‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 43 sur 54 · THÉORIE DE L 'AUTEUR · texte numérisé non relu

THÉORIE DE L 'AUTEUR

fessent une foule de médecins contemporains, sentiments que je suis heureux de partager moi-même, et dont la publication de ce livre est, je crois, la meilleure preuve; mais je préfère, afin de laisser moins de doute dans l'esprit de mes lecteurs , et de démontrer irréfragablement qu'on peut être três-dévot, très-orthodoxe, et ne pas croire le moins du monde, hors le cas de miracle , aux possessions et aux obsessions, je préfère, dis-je, remonter jusqu'au siècle dernier, et choisir un exemple décisif.

Voici le jugement que portait sur les convulsionnai res de Saint-Médard, en 1733, le doyen de la Faculté de médecine de Paris dont je ferai connaître tout à l'heure le nom et les sentiments. Interpellé par un personnage qui croyait aux miracles du diacre Paris, sur la foi de beaucoup de théologiens de l'époque, il lui répondit trèssèchement :, (( Monsieur, puisque vous me forcez à parhîr des convulsions de Saint-Médard, je vous dirai que je suis honteux et affligé, pour les personnes qui en sont partisans, de toutes les fautes qu'ils ont commises en cette occasion. Cette œuvre dégénère en infamie et les déshonore parce qu'on les accusera de les autoriser, et sHls eussent commême par appeler des médecine, ils auraient appris que la source des convulsions était une hystérie (vapeurs) de la plus étrange espèce, et qu'on ne pouvait trop cacher les personnes du sexe qui en étaient attaquées, ni prendre trop de soin pour que les hommes n'approchassent pas trop d'elles pendant qu'elles étaient dans cet état. »

Le même médecin, bien convaincu que les convulsionnaires de Saint-Médard étaient des illuminés ou des gnos^ tiques Aq la pire espèce, publia, la même année, un ouvrage de circonstance contre ce qu'il appelle ïépidémie

convulsionnaire, et dans lequel il démontre le naturalisme des étranges phénomènes qui préoccupaient alors l'opinion publique en France, et la compétence de la médecine pour les juger et y mettre un terme. Ce travail, qui eut une trèsgrande vogue, et que je possède, contribua puissamment, dit un auteur du temps, à empêcher la dite épidémie de passer de Paris en province.

Or ce médecin, esprit fort, sceptique, ennemi du merveilleux, et qui ne voulait admettre ni la vulgarité des miracles ni l'intervention des démons dans les afifaires d'ici-bas, avait nom Philippe Hecquet; catholique fervent et austère , il avait dû entrer dans les ordres avant de se retourner du côté de l'art de guérir, et avait fait, par ce motif, de profondes études en théologie. Devenu médecin du prince de Gondé et d'une foule de personnages éminents, puis doyen de la Faculté de Paris, il se fît une règle de refuser tous les présents qu'on lui offrait et de ne recevoir que la moitié des honoraires qu'il gagnait ; pourtant sa bourse était toujours ouverte aux pauvres, qu'il traitait en grand nombre et sans rétribution. Enfin, après avoir vécu pendant plu^ de vingt-cinq ans d'aliments maigrès , de légumes , de racines , par esprit de pénitence , s' abstenant absolument de vin, il se démit de tou^ ses emplois, légua son patrimoine à sa famille, entra comme pensionnaire dans u/n couvent de Paris, où il mourut, laissant le peu qui lui restait au fidèle serviteur qui avait soigné sa vieillesse. (Voyez, dans la Biographie médicale, l'article Hecquet.)

