ET L ELECTRICITE
maladies incurables. Ici encore on eut à éprouver de nombreuses déceptions, et aujourd'hui, même en dépit du perfectionnement des appareils d'application de l'électricité, le cadre des maladies auxquelles on peut l'opposer avec avantage est des plus restreints, et l'électrothérapie enregistre encore plus d'insuccès que de cures réelles. Voici ce que nous dit à ce sujet Becquerel de l'Institut, et ce que Ton peut encore considérer actuellement comme l'expression de la vérité : « L'emploi de l'électricité comme remède n'a pas répondu aux espérances des premiers expérimentateurs. En général, on peut l'appliquer avec avantage dans des cas de paralysie incomplète , et lorsqu'il s'agit de surexciter le système nerveux ; mais lorsque la paralysie est complète , et que la vie est éteinte dans les nerfs, les courants électriques sont impuissants. »
Ce n'est donc pas l'électricité qui constitue la vie, bien qu'on puisse démontrer que cet agent n'est pas sans influence sur l'organisme, de même que la chaleur, la lumière, le magnétisme.
«L'histoire de la contraction musculaire et celle de l'innervation, dit P. Bérard {Traité de physiologie), prouvent combien la doctrine électro-vitale est erronée et pèche dans les détails; qu'il me sufiise de dire pour le moment qu'eût-on surpris dans quelques mouvements organiques des indices d'électricité, mon esprit chercherait vainement à en appliquer les formules à la sensibilité, à la contraction musculaire, aux phénomènes intellectuels et moraux. Au reste, quand on aurait substitué les mots de force électrique à ce que d'autres ont appelé la force vitale, toutes les questions de détail dont la solution fait l'objet de la physiologie n'en seraient pas plus éclaircies pour cela.ï)
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Ailleurs il dit: «Nos devanciers n*ont point prononcé l'identité des fluides galvaniques et électriques, avant d'avoir obtenu la démonstration expérimentale de cette identité: ne soyons pas plus audacieux qu'ils ne l'ont été, imitons plutôt leur circonspection. A quels faits-principes arrivons, nous pour les êtres vivants : A des faits de sensibilité, de contractilité, de formation organique ; ces faits ressemblent-ils à ceux d'attraction, de calorique, d'électricité, d'affinité chimique, tels que nous les connaissons? Non: or comme nous ne jugeons des forces que par les effets, nous sommes autorisés à dire, jusqu'à plus ample informé, que les forces ne sont pas les mêmes dans les deux règnes, d
Enfin, ce qui achève de démontrer que le galvanisme n'a rien de vital en lui-même, c'est que le succès de ses applications à la nature inerte, c'est-à-dire à l'industrie, a été aussi rapide , aussi prodigieux que son impuissance en biologie a été grande. On ne sait pas où pourront s'arrêter ces applications, tandis qu'en dépit de l'opinion d'un grand homme, celle de Napoléon 1»% la physiologie et la médecine ne sauraient rien en attendre, au moins pour le moment. Non ! le corps humain n'est ni un laboratoire de chimie, ni une pile voltaïque, ni une machine hydraulique, ni un automate à la Vaucanson ; et si les lois physiques en général y trouvent certaines applications, ceux qui les constatent ne doivent jamais oublier un seul instant, je crois l'avoir bien souvent redit dans ce livre, que les lois dont il s'agit y sont toujours automatiquement dominées par celles de la vie, qui ne cessent pas de réagir contre elles dans un but de conservation, puisque la mort, dont je vais dire quelques mots, est le résulat fatal et direct de la cessation de cet antagonisme.
Lorsque, après avoir admiré les phénomènes sublimes de la vie, notre esprit confondu veut achever de se démontrer l'absurdité de l'athéisme, il n'a qu'à méditer le grand mystère providentiel de la mort dans ses connexions avec les dogmes de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme et de la liberté humaine.
La mort est une amie qui rend la liberté, a dit un poète; et naguère, en marchant au supplice, Maximilien de Hapsbourg exprimait cette croyance si consolante à ses compagnons d'infortune, découragés et abbattus. Allons à la Uberté {vamosà la /iZ^er^ad)! leur disait-il. Cette conviction devrait être celle de toute personne honnête ayant bien vécu et dont la conscience est pure.
