CHAPITRE VIII
InHuence du professeur Rostan sur la carrière de l'auteur. — Quelques mots sur l'organicisme. — Services qu'il a rendus. — Il ne peut pas plus fonder la véritable doctrine médicale que le spiritualisme et le vitalisme. — Anarchie doctrinale déplorable qui règne à cette heure dans l'École de Paris.— Faut-il s'en plaindre ou s'en féliciter? Cette école ne se fait-elle pas illusion sur
son influence en Europe? La franc-maçonnerie cyclopéenne et la char-
bonnerie médicale, le psycho-matérialisme entrevu par Bordeu.
Marseille, juillet 1867.
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L'organicisme , qu'il serait plus rationnel d'appeler le matérialisme médical, et dont j'ai déjà dit que Cabanis et Gall jetèrent les premiers fondements, a été de nos jours étendu, coordonné, érigé en doctrine par mon compatriote feu M. le professeur Rostan, dont le souvenir me sera toujours précieux; car si j'ai pu, par n;ies travaux et mes luttes , contribuer à la restauration de la doctrine contagionniste , c'est certainement à lui que je le dois ; sous ce rapport, il m'est permis de dire qu'il m'a poussé dans l'arène.
En effet, en août 1839, à mon retour de l'expédition du Mexique , pendant le cours de laquelle il m'avait ^té donné de faire de fructuei4se3 études ^ur la fièvre jaune, soit à Vera-Cr\;z , soit à la Havane et à Fort-de-France , soit enfin en mer, au milieu de la plus rude desépidéçt^ie^, je m'échappai de Brest à l'insu de mes chefs, sous prétexte
d^indisposition, et je me rendis à Paris, dans le seul but de conférer avec Bally et Pariset sur les faits extraordinaires dont j'avais été le témoin depuis le 27* jusqu'au 48e degré de latitude boréale, faits qui se trouvaient en opposition absolue avec les théories médicales alors en vigueur, et dont je subissais encore rinfluence en dépit
de moi-même.
Je ne trouvai ni Pariset ni son ami : ils étaient l'un et l'autre en villégiature ou en voyage , et comme le temps dont je pouvais disposer était nécessairement très-restreint, je pensai à Rostan, que je ne connaissais pas, et je me présentai chez lui , rue Saint-Guillaume , à titre de Provençal. Je trouvai un homme jeune encore ou qui me parut l'être , de l'extérieur le plus prévenant , et qui m'accueillit sans trop se préoccuper du temps que je pourrais lui faire perdre. Avec autant de courtoisie que de bienveillance , il écouta mon récit et me posa de nombreuses questions, auxquelles je répondis de mon mieux; bien que ses tendances anti-contagionnistes fussent évidentes, il insista fortement sur la nécessité où je me trouvais de publier la relation pure et simple de mon voyage au Mexique. Il ne me dissimula pas d'ailleurs l'orage que soulèverait cette publication , mais il ajouta en même temps qu'a y avait de ces devoirs avec lesquels un homme de science et de cœur ne pouvait transiger, et qu'avant tout je devais sauvegarder les intérêts de l'humanité. Nous nous séparâmes après un long entretien médical ; je repartis le surlendemain pour Brest, de là pour Toulon par la voie de mer , et quelques mois après , mettant à profit le conseil du savant professeur , je publiai , sous un titre des plus tranchants et qui agaça fortement les nerfs
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de feu Chervin et de son école , mon premier Essai sv/r la contagion et V importabilité de la fièvre jaune en Europe.
Je ne place ici ces détails que pour démontrer clairement que la personne de feu le professeur Rostan m'était trop sympathique pour que je n'éprouve pas quelque regret à me déclarer l'adversaire de l'organicisme pur, qui a rendu à la médecine de très-grands services, je le reconnais, par le concours que lui ont prêté les sciences physiques, mais qui oublie la véritable nature de l'être humain, en établissant qu'il n'y a chez lui que des organes et des fonctions ; je l'ai déjà dit, je le répète encore, et ne saurais trop le répéter : le matérialisme, le spiritualisme, le vitalisme, ont chacun leur côté vrai et exact, mais aucum^d* eux ne peut exclusivement servir de base à Vart de guérir.
