CHAPITRE VII
La médecine sous la Restauration.— Motif de son antagonisme contre ce gouvernement. — Travaux de Magendie. — Erreurs graves qu'il émit en médecine. — Il contribua puissamment à la jeter dans le matérialisme. — Premier bienfait humanitaire de ce dernier. — Les hommes mis dans la balance avec les bestiaux. — Levée de boucliers du professeur Ribes (de Montpellier) en faveur du matérialisme, elle est accueillie avec indifférence.- Ribes était il véritablement athée? — Congrès médical de Paris en 1845.
Marseille, juillet 1867.
Sous la Restauration, un antagonisme sourd , mais incessant, s'établit entre le gouvernement et la médecine française, et plusieurs causes y présidèrent. Je citerai parmi elles : le renvoi dans leurs foyers d'un nombre considérable de médecins militaires dont le dévouement à la cause de Napoléon ne faisait pas doute ; la suppression de la Faculté de médecine de Paris, sa réorganisation immédiate avec des éléments royalistes , et la destitution de presque tous les professeurs éminents, qui étaient devenus suspects sous le rapport politique * ; enfin, la malheureuse
« La Faculté de médecine de Paris fut dissoute eu 1822 , et la réorganisation, qui eut lieu le 2 février 1823, élimina les neuf professeurs dont les noms suivent :
Chaussier. Desgenettes. Jussieu. Deyeux. Dubois (d'Amiens). Dubois. Lallemand. Leroux. Pelletan père et Vauquelin. Ils furent remplacés par
idée qu'on eut de confier aux mêmes mains les afi'aires ecclésiastiques et les affaires universitaires. Cette mesure, je ne crains pas de le soutenir, fut des plus impolitiques, elle déplut souverainement (et cela devait être) aux écoles, au corps universitaire, aux académies, aux professions libérales, aux cultes dissidents, et créa de terribles hostilités au gouvernement du roi ; personne n'ignore que , sous l'ancien régime même, on s'était gardé avec soin de cette faute. Mazarin mourant avait conseillé k Louis XIV de l'éviter avec soin, et le cardinal de Fleury avait fait la même recommandation à Louis XV. La religion et ses ministres ont droit au respect de tous, et plût au Ciel que ce respect n'eût reçu aucune atteinte jusqu'ici ; mais les intérêts scientifiques et littéraires sont si séparés, par leur nature propre, des intérêts des cultes, qu'ils ne sauraient être confiés à une même administration. On sait que je professe les mêmes sentiments à l'endroit de nos institutions sanitaires, dont la remise, à partir du règne de Louis-Philippe , a été faite à tort au ministère du commerce et des travaux publics. Le commerce et la santé publique sont absolument antagonistes, je l'ai dit, je l'ai écrit dans mille occasions depuis 1840, et leurs intérêts respectifs ne sauraient être confiés au même homme, fùt-il le moins commerçant et le plus consciencieux de tous.
Laënnec. Clarion, Pelletan ûls, Guilbert, Fizeau, Cayol, Landré- Beau vais. Bougon et Deneux.
Après 1830, un des premiers soins de l'autorité nouvelle fut de remettre m fonctions tous ceux des professeurs éliminés qui vivaient encore, et de destituer ceux que l'évêque d'Hermopolis leur avait substitués par des motifs purement politiques.
Quoi qu'il en soit, par l'effet d'une réaction facile à saisir dans ses causes, le caractère matérialiste qu'avait progressivement pris l'enseignement médical depuis Cabanis et Gall , acheva de devenir saillant sous les gouvernements de Louis XVIII et de Charles X. A cette époque , qui fut celle de la médecine dite physiologique , les étudiants en venaient aux mains dans les amphithéâtres, prenant parti, les uns pour le réformateur Broussais, les autres pour Hippocrate et Barthez ; mais , en dehors de Broussais , elle produisit un homme dont l'influence contre les anciennes doctrines fut considérable et dont la renommée est devenue vulgaire : je veux parler de Magendie, dont je n'ai pas d'ailleurs la pensée de faire un athée ; il me parait évident, au contraire, qu'il ne fut si exclusivement matérialiste que parce qu'il exagéra ce déplorable principe, que la science de l'homme n'a aucun besoin, pour son avancement, de la psychologie, et que le médecin n'a à s'occuper, dans l'exercice de son art , que d'organes et de fonctions. Mais un mécanicien n'a-t-il jamais à s'occuper que des rouages de sa machine, sans s'inquiéter des conditions où se trouve le moteur? Peut-être ce principe, qui a quelque chose de spécieux de prime-abord, et que nous avons déjà vu professé par Adelon, qui pourtant ne l'exagéra jamais , est-il encore en ce moment l'unique cause qui donne à la médecine parisienne cette odeur de matérialisme qui repousse et inquiète le vieux praticien, surtout lorsqu'elle part de la chaire officielle, qui fut si longtemps, je crois l'avoir démontré, une chaire de vérité, d'où ne descendaient sur les néophytes que les utiles et lumineux enseignements de la saine philosophie médicale ?
