SIR LES MEILLEURS MOYENS DE SAIVETAGE SOCIAL
Saint-Mandrier, près Toulon, avril 1868.
Mon cher Jaumes.
J'ai adressé au lecteur bénévole rintroduction, moitié sérieuse et moitié plaisante, de ce livre, où j'ai examiné la question physiologique des singes ; permettez-moi de vous offrir le chapitre dans lequel je traite des principales mesures qu'il est urgent d'employer le plus promptement possible pour arrêter la dégénérescence des masses, la décadence nationale qui en est inséparable et dont les symptômes caractéristiques sont, comme ils le furent d'ailleurs dans tous les temps : l'athéisme, le luxe, l'amour des richesses, la soif des jouissances physiques, le charlatanisme, le mépris des travaux intellectuels, la tendance à la superstition, enfin la diminution du chiffre des mariages, partant, du nombre des naissances, etc. Notre conversation va faire ressortir une fois de plus, vous allez le voir, les connexions de l'hygiène publique avec l'économie sociale.
Je vous écris d'un lieu que vous avez visité, je crois, avec ma famille et en mon absence, pendant l'automne
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1844; je veux parterre la ferme que je possède à Saint- Mandrier, près Toulon, et dont mes aïeux maternels, marins pour la plupart, et partant fidèles amants de la mer, firent l'acquisition en 1642. Un de mes grands-oncles, pilote hauturier de l'amiral comte d'Estaing, en fit son dernier mouillage ici-bas et y fila son cable par le bout\ à un âge extrêmement avancé. A son exemple, ma mère, que vous avez connue, y a rendu l'âme en septembre 1865, à l'âge de 82 ans, au moment même où le choléra décimait cruellement la Seyne et Toulon.
Tout, dans cette silencieuse soUtude, dans cette vieille bastide provençale, aujourd'hui complètement abandonnée aux paysans, parle à mon cœur; tout m'y rappelle ma première enfance, dont les moindres détails sont présents à ma mémoire; ma jeunesse, qui s'écoula en grande partie sur la mer, au miheu d'une race rude mais essentiellement brave et honnête; enfin tous les parents que j'ai aimés, et qui depuis longtemps ont payé leur tribut à la nature.
Mais ces impressions ne sont pas les seules que j'éprouve lorsque, m'échappant à la dérobée de Marseille, où me retiennent mes devoirs professionnels, je viens passer quelques heures à Saint-Mandrier. Gomme je ne me suis jamais blasé sur le splendide panorama qui se déploie sous les yeux des amateurs du haut de la montagne des Signaux, de l'endroit même où fut enseveli, il y aime soixantaine d'années, le vice amiral Latouche-Tréville^, je manque rarement
* En argot maritime, filer son câble par le bout veut dire mourir : car un vaisseau dont le salut , dans certains cas , dépend entièrement de son ancre et de son câble, est perdu s'il file ce dernier par le bout.
- L'amiral Latouche, qui commandait en 1804 l'escadre de la Méditerranée, était considéré comme l'homme de mer le plus capable de l'époque.
défaire Tascension; puis, m'adossaj;^! contre Tune des faces de la pyramide sépulcrale, je me repais avec bonheur d'un spectacle dont je devrais être saturé, qui est néanmoins toujours nouveau pour moi, et que je crois superflu de vous décrire, puisque vous le connaissez. Dans cette position, et sous Tinfluence du charme, il est rare que mon cœur ne proteste pas contre Tathéisme, contre la doctrine du hasard et toutes ses folies.
N'allez pas croire, mon cher ami, qu'en entrant dans ces détails, en apparence étrangers à la question dont je viens vous entretenir, j'aie pour but de faire de la sensiblerie. Loin de là ! je veux seulement arriver à une déduction dont votre esprit si éminemment philosophique reconnaîtra toute la vérité : c'est que, chez l'homme que ses passions n'ont pu subjuguer ou matérialiser, la prépondérance du moral sur le physique, en dépit de la mixtion psycho-matérielle, est manifeste et positive; qu'il y a chez lui deux religions naturelles, celle de Dieu, celle de la famille, et qu'il en subit d'autant plus sûrement l'empire, qu'il vit plus prés des grands spectacles de la nature. Combien d'incrédules, de sceptiques, d'athées, n'ont-ils pas été ramenés par ce dernier mobile ! Je lisais naguère
Il provenait de la célèbre marine de Louis XVI, et on affirme que, sans sa mort prématurée, nous aurions certainement évité le désastre de Trafalgar. Il a été inhumé sur le plateau même où il se faisait hisser (c'est le mot qui convient) tous les jours par ses gabiers, à cause de l'obésité fort incommode dont il était affecté. Il allait y sur\eiller les mouvements de la flotte anglaise qui bloquait Toulon. Jamais officier général de la marine n'eut une sépulture plus noble, plus digne, plus poétique: il repose, en effet, sous une large et solide pyramide quadrangulaire, à l'érection de laquelle voulurent contribuer les officiers et les équipages de cette belle escadre qui devait bientôt trouver elle-même son tombeau à Trafalgar.
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l'ouvrage posthume* d'un ancien magistrat que vous avez connu sans doute, puisqu'il était conseiller à la Cour d'appel de Montpellier, de M. Dubez. Il fait honneur de son retour subit à Dieu à une promenade solitaire qu'il fit un jour dans la campagne, et pendant laquelle le souvenir de son enfance, celui d'une mère qu'il avait tendrement aimée, suscitèrent en lui l'émotion la plus douce, la plus profonde, etle portèrent à se demander ^'i/ était bien possible qu'il fût à jamais séparé de cet être chéri. (( Mon agitation fut extrême, dit-il, mes larmes coulèrent en abondance; maisdèsce moment,je pris la résolution de chercher enfin la vérité. »
Qui apprécie mieux que vous, mon cher Jaumes, toute la puissance qu'exercent sur l'homme les nobles sentiments de la famille, sentiments qui suffisent pour mettre entre lui et les animaux un abîme profond? Qui osera soutenir en efl'et que telle n'est pas la source de notre moralité, l'élément essentiel, la base de notre psychologie, le terrain commun où se complaisent invariablement et également les individus de toutes les catégories sociales ? Jeté sur la terre pour aimer, pour souffrir, et pour espérer toujours, l'homme a aussi impérieusement besoin de l'esprit de famille pour accomplir ici-bas son évolution selon les vues providentielles, que chaque soldat de l'esprit de corps pour contribuer à la victoire dans la mesure de ses forces et de ses moyens. Aussi Dieu n'a-t-il manqué de lui donner ce mobile, après l'avoir créé libre et conscient; la famille est pour lui comme une digue salutaire contre ses passions, la source de ses plus pures, de ses plus solides
* V athée redevenu croyant , 1 vol. in- 8° de 500 pag.
jouissances, celle de ses plus nobles inspirations et de sa consolation dans le malheur. Qu'il naisse sous le chaume ou dans le palais des rois, le besoin qu'il a de la famille est impérieux, invariable
En effet, en voyant le jour, nous commençons par rerevoir les soins affectueux d'un père et d'une mère, et ces soins, qui ne se bornent pas, comme chez les brutes, à la satisfaction des besoins physiques, font naître en nous Tamour filial, la reconnaissance ; Tamitié, tout aussi pure et ineffable, a sa première source dans le commerce naturel des frères, des sœurs, des cousins. N'est-ce pas encore sous la sainte influence de la famille que nous caressons si volontiers, et en dépit de tout, le dogme de l'immortalité, si éminemment naturel qu'on l'a trouvé en vigueur chez les peuples les plus dégradés et qui n'avaient même aucune idée de Dieu? Sans doute, en voyant la mort frapper sans, cesse autour d'eux, les premiers humains durent se demander si cette disparition fatale d'objets chéris pouvait être définitive : or, de cette pensée qu'engendra nécessairement la vue du premier cadavre, à l'intuition de l'existence possible d'une autre vie, d'un pays des âmes, d'un monde des esprits, il n'y a évidemment qu'un pas, et quoi qu'on en dise, cette explication de l'universalité du dogme dont il s'agit me parait bien plus naturelle que celle qui l'attribue à notre orgueil, à notre vanité. Enfin, c'est encore l'amour de la famille et du foyer natal qui enfante l'amour de la patrie. A toutes les époques, les grands dévouements publics eurent cette origine, ce mobile : l'histoire générale de l'humanité en fait foi.
Si de prétendus progressistes réformateurs, myopes et débiles, de la société, ne s'étaient pas attaqués à la divine
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institution de la famille, qui leur a résisté et leur résistera jusqu'à la consommation des siècles (qu'ils se le disent bien ! ) , nous aurions évité bien des épreuves inutiles, et la lutte suprême, ardente, qui semble se préparer en ce moment entre les athées et les enfants de Dieu, lutte dont l'issue n'est certes pas douteuse, n'aurait pas eu sa raison d'être. Voyez plutôt ce que sont devenus le saint-simonisme, le fourriérisme, le communisme icarien , qui se buttèrent contre la famille : ils ont disparu et ne nous ont laissé que le souvenir de leurs folies * !
« Dans ces systèmes, dit Lamennais ( Dupasse et de l'avenir des peuples) , plus de famille, plus de paternité, plus
* On sait combien de victimes ont fait ces systèmes insensés au milieu (ios classes éclairées et intelligentes. Qu'il me soit permis d'en citer ici un
seul exemple.
Après les journées de juin 1848. je rencontrai à Marseille un de mes confrères qui avait longtemps habité la même ville que moi , que j'avais toujours considéré comme un homme parfait du côté du cœur, mais dont I imagination était un peji exaltée. Sa tenue était plus que négligée, et sa barbe, qu'il avait laissé croître, le changeait tellement, que j'eus quelque peine à le reconnaître. Après les compliments d'usage, il m'apprit qu'il allait partir pour l'icarie. Pour que la France fût heureuse et entrât définitivement dans la voie du progrès, il faudrait, me dit-il, qu'on fît tomber au moins deux ou trois mille têtes (textuel). On voit bien, lui répondis-je en riant, que vous avez été chirurgien en chef d'hôpital : vous avez l'humeur tranchante, et la vue , l'odeur du sang ne vous font pas peur; mais vos enfants, que vont-ils devenir après votre départ? — Je leur laisse la dot de leur mère, reprit-il, c'est à eux de se débrouiller-, quant à moi, je romps tous mes liens avec une société que je déteste et où l'organisation du mal est si puissante M'étant hasardé alors à lui dire, vu mon ancienne intimité avec lui , qu'en abandonnant ses filles il manquait à son devoir le plus sacré envers Dieu, il me quitta brusquement et d'un air irrité, en me disant que Dieu n'existait pas, et que le mal seul méritait ce nom.