Dans l'éloge funèbre du regrettable chef de l'organicisme, prononcé à la séance solennelle de la Faculté de Paris le 14 août 1867, le panégyriste, M. le professeur Béhier, l'un de ses disciples les plus distingués, a défini et apprécié comme il suit leur commune doctrine :
« La doctrine que M. Rostan a mise en lumière, et dont il a tenu vigoureusement le drapeau jusqu'à son dernier jour, a reçu le nom d'organicisme, et ce nom, il Ta choisi parce qu'il fait dériver la physiologie, comme la médecine, des organes, de leur jeu, de leur état normal ou anormal.
»Le but de l'organicisme, continue l'orateur, est de prouver qu'il ne saurait exister un principe vital, une force vitale, des propriétés vitales indépendantes de la matière organisée, et pouvant exister sans elle, hors d'elle, être surajoutées à elle, et qui soient chargées d'accomplir les actes phénomènes de la vie ; tous les actes que, par hypothèse, par conception intuitive ou induction de l'esprit, on
attribue à ces propriétés ou forces vitales, au principe vital, ne sont dus qu'à des conditions organiques de Vinnervation. »
Pourquoi, demanderai-je à mon tour, le principe vital ne pourrait-il pas avoir une existence indépendante de la matière organique, bien qu'il ne puisse se manifester que par elle et dans elle? le fluide électrique n'est-il point dans le même cas, et la science doute-t-elle pour cela de son indépendance et de son essentialité? ne se surajoute-t-il pas par exemple aux corps organisés, dans des circonstances et par des procédés qu'il est inutile de rappeler ici ? On m'objectera sans doute que le fluide électrique, bien qu'invisible, incolore, impalpable, n'est lui-même qu'une des formes innombrables du protée qu'on nomme matière ; mais la question n'est pas là, et je ne m'oppose nullement à ce qu'on admette que le principe vital est lui-même une de ces formes; ce que je crois devoir défendre, c'est son indépendance, son existence propre. Il me paraît certain en effet que ce principe existe virtuellement dans le milieu atmosphérique comme le principe électrique, et qu'il est le lien peut-être psycho-matériel qui unit l'âme au corps. Ici on m'objectera encore qu'un être psycho-matériel n'est pas un être dont on puisse se rendre raison, dont la nature puisse être facilement conçue ; mais je n'hésiterai pas à répondre : il y a une foule de choses qui sont, bien qu'elles nous paraissent inconcevables; quant à moi, je me préoccupe peu de ces difficultés, je vais plus loin, je professe avec une foi profonde que tout, dans l'univers et dans tous les règnes, est psycho-matériel. Je reviendrai d'ailleurs sur cette question à la fin de ce hvre.
Avant d'aller plus loin, il convient aussi de demander
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aux organiciens ce qu'ils entendent par le mot innervatiûn: s*applique-t-il à un liquide, à un gaz, à un impondérable quelconque; ou bien ne désigne-t-il tout simplement qu'un principe biologique dont l'hypothèse est encore moins admissible que celle de l'âme et du principe vital? n ne suffit pas en effet de nier des croyances qui sont aussi vieilles que le monde, mais il faut tout d'abord , ce me semble , leur substituer quelque chose de meilleur, quelque chose de visible et de palpable selon le goût particulier du siècle, dit des lumières et du progrès par excellence
Si j'ouvre le Dictionnaire matérialiste et positiviste de Nysten, à l'article innervation, j'y hs avec surprise qu'on doit entendre par là le mode d'activité propre et inhérent au tissu nerveux central (encéphale, moelle épinière) en vertu duquel ce même tissu produit (remarquez bien ceci !) i"" Insensibilité; 2o là pensée; 3" la, Tnotilité ou faculté de se mouvoir.
Lorsque j'étais étudiant en médecine, la physiologie d' Adelon, qui était alors classique, nous enseignait que Vinnervation ou influence nerveuse était un phénomène purement organique, qui n'avait précisément rien de commun avec les fonctions propres que le système nerveux central effectue médiatement, et qui sont en effet la sensibilité, la pensée et la motilité ; mais le siècle a marché, la lumière s'est faite, Vinnervation a détrôné l'âme, et son influence, d'abord si restreinte, s'est tellement étendue que toutes les actions intellectuelles et morales doivent, sur la foi de Torganicisme, lui être attribuées.