Voué de bonne heure à la physiologie comparée et aux vivisections, le célèbre Magendie n'avait guère que 30 ans lorsqu'il publia ses Rechercfies sur la transpiration pulmonaire, qui appelèrent l'attention du monde savant, et qui furent suivies de plusieurs autres mémoires remarquables; bientôt il mit au jour son grand ouvrage de physiologie, qui, entièrement basé sur l'expérimentation et sur la doctrine seule du fait visible et palpable, ouvrit à la science une voie nouvelle. A partir de cette époque, sa réputation ne fit que s'accroître, moins peut-être comme médecin guérisseur que comme physiologiste, et son école acquit bientôt la plus grande influence dans le grand centre parisien, où l'on est toujours avide de nouveautés. A une certaine époque, les curieuses expériences du professeur du Collège de France furent à l'ordre du jour dans les cercles et autres réunions, et sous ce rapport la réputation 'de Magendie rivalisa avec celle de ses précurseurs, Cabanis et Gall. On se faisait volontiers à cette idée qu'unevoieimmense, féconde, venait d'être ouverteà la biologie, et que ses problèmes les plus obscurs allaient recevoir leur solution.
Il n'en fut rien pourtant, et tous les hommes de Tart qui sont, je ne dirai pas éclectiques (l'éclectisme, tel qu'on l'applique aujourd'hui, n'est que le scepticisme déguisé), mais qui savent allier dans une juste mesure le spiritualisme au matérialisme, professent aujourd'hui que l'école de Magendie n'a pas réalisé les espérances qu'elle donnait. C'est que, pour arrivera saisir certaines lois, certains principes biologiques , la méthode expérimentale ne saurait suffire ; il faut encore que le raisonnement philosophique la fertilise, et sous ce rapport, Magendie, outre son mépris absolu pour la philosophie et ses méthodes, dont il contri*
t;jH PHILOSOPHIE ET MÉDECINE.
bua puissamment à éloigner l'École de Paris, a consacré dans ses écrits une foule d'erreurs très-graves qui passèrent alors inaperçues ou à peu près, et que je ne ferai qu'indiquer ici sommairement.
Il affirma d'abord que l'organisme humain était tout à fait identiqueàceluidesbétes; queles médicaments, lespoisons, avaient sur lun et sur l'autre la même manière d'agir ; que cette manière d'agir ne variait jamais selon les individus, niant ainsi les ditférences que les médecins nomment idiosyncrasiques ou particulières, différences dont l'expérience des siècles a consacré la réalité ; enfin , il émit en principe cette grave erreur, qu'étant données les propriétés chimiques d'un médicament et le procédé par lequel on l'obtient étant parfaitement déterminé, « on n'a pas à craindre la variatim dans la force et la manière d'agir de ce médicament » . Or, le peu de fondement de ces assertions de Magendie n'est pas difficile à démontrer, et tous les cliniciens en reconnaissent unanimement la fausseté.
