‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 16 sur 54 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les médecins sont-ils forcément matérialistes; doivent-ils négliger les enseignements philosophiques? — Définition de la Pensée par le Dictionnaire de Nysten. — Morale qu'il faut en tirer. — La raison se refuse à admettre la production immédiate par le cerveau des actes intellectuels et moraux. — Dans le grand univers comme dans le petit (l'homme) , tous les phénomènes sont mixtes. — Un mot sur le sommeil , le rêve, la catalepsie. — Étranges idées de Rostan et d'Auguste Comte. — Bien que Dieu ait opéré la mixtion de l'esprit avec la matière, il n'a pas prétendu dénaturer leurs essences respectives. — Opinion du grand Haller à ce sujet.

Opinion de Sappey sur la question des facultés intellectuelles. — Conclusions qu'il faut tirer de leur étude chez l'enfant et chez le vieillard. — Manière de voir de Diderot, du professeur Longet, du professeur espagnol Monlau, sur les connexions de la médecine avec la philosophie. — Doctrine de l'insénescence de l'âme, par le professeur Lordat (de Montpellier); les manifestations de l'âme sont forcément subordonnées à l'état du cerveau, des appareils des sens, et à son éducation par ces derniers. —Études sur Gaspar Hauter....

Saint-Brieuc, août 1867.

Dans un travail qu'il faut mettre avant tout à la portée des personnes étrangères à la médecine , comment pourrai-je traiter la grave et diflacile question des facultés intellectuelles et morales de l'homme; par où commencerai-je et dans quel ordre dois-je procéder ? ferai-je une exposition vulgaire de l'anatomie et de la physiologie de Tencéphale; parlerai-je de toutes les découvertes faites depuis une vingtaine d'années par les expérimentateurs qui ont cherché à prendre, comme on dit, la nature sur le fait; ou

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bien demanderai-je tout simplement à la philosophie médicale, au sens commun, à la raison, si une matière brute telle que le cerveau peut avoir virtuellement la faculté de penser, de vouloir, de juger, de comparer, de sentir, d'aimer, de haïr, etc.; en d'autres termes, si nous devons à tout prix, nous autres gens de l'art, qui sommes, hélas ! désillusionnés sur tant de points différents, renoncer aux dogmes si consolants de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, et nous vouer à jamais, par le fait même de nos connaissances biologiques, au culte désespérant de

la matière ?

Telles sont les questions que je m'adresse ce matin, en me promenant sur un boulevard dont je ne sais pas le nom, mais qui porte apparemment celui de Duguesclin; car, parvenu à l'une de ses extrémités, j'aperçois, en levant les yeux, la statue du bon connétable en plâtre, et de quel plâtre, hélas ! Noirci parles intempéries atmosphériques, il a perdu toute sa force de cohésion, et semble prêt à tomber en poussière ; les membres du héros breton paraissent désarticulés, et sa main droite , brisée comme par un éclat d'obus, a laissé choir sa vaillante épée. Si les édiles de Saint- Brieuc avaient à cœur de rappeler sans cesse à leurs administrés l'état actuel de notre société , ou mieux encore la dissolution qui nous attend tous après la mort , ils n'auraient qu'à maintenir cette statue dans ce piteux état. Les grands hommes du xix® siècle ont meilleure chance ! on leur prodigue, malgré leur nombre considérable (car nous en rencontrons à chaque pas) , le marbre, le bronze, et beaucoup d'entre eux jouissent même de l'insigne avantage de contempler leur statue de leur vivant. N'est-ce pas là un remarquable progrès?