Pour ma part, en ma qualité de vieux fossile (c'est ainsi qu'on désigne à Paris quiconque a la faiblesse d'admettre
Dieu et rame), je déclare ici C3,rrément, avec Une grande audace, que ni l'autorité de Rostan, ni celle du Dictionnaire de Nysten ne pourront jamais me décidera croire que mes pensées, mes déterminations, mes volontés, sont le produit de Vinner^vation, Teffet immédiat de la matière nerveuse, et non pas les actes de mon âme, que mon encéphale, mon système musculaire matérialisent par l'intermédiaire du mixte appelé principe vital. Du reste, je n'insisterai pas ici sur cette question , ayant l'intention de consacrer un ou deux chapitres à l'appréciation des fonctions encéphaliques ; je ferai remarquer seulement, sans attendre davantage, qu'en niant d'une manière absolue l'âme , le principe vital, les forces, les propriétés vitales, l'école matérialiste a souffleté tous les princes de l'art dont j'ai fait valoir successivement les témoignages, et qu'elle n'a pas été plus respectueuse envers Bichat, dont la statue orne le péristyle de la Faculté de médecine de Paris, et sous la bannière duquel marchent encore à cette heure, il ne faut pas l'oublier, la plupart des médecins français qui ne sont ni positivistes, ni stahliens, ni barthéziens.
Je l'ai déjà dit un peu plus haut, afin d'être juste, la doctrine dont M. Rostan fut le chef distingué, éminent, a marquéson passage; soninfluencesur la sciencedel'hommes'est traduite par de belles découvertes que je ne saurais énumérerici, surtout par l'invention de procédés précieux, tels par exemple que l'auscultation, la plessimétrie, la microscopie, etc., procédés à l'aide desquels on peut reconnaître, délimiter les lésions organiques, et déterminer même celles qui ont leur siège dansla trame des tissus. Maisl'organicisme n'a-t-il pas un peu trop oublié, d'autre part, que ces lésions ne sont pas toujours des causes, mais bien des effets mor-
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bides, et que les premières n'appartiennent pas exclusivement à l'ordre physique, et peuvent être sans relation avec le milieu ambiant? Ainsi, par exemple, en s'obstinant à - confondre la contagion avec l'infection, le germe contagieux avec le miasme, produit immédiat de'la fermentation putride, miasme qu'on peut créer ou détruire à volonté parce qu'il est matériel ; en niant les diathèses ou les modifications organico-dynamiques de l'économie, les sympathies, les crises et autres efforts salutaires de la nature, l'influence si évidente de l'hérédité sur la production de diverses maladies, influence que l'observation de tant de siècles a mise hors de doute; en fermant enfin les yeux, de propos délibéré, sur l'action directe de l'âme sur le sang et sur l'innervation, M. Rostan n'a-t-il pas concouru puissamment à jeter son école dans une impasse dont il sera impossible qu'elle sorte sans de grandes concessions, et des amendes honorables qui coûteront à son amourpropre?
Si la nature de ce travail et ses bornes restreintes me permettaient d'entrer ici dans les détails, je pourrais faire la démonstration expérimentale des inconvénients et des fautes du matérialisme médical, ou organicisme; mais je crois inutile pour le moment de me lancer dans cette voie, qui me conduirait trop loin. D'ailleurs, on n'aura pas de peine à comprendre que mon travail n'est pas une œuvre de polémique ; c'est une sorte d'histoire de la médecine, destinée à prouver aux yeux du monde qu'il n'y a pas, qu'il ne peut y avoir de matériahsme médical pur; c'est la défense de la médecine contre le reproche d'athéisme qu'on lui jette sans cesse à la face, et qui ne peut atteindre que quelques personnaUtés sans importance. Rostan lui-même, le
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iM MATÉKIÂLISME MÉDICAL.
coordonateur et Tardent propagateur du matérialismô médical, non-seulement n'était pas athée, mais encore protestait contre cette qualification dans toutes les circonstances. «Le reproche d'athéisme lui était particulièrement pénible, dit son panégyriste, et selon moi il s'est troublé à ce sujet beaucoup plus qu'il ne fallait; il en était gravement tourmenté, car à plusieurs reprises il est revenu sur ce point, et a fait efTort pour montrer qxte Vorganicisme a intérêt à admettre l'existence d*ime âme immatérielle et l'action primordiale d'v/n souverain créateur, it
Je n'hésite pas à croire à la sincérité de l'honorable professeur Béhier, et je suis parfaitement convaincu que l'immense majorité des organiciens professent les mêmes sentiments à l'endroit de la grande cause première et de l'immortalité de l'âme, car ces croyances sont chères icibas à tous les hommes, spécialement aux intelligences supérieures; mais il m'est difficile decomprendre, je l'avoue, comment Rostan pouvait concilier les dogmes de Dieu et de l'immortalité avec son système biologique. J'estime d'ailleurs qu'il avaiit parfaitement raison de se troubler du reproche d'athéisme que lui adressaient ses confrères dissidents; un tel reproche, lorsqu'il tombeà faux, n'est-il pas la plus grarve injure que puisse recevoir un homme d'esprit et de c(Pur?Or, le chef de l'organicisme méritait cette double qualification, et la justifia à tous les points de vue. D'ailleurs, s'il avait été foncièrement sceptique et athée, serait-il mort avec ce courage, cette résignation, cette dignité que l'on ne rencontre jamais que chez les âmes d'élite et les consciences pures?
