à l'erreur : telle est par exemple là physiologie dite déterministe; elle pourra éclairer le côté matériel de la science de l'homme , mais elle ne fera pas faire un pas â f étiologie dynamiquè.

Dans tous les corps vivants, je l'ai déjà dit, les lois générales de la matière sont dominées' par la vie; mais ch'ez l'homme, le pluscomphqué de ces corps, il faut toujours en outre faire la part de l'influence de l'âme, qui esttoute- , puissante sur le principe de vie, puisque ses affections peuvent devenir la source des plus graves maladies générales et locales.

L'art de guérir ne saurait donc être exclusivement basé sur l'étude des phénomènes organiques ou matériels, mais mais il exige aussi celle de la psychologie individuelle, et par suite des diverses modifications vitales d'où résultent les diathèses, les affections essentielles simples ou éléments morbides, les tempéraments, les idiosyncrasies, etc.

Prétendre, comme le font les détermimistès, qu'en étudiant patiemniènt avec le microscope ou au moyen du scalpel des phérioménes organiques isolés, on parviendra

à saisir les lois qui les régissent et à fonder la véritable anthropologie, c'est se bercer d'une illusion. Car, en pareille matière, il ne suffit certes pas d'analyser, de recueillir des faits; il faut encore remonter jusqu'à leur cause, entrevoir au moins celle-ci par l'induction, et rattacher le tout, par la synthèse, à une idée doctrinale quelconque. Mais la synthèse ne peut avoir lieu ici qu'au moyen de cette dialectique que répudient si malheureusement pour l'art les médecins chimistes, vivisecteurs, etc., et qui leur prouverait au moins, faute de mieux, qu'en dépit de toutes leurs protestations, ils se sont voués à un matérialisme déraisonnable.

La physiologie déterministe nous prouve bien qu'en coupant tel tronc nerveux, en Haut tel vaisseau, en irritant ou en détruisant tel ganglion, on provoque tel ou tel autre phénomène. Ces faits, etbeaucoup d'autres qui ne sauraient être rappelés ici, tout curieux qu'ils soient, ne peuvent avoir une grande influence sur la thérapie, qui est, en fin de compte, le but essentiel de l'art de guérir; aussi je ne sache pas que toutes les interprétations des phénomènes de l'anémie et delà chlorose, etc., fournies par la médecine expérimentale, aient amené le moindre progrès dans le traitement de ces maladies.

La raison de cette particularité est que dans le corps vivant le même phénomène morbide, lorsqu'il se proditit naturellement, spontanément, peut tenir à bien des causes tout à fait opposées, ainsi que le démontre tous les jours l'expérience, et que ces causes sont pour la plupart générales ou dynamiques. Or, la philosophie inductive et ses procédés peuvent seuls les faire pressentir, et, partant, mettre en lumière les indications qu'elles réclament.

Ainsi, je viens de nommer la chlorose, et j'ai dit que la médecine déterministe ne la traitera pas mieux que la médecine traditionnelle; mais j'aurais dû ajouter que dans beaucoup de cas la première, qui ne veut reconnaître ni l'existence de l'âmeliumaine, ni son influence dans l'économie, aura difficilement raison d'une maladie que compliquent si souvent le spleen, l'amour contrarié, etc.

Alors même que l'observation et l'expérience traditionnelles ne prouveraient pas la vérité de ces principes , on pourrait encore faire valoir par une foule de raisons trèsspécieuses, pour ne rien dire de plus, qu'on ne peut admettre à priori, comme le font les déterministes, que l'organisme humain et l'organisme bestial soient tellement identiques que tout s'y passe de la même manière.

Ainsi : l» L'influence animique qui modifie si puissamment, chez l'homme, les phénomènes organiques, n'existe pas chez les animaux , et la nostalgie leur est inconnue;

2o Leur impressionnabilité vitale est aussi bien différente, puisqu'ils peuvent vivre au miheu des émanations paludéennes sans être atteints de fièvre intermittente, qu'ils échappent à la plupart des causes générales des épidémies propres à l'espèce humaine, qu'ils peuvent avaler impunément certains poisons et même les utiliser comme aliments ;

3<» Enfin, la vitalité est bien plus énergique chez les animaux que chez l'homme, et nous n'en voulons pour preuve que leur résistance aux tourments et aux blessures souvent terribles qu'ils éprouvent pendant les expériences qu'on fait sur eux, et auxquelles des individus de notre espèce succomberaient très- vite.