Malheureusement l'homme semble s'être évertué à se faire de la mort le plus terrible des épouvantails, par le seul fait des idées d'anéantissement, de dissolution, de décomposition putride qu'elle fait naître sous le rapport physique, des cérémonies, des pompes pleines de tristesse dont il l'a entourée.
cc/e crois en vérité, dit Montaigne, que ce sont les ruines et appareils effroyables dont nousentourons la mort qui nous font plus peur qu'elle; les enfants ont peur de leurs amis quand ils les voient masqués:,., ainsi faisons-nous pour la mort; il fautôterce m^asqus aux choses aussi bien qu'aux personnes. j>
Certes! la mort ne peut être pour nous qu'un objet de réflexions sérieuses et graves, par le seul fait des cruelles séparations qu'elle entraine et de l'incertitude de la destinée qui nous attend hors de ce monde; mais c'est peutêtre à cause de cela qu'on aurait dû en entourer le spectacle d'allégories douces, mélancoUques, parlant au cœur
des familles et des masses, en tendant à leur inspirer, avec la résignation à la volonté suprême, Tespérance d'un meilleur avenir. .
' Loin de moi la pensée de faire la critique des cérémonies religieuses adoptées par les divers cultes à l'endroit de la mort; j'ai déjà dit plusieurs fois dans ce livre que je voulais m'y tenir strictement sur le terrain de la vraie philosophie, qui, bien que touchant au domaine de la théologie, en est néanmoins très-distincte; je ne considère ici la mort qu'au seul point de vue du désespoir, de l'efifroi qu'elle répand dans tous les rangs do la société, et de la tristesse des emblèmes qui la rappellent parmi nous.
Le fatalisme des Orientaux et leur gravité naturelle leur donnent en cette matière une quiétude, une résignation remarquables. Leurs champs des moiis (cimetières) sont de magnifiques jardins et les seules promenades publiques qui existent chez eux ; ils aiment à s'y rendre le plus souvent possible, et s'y hvrent à de douces méditations sous l'épais feuillage des cyprès et des sycomores séculaires, au milieu du murmure des fontaines et du gazouillement des oiseaux, qui, établissant en toute sûreté leurs nids dans ces lieux solitaires, ramènent, en dépit du voisinage des tombeaux, aux idées de vie et d'amour * .
< Oa a beaucoup reproché aux Orientaux d'avoir établi des cafés dans les champs des morts; mais le reproche a bien peu de portée, lorsqu'on a vu de près ces cafés. Ils sont en effet aussi calmes, aussi paisibles, que les nôtres sont animés ou bruyants. Le musulman qui entre dans un de ces établissements s'accroupit sur le divan, se fait servir le café, la longue pipe, et savoure l'un et l'autre en silence, sans éprouver le besoin de communiquer avec ses voisins. Seul avec lui-môme . il peut au contraire sp livrer sans dérangement aux plus graves réOexions. et méditer tout à son aise sur la mort, sur les pertes qu'il a éprouvées, etc.
0 vous tous qui tremblez à la seule pensée de la dissolution fatale de votre être, considérez-la plutôt comme le plus grand de tous les bienfaits de Dieu, comme le dénouement de votre propre énigme! Interrogez votre
conscience, et si elle ne vous reproche que de simples faiblesses inséparables de notre nature, mais aucun méfait, aucun crime, cessez de craindre la mort, résignez-vous à elle et regardez-la comme la porte de la vie !