Le malheureux partit, en effet, pour l'icarie, y passa par toutes les déceptions imaginables ; et , après avoir payé son tribut à la mauvaise foi de
MM
de mariage; dès-lors un mâle, une femelle, des petits que l'Etat manipule, dont il fait physiquement et moralement ce qu'il veut, et une servitude si profonde, si universelle, que rien n*y échappe, pas même l'âme; avec eux, par eux, tous les liens de l'humanité, les relations sympathiques, le dévouement mutuel, l'échange des services, le libre don de soi, tout ce qui fait enfin la grandeur et le charme de la vie, a disparu sans retour, »
L'éloquent écrivain aurait complété le tableau en ajoutant que l'athéisme, le sensualisme, dont ces systèmes funestes sont imbus, opposent au libre essor du génie humain d'invincibles entraves ; qu'ils frappent mortellement l'émulation, ce mobile des grandes découvertes, en mettant au même niveau l'abeille, le frelon, le citoyen honnête et le pervers, le savant et l'ignorant ; et que leur résultat fatal est finalement d'imposer à la société humaine le régime de la caserne et les mœurs de l'ancienne Capoue (pour ne rien dire de plus) . Or, il suflBt de s'arrêter quelques instants sur cette dernière considération, pour se convaincre que de telles utopies ne sont absolument pas viables, que leur application est impossible, et que les déportés de l'Australie , les forçats de Cayenne eux-mêmes n'en voudraient certainement pas, parce qu'en dépit de leur perversité ils sont hommes comme nous, et ne sont étrangers à aucune des tendances, des goûts innés de la nature humaine.
D'un autre côté, que les novateurs dangereux qui cher-
Cabet. quitta ce pays de cocagne pour rentrer dans le sein de cette vieille société contre laquelle il avait tant crié; mais honteux, sans doute, de ses égarements , il se fixa dans l'une des grandes villes de l'Union . où il est mort naguère, après y avoir exercé la médecine pendant quelques années.
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chent à faire école en ce moment essayent de convertir à leurs idées les honnêtes habitants de nos campagnes, ceux-là qui résistent quand même à l'attraction des grands centres mercantiles, que le séjour des villes ne tarde pas à rendre malades et mélancoliques, et qui, après avoir payé largement l'impôt du sang, retournent pleins de joie, nonobstant l'instruction qu'ils ont acquise dans les écoles du régiment , à leur chaumière natale pour travailler et soigner la vieillesse de leurs parents ; qu'ils essayent de leur enlever les enfants qu'ils ont parfois tant de peine à élever, en leur disant qu'ils appartiennent à l'État, qui se chargera désormais de leur entretien et de leur éducation ; qu'ils leui' prêchent enfin cyniquement l'athéisme, comme ils le font dans les grandes villes, et ils verront ces braves gens rester fidèles quand même à leurs traditions, et les étonner même par la simpUcité et la justesse quelque peu narquoise de leurs raisonnements.
Où trouver la cause de cette honnêteté, de cette droiture natives, de ce gros bons sens des vrais agriculteurs, sinon dans l'esprit de famille qu'ils possèdent au plus haut degré, et dans leurs croyances religieuses, que la seule vue du lever et du coucher du soleil corrobore bien plus en eux que toutes les instructions des ministres des cultes; car j'ai vérifié que tel paysan qui, considérant ces derniers comme des trouble-fête, ne se gêne pas pour manquer la messe ou le prêche, n'est pas le dernier de tous à protester contre la négation absolue de Dieu, lorsqu'on l'énonce devant lui. Sans doute, il existe dans les campagnes des hommes pervers, et même des scélérats de la pire espèce: j'en ai connu plus d'un pour ma part; mais le plus souvent ces mauvais paysans sont des paresseux.
des ivrognes, des libertins, qui ont subi dans les villes voisines des peines infamantes, des repris de justice en un mot : les vrais cultivateurs les fuient comme des pestiférés, et se garderaient bien de frayer avec eux.
Moïse est incontestablement de tous les législateurs (je n'entends le considérer ici qu'à ce seul point de vue) celui qui sut tirer le meilleur parti de l'influence moralisatrice de l'agriculture, et qui comprit le mieux en outre qu'elle est le fondement essentiel de la société humaine, la vraie source de ses richesses. Il n'avait certes pas inter dit au peuple juif le commerce et l'industrie, mais il avait par-dessus tout encouragé et privilégié les travaux agricoles; sa fameuse loi jubilaire, que tant de personnes jugent légèrement et sans l'avoir méditée, maintenait quand même le morcellement de la propriété foncière et apportait d'invincibles obstacles à son aliénation, partant à son accaparement; de plus, elle mettait des bornes à l'ambition et à l'amour immodéré du lucre : car pourquoi convoiter une grande position financière lorsqu'on ne peut donner satisfaction à son orgueil par la possession de grandes étendues de territoire ? on ne dîne pas deux fois, on ne se fait pas faire tous les jours de nouveaux vêtements, et il suffit de réaliser par l'épargne un modeste superflu pour être plus heureux qu'un roi, pour pouvoir subvenir à ses besoins et à ses plaisirs, en tant qu'ils sont honnêtes et naturels. D'ailleurs, un pauvre qui est sain, qui n'est pas anémique, vaut mieux qu'un riche languissant et crevé; et il n'y a pas de richesses comparables à la santé du corps,
ni de plaisir égal à la joie du cœur
En votre qualité de médecin, vous avez dû bien souvent admirer, comme moi, le caractère si essentiellement hygié-
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nique de la loi mosaïque, dont une foule de découvertes modernes, par exemple celle de la trichinose, ont achevé de montrer la sagesse; mais ce qui m'a le plus frappé dans cette loi, c'est l'importance qu'elle attribuait à l'agriculture et au morcellement de la propriété foncière. Le législateur des Hébreux ne dédaigna pas en efi*et de réglementer, au nom de Dieu, le travaux des champs, le temps et l'espèce des semailles selon la nature des terres, le repos qu'on doit donner à celles-ci afin qu'elles ne s'épuisent pas; sa sollicitude s'étendit même jusqu'aux animaux domestiques, qui partagent les labeurs de l'homme et contribuent tant à sa prospérité : ils avaient droit comme lui au repos sabathique, et ne pouvaient être ni surmenés, ni même maltraités au-delà d'une certaine limite.
On retrouve cette sollicitude, cetteprédilection pour les travaux agricoles, dans les hvres de Salomon; et si un illustre Romain, Gaton, émit cette maxime : qu'il ne faut jamais délibérer pour planter, mais seulement pour bâtir, le prince israélite en a consigné une autre bien plus profonde dans ses Proverbes : « Préparez, dit-il, vos ouvrages au dehors et labourez soigneusement votre terre, afin que vous puissiez ensuite bâtir votre maison. y>
Peut-être trouverez vous extraordinaire, moucher ami, que je propose ici, comme un modèle à suivre, la civihsation mosaïque, depuis si longtemps défunte, et dont les principes, si excellents que je puisse les trouver, n'ont pu sauver du naufrage la nationalité juive. Mais à cette objection toute naturelle, je me hâterai de répondre :
Tant que les prescriptions en apparence minutieuses et exagérées de Moïse furent fidèlement exécutées, le peuple juif, en dépit de son agglomération sur un territoire res-
treint, parvint non-seulement à vivre dans Taisance, mais encore à acquérir le superflu dont je parlais tout à Theure; il n*y eut jamais dans son sein d'autres pauvres que les individus fainéants, vicieux ; et grâce à ce bien-être qui Tempêchait de dégénérer, il sut maintenir longtemps son autonomie au milieu de puissantes monarchies. Si l'on en croyait Voltaire (je le ferai remarquer en passant) , ce peuple à la fois lâche, criard éternel, aurait été dépourvu de toute vertu guerrière ; mais son histoire infirme ce jugement inique, et il suffît d'ailleurs, pour en être convaincu, de se rappeler les efforts et les sacrifices que durent faire les Romains pour anéantir cette nationalité si vivace, et devenir définitivement les maîtres du pays.
Mais la même histoire établit d'autre part très-nettement que toutes les fois que l'esprit de lucre et de brocantage s'insinuèrent dans la société juive, et qu'à l'exemple des Égyptiens, des Phéniciens, des Ioniens, etc., elle se laissa entamer par le luxe et sacrifia au culte du veau d'or, son existence fut très-compromise : alors vinrent les pestes, les famines, la dégénération physique et morale des masses, les invasions et les désastres, les honles, les afflictions qu'elles entraînent forcément. A chaque pas, pour ainsi dire, on trouve dans les livres des Prophètes, des hommes inspirés que leur génie mettait fort au-dessus du vulgaire, les preuves de ce fait. Toujours ils reprochent au peuple Israélite de préférer les villes aux campagnes, les palais, les bijoux, les objets de luxe aux richesses agricoles; et leurs discours se terminent invariablement par la menace d'une invasion : « Vous qui vous couchez sur des lits d'ivoire, dit par exemple Amos (chapitre iv), et qui vous étendez sur vos couches, qui mangez des agneaux et
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des veaux choisis, qui fredonnez au son de la musette, qui inventez, comme David, des instruments de musique, qui buvez du vin dans des vases de prix et vous parfumez des parfums les plus exquis et les plus coûteux, à cause de cela vous serez les premiers à aller en captivité, et le luxe de vos personnes voluptueuses prendra fin. »
Certes, je ne suis pas de ceux qui soutiennent que le luxe est un mal sans compensation aucune ; il y aurait beaucoup à dire pour et contre lui : le supprimer complètement au moyen des lois dites somptuaires, dont l'inutilité est d'ailleurs reconnue, ce serait non-seulement tuer l'émulation et l'ambition parmi les artistes et les industriels, mais encore faire rétrograder l'humanité vers la vie sauvage, en comprimant d'une manière déplorable le libre essor de son génie ; d'autre part, s'y abandonner sans mesure et sans règle, comme nous le faisons à cette heure, c'est consentir implicitement à l'amollissement, à la dégénération physique et morale de notre société, et à sa perte prochaine. Un peu de luxe est nécessaire chez une nation; mais s'il dépasse une certaine limite, il devient la cause première des maux les plus funestes. Il y a donc là un juste milieu à prendre, que ne doivent jamais perdre de vue ceux qui gouvernent, s'ils ont à cœur d'entretenir et de perpétuer les forces vives de cette nation.
Si les économistes de notre époque faisaient un peu plus de cas des enseignements de l'histoire, s'ils n'étaient pas trop souvent de simples marchands ou industriels enrichis par la spéculation et n'ayant aucune connaissance de la philosophie du passé, ils accorderaient plus de sollicitude au développement de la richesse agricole, et se
préoccuperaient un peu moins du commerce extérieur, qui
lorsqu'il est poussé trop loin et ne se borne plus à l'écoulement, à réchange du superflu de la production naturelle, devient une source de besoins factices, un élément de monopole et d'accaparement. Si vous habitiez comme moi un grand centre commercial, mon cher ami, et si vous pouviez étudier à fond les mœurs de Londres, de Paris, de Lyon, de Marseille, cette assertion, qui peut de prime abord vous paraître paradoxale, ne tarderait pas à perdre ce caractère à vos yeux. Oui, l'exagération de l'idée commerciale est aussi nuisible aux peuples que le luxe luimême, dont elle est une des causes premières, et, je me hâte de le dire : elle est surtout nuisible parce que, de concert avec l'industrie, elle commence toujours par tuer l'agriculture, en attirant progressivement les ouvriers des campagnes dans les grandes villes manufacturières et commerciales.