Quoi qu'il en soit, après avoir bien réfléchi à l'affaire qui m'occupe, et fait une visite à M. Glais-Bizoin, je rentre chez les bons amis qui m'ont reçu, en me disant in petto: Décidément je ne me lancerai pas dans le chaos des systèmes, des hypothèses mis en avant tour à tour pour expliquer la production directe, par l'encéphale, des facultés intellectuelles et affectives ; tous sont également mauvais, offensent également la raison ; et comme il me faudrait un volume pour les passer en revue et résumer les expériences insuffisantes sur lesquelles ils sont basés , je préfère beaucoup ne faire appel ici qu'à la philosophie, à la raison, pour en avoir justice.

Les médecins matériahstes répètent sans cesse que la philosophie est inutile à l'anthropologie , qu'elle ne peut être d'aucun secours dans la pratique de l'art conservateur ; prouvons-leur à notre tour qu'ils ne se seraient pas jetés dans des systèmes décevants et faux par la base, s'ils avaient moins négligé le raisonnement philosophique. D'abord, avant d'aller plus loin, je commencerai par établir carrément, sans regarder en arrière, sans qu'aucune considération puisse m'arrèter : qu'il n'est pas vrai que l'encéphale * produise par lui-même, par sa propre vertu, la pensée, la volonté, le sentiment, le mouvement, etc. Ces attributs sont et ne peuvent être que ceux de l'âme ellemême, dont l'organe encéphahque et les appareils sensitifs ne sont que les instruments d'éducation et de manifestation , comme je le prouverai ailleurs, et qui se rattachent à elle par un mixte , c'est-à-dire par une force proba-

* J'entends par encéphale , tout l'ensemble du système nerveux et les appareils qui en dépendenl.

blement psycho-matérielle, par la force vitale. Soutenir que les actes intellectuels et moraux et le libre arbitre de rhomme sont le résultat, le produit inmiédiat, de certainés modifications moléculaires de la matière encéphalique, c'est soutenir Tabsurde, et, je le répète encore ici, avec l'assurance de ne pas êtrç démenti : les physiologistes qui tiennent ce langage dans leurs écrits, ceux qui rappellent à tout propos que le médecin doit se garder de la psychologie, qu'il ne doit y avoir pour lui que des organes et des fonctions, ces physiologistes, dis-je, ne croient pas euxmêmes à cette production monstrueuse de choses métaphysiques par des organes matériels ; ils sont trop éclairés, trop savants pour cela, et ce serait leur faire injure que d'admettre un seul instant leur bonne foi.

Si je voulais exhiber des preuves, je n'aurais qu'à parcourir les principaux traités de physiologie publiés à Paris depuis trente ans, et j'en trouverais à foison. Qu'il me suflBse de citer ici le Dictionnaire de Nysten, dont l'esprit matérialiste (je crois l'avoir déjà dit) a attiré l'attention, non-seulement des médecins, mais encore des personnes du monde qui l'ont dans leur bibliothèque. Je l'ouvre à l'article Pensée, et voici ce que je lis :

(( L'encéphale est le siège de la pensée ; or, en disant que certains tissm ont la faculté de penser (ceci me paraît très-clair) otirfe déterminer le mouvement. Une faut pas assimiler pour cela ces actes à la nutrition ou à ses modifications, telles que la sécrétion ou ^absorption, et c*est pourtant ce qu'on pourrait croire des auteurs qui prétendent qu'en rapportant la faculté de penser à certains tissus, tels que ceux du cerveau, plutôt qu'à d'autres, on veut dire que le cerveau reçoit du sang, le travaille à sa manière, et en fait

sortir les désirs, rintelligence, le caractère. Le sang dans le cerveau ne fait pas plus de la pensée que dans les muscles il ne fait de la contractilité,.. Le sang dans le cerveau sert à engendrer des éléments nerveux, à entretenir, en en renouvelant la substance, ceux qui existent, comme dans les

muscles il le fait pour la fibre musculaire Le travail de

la pensée et celui de son expression par l'organe cérébral sont deux opérations distinctes, dont l'une peut s'accomplir sans l'autre; bien que la seconde succède généralement à la première d'une manière presque immédiate, elles ne se confondent pas . »

