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ET DE L*ALIÉNATI0N MENTALE

dicales, et nullement de ces temps d'arrêt, de ces améliorations momentanées qu'on obtient souvent dans ces maladies, qui affectent volontiers la forme périodique. ou

intermittente.

Pour admettre à priori, comme le font les organiciens, que la folie tient toujours à une lésion matérielle du cer\^eau , ne faut-il pas commencer par se démontrer à soi-même que l'ouverture des cadavres de fous met invariablement en lumière ces lésions? si ces lésions leur sont propres et ne se rencontrent que chez eux ? et si, même dans ce dernier cas, on pourrait les considérer comme la cause, et non pas comme l'efifet des désordres intellectuels? Je ne parle pas des maladies cérébrales intercurrentes qui peuvent surgir sur les pauvres habitants des asiles : chacun comprend qu'elles sont d'observation journalière, et qu'il fautsavoir en tenir compte danslarecherche des lésions cérébrales. Du reste, pour être fixé sur cette importante question des lésions matérielles dans la fohe , interrogeons les spécialistes.

« Au mot d'autopsie, dit l'illustre Esquirol ( Traité des maladies mentales, vol. I, pag. 110), chacun espère que nous allons indiquer le siège de la foUe, que nous allons faire connaître la lésion organique dont elle est la révélation: eh bien ! les ouvertures de corps faites jusqu'ici ont été stériles, elles n'ont eu que des résultats négatifs ou contradictoires; tous les travaux sur l'anatomie du cerveau n'ont eu d'autres résultats qu'une description plus exacte de cet oiqane, et la certitude de ne pouvoir jamais assigner à ces parties des usages d'où l'on puisse tirer des connaissances applicables à l'exercice de la faculté pensante , soit dans l'é-^ tat de santé, soit dans l'état de maladie. »

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2i4 QUESTION DU CERVEAU

A cette déclaration si franche et si consciencieuse . le célèbre aliéniste ajoute les corollaires suivants :

« Toutes les lésions organiques observées chez les aliénés se retrouvent dans le cerveau d'individus qui n'ont jamais été fous.

» Beaucoup de cadavres d'aliénés ne m'ont présenté aucune altération, quoique la folie eût persisté un grand nombre d'années.

Ji D'autre part, l'autopsie nous a montré chaque partie du cerveau (chez des individus qui n'étaient pas fous), altérée, suppurée, détruite même, sans lésion préalable de l'entendement; et de toutes ces données m doit conclure qu'il est des folies dont la cause immédiate échappe à tous nos moyens d'investigation, et que la folie n'a pas toujours son point de départ dans le cerveau. »

« A-t-on bien distingué, dit à son tour Chaussier, les lésions qui sont le produit des maladies concomitantes ou accidentelles auxquelles succombent les fous, d'avec ce qui peut appartenir en propre à l'aliénation mentale ? — Les lésions du cerveau se révèlent par des signes qui ne sont pas la folie : ainsi l'inflammation chronique de ses membranes, l'apoplexie, produisent la compression qui se révèle par la paralysie; les tubercules, les cancers, les ramollissements ont des caractères propres qu'on ne peut confondre avec la folie. »

Si l'on m'objecte qu'Esquirol a écrit en 1838, Chaussier beaucoup plus tôt, et qu'ils ne font plus autorité, parce que la science de l'aliéniste a marché sous Timpulsion des écoles organicienne et positiviste, je ferai valoir le témoignages d'autres spécialistes célèbres qui appartiennent à la période actuelle.

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Dans son Mémoire lu à T Académie des sciences morales et politiques, le savant M. Lélut convient franchement que l'anatomie pathologique n'a rien pu lui apprendre sur la théorie des maladies mentales ; il professe que les fonctions et les affections qu'il a été obhgé d'analyser, et dont il a dû attaquer la théorie, sont sous l'empire de causes invisibles, d'un autre ordre que les organes. La déclaration ne saurait être ni plus claire, ni plusexphcite.

J'ouvre la préface du Traité des hallucinations, par le savant aUéniste Brierre de Boismont, président delà Société médico-psychologique, dont j'estime particulièrement la franchise, les remarquables écrits, etje lis à la page viii :

« Un vaste abîme sépare, dit-on, les questions de philosophie des questions de médecine pratique et appliquée; il faut laisser l'intelligence, l'esprit, l'âme là où ce principe doit rester,

» Nous croyons être dans le vrai en soutenant la nécessité de l'alliance de la philosophie et de la médecine, surtout dans les maladies mentales ; les faits psychologiques ne peuvent être mis sur la même ligne que les faits sensibles. Le cerveau est le siège des opérations intellectuelles, il n'en est pas le créateur; la notion de l'idée préexiste à celle des signes.

»La vue des grandes intelligences aux prises avec la fohe, et qui deviennent pour l'aUéniste un sujet continuel de méditations, ne le ramène-t-elle pas sans cesse à l'examen de ces hautes questions spiritualistes qu'on déclare sans utiUté pour la médecine? C'est avec raison que M. Esquirol a dit : Le jour où la philosophie descendra avec son flambeau dans l'étude des affections mentales, elle rencontrera une ample matière à des observations

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nouvelles; comme, dans une ville détruite, on découvre cà et là des monuments qui portent l'empreinte du génie de la nation éteinte , ainsi dans ces grands ravages de la folie on retrouve partout, sur les ruines de nos facultés, la trace du principe immortel qui les animait. A cette opinion, nous pourrions joindre celle de Descartes, qui affirme que c'est à la médecine que seroyit dues les découvertes destinées à agrandir le domaine de la philosophie. »

Tous ces témoignages (qu'on le remarque bien !) émanent de médecins appartenant à cette École de Paris , si décriée à cette heure à cause du matérialisme et de l'athéisme dont on la croit imbue: qui pourra désormais prendre au sérieux ces accusations?

L'éminent aUéniste belge Guislain a aussi émis , sur la stérilité des recherches cadavériques chez les fous, une opinion qui est calquée en quelque sorte sur celle d'Esquiroi, de Chaussier et de Lélut, etc. ; il dit en effet dans ses Leçons orales. pubUées en 1852 :

((J'ai ouvert un grand nombre de cada\Tes d'aliénés ; je dois confesser cependant que je n'ai pas obtenu les résultats que j'avais osé espérer. Parfois je n'ai rien trouvé là où j'avais compté rencontrer une altération organique, et d'autres fois j'ai observé des désordres là où je n'en soupçonnais pas la présence. Le cerveau, tant dans son état normal que dans son état morbide, sera éternellement pour le médecin un organe mystérieux ; car s'il est des désordres qui font comprendre la majorité des cas des maladies dites cérébrales, il est des altérations organiques du cerveau qui n'expliquent guère pourquoi les individus qui les éprouvent restent sains d'esprit. )^

Le même auteur, je le dirai en passant, a été conduit

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