L'influence de l'agriculture sur les sociétés est réellement vitale, et ce n'est pas seulement l'histoire si curieuse du peuple juif qui fait ressortir cette vérité , mais encore l'étude de toutes les civilisations défuntes ; je crois inutile d'entrer à ce sujet dans aucun détail, le fait étant trop avéré pour qu'on puisse le mettre en doute. Partout et toujours, l'abandon des travaux agricoles, coïncidant avec l'athéisme, l'irréligion et le déploiement d'un luxe efîréné, a été le signal de la décadence, de la ruine, de la subjugation : l'Angleterre, et la France à son exemple, suivent aujourd'hui cette voie funeste ; puissent-elles se raviser à temps et se remblayer sur la pente!
Après avoir établi, dans son étude sur la Grandeur et décadence des Romains, que l'introduction delà secte d'Epicure contribua puissamment à leur perte, et que c'est sur-
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tout dans ses croyances religieuses qu'une nation puise sa force, Montesquieu rapporte la fin de la société romaine et sa corruption, à l'abandon de l'agriculture et au luxe; il nous prouve que ce dernier ne procure qu'une richesse factice et inutile au bien-être général , par ce seul fait qu'une maison achetée par Gornélie 75000 drachmes, fut vendue peu de temps après à Lucullus au prix exorbitant de 2 500 000. Il dit enfin, en parlant ducommerce, et pour en faire ressortir V action dissolvante, que les Romains furent puissants tant qu'ils le dédaignèrent, en le considérant comme une occupation d'esclave.
C'est donc à remettre les travaux agricoles en honneur que les gouvernements doivent surtout viser à notre époque, et si Tonne peutpromulguerunenouvelleloijubilaire, on peut du moins, en accordant certains privilèges à la propriété foncière et aux populations honnêtes qui la font valoir, restituer aux campagnes les bras qui leur manquent et restreindre autant que possible la sphère par trop attractive des grandscentres industriels et commerciaux; disonsle bien haut, parce que c'est là une grande vérité rplus une nation compte dans son sein de véritables agriculteurs , plus elle a de vitalité, et moins elle est exposée à dégénérer et à périr.
Vous rappellerai-je ici, mon vieil ami, les miracles que Tagriculture a opérés aux États-Unis de l'Amérique nord, spécialement en Pensylvanie ? Cet état, qui ne comptait en 1790 que 450000 habitants en avait 1 500 000 en 1829 , parmi lesquels 141 000 s'occupaient uniquement des travaux agricoles; et c'est surtout depuis que la propriété y a été plus divisée par l'arrivée de nombreux colons français, allemands, etc., que l'agriculture a fait de si rapides.
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de si étonnants progrès, et que le chiffre de la population n'a pas cessé de s'accroître ; car ce n'est certes pas en donnant des primes au mariage, à la fécondité des femmes, comme on le faisait par exemple sous le premier empire, qu'on arrête le décroissement de la population et qu'on obvie aux pertes résultant de guerres prolongées ou d'épidémies meurtrières. C'est en veillant avec sollicitude à ce que la production du sol ne s'abaisse pas trop par le fait de l'attraction des grands centres; c'est, je le répète, en privilégiant le plus possible la propriété foncière, qui à son tour ne faillira jamais au gouvernement dans les grandes crises, qu'on arrivera sûrement et promptement à ce résultat si essentiel ; partout l'expérience a démontré que le chiffre de la population d'un pays est en raison directe de sa production agricole : c'est encore là un de ces faits providentiels, patents et inniables, qui prouvent au philosophe l'inanité, l'absurdité delà doctrine du hasard. Socrate. qui fut assassiné juridiquement 329 ans avant la venue du Christ, etquifutl'initiateurdumonothéismechezlespayens, appelait insensés ceux qui ne croyaient pas à la Providence; et il n'est pas en effet de pire folie que celle-là * .
Il semble, au premier coup d'oeil, que l'aisance doitdiminuer dans les campagnes en raison directe du morcellement de la propriété et de l'exubérance de la population ; mais c'est précisément le contraire qui arrive. Prenons encore pour exemple à ce sujet l'état de Pensylvanie : l'arrivée des nombreux immigrants dont j'ai parlé, non-seulement n'a pas augmenté le prix des denrées dans ce pays, mais encore l'exportation des produits de la terre y a rapporté avant
* Xénophon ; Entretiens mémorables de Socrate, liv. I*»*.
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la dernière guerre jusqu'à 12 ou 14 000 000 de dollars. Ainsi, Guillaume Penn, le quaker, est arrivé, comme on le voit, au même résultat que Moïse, sans avoir besoin d'établir à son égal la loi jubilaire, circonstance dont il est bon de prendre note, et qui est bien digne de l'attention de tous les hommes sérieux.
Mais laissons de côté, moucher Jaumes, les contrées agricoles de l'Amérique nord, dont la dernière guerre civile nous a si bien démontré la vitalité et la puissance ; rentrons dans notre pays, et prenons pour sujet de comparaison la province de Bretagne; voyons ensemble si, malgré la mauvaise réputation qu'on lui a faite, et qu'elle mérite à certain point de vue, elle ne justifie pas les principes économiques que je viens de rappeler relativement à l'agriculture. Ce que je vais dire de cette contrée , où j'ai résidé dans ma jeunesse, et que je revois toujours avec plaisir, sera, je l'espère , d'autant moins suspect de partialité ou d'engouement, que je suis non-seulement un provençal pur sang , un véritable fils du soleil et du mistral , mais encore que pendant longtemps, subissant l'influence démon miUeu natal, je fus imbu de grandes préventions contre la vieille Armoriqueetses mœurs primitives.
Je reconnais que le paysan breton est sauvage, entêté, ignorant avec préméditation, superstitieux à l'excès, encUn à l'ivrognerie, très-malpropre en général, et d'une économie qui frise l'avarice; mais par combien de qualités solides ne rachète- t-il pas ces défauts, et combien ne mérite- t-il pas qu'on se préoccupe définitivement des meilleurs moyens de l'instruire ? Il est en effet honnête, patient, résigné, hospitalier et charitable ; oui, charitable, et cela en dépit de sa parcimonie naturelle. Soldat ou matelot, et j'ai pu en faire
l'étude dans ces deux conditions, il donne rarement l'exemple de l'insubordination, péché familier à nos Provençaux, et la vue du danger, la perspective de la mort le trouvent toujours stoïque. Mais le souvenir des lieux qui l'ont vu naître le suit partout, et dès qu'il a payé son tribut à la patrie, il n'a qu'une seule idée, idée fixe et qui le tient en quelque sorte dans un état de fièvre : c'est le retour dans ses foyers, bien que la pauvreté et les labeurs l'y attendent. Dès qu'il y a remis les pieds, il reprend aussitôt ses habitudes bretonnes, ses habits nationaux qui datent de deux mille ans, son idiome ou plutôt sa langue chérie, et ses mœurs simples et pures ; car le concubinage, la prostitution et les scandales qu'ils enfantent sont à peu près absolument inconnus dans les campagnes armoricaines, éloignées des grandes agglomérations.
Or, le paysan breton, si décrié par de soi-disant progressistes, doit ces rares qualités aux deux grands mobiles de moralisation dont j'ai parlé au commencement de ce chapitre : à la croyance profonde en Dieu et à l'esprit de famille ; ces mobiles ont d'autant plus d'empire sur lui que , né le plus souvent au milieu des bois ou sur les âpres rives océaniques, tantôt dans une chaumière solitaire, tantôt dans l'une de ces petites agglomérations rurales qui ne méritent pas même le nom de hameau, et qui fourmillent dans son pays, il est naturellement sérieux, mélancolique, concentré en lui-même et contemplateur. Bien des siècles s'écouleront encore avant que la France puisse s'assimiler absolument la Bretagne ; mais si (ce qu'à Dieu ne plaise) la première avait besoin de tous ses enfants pour la défense de son sol envahi, T Armorique, en cas de malheur, pourrait fort bien devenir le dernier asile de notre nationalité et la
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sauver du naufrage, comme le firent jadis, pourla nationalité espagnole, les Castilles et les autres provinces qui ne subirent jamais le joug des Maures.
L'agriculture bretonne a été, vous le savez, fort décriée par les écrivains prévenus contre elle ; aujourd'hui encore on ne cesse de l'accuser. Voyons si cette critique est fondée , et pour cela faisons appel à un témoignage dont la compétence ne saurait être déclinée.
Le savant Moreau de Jonnès, dont on connaît les travaux si estimables sur une foule de questions d!hygiène, d'économie politique, etc., fit hommage, en 1844, à la Société de statistique de Marseille, dont j'étais membre actif à cette époque, d'un travail intitulé : Étude statistique et agricole sur le Finistère, Or, voici ce que je lis dans ce mémoire, qui date de vingt-quatre ans, mais que cette ancienneté rend encore plus significatif :
(( En 1 79 1 , dit le laborieux statisticien, il y a cinquantetrois ans, le Finistère ne comptait que 285 200 habitants. Il est vrai que la paix avait éloigné du port de Brest la population flottante qu'y rassemble en temps de guerre l'armement de la flotte ; il est vrai encore qu'une grande partie de nos officiers de l'ancienne marine avaient émigré avec leurs familles en Angleterre, ou avaient trouvé leur tombeau à Quiberon. Depuis ce temps, malgré les nombreux bataillons de guerre que le Finistère a fournis à nos armées, et les batailles navales où sont tombés tant de Bretons, sa population a doublé : le dernier dénombrement , fait en 1841, l'élève à 576 168 : ce qui donne 290 868 habitants de plus qu'en 1791. Ainsi, en un demi-siècle , dans ce coin reculé de la France, en pourvoyant largement aux nécessités sanglantes de la guerre, aux efforts héroïques de la défense
commune, cette terre de fécondité a gagné cent habitants pour cent, et cette multiplication prodigieuse ne s* est nullement opérée comme celle des capitales, comme celle des États- Unis, par de grandes immigrations : non ! elle provient tout entière de la reproduction naturelle des indigènes. »
Vous voyez, mon cher ami , que ce résultat statistique est la meilleure preuve qu'on puisse faire valoir en faveur de la suprématie de Tagriculture , comme élément de richesse publique, de repopulation et de régénération. Sous ce dernier rapport, peu de contrées peuvent faire concurrence à la Bretagne : le sang y est beau, et ce n'est pas là qu'il faut venir étudier l'anémie, la surexcitation nerveuse, la scrofule, l'épuisement prématuré ; on dirait, en vérité, que ces fléaux s'acharnent de préférence sur les populations athées, matérialistes, sans croyances, sur lesquelles l'oubli de Dieu et le relâchement des liens sacrés de la famille déchaînent toutes les maladies physiques et morales, toutes les pestes.