Ainsi, la pensée et tous les actes qui s'y rattachent directement, ne peuvent pas être un produit de sécrétion, comme le voulaient Cabanis et Gall, dont j'ai rapporté plus haut certains aveux très-significatifs, et c'est probablement un de leurs disciples qui vient de nous le dire à son tour. Prenons acte, chemin faisant, de sa déclaration, et ne lui demandons pas comment il s'explique le mécanisme de la production et de l'expression de la pensée ; car je m'imagine que nous le mettrions dans un grand embarras, que nous le soumettrions à une rude épreuve, en le plaçant entre sa raison et les exigences de son système.

Les relations de l'individu avec le milieu ambiant et les divers corps qui s'y trouvent, sont établies, comme personne ne l'ignore, par les sens de la vue, de l'ouïe , de l'odorat, du goût, du toucher ; ces appareils nerveux reçoivent, d'après les matérialistes, l'impression des objets extérieurs , la conduisent par leurs nerfs propres au cerveau qui , après l'avoir perçue , la convertit en idées à l'aide d'un travail moléculaire dont l'essence est

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absolument ignorée (notez bien cette particularité), et que la volonté de ce même cerveau exprime ensuite par la parole, le langage, le geste , l'écriture. Voilà certes d'assez belles fonctions pour un organe matériel, pour cette masse pulpeuse qui remplit la cavité du crâne ; mais elles ne sont pas les seules : le cerveau est en outre le siège d'un cinquième sens, du sem interne, à l'aide duquel ce viscère vraiment prodigieux a la faculté de vouloir, de penser, de sentir spontanément, sans l'intervention d'aucune impression venant du milieu ambiant. Or pour ma part, je l'avoue , si je ne peux concevoir d'aucune manière la vie de relation du cerveau, je conçois bien plvjS difficilement encore ses volitions, ses passions, ses idées, ses sensations subites, spontanées, si nombreuses, si variées, et cela non-seulement pendant Vétat de veille, mais surtout pendant le sommeil, alors que tout le système et le cerveau lui-même sont plongés dans l'inertie; car je suppose qu'il doit participer, comme tous les autres organes, au bienfait du sommeil et à la réparation qui en est le but. Que peut être ce sens interne, je le demande, sinon l'âme elle-même !

Voilà ce que je me disais, il y a quelques jours, à mon réveil, après avoir refait, pendant que je dormais, l'expédition de Mogador , à laquelle j'ai pris une part active comme médecin, en 1844, et à laquelle la date du 15 août m'avait reporté en me couchant. Pendant mon rêve, j'avais tout revu, hommes et choses, avec une fidélité de détails telle que je ne pourrais en ce moment, à l'état de veille, la retrouver, bien que je n'éprouve aucune fatigue cérébrale et que je sois tout seul dans ma chambre , où aucun bruit importun, aucune distraction quelconque ne

peuvent détourner mon attention. Dois-je admettre que mes souvenirs de Mogador, ensevelis depuis le 1 5 août 1844 dans un repli de mon cerveau, ont surgi tout à coup par l'effet d'une modification moléculaire spéciale ? Non , j'aime mieux admettre qu'ayant pensé à la campagne de Mogador en me mettant au lit, mon âme est devenue d'autant plus active et lucide pendant mon sommeil, que mes sens externes, complètement assoupis, lui permettaient de se concentrer tout entière sur un seul point. Car, qu'est-ce que le rêve, sinon la persistance d'action du sens interne pendant l'annihilation par le repos des appa-' reils sensitifs de la vie de relation ?