ce La mort est redoutable mais riche d'espérances, disait un jour à son médecin Jean Sobieski, elle ne peut jamais être trop chèrement payée par les travaux et les misères de notre existence d'un jour.» Aux yeux du héros de Vienne, dont les chagrins égalèrent la gloire, la loi providentielle de la mort était donc la plus solide induction en faveur de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, et de notre épreuve terrestre par le libre arbitre. Les matérialistes eux-mêmes, je me hâte de le dire afin de ne pas l'oublier, donnent une importante sanction à cette doctrine séculaire, lorsqu'ils recourent au suicide, qui est de beaucoup plus fréquent chez eux que chez les personnes ayant des convictions religieuses. Que prouve en effet le suicide, sinon la puissance de l'âme sur le corps, et la liberté absolue dont elle jouit et qui la fait devenir l'agent destructeur d'un organisme dans lequel domine par- dessus tout l'instinct de la conservation. D'un autre côté, il est parfaitement démontré qu'une foule de suicidés sceptiques, après avoir perdu des êtres chéris, se sont donné la mort avec le vague espoir de les retrouver hors de ce monde, espoir qu'ils ont exprimé assez nettement dans leurs écrits suprêmes. Ces écrits contiennent en effet presque toujours des phrases comme celle-ci : J'ai voulu suivre ma femme
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bien-aimée, ..^je veux être réuni à mon enfant chéri, etc. Qui pourrait croire, je le demande, que les auteurs de ces lettres funèbres se sont donné la mort tout simplement avec l'espérance d^une réunion, soit dans la terre, soit dans le néant î
L'illustre HaUer, que j'ai déjà cité tant de fois, avait donc raison lorsqu'il disait que : a L'homme porte au fond de sa nature, et en dépit de lui-même, un désir d'immortalité et une idée de bonheur que la Sagesse infinie qui l'y a mis ne sauraitrendre illusoire : il faut de nécessité qu'il soitimmortel ou malhev/reux,y> Oui, cettesoif de gloire, de célébrité, d'illustration, qui nous possède tous plus ou moins, est tellement innée, que le scepticisme, l'athéisme eux-mêmes ne peuvent l'éteindre; de là, les monuments, les tombeaux que leurs fauteurs s'élèvent à grands frais, les œuvres toxicophores qu'ils confient à l'imprimerie, les crimes comme ceux d'Érostrate, de Marat, du marquis de Sade, etc., etc. «Si je me trompe en croyant mon âme immortelle, disait Gaton l'ancien, c'est de mon plein gré ; tant que je vivrai , je ne veux pas qu'on m'arrache une erreur qui me console. Si un mort ne sent plus rien, comme le soutiennent de petits philosophes, je n'ai pas peur qu'ils viennent après ma mort insulter à ma crédulité. » (Gic; De Senect,)
« Si l'immortalité n'est qu'une erreur, a dit Young, que cette erreur m'est chère ! que ce mensonge consolant serait encore préférable à la triste vérité ! l'espérance qu'il nous laisse nous sert du moins à jouir de ce monde, car la vie future est l'âme de la vie présente ! »
Plus loin, interpeUant Dieu, il ajoute, avec la sombre tristesse qui le caractérise :
« Donne-moi l'éternité, ou reprends-moi la pensée : elle
ne m'était pas nécessaire pour végéter ici-bas et être ensuite anéanti ; au lieu de la paix du néant, pour me tourmenter de l'existence, que ne me laissais-tu avec les êtres possibles qui n'en sortiront jamais I ... »
Sous un autre point de vue, la loi de la mort a aussi une portée qui achève d'en faire ressortir la sagesse : une vie qui ne devrait jamais finir ne serait-elle pas un terrible ennui ? La mythologie nous apprend que le centaure Ghiron, immortel par sa nature, sollicita instamment de mourir pour être délivré de ses maux, et que plusieurs dieux et déesses gémirent sur leur immortalité par divers motifs. Napoléon, au moment de sa chute, et sur le point d'abdiquer, avala un poison qui resta sans effet, et dont sa robuste constitution triompha : celui qui avait été un instant le maître du monde ne voulait pas déchoir, et préférait mourir. Pour que l'athanasie en ce monde rendit l'homme heureux, il faudrait qu'il fût exempt de passions et presque d'affections , qu'il existât en quelque sorte à la manière des plantes, genre d'existence qu'il ne goûterait pas beaucoup, j'ose l'affirmer.