Quoi qu'il en soit, feu Moreau de Jonnès, après avoir mis en lumière les faits dont il vient d'être question , démontre encore par des chiffres puisés aux meilleures sources et dont je crois devoir vous faire grâce, ayant indiqué l'ouvrage où ils se trouvent, « que , toutes choses égales, le Finistère, qui passe dans l'esprit du vulgaire comme un pays pauvre et barbare, donne un produit annuel plus riche d*un septième que l'ensemble des départements français par compensation de l'un à l'autre; qu'en admettant qu'il ait le revenu de cent millions de francs qu'on lui attribue d'après les bases officielles, la France aurait une production agricole déplus de 8 milliards et demi, si chaque département valait celui-ci ; et qu'il s'ensuit qice le Finistère est non-seulement
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vn pays comme un autre, mais encore jjIus riche, plus productif que beaucoup d'autres qui prendraient comme injure de lui être comparés. »
J'ajouterai, pour ma part, qu'au moment où le chiffre (le la population parait en décroissance partout, et où les hommes d'État et les gens de l'art recherchent les causes de cette diminution, inquiétante pour la puissance et l'avenir de notre patrie, il serait utile qu'un nouveau dénombrement.de la population du Finistère et des autres départements agricoles achevât de mettre en lumière cette grande et vitale question de la suprématie de l'agriculture sur le commerce et l'industrie, dont l'influence est éminemment dissolvante, morbide, démoraUsatrice, et démontrât par des chiffres non moins éloquents que ceux de Moreau de Jonnès que les dogmes de l'existence de Dieu et del'immortalité de l'âme, l'esprit de famille qui est la source de l'amour du pays , sont les seules bases possibles d'une société heureuse et vraiment progressive ; que, partant , les gouvernements européens ne doivent pas se borner à faire fabriquer de nouveaux engins destructeurs, afin de se maintenir forts, mais qu'ils doivent avant tout encourager sérieusement la production agricole, qui à son tour donne la population par laquelle les armées se constituent et réparent les pertes, sans épuisement possible. On calcule aujourd'hui que la paix armée coûte à l'Europe environ quatre miUions par jour, et que la perte de production qu'elle entraine peut être évaluée à un milliard et demi par an. Passe encore si, avec une telle dépense, tant de misérables ne mouraient pas de faim , en Finlande , en Pologne, en Prusse, en Irlande et en Algérie, où les Bédouins sont devenus anthropophages !
M. le comte de Villeneuve- Flay ose, ancien professeur à l'Ecole centrale des mines, ancien ingénieur en chef des mines du département des Bouches-du-Rhône et l'un des agronomes les plus distingués du Midi, adressa, en 1849, à la Société de statistique un mémoire sur \ Influence du déclassement agricole sur le prolétariat et la criminalité en France et en Angleterre, mémoire que la savante Compagnie couronna, et dans lequel il démontre a que l'industrie engendre en France six fois plus de prolétaires que la propriété foncière ; que par conséquent le développement de l'industrie , en produisant le déclassement de la population agricole, a dû nécessairement, en France, multiplier les prolétaires, et qu'il en est résulté plus de vices et de crimes. Sans doute, ajoute le savant ingénieur, l'industrie et le commerce fécondés par la science ont à remplir un rôle magnifique ; mais, pour qu'ils soient fructueux, il faut absolument qu'ils aient pour base fondamentale les grands principes moraux. Ainsi donc, revenir à ces principes est le premier besoin de l'industrie ; ramener les populations à l'agriculture est désormais ce que l'on doit avoir principalement en vue, et ce n'est pas là une affaire de convenance, il s'agit du salut du pays, engagé dans une voie dangereuse. »
En 1849, époque où M. le comte de Villeneuve écrivait son travail, la question de l'agriculture préoccupait bien moins les esprits sérieux qu'à cette heure. Le gouvernement avait à conjurer de grands orages politiques, de grands embarras financiers ; il maintint l'ordre et évita la banqueroute en faisant appel à la propriété foncière, devenue son ancre de salut; mais aujourd'hui le problème se dresse de nouveau devant nous, pressant, impitoyable, compliqué
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par la misère générale, le déclassement agricole arrivé à sa dernière limite, et l'imminence d'une guerre européenne; il est donc temps, ou jamais, de s'en occuper, d'en rechercher la solution.
Mais, je me hâte de le dire , mon cher Jaumes, bien assuré d'avance de votre acquiescement, il ne suffirait pas, pour replacer la société européenne sur ses bases naturelles, d'aviser à la reprise des travaux agricoles, au peuplement, à l'assainissement et à l'exploitation des nombreux terrains restés en friche , de répandre enfin chez les ouvriers les bienfaits de l'instruction, qui adoucit les mœurs, les relations sociales, et éclaire l'homme sur ses véritables intérêts : ce programme serait insuffisant, incomplet, si les gouvernements n'avisaient pas enfin aux moyens de remoraliser les masses en entravant le plus possible la publication et la propagation des livres Ucencieux et celle des mauvaises doctrines ; car dans les grands centres, de même que dans les plus petits villages, telle est la source essentieUe, fondamentale, de la démoralisation des travailleurs. Oui, pour mettre des bornes à la misère, à l'ivrognerie, à l'intempérance, à la débauche, au luxe, à l'improbité; pour comprimer enfin toutes les mauvaises passions qui, à notre époque , portent une atteinte profonde à la santé physique et morale des peuples, il faut, avant tout et sans se préoccuper le moins du monde des protestations de soidisant libres penseurs, faire respecter partout le saint nom de Dieu, au moins à l'égal de celui des empereurs et des rois, qu'il fait et défait à son gré.
Mais, me dira-t-on à peu près comme Beaumarchais le fait dire au D*" Bartolo lorsque Basile lui indique la calomnie comme le meilleur moyen de sortir d'embarras: quel
radotage nous faites- vous donc là, et quel rapport le respect du nom de Dieu et la répression de l'athéisme peuvent-ils avoir avec la régénération physique et morale des masses, soit dans les villes, soit à la campagne?
Ce rapport est des plus simples, et je suis convaincu, mon cher ami, que vous le saisissez sans peine; toutefois, afin de le bien établir aux yeux des sceptiques et des aveugles, je donnerai ici la parole à un homme de bien, à M. Rigaud des Jourdans, qui nous a lu naguère, au Congrès scientifique d'Aix, un mémoire intitulé : Dépopulation des campagnes, ses causes, ses résultats, ses remèdes.
Après avoir démontré par des chiffres approximatifs qu'un village de 1 000 âmes consomme annuellement en tabac, boissons fermentées, luxede tout genre pour hommes et pour femmes, environ 31 000 francs, soit 300000 000 pour toute la France; après avoir établi que partout, aujourd'hui, dans les communes rurales, les hommes s'enivrent journellement au cabaret à la santé du progrès , tandis que les femmes vendent clandestinement les denrées de la cave et du grenier pour payer leurs dentelles et leurs crinolines; que partout d'ailleurs, l'estomac payantla toilette, la réduction forcée du régime alimentaire prépare des générations débiles, incapables désormais de supporter, comme leurs devancières, les travaux des champs; après avoir fait ressortir, dis-je, toutes ces causes de dégénérescence, en oubliant néanmoins d'y joindre la lecture des romans et des feuilletons toxicophores, le respectable auteur du mémoire dont je parle s'écrie : a Ces détails ne sont pas les dards de la critique aiguisés à plaisir ; ce sont, hélas ! des faits empruntés à l'histoire de tous nos villages et dépouillés dans ma bouche de leurs plus sombres cou-
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leurs. Les extrêmes s'y heurtent chaque jour ; le luxe n'y est que le manteau transparent de la misère, le progrès y coudoie la dégradation, le bouge y est trop souvent le théâtre de scandaleuses ripailles, tandis que le foyer domestique ne voit jamais le pot-au-feu.... »
Passant ensuite à la recherche des remèdes à opposer au mal, M. Rigaud indique le retour aux croyances religieuses et aux travaux des champs, que le villageois méprise à notre époque, pour se livrer au commerce ou à l'industrie; et j'insisterai moi-même d'autant plus sur l'excellence de ce moyen, que partout où l'esprit religieux, celui de la famille et le goût de l'agriculture se sont maintenus intacts, notamment en Bretagne, l'espèce humaine n'est ni corrompue ni dégénérée, ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut.
Quant aux mœurs des grandes villes, mon cher Jaumes, j'en ai déjà présenté une esquisse dans le premier chapitre de ce livre, et je me garderais bien d'entrer ici, à ce sujet, dans les détails qu'il comporterait. Outre qu'il me faudrait un volume pour ne rien oublier , je serais forcé de faire vibrer une foule de cordes sensibles , et de mettre en lumière cette multitude d'abus criants qui résultent de l'excès delà centralisation parisienne, de cette hydre aux cent têtes dont Napoléon I" a cru nécessaire de nous doter, à laquelle ce grand homme a dû sa perte et la France tous ses malheurs , toutes ses convulsions depuis 1815. Je ne me suis, Dieu merci ! jamais mêlé de politique pendant le cours de ma carrière, n'en ayant pas le goût ou si l'on veut la bosse ( style phrénologique ) ; mais je le dis ici avec une conviction profonde à ceux qui gouvernent: si vous voulez sauver la société française de
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ses périls, conjurer les maux terribles qui la menacent, décentralisez le plus possible, surtout sous le rapport intellectuel: par la centralisation poussée à ses dernières limites, vous achèverez d'enlever à la province la vitalité qui seule peut sauver le pays; et tandis que vous la réduirez à un ilotisme désastreux, vous vous mettrez vous-mêmes aux mains des prétoriens. Prenez garde! il y a là un double écueil dont vous ne vous défiez pas suffisamment. Si le génie puissant qui repose sous le dôme des Invalides avait un peu moins compté sur Paris et ménagé un peu plus la province, il ne serait pas mort à Sainte-Hélène.
Oui , je le répète avec une foi sincère et que rien ne saurait ébranler : décentralisez autant que possible dans une juste mesure , et spécialement sous le rapport intellectuel ! voilà le point de départ forcé de toute réforme sociale. Sans cette mesure préalable, tous les efforts qu'on tenterait pour ramener aux travaux agricoles les populations anémiques et exubérantes des grands centres, et pour leur rendre le sens moral, seraient inutiles. De même, pour faire rentrer la médecine française dans la voie du progrès et delà saine philosophie, pour la purger des athées, des industriels, des charlatans qu'elle abrite, hélas ! sous son respectable manteau, il faut commencer par la décentralisation, c'est-à-dire par établir en province des centres d'instruction médicale, des académies de médecine, des organes spéciaux de publicité , qui puissent créer l'antagonisme et réagir avec avantage contre l'omnipotence scientifique parisienne . Il y a là tout un nouveau système administratif à inaugurer après des études préliminaires convenables.
