‹ L'Athéisme du dix-neuvième siècle [microform]Chapitre 50 sur 54 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

AVANT-PROPOS

Depuis que ce chapitre a été écrit, Féminent professeur, le médecin philosopheà qui je l'adressais, a disparu d'ici-bas: une mort prématurée autant qu'inattendue l'a enlevé à la science, à sa famille, à ses élèves, et à ses nombreux amis.

Je tenais, il m'est permis de le dire, un rang distingué parmi ces derniers, et sa perte m'a été bien sensible : en relation intime et incessante depuis vingt-cinq ans, rien n'avait pu nous désunir, et cette liaison, si profitable pour moi à tous les points de vue, avait achevé de me démontrer combien sont mystérieuses les sympathies qui s'établissent sur la terre entre les âmes, combien elles se jouent en quelque sorte des différences d'âge, de caractère, de goûts, de position sociale, etc., etc. Partout et en tout la nature semble en effet se complaire au milieu des contrastes, et, de même qu'elle a su combiner miraculeusement en nous deux éléments antagonistes, la matière et l'esprit, de même on dirait qu'elle s'attache à mettre en relief la simplicité, l'unité, le libre arbitre absolu du principe animique, par ces ineffables et merveilleuses sym-

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pathîes qui échappent manifestemenlàrinfluence deFindividualité passionnelle dont l'organisme est la source.

Peut-être sont-elles le fruit, le souvenir instinctif et confus d'existences antérieures ; car, d'où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous? Telle est la question complexe que notre imagination s'adresse souvent, et dont la philosophie ne lui laisse pas même entrevoir la solution. Mais puisque nous ne faisons que passer en ce monde, pourquoi n'en aurions-nous pas traversé d'autres avec la même rapidité et le même mystère, allant toujours vers Dieu, qui est évidemment notre but ?

Abstraction faite de sa haute intelligence, de sa vaste érudition et de ses remarquables aptitudes médico-philosophiques, qui le plaçaient si loin de moi, ce que j'admirais le plus en ce cher ami, c'étaient sa bienveillance, sa douceur, son indulgence et sa modestie sans égales. De son côté, faisant la part de la force de mon sang (cette expression lui était familière à mon endroit) , il s'accommodait en somme très-bien de mon esprit d'indépendance, de ma franchise toute maritime, de mon caractère essentiellement militant et décidé. S'il lui arriva quelquefois dans l'intimité d'en comprimer l'essor, afin de m'être utile, il les défendit invariablement en public dans diverses occasions, sans se préoccuper le moins du monde des hostilités qu'il pouvait se créer personnellement en agissant ainsi ; de tels hommes sont rares !

Je n'ajouterai pas qu'il était vitaliste-animiste et que sa croyance en Dieu était des plus profondes, car ses écrits témoignent de sa foi, de ses espérances, et il a achevé par sa mort stoïque de les mettre en lumière. Je ferai seulement remarquer, en passant, que la doctrine du D' Vogt,

d'arrêter notre décadence. 437

sur notre consanguinité avec les singes, lui était particulièrement antipathique ; psychologue éminent et profond, comment aurait-il pu la trouver à son gré?

Des voix plus éloquentes, plus autorisées que la mienne ont raconté naguère les vertus d'Anselme Jaumes, sa vie si pure, si exemplaire, si bien remplie; les épreuves qui l'ont traversée, les nombreux et importants travaux qu'il lègue à la science, et qui lui assurent une place distinguée parmilesgrandespersonnalitésdecette vieille et noble Ecole de Montpellier qui fut notre mère commune ; qu'il suffise donc à ma douleur si sincère d'inscrire tout simplement son nom sur cette page de mon livre, en mémoire de la sainte et fidèle amitié qui nous unissait, et d'offrir à son digne fils, héritier de ses mérites, de ses sentiments, l'expression profonde démon dévouement et de mes regrets! ....

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AU PROFESSEUR JAUMES

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