La susceptibilité, l'impressionnabilité, Taffectibilité de

i90 CONCLUSIONS.

de rhomme et des animaux sont donc très-différentes , et les physiologistes expérimentateurs ne doivent jamais l'oublier dans leurs comparaisons ou appréciations. Ce qui est vrai pour le mouton, le lapin, le chien, etc., peut être parfaitement faux pour l'homme.

L'une des plus remarquables découvertes de la physiologie expérimentale, celle de la glycosurie, fait ressortir d'ailleurs elle-même que lorsqu'on a saisi un fait matériel palpable, on a encore à compter avec ses causes dynamiques. On ne peut que paUier le diabète; pourquoi? Uniquement parce que le défaut d'alcaUnisation du sang, qui est le phénomène matériel sensible de ce fléau, est luimême sous la dépendance d'une cause dynamique. Or, ne rien dire de cette cause, la passer sous silence, c'est empêcher qu'on s'en occupe, et peut-être même qu'on ne trouve le remède radical ; car qui pourrait affirmer qu'on ne la conjurera pas quelque jour comme on conjure le génie "intermittent, c'est-à-dire sans l'avoir jamais vue, touchée, démontrée ?

Avant que la présence du fer dans le sang eût été signalée par la chimie, on avait parfaitement reconnu, par l'expérimentation clinique, que ce métal avait une action prononcée sur cé fluide, par suite sur la constitution des tissus vivants , et il en est du fer comme d'une foule d'autres agents précieux de la matière médicale.

Que le déterminisme expériméiltal nous fournisse les moyens de conjurer à coup sûr les intoxications qu'il étudie d'ailleurs avec tant de succès, par exemple l'intoxication arsenicale, dont Ibs funestes réstiltats sont malheureusement trop communs à notre époque, ét il pourra se vanter alors d'avoir rendu un inlmenèc service à l'humanité.

CONCLUSIONS. .i9i

Lê diabète n'est certes pas le seul état pa'thologique générail dont la cause essentielle lui échappe ; toutes les autres diathèses sont dans le même cas, et la stérilité dé la discussion qui dure depuis si longtemps à Paris sur la tuberculose, achève de prouver qu'en pareille matière lés idées émises par les Laënnec, les Louis, les Ghomel, les Trousseau, les Andral, etc., etc., valent un peu plus que Vhétérogénie régressive et la pneumonie casceuse ; n'en serait-il pas ainsi d'ailleurs, que nous devrions être trèsréservés sur ces importations d'outre-Rhin.

Malgré les curieuses études que le microscope a permis de faire sur le cancer, on ne guérit pas mieux aujourd'hui ce fléau que par le passé; et si quelque jour l'inspiration d'un médecin-génie lui faisait découvrir une prophylactique sûre de la dégénérescence cancéreuse, il est plus que probable que ce ne serait pas le microscope qui lui en suggérerait l'idée.

Sous le rapport de la synthèse , le déterminisme est aussi impuissant que la chimie , et c'est là une preuve certaine de son peu de portée biologique. Il parvient bien à produire chez les animaux soumis à ses expériences, certaines maladies locales , telles par exemple que des inflammations ; à provoquer certains phénomènes, tels que la toux, l'éternuement, le hoquet, le vomissement, les convulsions ; mais jamais il ne peut créer de toutes pièces aucun état morbide de l'ensemble du système, tel que les diathèses, les fièvres essentielles, etc., parce que ces dernières sont sous la dépendance directe des causes dynamiques.

C'est que l'organisme humain, répétons-le encore, n'est pas un simple bloc de matière, comme le donnent à en-

tendre les novateurs au milieu de leurs réticences, et qu'ils n'en sont pas, par suite, les maîtres absolus. S'il en était ainsi, du reste, ils pourraient en calculer les phénomènes dynamiques comme le font les mathématiciens pour la matière brute : or ce calcul a été depuis longtemps reconnu impossible.