Où vala médecine française? telle est, en effet, mon cher Jaumes, la question que nous nous sommes bien souvent
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adressée dans nos conversations médicales. Eh bien î cette question est aujourd'hui résolue selon nos prévisions : la médecine française , comme toutes les autres institutions sociales, s'en va aux abîmes par le matérialisme, l'athéisme, et je n'en veux pour preuve que cette anarchie doctrinale dont j'ai parlé dans un des chapitres de ce livre, sur laquelle je n'ai fait d'ailleurs que ghsser, et que la discussionsurla tuberculose, entamée au congrèsmédical, ilyaura bientôt un an, et reprise depuis dans le sein de l'Académie, a achevé de mettre en lumière. Voyez, en effet , l'erreur de Broussais sur l'origine du tubercule remise en honneur; M. le professeur Bouillaud enseignant sérieusement que la phthisie pulmonaire ne peut être traitée et guérie que par les saignées coup sur coup, parce qu'elle est une inflam-, mation ; l'existence de la diathèse tuberculeuse formellement niée , et remplacée par quoi ? par Vhétérogénie régressive nécrobiotique , ou autres excentricités tudesques ! Enfin, le microscope intronisé à la place de l'observation, de l'analyse clinique , du raisonnement philosophique , et (les ouvrages si remarquables de Laënnec, de Louis et autres praticiens illustres , que l'on sacrifie désormais aux visionnaires d'outre Rhin !
Mais cette malheureuse question de la tubercuhsation pulmonaire est-elle la seule qu'ait embrouillée l'obscurantisme positiviste? Vous le savez mieux que moi, il faudrait un volume aussi compacte que le Dictionnaire de Nysten pour rappeler ici toutes les excentricités que la médecine lui doit ; pour moi, je le dis en toute sincérité : je ne crois pas plus à Vhétérogénie régressive nécrobiotique qu'à celle des fameux rats d'Egypte qu'a mentionnés Hérodote, et qu'à notre consanguinité avec le gorille ; je continuerai
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donc à enseigner ici la pathogénie du tubercule, que vous enseignez vous-même , non sans faire remarquer en passant, à nos élèves, que cette triste maladie est devenue le grand fléau du xix® siècle, qu'on ne peut en diminuer les ravages qu'en régénérant le sang et le moral des masses, et que la première condition de santé et de vie pour ces dernières est par-dessus tout la répression de l'athéisme. Que les grands génies du positivisme rient tout à leur aise de mon hygiène : il me serait facile , si j'en avais le temps, d'en faire ressortir l'excellence.
J'ai entendu soutenir, au nom delà liberté delà pensée, que la propagation des doctrines subversives et toxiques, soit dans la chaire professorale, soit dans les livres, devait être respectée quand même, et que les gouvernements ^ se butteraient contre d'insurmontables obstacles s'ils tentaient de l'entraver. Mais je réponds à ce sophisme : d'abord, que la société n'étant au fond qu'une sorte de compagnie de prévoyance et de secours mutuels, elle a parfaitement le droit, après avoir adopté certains principes, de les soutenir et de les défendre ; je professe ensuite qu'un gouvernement qui a le sentiment de sa force et la religion de son mandat peut toujours ce qu'il veut, et que ce qu'il réalise en économie politique ou sociale, il peut également le réaliser en morale publique. A quels abus ne peut-on pas remédier avec de l'énergie, de bonnes lois et la conscience de ses devoirs? Sans doute la remoralisation des masses, tant dans les campagnes que dans les grands centres, parait de prime abord fort difficile à obtenir ; mais elle ne serait pas impossible si on y procédait par celle des classes élevées, qui donnent sans cesse aux travailleurs les plus funestes exemples en tout genre, et
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qui emploient même trop souvent leurs richesses à porter la corruption et le déshonneur au milieu de pauvres familles. Cette démoralisation des classes éclairées, qui s'est si souvent montrée au grand jour dans notre siècle, devant les cours d'assises et les tribunaux, est une de nos plus grandes plaies sociales : c'est donc là que les gouvernements doivent tout d'abord frapper sans pitié*.
Vous me demanderez sans doute, mon cher Jaumes, par quel moyen je prétends arriver à la répression de l'athéisme dans notre société, et si, par hasard, je rêverais une nouvelle et déplorable confusion entre la loi civile et la loi religieuse, le rétablissement de l'inquisition, celui du pilori, de la marque, qu'on infligeait jadis aux athées, aux blasphémateurs. . . .
Non-seulement je me garderai bien de confier le soin de notre remoralisation au rétablissement d'une législation si funeste; mais j'estime encore qu'elle aggraverait le mal au lieu de l'arrêter. Je suis jaloux autant que qui que ce soit de la liberté de la pensée, et je ne contesterai jamais à personne le droit d'en abuser au point même de devenir athée; je ne crois pas cependant, d'un autre côté, que la liberté puisse devenir impunément hcence, et que
* Au moment où je reçois les épreuves de ce livre, 15 avril, il n'est bruit à Marseille que d'une sale affaire que le parquet de cette ville instruirait depuis quelque temps, et dans laquelle seraient compromis, pour fait d'outrages à la morale publique et en complicité de mineurs, plus de soixante iudividus d'un certain âge , appartenant à la classe éclairée de la société. Espérons que nos magistrats, tout en maintenant sévèrement le huis clos, si l'affaire leur est déférée, ne la traiteront pas avec indifférence, surtout on se souvenant que c'est au relâchement des mœurs, favorisé par le climat, que Marseille doit dèlre con-iidéréf» par les Patientais comme le premier rolai do^ pays harliaro-iqnos.
nous devions peimellre la propagande verbale ou écrite de l'athéisme, surtout dans les chaires officielles. Il y a dans ce fait, vous devez le sentir mieux que personne , quelque chose de profondément immoral et qui appelle toute la sollicitude des gouvernements. Pour eux, il n'y a pas de juste milieu à prendre : ils doivent fermer la boucho aux professeurs, ou proclamer d'une manière absolue la liberté de renseignement supérieur. Si ces professeui^s euxmêmes, qui se prétendent les organes de la libre pensée, veulent être conséquents avec leurs principes, ils neferonl rien pour conserver le monopole de l'enseignement olliciel ; loin de là , ils appelleront l'antagonisme , la controverse de tous leurs vœux. Mais, dans le cas contraire . et s'ils veulent continuer à être les uniques dispensateurs de la science, qu'ils cessent de mettre en question devant les élèves que la société leur confie, les fondements éternels de la civilisation et de la morale publique ; qu'ils cessent d'enseigner l'athéisme, qui fut la doctrine des Marat, des Gastaing, des Lapommerais , des Lacenaire , en un mot de toutes les personnalités cyniquement criminelles que les classes éclairées ont eu le malheur tle prcj-
duire
Oui, mon cher ami, on ne saurait trop se le dire: dans Tétat actuel de la société européenne, et avec l'influence toujours croissante qu'y prend le matérialisme allemand car c'est de l'autre côté du Rhin que l'athéisme moderne a surgi ) , il devient absolument indispensable d'exercer une surveillance sévère sur l'enseignement supérieur , el de sévir contre ses écarts envers Dieu à peu prés comme on le fait contre la diffamation , d'autant plus que des professeurs de chimie, de physique, de médecine, etc.. n'ont
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pas , dans leurs programmes respectifs , à s'occuper de philosophie , et à débattre les grandes questions de la théodicée et de la morale ; la physiologie elle-même , en dépit de ses connexions si étroites avec la philosophie, peut, à la rigueur, se borner à l'étude des organes et de leurs fonctions en ce qu'elles ont de sensible, sans se croire obligée d'aller au-delà.
Mais si les autorités commises à la surveillance de l'en- .^eignement pubUc estimaient , comme nous , que la médecine et la philosophie sont connexes et inséparables, le meilleur moyen à prendre pour atténuer les tendances matériaUstes de nos écoles serait sans contredit la création, dans leur sein , de chaires de philosophie médicale et d'histoire de la médecine. Sans doute, une pareille institution n'aurait pas les sympathies des organes accrédités de l'athéisme ; mais qu'importe ! on ne les étabUrait pas juges de son opportunité.
Quant aux mesures de répression, à la pénahté qui devraient atteindre les professeurs qui s'obstineraient à nier Dieu etl ame dans leurs leçons, à nous assimiler aux gorilles, et qui enseigneraient conséquemment l'irresponsabilité humaine et l'absurdité, l'injustice du Gode pénal, j'estime qu'on pourrait les borner à un seul moyen : l'amende. L'argent est tout à notre époque : si on se borne à réprimander un professeur, si on le met en disponibilité, si on le destitue, on n'atteindra nullement le but; il criera à la persécution, se posera en victime, et trouvera des sympathies au milieu de la jeunesse ardente et généreuse des écoles; ce qui est bien préférable, bien plus profond, c'est de frapper le délinquant , et sans faire le moindre bruit , d'une amende proportionnée à sa position, à son influence;
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OU bieiide lui .suspendre sc}i appoutlenœnls, en lui rappelant que la société ne croit pas utile à ses intérêts d'entretenir elle-même des athées dans la chaire officielle.
Cette pénalité devrait figurer, ce me semble, sur le règlement intérieur des écoles, à côté de l'amende à laquelle sont soumis les professeurs qui ne sont pas exacts à leurs leçons. De même, si un gouvernement était assez aveugle ou assez oublieux de ses devoirs les plus sacrés pour favoriser la propagation de l'athéisme, le meilleur frein à lui opposer serait certainement le refus de l'impôt. Qu'est-ce en effet qu'un gouvernement , sinon le mandataire auquel la société confie la défense de ses intérêts physiques et moraux, et des grands principes qui assurent sa stabilité? c( Il y a une société éternelle et naturelle, a dit Cousin, dont toutes nos sociétés ne sont que des types plus ou moins fidèles. A cette société correspond un gouvernement tout aussi naturel, tout aussi légitime, envers lequel nous sommes tous obligés, qui nous défend tous et que nous devons tous défendre, en qui, enfin, nous avons le devoir de placer et de maintenir la force et l'aulorité qui lui sont nécessaires pour pouvoir réprimer et non pas oi> primer. » Oui, disons-le bien haut, c'est aux gouvernements à défendre la société contre l'athéisme; ils en deviendraient les plus cruels oppresseurs s'ils pouvaient l'oubUer un seul instant; il ne doit pas leur suffire de faire enseigner la morale et la théodicée dans les établissements d'instruction secondaire, il faut encore qu'ils évitent de se mettre en contradiction avec eux-mêmes en laissant une trop grande liberté à l'enseignement supérieur sous le rapport philosophique.