Je crois l'avoir déjà dit, et je le répéterai plus d'une fois encore dans ce livre, tous les phénomènes qui se produisent chez l'homme ou dans le petit univers sont psychomatériels, comme ceux qui surgissent dans le grand; tous font ressortir la subordination providentielle qui existe entre la fonction et Vappareil anatomique par lequel elle s'exerce; et pourtant cette règle si générale a encore, comme on le voit, des exceptions. Je demanderai maintenant aux matérialistes purs comment ils s'expliquent la transposition des sens dans la catalepsie, transposition dont la possibilité est aujourd'hui inniable. Il est bien entendu que je ne fais aucune allusion ici au somnambulisme magnétique , sur lequel la science n'a pas encore dit son dernier mot, et qu'elle nie même avec une persévérance significative * ; je n'entends parler que de la transposition des sens qu'on a observée quelquefois dans la catalepsie.

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^ n serait très-malheureux que la science encourageât les expériences dites magnétiques, en s'incUnant devant ce qu elles ont de réel: il est des

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îiÛ QUESTION DU CERVEAU

On a ri beaucoup du D' Pétetin (de Lyon) lorsque, dans son ouvrage sur VélectricUé animale, publié en 1805, il a défini cette maladie étrange : « L 'abolition réelle des sens, et apparente de la connaissance et du mouvement, avec transport des premiers ou de quelques-uns d'entre euJt dans le creux de l'estomac, à l'extrémité des doigts et des orteils, et disposition des membres à conserver les attitudes qu'on leur donne. » Pourtant, nulle autre définition ne donnerait une meilleure idée de la catalepsie.

Je n'ai vu que deux cas de transposition des sens pendant le cours de ma pratique : l'un sur un enfant de 1 4 ans, Tautre sur une femme hystérique qui avait été admise dans les salles cliniques de THôtel-Dieu de Marseille, et dont l'hystérie se compliquait fréquemment, pendant les accès, d'extase religieuse. Mais je ne ferai pas ici l'histoire de ces malades; dans un sujet aussi controversé, j'aime mieux faire valoir l'expérience et le témoignage des autres médecins que les miens. Je conseillerai donc aux personnes qui voudront acquérir la preuve de la réalité de la transposition des sens dans l'extase, la catalepsie, l'hystérie, de lire le savant Traité de clinique interne en 6 vol. in-8", de Joseph Frank, de l'université de Vilna ; elles y trouveront les faits les plus complets, les plus curieux, les plus authentiques, etje me bornerai à faire remarquer ici, puisque l'occasion s'en présente, qu'en racontant un de ces faits, l'illustre professeur a rendu justice aux travaux si estimables et si controversés du modeste Pétetin : a Après

vérités qu'il vaut mieux mille fois laisser dans l'ombre, à cause de leurs conséquences anti-sociales ; la vulgarisation des pratiques magnétiques serait une calamité, elle laisserait la société sans garanties devant tous les genres de crimes. Je reviendrai ailleurs sur ce point.

ET DES FACULTÉS INTELLECTUELLES. 2it

m'étre assuré, dit-il, en faisant beaucoup de bruit à l'oreille de la malade, que le sens del'ouïe était absolument aboli, je me rappelai les observations du D*" Pétetin (de Lyon); j'approchai ma bouche très-près de l'épigastre, etje me mis à parler à la malade d'une voix si basse, qu'aucun des assistants ne pouvait m'entendre ; aussitôt, comme revenant à elle-même, elle répondit très-nettement à mes ques-. tiens. »

Ne semble-t-il pas résulter de pareils faits, connne d'une foule d'autres qui, je le répète, se produisent rarement, mais dont l'authenticité ne saurait être mise en doute, que le sens interne qui siège dans le cerveau, l'âme, peut quelquefois percevoir les impressions sans le secours des appareils sensiiifs proprement dits, et devenir ainsi un véritable sens universel? Des faits de ce genre portent évidemment atteinte à la doctrine généralement admise, et que je professe moimême, de la subordination des phénomènes intellectuels et moraux à l'intégrité du cerveau et des organes des sens. On dit bien que les exceptions ne font jamais que confirmer la règle; mais ici l'exception, il faut l'avouer, a une immense portée philosophique et soulève de graves inductions.

