‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 14 sur 54 · PÉTITION AU SENAT · texte numérisé non relu

PÉTITION AU SENAT

De M. OIRAUD, Rédacteur du Journal des villes et des campagnes.

c Messieurs les Sénateurs ,

>Des moralistes indulgents plutôt que sévères signalent la décadence continue de la moralité, de la conscience publiques, et le développement parallèle de certaines doctrines contre lesquelles, dernièrement encore, votre haute assemblée a si énergiquement protesté. On agit comme on pense ; c'est là une de ces vérités qui souffrent peu d'exceptions.

>Si ces doctrines détestables semblent retrouver aujourd'hui quelque crédit, c'est qu'elles ont leurs chaires dans plusieurs de nos grands établissements d'enseignement public. Nous ne voulons nommer personne, mais nous prétendons avoir le droit de dénoncer les doctrines. A l'Ëcole de médecine, nous avons recueilli cette phrase : < La 1^ substance nerveuse a pour propriété la pensée , et quand elle > meurt, celle-ci ne va pas retrouver une seconde vie dans un monde 9 meilleur. » Un autre professeur, quelques jours après, faisait en ces termes l'apologie de Malthus : c Là où croît V aisance s'accroît aussi » la sollicitude paternelle, en vertu de laquelle on ménage le nom- » bre de ses enfants » . Enfin, car il faut se borner, nous avons entend u ces tristes paroles : c La matière est le Dieu de$ savants,,. Si 9 le singe a une âme, rhomme en a une aussi; sinon, non. » El comme des paroles on passe vite aux actes, nous avons vu un médecin de la Salpétrière plaisanter, devant les étudiants, une pauvre femme qui portait sur sa poitrine une médaille de la Vierge. Des faits analogues se renouvellent tous les jours dans les hôpitaux.

> Lorsque les élèves, dans des scènes violentes, et sous les yeux même du profei$eur, se sont risqués à affirmer publiquement le plus

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grossier matérialisme, ils ne faisaient que répéter les leçons de leurs maîtres ; ils ne sont pas les premiers ni les seuls coupables.

• Voilà les faits. Ils valent mieux que des généralités toujours vagues ; d'ailleurs, ils ont de nombreux témoins, et il est impossible de les nier.

tll y a des vérités qui sont le patrimoine de l'humanité, et sur lesquelles il devrait être défendu de porter la main, parce qu'elles sont les premières assises de l'ordre social. L'aveu d'un matérialiste autorisé nous suffit :€ Il faut, dit-il, continuer d'enseigner l'immortalité de l'âme » pour le salut public en général, afin que les faibles et les méchants • prennent le vrai chemin par crainte et par espérance. • Il importe donc d'opposer la défense à l'attaque, par la liberté de l'enseignement supérieur. Les services que les hommes d'ordre rendent aujourd'hui à la société dans l'enseignement primaire et secondaire, ils les continueraient dans des Universités libres.

• La liberté de conscience demande également que la haute instruction soit distribuée par tous. Un catholique, un prolestant, un juif, est à chaque instant blessé dans ses croyances par les leçons de certains professeurs officiels. La liberté de l'enseignement supérieur permettrait à chacun de choisir ses maîtres. Peu importe où les élèves étudient, à Louvain ou à Gand, s'ils justifient devant l'État de la valeur de leurs connaissances scientifiques.

• Enfin, les sciences ont beaucoup à gagner à la libre concurrence. La liberté de l'enseignement ferait naître des Universités rivales; on verrait alors ce que vaut celle prétention qu'a le matérialisme de représenter la science. Aussi bien la méthode expérimentale doit se Ijorner à rechercher les lois de la nature ; si elle affirme le matérialisme, elle usurpe , elle sort de son domaine légitime qui est celui des phénomènes naturels, et compromet la science en la détournant de sa véritable voie. Une chaire de chimie ou de thérapeutique n'est pas une chaire de philosophie.

>En résumé, au nom de la morale publique, de l'ordre social, de la liberté de conscience, du progrès de la science,

• Les soussignés :

• i'* Appellent l* attention du Gouvernement sur l'enseignement de certaines de nos Facultés;

•Itl

,2o Us demandent, comme le seul remède à la propagation des funestes doctrines qu'ils signalent, la liberté de Venseignement supérieur.

• Pour chacun de ces motifs, qui peuvent être examinés séparément

par le Sénat, ils sollicitent de vous. Messieurs les Sénateurs, le renvoi

de leur pétition aux ministres compétents.

>Léopold GiRAUD.»

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