Mais je m'arrête, mon cher ami ; je crois en avoir assez
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dit. malgré mon incompétence en matière d'économie sociale, pour bien faire ressortir aux yeux des plus aveugles les causes essentielles et complexes de nos souffrances, de nos dangers sociaux. Que les novateurs audacieux qui cherchent à entraîner notre patrie dans l'abîme infect et délétère de l'athéisme trouvent mes idées ridicules ou rétrogrades, qu'ils les signalent à leurs pareils comme « des jérémiades sur un passé désormais impossible , » rien de plus naturel; mais qu'il me soit permis de leur répondre à mon tour que ce passé, tout impossible qu'il leur paraisse , est, à mes yeux, aux vôtres, à ceux de tous les hommes honnêtes et inteUigents, le seul avenir possible de l'humanité. En effet , je l'ai dit dans l'avant-propos de cet ouvrage, et je le répéterai encore en le terminant: l'athéisme ne sera pas plus heureux dans notre siècle qu'il ne le fut à d'autres époques non moins néfastes; il pourra amener sans doute de grands malheurs en ébranlant fortement l'édifice social, mais jamais un cataclysme complet ; pour que ce dernier devînt possible, il faudrait tout d'abord, mon cher ami, que la nature de l'homme changeât, qu'il cessât d'être psycho-matériel, que les besoins do son intelhgence et de son cœur s'éteignissent, et que par l'effet d'une affreuse dégénérescence dont l'athéisme serait sans contredit l'élément essentiel, il fût ramené à l'ignoble condition des goriUes. Tant que ce prodige n'aura pas lieu, que les plus timorés se rassurent: la société pourra passer par de terribles épreuves, mais elle finira toujours, quelles que soient ses traverses, par se retrouver solide et rajeunie sur ses bases éternelles. Telle est ma conviction profonde, inébranlable, qui ne diffère en rien, je lésais, de la vôtre, mon vieil ami; car loin devons jeter
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dans les voies absurdesdu scepticisme, votre supériorité intellectuelle et votre immense savoir médical ont fait dr vous l'homme le plus sincèrement religieux, le père de famille le plus dévoué et le plus complet que j'aie jamais connu. J'espère donc que vos précieuses sympathies ne feront pas défaut à ce livre, que je ne saurais mieux terminer, je crois, que par ces paroles de J.-J. Rousseau :« Molheur à ceux qui renversent, foulent aux pieds tout ce que les autres respectent, ôtent aux affligés la dernière cortsalation de leur misère, aux puissants et aux riches le frein (le leurs passions, arrachent du fond des cœurs le remords du crime, l'espoir de la vertu, et se vantent encore d' H re 1rs bienfaiteurs du genre humain. Heureux celui qui vit saintement sous le joug de la religion : il régnera un jour dans le céleste Royaume, y)
«Je ne voudrais pas, dit ^ son tour Voltaire, avoir affaire à un prince athée. S'il trouvait son intérêt à me faire piler dans un mortier, je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas aussi, si j'étais souverain, avoir affaire à des courtisans athées, dont l'intérêt serait de m'empoisonner; il me faudrait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. // est donc absolument nécessaire pour le.s princes et pour les peuples, que l'idée d'un Être suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. (Dict. philosophique. y
« L'athée, dit encore le même philosophe {Homélie sur l'athéisme), fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonne et agit conséquemment, s'il est sûr de l'impunité des hommes ; car, s'iln'y a pointde Dieu, ce monstre est son Dieu à lui-même ; il s'inmiole tout ce qu'il désire ou tout ce qui lui fait obstacle. Il est démontré que
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r athéisme peut tout au plus laisser subsister les vertus sociales dans la tranquille apathie de la vie privée, mais qu'il doit porter à tous les crimes, dans les orages de la vie publique. Une société particulière d'athées qui ne se disputent rien et qui perdent follement leurs jours dans les ;rnus3ments de la volupté, peut durer quelque temps sans trouble; mais si le monde était gouverné par des athées, // vaudrait autant être sous l'empire immédiat de ces êtres infernaux qu'on nous peint acharnés contre leurs victimes, y)
Je n'ajouterai plus qu'un seul mot en vous serrant la main, mon cher ami : c'est que je ne partage pas l'opinion du philosophe de Ferney sur l'innocuité de l'athéisme considéré dans la vie privée. Les crotales sont-ils moins redoutables, moins venimeux, lorsqu'ils sont isolés que lorsqu'ils vont par bandes, et la simple prudence ne nous commande-t-elle pas dans les deux cas de les poursuivre impitoyablement partout où ils se montrent?
Il ne me reste plus maintenant qu'à rappeler sous forme de propositions les divers principes philosophiques, biologiques et médicaux qui ont servi de base à ce livre, et qu'il avait pour but de remettre en lumière en face du matérialisme et de l'athéisme du xix® siècle; ces principes, que l'histoire démontre avoir été professés par tous les grands génies de l'humanité , et que par suite on peut regarder comme irrévocablement soustraits à Tempire de la mode, les voici :
Unité d'intelligence, d'harmonie , de puissance; éternel moteur, cause première et dernière de tout ce qui existe, Dieu a tout créé, tout formé, tout organisé, entretient et renouvelle tout, depuis l'atome microscopique jusqu'aux êtres les plus compliqués. « Vie et lumière de ce monde , tout émane de lui, et de quelque côté que nous nous tournions, nos regards le rencontrent. »
Le Destin, la Nécessité, comme les entend l'école matérialiste Allemande, qui a fait invasion chez nous, n'existent pas, car dans le cas contraire ils seraient Dieu luimême sous un autre nom.
Le Hasard, divinité des sots, étant le néant, c'est-à-dire rien, n'a jamais rien créé ou produit; c'est un mot inventé
CONCLLSilONS.
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par rignorance orgueilleuse ; c'est à lui que doit être appliqué le fameux axiome ex nihilo nihil, qui devient au contraire sans portée lorsqu'on s'en serl. comme l'a fait lo rélèbre chimiste allemand Justus Liebig, contre la création par Dieu. Nier celte création, c'est faire preuve d'aveuglement et de folie, c'est faire injure à la raison, au sen^ commun : c'est compromettre, ravaler la science.
Ainsi, lorsque les D" Vogt, Buchner, Molescholt, etc.. affirment hardiment que le monde s'est produit tout seul et n'a pas été créé, qu'il est éternel comme la matière qui le forme, ils tranchent, avec l'audace qui appartint de tout temps aux épicuriens et aux athées, des questions dont la solution a été donnée en sens inverse par le consentement unanime.
Admettre un Dieu, avec tous les attributs que nous lui reconnaissons, c'est admettre implicitement, comme conséquence forcée, qu'il a pu faire sortir du néant, par sa seule vertu, les forcer et ta inaticrc.
Le système des atomes, celui de la génération spontanée . sont des extravagances scientiliques qui déshonorent la raison humaine; car, pour que quelque chose ici-bas se fût créé tout seul, il faudrait que ce quelque chose eût pu agir avant d'exister, ce qui est tout bonnement absurde.
11 se produit bien, dans certaines circonstances, des apparitions spontanées d'êtres vivants, végétaux et animaux, qui ne peuvent être expliquées; mais on ne saurait induire de l'obscurité qui les entoure qu'elles ne résultent pas des procédés ordinaires et invariables de la nature. Il n'y a jamais eu, je le répète, de génération spontanée, soit primitive, soit consécutive.
La matière brute et la matière organique , simples et
r.ONCLLSIONS. \%
formées du même élément primordial, sont foncièrement inertes et sans activité , les forces qui s'y manifestent ne leur sont pas inhérentes, comme l'assure si carrément le W Buchner.
Sans doute, la science n'a pas à spéculer ou à disserter sur les causes premières; mais afin d'être respectable, res- [lectée, et pour ne pas devenir le mal, elle doit hautement en reconnaître l'existence et l'autocratie dans la nature. Elle doit par-dessus toid se garder de l'athéisme, nui n'est en réalité qu'un vain mot, synonyme d'ignorance, d'impui^' sance, d'ingratUude et d'orgueil,
Quiconque admet Dieu est forcé, pour être conséquent, de croire à sa Providence ; car nier cette dernière, c'est nier le sublime Artisan de la nature, en le privant de son attribut le plus nécessaire par rapport à ses œuvres.
L'étude philosophique de l'histoire démontre nettement que la providence de Dieu utihse souvent l'erreur, qui a sa source dans le mal, c'est-à-dire dans l'homme, pour mettre en relief le bien ou pour le restaurer lorsqu'il subit l'oppression. Elle ne permet sans doute, à cette heure, à l'athéisme de se produire avec une audace et un cynisme inouis dans les annales de l'humanité, que pour qu'il tombe plus lourdement au milieu des huées et des sifflets du sens commun ; qu'il se le dise bien ! . . . .
Les dogmes de la prescience de Dieu et du libre arbitre humain, quelque difficultés qu'y rencontre notre raison , ne sont nullement inconciHables avec celui de la Provi^ dence. L'arsenic, les poisons végétaux, le scorpion, lecro-. tale,ont leur but que nous ne saurions mettre en doute^^ bien que nous l'ignorions
La plus grande et la plus inconcevable merveille de U
fê^
création a été la combinaison des éléments dynamique et matériel, combinaison qui est le fondement et la source de la vie universelle.
C'est par le fait de cette mixtion psycho-matérielle que tous les êtres qui peuplent l'univers, de quelque règne qu'ils relèvent, sont doubles, c'est-à dire forces et matière en même temps.
La première et la plus importante déduction qu'on doit tirer du fait universel de la mixtion psycho-matérielle, c'est que le spiritualisme et le matérialisme purs et absolus, en tant que systèmes philosophiques et scientifiques, sont également faux par la base, impropres, par suite, aux progrès de l'esprit humain et à la découverte
de la vérité.
// ri y a et ne peut y avoir qu*unc seule et sérieuse doctrine philosophique naturelle, c'est-à-dire en harmonie avec le caractère universel des œuvres de Dieu, et partant, susceptible de servir de base première, de point de départ à toutes les sciences humaines : c'est le psycho-matérialisme,
ou dualisme.
Ne considérer, dans les corps naturels , que les seuls phénomènes sensibles ou matériels, c'est-à-dire leur forme, leur odeur, leur saveur, leur couleur, etc., c'est vouer la science non-seulement à l'erreur, mais encore à un terreà-terre déplorable et nuisible; c'est faire du matérialisme crasse, de l'empirisme, et déduire exclusivement l'évidence de la sensation ; par cette méthode , on ne saurait arriver qu'à la misère, à l'anarchie et au gâchis scientifiques.
Dans l'étude d'un corps, quel qu'il puisse être, il faut considérer à la fois , et avec le même soin , la matière et
les forces qui existent en elles , les actions et réactions réciproques de ces éléments constituants.
Mais si la matière peut être étudiée à l'aide du microscope, des réactifs chimiques et des expériences faites sur les animaux vivants, l'étude du dynamisme ou des forces appelle de toute nécessité le concours de la philosophie inductive : donc, prononcer le divorce définitif de celle-ci d'avec la science, comme le fait l'école matérialiste allemande, c'est faire rétrograder l'esprit humain et le condamner à jamais à la stérilité.
Les athées, qui sont aux croyants à peu près comme un est à cent mille (je l'ai fait remarquer dans mon Avantpropos) , leur disent avec une audace inquaUfiable : Vous êtes le passé, un passé qui n'est pas sans quelque gloire, nous voulons bien en convenir, mais contre lequel nous protestons en faveur du progrès.
Arrière ! arrière ! répond en notre nom la philosophie traditionnelle ; tout passé que nous pouvons être , nous sommes encore plus l'avenir, et vous en ferez bientôt l'expérience : Dieu est l'alpha et l'oméga de toute science humaine, et il n'est pas de progrès possible avec l'athéisme.