Toutefois tes modes passent vite à Paris , et l'organicisme, qui y était seul de mise, il y a peu de temps encore,
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commence à dégringoler; il marche à grands pas vers le gouffre qui a englouti déjà tant de systèmes exclusifs, et le toile général qui se prononce contre le positivisme, à peine encore à son aurore, prédit à ce dernier une durée bien plus éphémère. Voici du reste la position actuelle de la médecine dans la capitale, au moins parmi les membres du corps enseignant et les principaux organes de la publicité médicale, car le plus grand nombre des hommes de l'art qui s'y livrent à la pratique, et ce nombre est considérable, se montre si indifférent au mouvement doctrinal, que la plupart d'entre eux n'avaient pas souscrit naguère au fameux congrès médical international et que beaucoup ignoraient même (j'ai pu le constater) que ce congrès allait s'assembler.
La doctrine dominante est encore l'organicisme, mais à ses côtés lèvent prétentieusement la tête : la chimiâtrie, ou médecine chimique ; l'organopathie de M. Piorry; et le vitalisme panthéiste qui , prenant pour point de départ la dualité de l'être humain, ne s'occupe pourtant que de la matière organisée et remplace le principe vital, la force, les propriétés vitales, par la grande force universelle, par l'âme du monde, tombant ainsi dans les inconvénients scientifiques et moraux que j'ai signalés en parlant de Splnosa.
Il y a ensuite la médecine électrique ou doctrine électrovitale ; le positivisme médical; la médecine aqueuse ou hydrothérapie, remise en honneur dans notre siècle par un simple paysan bavarois, mais renouvelée de Frédéric Hofi&nann, professeur en 1689 à l'Université de Halle ; enfin le magnétisme animal, le spiritisme, l'homoeopathie, que sais-je encore!...
Ces divers systèmes, dont je parlerai tour à tour, n'ignorant pas que l'organicisme est une doctrine finie , battent la grosse caisse dans leurs journaux respectifs; c'est un vacarme, un salmigondis, une houille-à-haisse scientifique (style de Provence) dont il est difficile de se faire une idée, lorsqu'on n*est pas en mesure de se mettre au courant de la situation, ou qu'on ne Ta pas\iie de près, et étudiée.
Parmi ces organes de la publicité, les uns affirment que l'anarchie est de bon augure, parce que le calme succède fatalement à l'orage, et que l'unité doctrinale sortira, à coup sûr, de ce laborieux travail sans forceps symétrique ou asymétrique. Mais que sera cette unité?
D'autres professent sérieusement que ce même travail, que cette même anarchie sont l'état normal de la médecine parisienne; qu'il est à désirer qu'ils ne cessent jamais, parce que plus il y a de doctrines difi'érentes , plus les élèves , les néophytes peuvent choisir entre elles celles qui leur agréent le mieux. Cette dernière opinion a presque l'air d'une mauvaise plaisanterie, mais je garantis qu'elle a été formulée explicitement par une respectable feuille médicale.
D'autres enfin, se frottant les mains en signe de satisfaction, nous apprennent « que dans le Paris actuel, qui se constitue en maçonnerie cyclopcenne , bien des traditions s'efi'ondrent , bien des passions subtiles voltigent dans l'atmosphère, bien des débris de tout âge jonchent le sol et sont amenés à la lumière par la pioche indifTérente des démoHsseurs ; que le passé met en ligne des jérémies larmoyantes ou lugubres qui tentent d'assourdir les générations présentes de leurs désolantes lamentations, mais que l'Ecole de Paris est du temps présent, par tous
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ses instincts, par toutes ses fibres; qu'elle est anatomicochimico-physicienne, physiologiste, expérimentale; qu'elle revêtira la physionomie positiviste, du moment qu'elle sentira que sous cette enveloppe passagère elle conservera indemne le germe d'avenir qui lui est confié. * »
< Je ne crois pas à cette prétendue franc-maçonnerie cyclôpéenne, par ce seul motif qu'en ce moment l'anarchie doctrinale la plus absolue et la plus complète règne à Paris, et que la plupart des membres du corps médical n'y sont occupés que de leurs intérêts matériels , les mettant fort au-dessus de ceux de la science, selon le goût particulier du siècle.