Je dois ajouter, en historien impartial, qu'à l'exemple de tous les hommes qui ont une idée préconçue et exclusive, Magendie passa trop souvent sous silence, dans ses écrits, les démentis et les déceptions que lui donnèrent dans certains cas ses expériences, et que, sous ce rapport, on peut le ranger sans hésitation parmi ces expérimentateurs dont Haller a dit à propos des meilleurs moyens à employer pour arriver à la connaissance de la vérité par la méthode expérimentale : a J'ai toujours été surpris du bonheur avec lequel certains savants ont toujours vu ce qu'ils voulaient voir, et n'ont jamais rien vu qui y fût contraire ; ce n'est que dans les romans que les hérossont toujours victorieux . »
Ce fut SOUS le gouvernement de la Restauration, de 1821 à 1830, que l'hippocratisme et le matérialisme, qui se faisaient encore équilibre dans la grande école parisienne, purent, dans une occasion solennelle, faire juger de leur morale respective. Tandis que le premier, fidèle à ses subUmes traditions, se faisait valoir aux yeux de l'Europe entière pendant l'épidémie de fièvre jaune de Catalogne, par le dévouement des Bally, des Pariset, des François de Sens, des Audouard, et par la mort glorieuse de Mazel; tandis qu'il dotait la science , à l'issue de cette grande catastrophe, de deux excellents ouvrages pratiques qui sont encove à cette heure ce que nous possédons de plus complet siu* la fièvre jaune, le matérialisme médical commençait à lever audacieusement la tète , jetait les fondements de la fausse doctrine dite de l'anti-contagionnisrae, et, plus soucieux des intérêts mercantiles que de ceux de l'humanité, inaugurait son pacte avec le commerce et l'industrie, qui nous a valu successivement tant d'invasions cholériques, l'importation de la fièvre jaune à Saint- Nazairo en Loire (1861), et qui nous aurait certainement gratifiés de la peste si, par bonheur, ce fléau ne s'était pas «mdormi depuisplus de trente ans en Orient, selon ses aUures bien connues, puisque l'histoire établit d'une manière positive qu'il était absent de l'Egypte depuis quarante ans, lorsque notre armée conduite par Bonaparte y débarqua.
En effet, jusqu'en 1824 la médecine française avait été unanime sur la nécessité des mesures quarantenaires contre les fléaux exotiques, et s'était fort peu préoccupée du dommage que pouvait en recevoir le commerce, parce qu'elle avait depuis longtemps inscrit sur sa vieille et glorieuse bannière cette devise : Salus populi suprema lex
esto {que le salut dupeuple soit notre premier et plus précieux devoir) . Mais, dès que les principes du matérialisme eurent commencé à prévaloir dans le corps médical de Paris, qui est chargé d'éclairer lautorité centrale sur les grandes questions d'hygiène et de salubrité , la contagion des pestes fut niée, parce qu'elle résulte d'un fait vital, dynamique, invisible, impalpable, et les barrières que l'expérience de nos ancêtres avait élevées contre l'importation des grands fléaux exotiques tombèrent, au grand détriment des populations pauwes et laborieuses , car les classes riches ou aisées ont toujours les moyens de se dérober à leurs atteintes.
Je dois ajouter que, par Teffet d'une contradiction absurde ou cynique , car il faut absolument opter ici entre ces deux qualifications, la propriété contagieuse continua à être attribuée à la peste bovine et à d'autres épizooties, et que les quarantaines ne cessèrent pas de leur être* opposées, dans le moment même où on les déclarait inutiles et même nuisibles contre les épidémies. Il est probable que si le commerce de la chair humaine avait existé parmi nous, comme il existait naguère sur la côte occidentale d'Afrique, on aurait pris bien plus de soin du capital, et qu'un de nos journaux de médecine n'aurait pas trouvé l'occasion do dire, qu'en France il valait mieux être Bête que Provençal
Maintenant, que la plupart des hauts et puissants seigneurs de la finance, du commerce et de la médecine, qui furent les fauteurs de cette conspiration contre la santé des masses, ont payé leur tribut à la nature, je m'abstiendrai d'autant plus volontiers de les nommer ici. que j'ai déjà pris ce soin, non sans quelque courage, de leur
vivant même, dans mon Histoire de V intendance sanitaire de Marseille*.
Tels ont été les premiers bienfaits dont le matérialisme médical a gratifié l'espèce humaine sous le rapport physique; mais qui pourra jamais calculer, même approximativement, tous les maux qu'il a déchaînés sur elle au point de vue moral, en servant de pivot à une foule de théories subversives ou dangereuses, et surtout en ouvrant la voie à l'athéisme moderne et à cette funeste doctrine du hasard créateur, que Montesquieu a appréciéeavec tant de justesse, dans cette seule phrase de son Esprit des lois : a Ceux qui ont dit qu'une fatahté aveugle a produit tous les effets que nous voyons dans le monde, ont dit une grande absurdité, car, quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui aurait produit des êtres intelligents ! »
Assez intimement lié avec le savant professeur Ribes (de Montpellier) , et en correspondance suivie avec lui, à l'époque où je m'occupais particulièrement d'hygiène , je n'ai jamais pu savoir au juste les motifs qui le portèrent, en 1835, à déserter la bannière hippocratique , et à arborer celle du matérialisme, dans l'ouvrage qu'il publia sous ce •titre : Fondements de la doctrine médicale de la vie universelle, avec cette épigraphe : Tout vit, tout marche incessamment vers le règne de Vassociation et de l'amour.