La vie universelle, résultat merveilleux de la combinaison de la matière avec les forces, mystère divin à jamais impénétrable, même par le microscope et le creuset chimique, a pour caractères essentiels l'activité et le mouvement; elle se perpétue par la génération et s'entretient par le milieu atmosphérique.
Mais les corps naturellement voués au repos participent à la vie universelle par les forces moléculaires , les affinités, de telle sorte qu'il est permis d'admettre que riôn d'absolument inerte n'existe dans la création.
Dieu agit sans cesse sur elle par sa puissance, sa volonté et comme principe immanent de conservation . do fomentation et de réglementation.
«Toutes les théories des athées, a dit M. Liiiré' Revue positiviste, mars et avril 1868) , ne sont que des interprétations imaginaires ; l'unité de la matière, l'unité des forces, l'existence d'un fluide impondérable, celle conséquemment des molécules éthérées, ne sont que des hypothèses, et ces deux dernières spécialement ne sont pas démontrables; enfin, le mouvement rotatoire des alomos et la répulsion de la matière sur l'éther ne le sont pas davantage. »
D'après Buchner, la force en général n'est qu'un produit, ou si Ton aime mieux une propriété inséparable de la matière : de toute éternité, elle ne serait rien sans elle.
Répondons, avec l'école psycho-matérialiste ou dualiste : la force et la matière auraient leur existence propre et sépar.'e, s'il n'avait plu à Dieu de les enchaîner 1 uuf à l'autre: et si dans notre milieu l'élément dynamique a absolument besoin de la matière pour pouvoir se manifester à nos sens, on ne saurait prendre texte de ce fait pour soutenir que la mïitière ne peut pas exister sans la fnree, et vire-
versa.
La vue d'un cadavre d'animal, d'un tronc d'arbre desséché, la présence et l'absence alternatives du calorique, de l'électricité, du magnétisme dans divers corps, suffisentpour prouver que certaines forces sont véritablement adventiees et passagères à l'égard de l'élément matériel, qu'elles ne lui sont prêtées en quelque sorte que pour un temps variable.
Extrêmement fort en matière d'explication . comme
tous les matérialistes d'outre-Khin, le D*^ Buchner oppose à ces faits, d'observation vulgaire , que s'il n'y avait pas dam le fer des molécules susceptibles d'aimantation et d'été et risat ion , les fluides électrique et magnétique n'existeraient pas (sic); que d'ailleurs les impondérables ne sont pas force, mais bien matière subtile.
Personne ne veut accepter de pareilles raisons: une lampe et l'huile qui l'alimente, une mécanique et le fluide élastique qui la fait mouvoir, ont bien leur part contingente dans la production de la lumière et du mouvement : mais qui oserait soutenir cette thèse que, si la lampe et la machine n'avaient pas été construites ad hoc. il n'existerait ni vapeur ni huile î Quant à la nature matérielle et non pas dynamique des impondérables, qui pourra la démontrer d'une manière satisfaisante?
Une faut pas confondre l'élément dynamique universel, jjrimordial, avec le principe de l'intelligence, que certains corps doués d'activité, de mouvement et de volonté, manifestent durant leur évolution. A V/î/^'/Z/^enc^, de quelque manière qu'elle se traduise da7is la nature, est quelque chose de spécial qui n'est ni l 'a f tribut propre de la matière , ni relui de la force ou des forces qui la mettent en jeu, et dont lu source est évidemment Dieu ou l' Intelligence suprême.
Toutes les sciences humaines, quelles qu'elles soient (je le iépète encore), ont impérieusement besoin du concours (le la philosophie: soutenir le contraire, comme on le fait «Ml ce moment à Paris , c'est formuler le plus incroyable des paradoxes.
Bien que la philosophie, science tout intellectuelle, n'ait rien de commun quant au fond avec les sciences physiques, qui ont pour objet la matière , elle leur est néanmoins
rosr.usioNS.
indispensable , en leur fournissant le point de départ, les principes, la méthode elles règles qu'elles doivent suivre.
Toute science n'est en effet qu'un ensemble de déductions plus ou moins rigoureuses qui découlent des vérités généralement admises. Tant que l'esprit humain se borne àobserver sausméthode, sansplan arrêté, sans théorie préconçue, des faits isolés et disparates; tant qu'il ne s'efforce pas de les rattacher à une doctrine à laquelle ils puissent naturellement s'adapter , il ne possède que les éléments d'une science, mais cette science elle-même n'existe pas. Avant tout, il faut à celle-ci une base solide que peuvent seuls lui fournir le raisonnement et la méthode à priori.
Ainsi raisonnèrent , pendant une période de près de vingt-trois siècles, les personnalités les plus justement célèbres, les génies les pluséminents de l'humanité à partir
d'Hippocrate.
Mais les hommes voués en particulier aux études physiques se garderont bien eux-mêmes de repousser la philosophie. L'illustre Fourcroy a publié un livre sous ce titre caractéristique : Philosophie chimique. Geoffroy Saint- Hilaire est l'auteur dune philosophie anatomique : Moscati , qui croyait à la consanguinité de l'homme et de l'orang, a publié, en 1799, un ouvrage intitulé : De remploi des systèmes philosophiqws dans la pratique de la médecine'. Personne n'ignore que le savant et si honorable Double a composé un Essai sur les moyens dont Vesiwit humain doit s'aider dans Vctude de la médecine pratique et spéculative; eniin , Lamarck a écrit imePhilo-iophir zoo-
logique.
Aujourd'hui, la genl moutonnière qui se précipite toujours en aveugle sur les pas des novateurs, quels qu'ils
soient, crie de toutes parts, sans savoir pourquoi : A bas la philosophie! A la lanterne la philosophie ! Qu'elle se calme et se modère dans ses manifestations, cette gent moutonnière, car elle ne tardera pas à reconnaître qu'elle crie contre elle-même, surtout si l'athéisme, dont Taudacela réjouit et l'amuse, lui joue quelque bon tour de sa façon, dans le genre de celui de 1793.
Bien que le D' Buchner ait avancé dans l'un de ses écrits {Force et matière) que les enfants, les niais et les superstitieux peuvent croire seuls à l'existence et à l'autocratie suprême d'un Dieu, je n'hésite pas à répéter encore qu'il est le but et la fin de toute science ; quant aux théories du même auteur sur rimmortahté, la dignité, l'éternité et l'infinité de la matière, je les déclare fausses et absurdes, estimant du reste qu'elles ne méritent même pas d'être sérieusement examinées. Dans ce livre, trop grossièrement athée potir être dangereux, chaque phrase contient une erreur ou un blasphème (deux choses qui vont toujours ensemble) pour queVirvtention dernière de l* auteur ne puisse jamais être oubliée un seul instant.
En voici d'ailleurs la morale , et celle du matérialisme scientifique allemand, relevée avec indignation dans l'assemblée des naturalistes et des médecins à Gœttingue, par le professeur et conseiller aulique Wagner :
« Mangeons et buvœis, demain nous ne serons plus; toutes les grandes et nobles pensées sont de vains rêves, des fantasmagories, des jeux d'automate à deux bras, courant sur deux jambes et se décomposant en atomes chimiques, pour se combiner de nouveau, etc., semblables à la danse d'aliénés dans un hôpital; sans avenir, sans base morale. »
Je fais grâce à mes lecteurs de la réponse de Buchner,
l'.OM'.Ll SIONS.
dont l'ouvrage m'a lui-même iourni cette photographie de l'école matérialiste allemande.
Après l'étude des phénomènes cosmiques ou de la vie universelle, il n'en est pas qui appelle davantage le concours de la philosophie inductive que celle de la vio végétale et animale.
L'échelle graduelle et progressive des êtres vivants . hasée sur la prétendue loi du perfectionnement , n'est qu'une hypothèse sans valeur.
La consanguinité du singe et de l'homme est une autre hypothèse sans fondement ni vraisemblance, et qu'il faut reléguer au milieu des excentricités qui ont déshonoré la science et la raison.
il est probable, sans doute, que l'homme et le singe furent les deux dernières créations animales: mais de cette circonstance on ne saurait induire leur consanguinité : les deux races furent et seront toujours distinctes comme celles
du cheval et de Tâne.
L'homme est un être libre, intelligent, moral, conscient, prévoyant, sociable, perfectible, connaissant Dieu, se connaissant lui-même , ayant le sentiment profond de sa noblesse, de son autocratie sur la terre et de son immortalité ; le singe et les autres brutes sont absolument dépourvus de ces attributs.
La station bipède, la physionomie et son jeu, le langage parlé , écrit et gesticulé , mettent encore un abîme infranchissable entre l'homme le plus brut , le plus dégradé , et les autres animaux .
C'est par la création de l'homme que Dieu a laissé entrevoir le but de ses œuvres et mis en rehef cette vérité, que j'ai formulée ailleurs, que le principe de l'intelligence n'a rien de commun avec la matière et les forces, quelles qu'elles soient, qui la mettent en action.
Ce principe , qui constitue notre moral et qui est la source de notre liberté , n'existe pas , de toute évidence , chez les autres animaux. Ils n'ont aucun empire sur leurs passions et sont doués seulement de cette intelligence congéniale, routinière, imperfectible, à laquelle nous avons donné le nom d'instinct, et qui chez eux n'a ni période ascendante et décroissante, ni point de culmination.
Donc, l'âme proprement dite appartient à l'homme seul; toutes les fois qu'on se sert de ce mot en parlant des bêtes, il doit être traduit par celui d'intelligence, et celleci, extrêmement bornée chez la plupart des animaux , ne doit jamais être confondue à son tour avec V instinct-, qui n'a rien de commun avec elle.
L'homme est le seul animal qui ait une psychologie, et en revanche , ses instincts sont aussi imparfaits que (^eux des brutes sont remarquables dès les premiers instants de leur naissance. Chez lui , l'âme commande et la machine organique exécute , la force vitale aidant , lorsqu'elle est à l'état normal. Cette doctrine a été dans tous les temps celle des princes de la médecine.
Tous les systèmes qui attribuent au cerveau la production immédiate des actes intellectuels et moraux, et qui subordonnent par suite étroitement les facultés de l'âme à la masse et au volume de cet organe , sont faux par la
base.
Nulle sorte ou nulle p-irticulede matière, a dit le natu-
ma
''ff!
y^gi CONCLUSIONS.
raliste Lamarck, dont les opinions étaient pourtant matérialistes, ne saurait avoir en elle-même la propriété de se mouvoir, de vivre, de sentir, de penser ou d'avoir des idées ; et si parmi les corps il y en a qui soient doués, soit de toutes ces facultés, soit de quelques-unes d'entre elles, on doit considérer alors ces facultés comme des phénomènes physiques que la nature a pu produire, non par V emploi de telle matière qui posséderait en elle-même telle ou telle de ces facultés, mais par l'ordre et l'état de choses qu'elle a institués dans chaque organisatimi \ y> (Philosophie zoologique.)