Voici le jugement qu'a porté sur la mort l'auteur de Ciel et terre, Jean Reynaud, dans une lettre qu'il écrivait à sa femme, qui venait de perdre un frère chéri :
« Ghère ange, ma sœur, lui dit-il, que n'ai-je le moyen de faire passer en toi le sentiment si vif de la brièveté de la vie qui m'anime ! Si la vie se continue indéfiniment dans l'immensité de la demeure céleste, qu'est-ce donc que cette période que nous accomplissons ici ? une jou/rnée entre deux soupirs, celui de l'arrivée et celui du départ. Nous nous éveillons un matin sur cette terre, et nous la quittons plus ou moins vite^ selon que Dieu nous fait signe;
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mais le soir nom sommes tous partis, et quand la lumière reparait, nous nous revoyons de nouveau tous ensemble. Crois-tu donc que, dans l'intention de Dieu, la mort soit un mal aussi absolu qu'il nous le semble ? Nos mœurs ne sont-elles pas constituées pour une bonne part dans l'idée que nous nous en faisons? Prends un matérialiste qui aime, s'il est vrai qu'un matérialiste puisse réellement aimer: au moins, faisons qu'il aime avec toute la puissance de l'instinct. Quelle torture épouvantable pour lui que la mœi de l'être qu'il aimait! Non, tous les chagrins mis ensemble ne sauraient t'en donner une idée! Cet objet aimé n'est pas seulement séparé de lui, il est anéanti, il ne lui reviendra jamais ; ces douces vertus qui le charmaient sont dissoutes, il n'en jouira plus. Oui, il faut une 7^ésignatiœi d'enfer pour supporter un tel coup. Mais nous, qui savons que les êtres que la Providence rappelle d'avec nous vivent toujours, qu'elle nous les conserve dans son ineffable bonté pour nous les rendre demain plus parfaits, est-ce d'une résignation si féroce que nous avons besoin dans la mort? Non, chère âme! Si nous avons confiance en Dieu, nous ne devons appeler à notre aide que la sainte patience ; nous ne devons pas souffrir qu'il y ait désharmonie entre les sentiments auxquels nous nous abandomions et les idées salutaires dans lesquelles il a plu à Dieu que nous fussions nourris. »
De pareils sentiments, si noblement exprimés, font le plus grand éloge du cœur de Jean Reynaud ; ils viennent à l'appui de la thèse philosophique que je soutiens sur la loi universelle de destruction à laquelle l'homme est luimême soumis, et sur ses connexions avec les dogmes les plus importants de la religion naturelle.
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Après avoir interprété le but de la loi de la mort comme je le fais ici, et s'être posé cette question : S'il n'y a pas d'autre vie. qu'est-ce que Dieu? qu'est-ce que l'homme? le savant Ozaneaiix récapitule {Nouveau sijstème d'études philosophiques) toutes les preuves, toutes les inductions qui établissent que la mort est le nœud du grand drame de la vie humaine, et termine par cette conclusion remarquable : (( L'existence de Dieu n'a pas besoin de nos preuves, ni l'immortaUté de l'âme de nos déclamations ; pour croire en Dieu, ilsufflt, comme le ditCicéron, de lever les yeux ; et quant à nous, malgré l'exactitude de nos raisonnements, nous sommes convaincu que le dernier sourire, la bénédiction d'un père mourant, 'en apprennent plus sur la vie future que tous les syllogismes de la philosophie. »
Il faut donc reconnaître que tout dans la nature a été fait pour le mieux ; que la mort, terme nécesaire de notre évolution, est réellement riche d'espérances, selon l'expression de Jean Sobieski ; qu'elle est pour le philosophe, pour le médecin, la source des plus précieuses inductions contre la doctrine absurde du hasard et du néant, qui sont une seule et même chose, et en faveur de l'immortalité, fondement de l'éternelle morale. Une dernière preuve de cette vérité se trouve dans ce fait bien remarquable que jamais la pensée, l'espoir de l'immortaUté , ne paraissent plus chers à l'homme que lorsqu'il touche à ses derniers instants. Un savant professeur de médecine qui, bien qiTe sur le point de mourir, avait conservé toute son intelligence, et assistait par suite à la dépravation progressive de ses fonctions organiques , disait à ses collègues qui étaient venus le visiter : ce Je sens maintenant plus que ja-
mais que je suis double. » D'autres mourants, et le nombre de ceux-ci est , toutes choses égales , très-considérable, expriment à leurs parents, à leurs amis, presqu'en fermant les yeux, l'espoir de les retrouver un jour, a Lorsque les lugubres apprêts de la toilette furent terminés, dit un historien de Charlotte Corday, et qu'elle eut revêtu ellemême la chemise rouge, la vierge normande leva les yeux au ciel et dit : a Voilà la toilette de la mort faite par des mains un peu rudes; mais avec elle ne vais-je pas à l* immortalité ?j>\]n auteur allemand (F. Klause), qui vit exécuter cette Jeanne d'Arc de la Révolution , a dit à propos des outrages que sa pudeur reçut sur l'échafaud : a Elle resta impassible ; ^immortalité rayonnait dans ses yeux, »