Ce travail, qui a été écrit évidemment sous l'influence des principes de Saint-Simon, que le regrettable professeur d'hygiène avait adoptés, dit-on, n'eut aucun retentissement, et fut accueilli avec beaucoup d'indifTérence par le corps médical, d'abord parce qu'il n'émanait pas d'une sommité
* Marseille et son intendance sanitairey 1 vol. in-S» de 500 pag. ; 1864.
médicale de Paris, ensuite parce qu'il était notoire que Ribes, qui était un hygiéniste de premier ordre, comme le prouvent les écrits qu'il nous a légués, n'avait que trèspeu exercé la médecine, soit dans les hôpitaux, soit dans le civil. Or, quiconque aura l'ambition de réformer la médecine traditionnelle, ou d'en modifier seulement les bases, devra avant toute chose avoir longtemps pratiqué au lit du malade, s'il ne veut s'exposer à faire, comme on le dit vulgairement, de l'eau claire, et à ne pas être pris au
sérieux.
Le savant D' Kuhnholtz, bibliothécaire de l'École de médecine de Montpellier, a fait une critique très- judicieuse de la Doctrine de la vie universelle , dans sa 10* leçon de Bibliographie médicale (Montpellier, 1837). Le résumé de sa pensée sur cette doctrine est qu'on doit la considérer, en dernière analyse, comme une cosmogonie créée par la volupté qu'a chantée Lucrèce, et sur la nature de laquelle, quoi qu'on en dise, il n'est pas possible de se méprendre; qu'elle tend à faire du monde tin vaste temple de l'amour, qui ne serait pas l'amour de Platon, mais bien celui d'Épicure. y>
M. Kuhnholtz reproche ensuite à Ribes d'avoir dit dans un discours pubhé en 1832, a que, le règne du dualisme chrétien étant fini, les hommes avaient cessé de croire à l'util if <^ de la distinction d'im esprit infini séparé des mondes, et qu'il fallait rejeter la distinction de l'âme et du corps, du principe vital et de l'organisation. »
Certes, le promoteur de la doctrine mort-née de la vie universelle avait bien mérité ces reproches, et son critique ne faisait que justice en les lui rappelant ; mais ce que je ne crains pas de contester ici , c'est que Ribes fut un
athée convaincu. Uu'on se souvienne de ce que j'ai dit plus haut de Spinosa, de Voltaire et même d'Arnaud de Villeneuve ; il n'avait fait que s'égarer en spéculant sous l'influence de l'enthousiasme et de l'ardeur propre aux méridionaux. Peut-être aussi eut-il d'autres mobiles humains que nous ne pouvons rechercher, et dont il a emporté le secret avec lui ; mais ce que je suis heureux d'affirmer, c'est qu'il ne crut jamais ni au dieu hasard, ni au néant, auquel, d'après les matériahstes, l'être humain serait voué. S'il fut coupable un instant, ce fut sans doute par un entraînement irréfléchi; et, je le déclare, je serais bien heureux si des renseignements ultérieurs, qu'il ne m'a pas été donné de me procurer après sa mort, achevaient de me confirmer dans le jugement que j'ai porté sur lui.
En terminant ce chapitre, je dirai quelques mots de la solennité médicale qui eut heu à Paris en novembre 1845, c'est-à-dire du grand congrès professionnel qui se termina par l'apothéose de Bichat.