Je crois en avoir assez dit, dans ce chapitre, pour bien établir la thèse que je soutiens depuis longtemps : qu'abstraction faite des vrais miracles, dont Dieu seul a le

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pouvoir, il n y a et ne peut y avoir rien de surnaturel dans notre milieu mixte, et que s'il y existe un mondo rlos esprits , comme le professent les spirites modernes , ce monde ne saurait tomber sous nos sens, d'abord parce r ju'il est hors de doute que le Créateur nous le dérobe sciemment; ensuite parce qu'un esprit pur, tel que notre faible intelligence le conçoit, est à notre milieu à peu près comme le son est à une harpe privée de cordes et que le musicien ne peut plus mettre en jeu. Il existe bien dans l'univers un monde invisible dont le télescope et le microscope nous révèlent journellement les merveilles, mais il n'a rien de commun avec celui des esprits, puisque sa nature psychomatérielle est parfaitement étabhe; par suite, on ne saurait arguer de son existence pour justifier les folies , les rêveries spiritiques. Le surnaturel , comme le comprend M. de Mirville, ne peut et ne saurait être: les phénomènes qu'onlui attribue sont tantôt des effets purement physiques, tantôt le produit d'une imagination exaltée ou malade , tantôt enfin le résultat d'adroites jongleries.

Je répéterai donc, en terminant ce chapitre, ce que j'ai dit en le commençant : il faut également éviter les excès du matériahsme et ceux du spiritualisme : le premier, qui imprime toujours le cachet de l'infériorité aux siècles où il domine, et qui est l'apanage forcé du scepticisme et de la

science sans horizon philosophique, déchainesurrhumîmité les maux les plus terribles, en s'efforçant de démontrer , c l 'ailleurs par le sophisme et le paradoxe, qu'ils sont l'effet delà

fatalité; quant ausecond,quifutdans tous les tempslasource du beau et du bien, et que le cœur de l'homme caresse volontiers parce qu'il lui donne au moins l'espérance , il enfante, par ses aberrations, les maux les plus funestes,

SUR LES MANIFESTATIONS SPIRITISTES. il5

les crimes les moins excusables, et qui déshonorent l'histoire des nations même les plus civilisées. Ainsi, on s'étonnera à bon droit, dans les siècles futurs, que la malheureuse Eléonore Galigaï (la maréchale d'Ancre) ait pu être brûlée comme sorcière, lorsqu'elle déclarait au conseiller Gourtin qui l'interrogeait sur le sortilège dont elle se servait pour gouverner l'esprit de Marie de Médicis : a qu'elle s'étaU servie du pouvoir qu'ont les âmes fortes sur les esprits faibles)). Ces crimes juridiques et tous ceux du même genre qu'enregistrèrent les annales de l'humanité, ont été dus aux aberrations funestes de l'idée spirituahste; tant il est vrai qu'on peut toujours faire abus des meilleures choses et convertir ainsi facilement le bien en mal.

Gardons-nous donc avec soin du matériahsme comme du spirituaUsme pur ; n'oublions jamais que tout autour (le nous est, par la volonté de Dieu, esprit et matière à la fois ; que la religion et la philosophie reconnaissent cette vérité, et que nous ne devons jamais la perdre de vue dans nos études et nos méditations. Je ne dirai plus qu'un seul mot sur le spiritisme.

Dans un siècle comme le nôtre, où la soif des richesses et celle du plaisir est si ardente , où tous les instincts, tous les désirs de l'humanité, sans distinction de catégorie sociale, peuvent être exprimés par ces deux mots : argent et joimsance , pourquoi les spiritistes , les magnétiseurs , les mcdiunis, semblables sous ce rapport aux sorciers du moyen-âge, ne se servent-Us pas des esprits pour faire des fortunes colossales et en jouir largement, à la manière du lameux D' Faust ? Pourquoi ne se font-ils pas révéler les secrets d'État, le cours futur delà bourse et celui des marchandises, de manière à gagner toujours? Je soumets

cette simple question à toutes les personnes qui , appréciant à leur juste valeur le caractère, les goûts de notre époque, ne sont pas encore parfaitement convaincues que nos relations avec le monde des esprits sont impossibles. Il est remarquable, du reste, que les sorciers, les thaumaturges, etc., n'ont jamais été très-favorisés du côté de la fortune; et bien qu'Isaac de la Peyrére ait fait remarquer que, s'ils étaient si communs dans le nord de l'Europe, c'était tout simplement parce qu'après condanmation une partie de ce qu'ils possédaient était attribuée à leurs juges, il est permis d'admettre que ces derniers durent rarement s'enrichir par ce moyen.

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