Tels sont les nobles sentiments, les douces espérances, les divines aspirations que l'approche de la mort suggère aux hommes de bonne volonté qui vécurent surtout par rintelligence et par le cœur; on ne saurait jamais en puiser de semblables, on le comprend de reste, dans cette doctrine qu'on décore du titre fallacieux àe positive, qui est sans contredit la source de toutes les erreurs, de toutes les divagations biologiques du siècle, et qui, entachée d'un matérialisme aussi illogique que repoussant, enseigne que la destinée de l'homme sur la terre est de fabriquer (risum teneatis) Y ingrédient matériel nécessaire à la fécondité du sol, à celle de l'atmosphère, et de préparer ainsi la subsistance des générations futures : « C'est dans ce but, dit un philosophe de cette trempe,^t^ Vhomme existe, ainsi que les animaux et les végétaux, chacun fournissant sa quote-part dans Vceuvre commune, par le moyen d* émanations ; mais chaque espèce, race ou individu, ayant des émanations différentes, il en résulte que la nature, en
les utilisant, combine des reproductions à un nombre infini, avec des physionomies et des formes sans cesse variées. Qui pourrait, en effet, donner une idée des combinaisons des atomes de qualités si différentes qui servent à produire tant de variétés sur la peau du tigre, le brillant plumage de r oiseau de paradis, de la queue du paon, etc, ? Tous ces effets ont leur raison d'être, et tout s'explique par les ingrédients que la nature emploie, et que l'homme, avec le règne animal et végétal, lui fournit proportionnellement à chaque instant, »
Certes, je ne l'ignore pas, la loi de la mort, dans sa portée complexe, a entre autres fins celle delà composition du terreau et de l'entretien de certains éléments atmosphériques nécessaires au maintien, à la conservation de la vie générale ; mais affirmer que nous n'avons été créés que dans le but de fournir un engrais et des émanations; rapporter uniquement à ces dernières et à la combinaison des atomes les chefs-d'œuvre les plus admirables de la nature dans le règne organique , n'est-ce pas soutenir le plus faux des systèmes, n'est-ce pas remplacer par la plus dégoûtante des hypothèses les saines idées que nous suggèrent la logique, la morale et la science, sur la double nature de l'homme et sur la providence de Dieu?
Il y aurait, sans doute, encore bien des enseignements philosophiques à tirer de la loi providentielle de la mort, si étroitement connexe avec celles de la vie ; mais le peu que je viens d'en dire me parait plus que suffisant pour en faire entrevoir la portée, le but, et pour établir, par de soHdes et consolantes inductions, que le néant n'existe pas plus que le hasard, et que le tombeau, cet épouvantail de l'humanité, n'est qu'une sorte de vestibule placé entre le passé et l'avenir ; toutefois je ne terminerai pas ce chapitre
sans rappeler ce que je regarde comme une grande vérité: c'est que le stoïcisme devant la mort peut être considéré comme le critérium de la perfection humaine. Aussi tous les grands génies s'appliquèrent-ils à bien mourir, et professèrent-ils dans les écrits qu'ils nous ont légués, que ce n'est qu'après avoir vu mourir un homme qu'on peut juger sainement de sa valeur morale. Épaminondas, à qui l'on demandait un jour lequel, d'Iphicrate, de Chabrias, ou de lui-même méritait le plus d'estime, répondit qu'on ne pouvait les juger avec lui qu'après les avoir vus mourir. J'ajouterai que j'ai pu me convaincre bien souvent, dans le cours de ma carrière médicale, que l'on meurt toujours comme on a vécu. Entre l'agonie de la vertu et celle du crime, il y a nécessairement un abîme, et ce n'est pas sans raison qu'un de mes anciens professeurs a soutenu dans un livre plein d'intérêt* que, sans posséder le moindre renseignement sur la psychologie d'un individu, on peuts'en faire une idée assez exacte par l'appréciation de ses dernières paroles, de ses derniers désirs, de ses dernières volontés; et qu'on peut dire à la rigueur : in morte veritas, avec autant de justesse qu'on dit m vino veritas^.
< Hubert Lauvergne; De V agonie et de la mort dans les diverses classes de la société, 2 vol. in-S».
2 A peine est-il nécessaire de rappeler aussi que les lois générales de la mortalité, dont la sagesse est si grande, sont une des meilleures preuves de l'existence de Dieu et de sa providence. Le défaut d'espace m'empêclmnt de rapporter ici des lois d'ailleurs si connues , il me suffira de renvoyer mes lecteurs à l'article Mortalité des diverses encyclopédies modernes