Aucune question doctrinale ne fut agitée dans cette assemblée; mais on en débattit avec succès une foule d'autres se rapportant à l'enseignement, à l'exercice et à la moralité de l'art salutaire. Malheureusement la révolution de Février a empêché la médecine française de recueillir le fruit de ses remarquables délibérations, auxquelles ne cessèrent jamais de présider la dignité et la confraternité. Le Congrès s'honora surtout par son vote relatif au maintien de l'École antagoniste de Montpellier, par le vœu qu'il exprima sur la nécessité de la création des conseils de discipUne ; et le Ministre éminent qui, à cette époque, dirigeait l'instruction pubhque, et qui s'était rendu dans le sein de l'assemblée, lui exprima ses félici-
j^^ PHILOSOPHIE ET MÉDECINE.
talions dans un discours dont je ne crois pas inutile de reproduire ici les passages suivants :
a C^est un rare honneur pour notre temps, dit M. de Salvandy, qu'une assemblée comme ceUe-ci se soit réunie, ait délibéré et produit des résultats pleins de sagesse
,) Vous ne pouvez douter, messieurs, delà considération dont jouit une profession telle que la vôtre ; il n'y a que vous qui, avant de comparaître devant la société et de lui apporter en secours le fruit de vos pénibles travaux, avez demandé trois sanctions : l'une aux lettres, l'autre aux sciences, la troisième à la Faculté devant laquelle vous
terminez vos études...
» Une de ces Facultés, ^celle qui a brillé du plus vif éclat entre toutes les autres, et qui, par ses connaissances héréditaires et traditionneUes, est digne des plus grands honneurs, s'est inquiétée de voir l'existence des Facultés provinciales mise en question. Vous avez répondu à la dignité de sa soUicitude par un vote décisif.
«Le corps médicala un triple caractère qui fait sa forte situation : c'est une profession à la fois utile, non^seulement à tmsles intérêts essentiels, mais à toutes les sollix^itudes de la famille et de la société; c'est une science gui se rattache à toutes les sciences indispensables et au profit de laquelle tournant tous les progrès ; c'est enfin un ministère, un^ niissim de charité comme m Va dit dans cette enceinte, et cette mission relève votre caractère. Qui, vous êtes des missimnaires de la charité, et de même que partout où il se trouve des douleurs morales, il faut qu'il y ait un prêtre pour les consoler, partout où Use moiUre um dxmlewr phy sique, il faut qu'ily ait un médecin pour laguérir.J>
M.'deSalvandy aurait pu ajouter, comme complément
de sa noble appréciation de notre art, que les cas où le médecin est appelé à guérir à la fois le physique et le moral, empiétant ainsi sur les attributions du sacerdoce, sont loin d'être rares.
Quoi qu'il en soit, la clôture du Congrès fut marquée par un événement mémorable que je rappellerai ici: les restes de Bichat, depuis longtemps oubliés dans le cimetière Sainte-Catherine-de-Glamart, en furent extraits en grande pompe par le Congrès, conduits à Notre-Dame, où un service funèbre fut célébré, et transportés de là au cimetière de l'Est. Cette cérémonie touchante ne fut au fond que la reconnaissance solennelle du vitalisme de Bichat par le corps médical de Paris et d'une grande partie de la France, et les extraits suivants du discours que prononça au cimetière, devant un brillant auditoire, le D' Serres, de l'Institut, prouvent parfaitement qu'on était encore bien loin du matériaUsme et du positivisme.
«L'esprit vivifie la science, dit M. Serres; Hippocrate, Aristote, Platon l'enseignèrent, Galien l'apprit aux médecins de l'ancienne Rome; Harvey, Sydenham, Boërhaave, aux écoles étonnées du xvii* siècle. C'est à l'aide de cette haute philosophie qui soumet la matière à l'intelligence , que se sont élevées toutes les sciences naturelles et que toutes se sont pressées autour de la médecine, leur mère commu/ne, pour lui apporter le fruit de leurs veilles et de leurs efforts! Pensée sublime et profonde de vérité , que le Congrès mpdical a accueillie de ses acclamations unanimes, quand, sympathisant à ses travaux, le Ministre de l'instruction pubhque l'a proclamée à notre tribune :
«C'est par là, Bichat, c'est par la consécration de cette haute philosophie médicale, que tu fermas dignement le
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XVIII* siècle et que tu ouvris avec tant d'éclat le xix*. C'est elle qui entoure tes écrits d'une cmréole d'immortalité, c'est elle qui porte la lumière dans nos routes quelquefois si ténébreuses, c'est elle enfin qui au lit des malades éclaire et fortifie nos consciences. i>
Pourquoi et comment cette philosophie médicale, si utile, si indispensable, qui d'après le savant orateur était le véritable flambeau du praticien au lit du malade, a-t-elle été mise de côté de nos jours et déclarée absurde ? C'est ce que je vais expliquer sans délai.