Lorsque, au lit du malade, le médecin veut se rendre un oômpte satisfaisant des phénomènes morbides, porter sur eux un jugement sain, en connaître autant que possible la nature, le point de départ, etc., il ne doit pas se borner à tenir compte des circonstances de milieu qui ont pu concourir à leur développement , des changements qui se sont produits dans l'organe ou le tissu affecté, lequel n'est pas toujours le siège réel de la maladie ; mais il faut encore qu'il interroge tour à tour les dispositions dynamiques du sujet, les passions qui le dominent, le degré plus ou moins grand de dépendance où se trouvent les fonctions lésées des déterminations animiques, la loi des sympathies; enfin toutes les circonstances qui découlent de l'hérédité, du tempérament, des habitudes, du sexe, etc.

Est, et sera toujours un médecin incomplet, insuffisant, celui qui dans ses investigations cliniques se borne à palper, ausculter, mesurer, percuter; celui qui, soit en pratique, soit en théorie, s'arrête seulement aux espèces de maladies ou aux apparences morbides (diarrhée, pneumonie, pleurésie, phthisie, etc., etc.), et ne remonte pas au fond ou à la nature du mal, c'est-à-dire à l'élément ou à la modification dynamique ; le médecin, en un mot, qui n'est pas famiher avec les applications cliniques de l'analyse et de la synthèse philosophique. C'est ce médecin myope et localisatcur qui s'obstine par exemple à voir

rinflammation dans ces engouements pulmonaires, qui sont si communs clans le cours des fièvres , et qui , loin de réclamer la saignée, les antimoniaux, etc., appellent au contraire l'emploi du quinquina et des analeptiques.

Même en thérapie, l'expérience démontre journellement combien est indispensable la recherche des modifications dynamiques. Toutes choses égales, en effet, le médicament dont l'action est la plus vulgaire et la mieux connue, peut demeurer inerte, ou même se changer en une sorte de pojson, sous l'influence de certains états moraux; cette modification insolite, étrange,- des efi'ets médicamenteux est donc due à l'intervention, à l'action plus ou moins directe de l'âme sur la force vitale , et par suite sur la matière organisée.

Le déterminisme n'a ni les qualités requises ni les moyens nécessaires pour fonder une nouvelle science médicale; ses ouvrages, riches en détails micrographiques, sont plutôt des traités d'histologie et d'hétérogénie microscopiques que des traités de physiologie ou de pathologie; le clinicien y trouve fort peu de médecine; la thérapeutique y est surtout plus que néghgée.

Lorsqu'on affiche la prétention de faire table rase de l'hippocratisme, qui est encore, quoi qu'on en dise, la médecine du plus grand nombre des praticiens, même à Paris, il faut ouvrir à l'art salutaire d'autres horizons que ceux de la microscopie, du chimismeet de la mécanique.

Semblable à cette célèbre Bande noire qui au commencement de ce siècle détruisit tous les monuments historiques de notre patrie, et bâtit avec leurs débris de mesquines constructions dans le goût moderne, le déterminisme veut évidemment réaliser un plan du même genre: mais il

^i94 CONCLUSIONS.

en sera pour ses frais; car, ce que l'on peut toujours réaliser dans l'ordre physique , on est impuissant à le faire dans l'ordre moral. Les monuments les plus solides, les plus gigantesques, tombent sans peine sous le marteau des démolisseurs; mais les idées traditionnelles sont impérissables et indestructibles ! Soutenue par sa sœur la philosophie , et appuyé sur vingt-deux siècles d'observation , d'expérience, l'hippocratisme verra la fin du déterminisme comme il a vu celle du broussaisisme, de l'organicisme, de l'homœopathie', etc.

Puisque, depuis l'origine des sociétés, il est parfaitement reconnu que les dogmes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, acceptés par le consentement unanime, sont la base essentielle de la civilisation humaine, la source de toute moralité, et que leur oubli nous ramènerait à la condition des brutes, au débordement de tous les vices et de tous les crimes, est-ce porter atteinte à la

1 La médecine traditioanelle, qui compte encore à Paris de nomijreux et savants adeptes, parmi lesquels je me permettrai de citer en première ligne M. le D'' Noël Guéneau de Mussy, n'a pas ses ennemis les plus dangereux dans le camp matérialiste ; il convient aussi de ranger parmi eux certains médecins qui, pour arrêter le torreat positiviste , s'appuient sur les principes de la vraie doctrine, mais sans vouloir rendre hommage à leur mère et eu donnant comme de leur cru les arguments qu'elle leur fournil. Une telle conduite est coupable et n'honore pas ceux qui la tiennent : je connais tel ouvrage, tel mémoire qui sont littéralement composés de lambeaux enlevés aux auteurs les plus justement illustres de l'école hippocratique. dont on n'a pas même daigné citer les noms. Heureusement que personne ne s'y trompe, et que la secrète ambition de ces enfants ingrats est parfaitement jugée et appréciée. On sait très- bien qu'ils n'ont rien inventé et que c'est daas les vieux livres qu'ils trouvent leurs inspirations.