U n'existe à Paris qu'une franc-maçonnerie médicale, celle que j'ai signalée le premier en 1865, dans ma Réponse d'un Ilote de la province à propos des quarantaines, et à laquelle j'ai donné le nom de charbonnerie médicale; encore est-elle toute disloquée à cette heure, parle fait de plusieurs circonstances qu'il est inutile de rappeler ici. Toutefois, comme elle n'est pas encore morte, tant s'en faut; qu'elle n'a pas perdu ses espérances, que je ne suis plus le seul à avoir les yeux sur elle, et que les attaques ne lui ont certes pas manqué depuis que j'ai attaché le grelot, je crois devoir rapporter dans cette note, pour qu'ils ne se perdent pas, les termes mêmes dont je me suis servi pour la dénoncer au monde médical.
«'Depuis 1848 il existe, à Paris, une société médicale secrète, véritable franc-maçonnerie, dont la devise est : Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné, et qui se cache (notez bien ceci ) dans le sein de l'Association générale des médecins de France, qu'elle dirige à l'msu de celle-ci. Cette frano-maçonnerie, quia son grand-maître, ses rose-croix, des adeptes initiés et beaucoup d'autres qui ne le sont pas, s'est proposé le programme suivant, qu'elle a réalisé en grande partie, car elle étreint déjà jusqu'au cou la médecine française:
"lo Se servir habilement de l'Association générale comme d'un manteau respectable, pour se rattacher comme adhérents non initiés tous les médecins provinciaux, et semer la discorde entre eux, dans toutes les localités où de semblables associations avaient précédé celle de Paris, afin de pouvoir les confisquer à son profit.
»2o Employer tous les moyens possibles pour s'assimiler les esprits supérieurs qui ont tout d'abord découvert la coterie dont je parle et deviné ses projets : mais persécuter sourdement sans répit ceux qui ne veulent
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Pourquoi devenir positiviste et athée, même passagèrement, pour conserver ce germe mystérieux qu'on ne
pas se vendre ; et cela, en vertu de l'axiome : Avec nous ou contre nom.
»3o Se partager entre iniUés, capables ou non. toutes les positions qui viennent à vaquer à l'Académie de médecine, dans les Facultés, au comité d'hygiène, dans les établissements publics; en un mot. mettre la main d'une manière absolue sur l'enseignement et l'exercice officiels de l'art de guérir, et achever de river les fers qui enchaînent les capacités provinciales à la médecine parisiemie, en amenant habilement les divers ministres à consulter le grand-orient et les rose-croix toutes les fois qu'il s'agit d'accorder des récompenses pour services rendus à la science ou à la chose publique.
„4o Enfin se rendre maître de la presse médicale, en initiant ses prmcipaux organes de manière à les mettre dans l'embarras toutes les fois qu'ils seraient tentés de se récrier contre certains actes ou certaines tendances: eu un mot. organiser contre la province la conspiration du silence.
«Tel est le plan secret de la coterie en question, qui se prodigue sans cesse dans lesjom-naux àelle-même, dans la personne de ses gros bonnets, des éloges exagérés; jamais elle n'attaque un obstacle de front; au contraire, elle a toujours l'air de respecter ou d'adorer ce que in petto
elle aspire à détruire.