Je dois faire remarquer maintenant que le cerveau, où aboutissent toutes les sensations, et qui, d'après les matérialistespurs, serait lui-même le sens interne, n'est doué, au dire de tous les expérimentateurs, que d'une sensibilité des plus obtuses, et qu'il y en a même parmi ces derniers, et des meilleurs sans contredit , qui refusent absolument cette propriété à son tissu. Les histoires de blessures graves du cerveau, avec perte de substance plus ou moins considérable, blessures dont il n'est résulté ni perte des facultés intellectuelles, ni souffrances appréciables, sont nom--

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breuses, et pour ma part j 'ai vu dans les hôpitaux des faits de ce genre, que je pourrais faire valoir à côté de cette foule de cas d'apoplexies , de ramollissements cérébraux sans paralysies corrélatives, qu'ont rapportés les praticiens les plus dignes de foi, et parmi lesquels je citerai M. Lélut de l'Institut; j'ai vu en particulier, à la première expédition du Mexique, un marin recevoir un coup de feu à l'occiput , perdre par la plaie un demi-verre environ de substance cérébelleuse, et guérir de cette terrible blessure sans avoir jamais déliré. Cet homme, qui avait ainsi une balle logée dans le crâne, est parti de Yera-Crux pour Brest en parfaite santé, sans paralysie ni diminution sensible des facultés intellectuelles. Je ne veux pas insister pour le moment sur cet ordre de considérations, mais j'y reviendrai plus loin.

J'ai beau réfléchir et me creuser littéralement la cervelle, il m'est impossible de comprendre, même en y mettant la meilleure volonté, que cette cervelle puisse directement, je le répète, et par sa propre vertu, imaginer, prévoir, juger, comparer, se ressouvenir, éprouver de la joie, de l'amitié, de l'amour, de la haine, de la jalousie, et les exprimer tour à tour sur le visage, dont on a dit, avec raison, qu'il était le miroir de l'Ame. Feu M. Rostan nous a bien légué dans ses écrits : que le 2)lnisir et tous les sentiments qui en décmtlent exprima ietit le bien-être du cerveau; que toutes les passions tristes ou pénibles dépendaient tout simplement de ses mauvaises dispositions, de sa non-satisfaction; que l'homme, en dernière anahjse, n'ayant été jeté sur la terre que pour la conservation de V individu et celle de V espèce, et nullement pour autre chose, nos passions, san^ en excepter aucune, pas

même la douce reconnaissance, la tendre amitié et même V amour platonique, sont toutes destinées à accomplir ce double but, etc., etc. Mais en dépit, dis-je, de toutes ces assertions et de beaucoup d'autres ejusdem farinse du chef de l'organicisme, j'avoue que je demeure absolument incrédule, réfractaire, à cette étrange psychologie; je ne saurais la comprendre davantage que celle d'Auguste Comte qui , après avoir bien établi en principe que l'homme n'a pas d'autre âme que son cerveau, compare celui-ci à un placenta permanent^ placé entre l'homme et l'humanité. Mais si l'âme n'est réellement que l'ensemble des facultés du cerveau, comme l'enseigne l'école positiviste, que devons-nous entendre ici par le mot homme, sinon le cerveau lui-même, auquel dès-lors le rôle d'un placenta ne peut plus être assigné d'une manière exacte ? Mais ce qui me paraît surtout absurde dans toutes ces théories matérialistes, c'est d'admettre que le libre arbitre, le sens moral ou la conscience sont le produit immédiat du cerveau, et qu'on doive faire honneur, sans hésiter, à cet organe de l'invention du langage, de l'écriture, de ràrt mimique par lequel s'établit si merveilleusement la vie de relation des sourds-muets de naissance ; des facultés si élevées, de si beaux attributs qui autorisent à faire de l'humanité un règne à part, n'ont de matériel que leurs manifestations, mais doivent être rapportés, en ce qu'ils ont d'inappréciable et de merveilleux, à cet esprit dont nous sentons la présence en nous, qui est réellement