liberté de la conscience, à celle de la pensée, qued'qpposer des barrières à l'athéisme, lorsqu'il tend à se produire cyniquement çn public, comme il le fait à cette heure; et doit-on permettre que quelques hommes égarés ou pervers scandalisent sans cesse les honnêtes gens par des, discours, des pubhcations impies et anti-sociales ?

Dieu a-t-il moins de droit au respect de tous que les souverains d'ici-bas; et ces derniers, dépositaires des pouvoirs de la Société, ne sont-ils pas commis à sa conservaiion, à la défense de ses intérêts physiques et moraux? partant, ne leur incombe-t-il pas pour premier devoir de réprimer par de bonnes lois les scandales de Fathéisme ?

Sans doute tous les hommes doivent avoir le droit, selon leur conscience, de professer et de soutenir par le raisonnement leurs opinions rehgieuses; mais cette liberté, la plus précieuse et la moins prescriptible de toutes, doit-elle être étendue à l'athéisme, c'est-à-dire à lanégation absolue des principes de la morale ?

L'athéisme n'est pas seulement, d'ailleurs, un danger social, mais une grave insulte jetée à la face de l'humanité tout entière: or l'insulte doit toujours être impitoyablement réprimée, de quelque façon qu'elle se traduise.

Tout citoyen est libre de s'affilier aux thuggs de l'Inde, aux empoisonneurs des Antilles, auxvaudoux, aux gitanes, aux frères du poignard, etc., mais sous la condition de remplir ostensiblement ses devoirs envers la société dont il relève. Que l'athéisme devienne une charbonnerie, on peut facilement se faire à cette idée; mais qu'on lui permette de se produire dans les discours, de s'étaler dans les journaux et dans les livres, c'est ce que la Société ne saurait permettre sans se suicider, sans donner les mains à sa propre ruine.

Ainsi que le disait le martyr de Sainte-Hélène: N'est pas athée qui veut; ajoutons à cette parole profonde: Est libre de l'être qui le peut, mais sous la condition expresse de ne se livrer à aucime propagande et de garder son impiété pour lui seul.

Enfin, les aspirations séculaires de l'athéisme, la marche qu'il a invariablement affectée dans tous les temps pour arriver à ses fins perverses, nous indiquent clairement que les vraies barrières qu'on peut lui opposer sont la religion, la famille et le reclassement agricole, qui seuls peuvent préparer à la patrie ces générations vigoureuses, au moral comme au physique, d'où sortirent les Léonidas, les Décius, les Du Guesclin, les Bayard, les d'Assas, les Du Gouëdic, les Bisson, et tant d'autres héros dont s'honore l'humanité.

POST-SGRIPTUM

A la suite de l'enquête ordonnée par les autorités compétentes, la pétition deM. LéopoldGiraud a été repoussée par le Sénat, comme reposant sur des allégations fausses, impossibles à prouver, et contre lesquelles d'ailleurs protestaient avec indignation les fonctionnaires de l'Instruction publique mis en cause : aucun de ceux-ci ne s'est soucié de passer pour un athée, ni même simplement pour un matérialiste, et sous ce rapport l'unanimité a été significative.

En reproduisant dans ce livre cette fameuse pétition, que j'ai qualifiée de remarquable, parce que je la croyais fondée à tous les points de vue, et dont j'avais d'ailleurs pris le texte dans un journal de médecine (celui de Bordeaux) qui lui avait fait un honorable accueil, je n'ai fait qu'user de mon droit d'historien et de publiciste ; mais aujourd'hui même qu'elle a étéjugée par le Sénat, je n'hésite pas à déclarer qu'abstraction faite des questions de personnes, dont je ne me suis jamais préoccupé, je continue à en approuver le fond, c'est-à-dire tout ce qui touche à la nécessité de la répression de l'athéisme et à l'émancipation de l'enseignement supérieur. Pour bien juger de l'esprit qui préside à cet enseignement, spécialement en médecine, ne suffit-il pas d'ouvrir les livres qui nous viennent de Paris?

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