»Loin de moi la pensée d' attaquer id le moins du monde l'Association
géniale des médecins de France, qui abrite, sans s'en douter, ces car^
bonaris d'un nouveau genre, je proteste de mon respect envers elle, ma..
je lui demanderai ici. librement . si elle n'a pas déjà quelque soupçon de
la vérité, et si d'ailleurs, également établie dans chaque département, elle a
réellement besoin d'être centralisée à Paris. Ne serait-il pas plus avan-
tageux d'être libre? Pourquoi, lorsqu'on n'est, après tout, que société de
prévoyance et de secours mutuels, s'astreindre bénévolement à paperasser
avec Paris pour la moindre des choses ? nos chaînes, sous ce rapport, ne
sont-elles pas suffisamment lourdes, et avons-nous besoin d'en augmenter
nous-mêmes le ppids ? Rappelons-nous sans cesse le fameux timeo Danaos:
apprécions comme il convient les avantages de la liberté et de l'autonomie
provinciales, et cessons de nous mettre ainsi à la discrétion des habiles et
des faisem^ de la capitale. Ici, ce n'est pas seulement aux médecins de la
province que je m'adresse, mais à l'immense majorité des praticiens de
Paris, qui ne sont pas initiés, qui peuvent voir mieux que les autres ou
vont les emplois , les titres, les décorations et les dignités médicales. »
Les chefs de la charbonnerie médicale ayant trouvé convenable, malgré
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désigne pas; et si ce germe, quel qu'il soit, existe réellement, comment pourra-t-il se conserver vivant dans le sein d'une doctrine dont on ne peut attendre que la mort et la décomposition putride, car le positivisme, l'athéisme sont fatalement délétères et incapables de rien conserver ? Quant à la franc-maçormerie on à la charbonnerie cyclopéenne, qui tendrait à se constituer à Paris, et par laquelle la France et même les nations européennes passeraient sous le joug intellectuel de la grande viUe du continent, on peut la considérer dès ce moment et sans hésiter comme la plus invraisemblable des utopies , car la province française (depuis quelque temps du moins) ne manque aucune occasion de protester contre l'ilotisme dont elle se sent frappée par Paris, et on a pu juger des dispositions des savants étrangers envers nous par l'accueil qu'Us ont fait, U y a peu de jours, au Congrès médical intemationnal, à cette assertion imprudente (pour ne rien dire de plus) du président, M. le professeur BouiUaud, que Paris était la capitale de la France, et la France à sm Umr la capitale du monde * .
mes protestations de respect et d'estime envers l'Association générale des médecins de France, de me présentera elle comme son ennemi particulier je dus me hâter de les contre-carrer par une nouvelle déclaration publique qui produisit son effet et me valut, de la part de plusieurs confrères des té^ moignages spontanés d'estime et de sympathie que je ne crois pas nécessaire de rapporter ici. Qu'il me suffise de dire que. depuis 1865. j'ai «u l'insigne satisfaction de voir mettre en cause la susdite charbonnerie, tant à Paris qu'en province, et que divers pubUcistes distingués l'ont également attaquée dans leurs journaux.»»
* Cette assertion déplut souverainement aux savants étrangers venus au Congrès, notamment à deux Italiens placés près de moi, qui s'en entretin- «eut très- vivement dans leur langue, que je comprends assez bien ; et on
rin
Finalement, me dira-t-on, que va devenir notre grande Ecole, celle de Bichat, dans la triste position où ses rèvo^ lutions incessantes depuis quatre-vingts ans à peu près Vont mise ?
Mon opinion est qu'elle ne reviendra pas à Torganicisme pur, et qu'elle ne se lancera pas davantage danslevitalisme exclusif, qui est encore plus impropre à servir de base à la médecine; mais qu'elle fécondera l'une par l'autre ces deux doctrines si opposées, en se souvenant que l'homme est esprit et matière. C'est ainsi que se trouvera fondée la saine doctrine médicale, que l'on pourra appeler indifféremment naturisme, hippocratisme moderne, psycho-matérialisme, ou organo-dynamisme . doctrine sur laquelle je reviendrai plus loin et que Bordeu semble avoir entrevue lorsqu'il dit, dans son Traité de médecine pratique : « Le corps de l'homme ne doit pas être considéré comme une pure mécanique ; il y a en lui une substance, un être spirituel qui le vivifie ; l'action de l'âme sur le corps, les révolutions que cette action opère dans les maladies, les effets singuliers des passions , tmit cela, bien exactement combiné et établi par les faits pratiques, entraîne aisément le médecin vers l'animisme. Mais si l'âme spirituelle jointe au cœys vivant a sa fonction particulière et agit sur lui, elle en reçoit à son tour des modifications dont il faut tenir compte, et qui sont dues d la vie propre de ce cœys. »
m'a affirmé qu'elle fut relevée par un médecin étranger pendant le banquet d'adieu, auquel je n'assistai pas , m'étant absenté de Paris.