* Pour bien comprendre cette comparaison d'Auguste Comte et son côté faible*, il faut savoir que le placenta est un corps spongieux qui , placé entre la mère et l'enfant pendant la grossesse, reçoit le sang de la première par un de ses côtés, et le transmet au second par l'autre.

tfl QUESTION DU CERVEAU

nom, et qui a si bien l'idée de son existence propre qu'il peut s'isoler, quand il le veut, des impressions du milieu ambiant, soit par lui-même, soit par Teffet de certaines influences, comme on le voit par exemple dans Textase , dans le somnambulisme, dans le sommeil magnétique, dans l'hypnotisme, etc., où les sensations sont suspendues, les mouvements volontaires arrêtés, sans pour cela que lés phénomènes propres de la vie paraissent atteints dans leur essence. De même quand, pendant le sommeil naturel, nous continuons à penser, à sentir, à agir, en l'absence de toute impression extérieure, c'est notre âme ou notre sens interne, je le répète, qui est le point de départ direct de ces actes, qu'aucune modification cérébrale ne saurait expHquer. N'est-ce pas au même principe qu'il convient aussi de rapporter la douleur que ressent quelquefois l'individu amputé dans le membre qu'il n'a plus depuis longtemps ?

En effet, les produits de la matière ne peuvent être que matériels comme elle , je crois l'avoir déjà fait remarquer plusieurs fois; car qui dit action matérielle exprime la puissance d'un corps s'appliquant à des éléments physiques qu'elle modifie d'une certaine façon, et les résultats de cette modification tombent toujours sous les sens. Mais la manifestation des actes intellectuels et moraux se produit-elle dans des conditions semblables? Est-ce un organe matériel, tel que le cerveau, qui peut concevoir des idées de justice, d'honneur, de vertu, de liberté; se livrer à des calculs mathématiques, à des raisonnements philosophiques, ou à l'abstraction? Les arguments contre cette opinion ne manquent certes pas, et il me faudrait un volume pour les faire valoir tous les uns

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après les autres; mais je me bornerai ici à donner la parole à l'immortel Haller, dont aucun médecin ne peut contester la haute compétence en physiologie, et dont le génie avait parfaitement compris que Dieu, ayant séparé dès la création l'ordre physique de l'ordre moral, les aurait en réalité confondus ensemble et se serait déjugé, réfuté en quelque sorte, en attribuant à l'encéphale les fonctions dont le gratifient les matérialistes.

«L'essence des êtres, dit Haller {Traité de l'âme), est fixe, iimmuable, et leurs propriétés découlent de leur essence ; l'âme pense parce que c'est sa nature ; elle est un agent capable de détermination et de choix. La matière, de son côté, est étendue, solide , susceptible de mouvement , mais elle ne l'est pas d'intelligence ou de Uberté. Dieu peut donc imprimer à la matière ce mouvement dont elle est susceptible, et le varier à l'infini pour produire, dans les différents corps , la gravitation, la végétation, la vie ; mais il y aurait une contradiction évidente à supposer que Dieu donnât à cette matière des attributs qui ne sont point renfermés dans son essence, et qu'il lui fît produire des opérations qui répugnent à sa nature. »

On aime à entendre des hommes, des savants de la taille de Haller, prononcer le nom de Dieu sans hésiter, l'invoquer au milieu de leurs travaux anthropologiques; étabhr ensuite, selon les lumières de leur haute raison, les attributs de l'âme, et refuser enfin à la matière organique des fonctions incompatibles avec son essence, toute protéique qu'elle soit.

Oui , d'après les lois étemelles des analogies, partout les effets sont de la même nature que les causes, et c'est en vertu de ce principe de phUosophie, dont personne ne .

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