L'étude de l'homme sain et de l'homme malade démontre clairement qu'il se produit à la fois chez lui tous les phénomènes matériels et dynamiques propres à l'animalité, à la végétabilité, et de plus des phénomènes spéciaux qui lui sont particuliers, qui ont leur source dans le principe animique, et qui, bien que subordonnés dans leurs manifestations à Tétat delà matière organisée, ne peuvent être considérés comme son effet immédiat.
L'observ^ation et l'induction démontrent aussi clairement que possible à tout esprit non prévenu, qu'il existe chez les animaux et chez les végétaux une force spéciale inconnue dans la nature inorganique ou minérale, et de laquelle dépendent leurs manifestations d'activité.
« Je ne cite pas seulement ici Lamarck, à cause de son opinion si carnée et si explicite sur l'incapacité de la matière à se mouvoir, à vivre, à sentir, à penser par elle-même ; mais aussi pour faire remarquer l'erreur dans laquelle le jette son matérialisme , en lui faisant considérer ces facultés comme purement physiques. Comment, en effet, Vordre et Vétat de choses que la nature a institués dans chaque organisation ( lisez Vâme, s'il vous plaît; car c'est elle qu'il désigne ainsi), pourraient- ils susciter des phénomènes physiques ou matériels? C'est le propre du matérialisme de mettre constamment en contradiction avec eux-mémpsjps esprits les plusémlnents.
Cette force, qui a été admise par presque tous les philosophes anciens et modernes, porte le nom de force vitale.
Répandue dans le milieu ambiant qui est une sorte de fluide biophore universel, la force vitale a pour véhicule le sang chez les animaux et la sève chez les végétaux ; sa puissance , son énergie sont variables selon les races, les individus. C'est par elle que les corps vivants sont soustraits, dans une certaine limite, quoi qu'en puissent dire les matérialistes modernes, à l'action des lois physiques et chimiques.
Tous les philosophes qui nient l'existence de la force vitale sont forcés de la remplacer, pour les besoins de leurs systèmes matérialistes, par des agents bien moins concevables et bien plus hypothétiques. C'est ainsi par exemple que Virchow, allant sur les brisées de Lamettrie, professe que la vie n'est qu'une forme particulière de la mécanique. Toutes les explications physiques , chimiques ou mécaniques de la vie, sont fausses et inadmissibles.
C'est en vertu de la force vitale que les animaux et les végétaux naissent , se nourrissent , s'accroissent , multiplient leur espèce, et c'est par son extinction naturelle ou accidentelle qu'ils meurent, le plus souvent sans que la matière organisée présente chez eux le moindre changement, la moindre lésion.
Chez les animaux , la force vitale s'allie, d'une part à la matière, qu'elle organise , car elle est essentiellement plastique, et de l'autre au principe intellectuel que nous appelons cime ou intelligence, selon que nous en observons les actes chez l'homme ou chez la brute.
Les lois de cette alliance sont de celles que la philoso-
486 r.oNCL USIONS.
phie inductive seule peut chercher à saisir ou à soupçonner par l'appréciation des phénomènes sensibles dont elle est la source.
Parmi ces phénomènes, le moins constable de tous est , sans contredit, celui de l'unité vitale, qu'Hippocrate a lo premier étudiée et signalée, et qui, malgré sa vulgarité, (»sl nettement niée à cette heure par l'école matérialiste, capable d'ailleurs de toutes les négations même les plus extravagantes.
C'est du grand l'ait de l'unité vitale que découlent les sympathies dynamiques et organiques qu'on observe chez les animaux et en particulier chez l'homme, les crises qui se produisent dans le cours des maladies, etc. « Ce qu'il importe surtout de connaître, a dit Barthez {Traité des mouvements) , c'esiV être sympathique qui, obéissant à des lois primordiales, fait se correspondre entre elles, et les forces qui vivifient toutes les parties du corps, et les facultés de l'âme pensante.»
Les matérialistes ont beau répéter en toute occasion que la doctrine de la force vitale est aujourd'hui une cause perdue; en dépit de tous leurs efforts, elle se maintiendra comme toutes celles qui sont basées sur la saine philosophie. Naguère, personne ne croyait plus à la doctrine de la contagion des maladies; aujourd'hui, on compte les médecins qui protestent contre elle; encore, parmi ces derniers, beaucoup ne sont-ils pas sincères !
N'est-il pas étrange d'ailleurs que l'école médicale matérialiste, qui fait de l'hétérogénie à tout propos et qui prétend sui\Te, avec l'œil armé du microscope, les phénomènes les plus infimes et les plus confus de l'animalité et de la végétabilité, proteste contre l'existence de la force
CONCLUSIONS. i87
vitale , seule cause possible et raisonnable de ces phénomènes?
Le but de la médecine étant de prévenir et de guérir les maladies, cette science doit avoir nécessairement pour base la physiologie, qui s'occupe elle-même de la vie, de ses phénomènes, de ses conditions, etc.
Toute physiologie qui n'est pas fondée sur le psychomatérialisme, c'est-à-dire sur l'étude simultanée des phénomènes animiques, vitaux, matériels, et qui s'occupe exclusivement de ces derniers , loin de faire progresser la médecine, ne peut que la vouer à l'immobihté et à l'erreur : telle est par exemple la physiologie dite déterministe; elle pourra éclairer le côté matériel de la science de l'homme, mais elle ne fera pas faire un pas à l'étiologie
dynamique.
Dans tous les corps vivants, je l'ai déjà dit, les lois générales de la matière sont dominées par la vie; mais chez l'homme, le plus compliqué de ces corps, il faut toujours en outre faire la part de l'influence de l'âme, qui est toutepuissante sur le principe de vie, puisque ses affections peuvent devenir la source des plus graves maladies générales et locales.
L'art de guérir ne saurait donc être exclusivement basé sur l'étude des phénomènes organiques ou matériels, mais mais il exige aussi celle de la psychologie individuelle, et par suite des diverses modifications vitales d'où résultent les diathèses, les affections essentielles simples ou éléments morbides, les tempéraments, les idiosyncrasies, etc.
Prétendre, comme le font les détermimistes, qu'en étudiant patiemment avec le microscope ou au moyen du scalpel des phénomènes organiques isolés, on parviendra
à saisir les lois qui les régissent et à fonder la véritable anthropologie, c'est se bercer d'une illusion. Car. en pareille matière, il ne suffit certes pas d'analyser, de recueillir des faits; il faut encore remonter jusqu'à leur cause, entrevoir au moins celle-ci par l'induction, et rattacher le tout, par la synthèse, à une idée doctrinale quelconque. Mais la synthèse ne peut avoir lieu ici qu'au moyen de cette dialectique que répudient si malheureusement pour Fart les médecins chimistes, vivisecteurs, etc., et qui leur prouverait au moins, faute de mieux, qu'en dépit de toutes leurs protestations, ils se sont voués à un matérialisme déraisonnable.
La physiologie déterministe nous prouve bien qu'en coupant tel tronc nerveux, en liant tel vaisseau, en irritant ou en détruisant tel ganglion, on provoque tel ou tel autre phénomène. Ces faits, et beaucoup d'autres qui ne sauraient être rappelés ici, tout curieux qu'ils soient , ne peuvent avoir une grande influence sur la thérapie , qui est , en fin de compte, le but essentiel de l'art de guérir; aussi je ne sache pas que toutes les interprétations des phénomènes de l'anémie et delà chlorose, etc., fournies par la médecine expérimentale, aient amené le moindre progrés dans le traitement de ces maladies.
La raison de cette particularité est que dans le corps vivant le même phénomène morbide, lorsquHl se produit naturellement, spontanément, peut tenir à bien des causes tout à fait opposées, ainsi que le démontre tous les jours l'expérience, et que ces causes sont pour la plupart générales ou dynamiques. Or, la philosophie inductive et ses procédés peuvent seuls les faire pressentir, et, partant, mettre en lumière les indications qu'elles réclament.
Ainsi, je viens de nommer la chlorose, et j'ai dit que la médecine déterministe ne la traitera pas mieux que la médecine traditionnelle ; mais j'aurais dû ajouter que dans beaucoup de cas la première , qui ne veut reconnaître ni l'existence de l'âme^humaine, ni son influence dans l'économie, aura difficilement raison d'une maladie que compliquent si souvent le spleen, l'amour contrarié, etc.
Alors même que l'observation et l'expérience traditionnelles ne prouveraient pas la vérité de ces principes , on pourrait encore faire valoir par une foule de raisons trèsspécieuses, pour ne rien dire de plus, qu'on ne peut admettre à priori, comme le font les déterministes, que l'organisme humain et l'organisme bestial soient tellement identiques que tout s'y passe de la même manière.
Ainsi : !<> L'influence animique qui modifie si puissamment, chez l'homme, les phénomènes organiques, n'existe pas chez les animaux , et la nostalgie leur est inconnue; 2o Leur impressionnabilité vitale est aussi bien différente, puisqu'ils peuvent vivre au milieu des émanations paludéennes sans être atteints de fièvre intermittente, qu'ils échappent à la plupart des causes générales des épidémies propres à l'espèce humaine, qu'ils peuvent avaler impunément certains poisons et même les utiliser comme aliments;
3« Enfin, la vitalité est bien plus énergique chez les animaux que chez l'homme, et nous n'en voulons pour preuve que leur résistance aux tourments et aux blessures souvent terribles qu'ils éprouvent pendant les expériences qu'on fait sur eux, et auxquelles des individus de notre espèce succomberaient très- vite.
La susceptibilité, l'impressionpabilité, l'affectibilité de
IIONCLLSIONS.
de rhomme et des animaux sont donc très-diflérentes , et les physiologistes expérimentateurs ne doivent jamais l'oublier dans leurs comparaisons ou appréciations. Ce qui est vrai pour le mouton, le lapin, le chien, etc., peutétn» parfaitement faux pour l'homme.
L'une des plus remarquables découvertes de la physiologie expérimentale, celle de la glycosurie, fait ressortir d'ailleurs elle-même que lorsqu'on a saisi un fait matériel palpable, on a encore à compter avec ses causes dynamiques. On ne peut que paUier le diabète; pourquoi ? Uniquement parce que le défaut d'alcahnisation du sang, qui est le phénomène matériel sensible de ce fléau, est luimême sous la dépendance d'une cause dynamique. Or, ne rien dire de cette cause, la passer sous silence, c'est empêcher qu'on s'en occupe, et peut-être même qu'on ne trouve le remède radical; car qui pourrait affirmer qu'on ne la conjurera pas quelque jour comme on conjure le génie intermittent, c'est-à-dire sans l'avoir jamais vue, touchée, démontrée?
Avant que la présence du fer dans le sang eût été signalé» • par la chimie, on avait parfaitement reconnu, par l'expérimentation clinique, que ce métal avait une action prononcée sur ce fluide, par suite sur la constitution des tissus vivants , et il en est du fer connue d'une foule d'autres agents précieux de la matière médicale.
Que le déterminisme expérimental nous fournisse les moyens de conjurer à coup sûr les intoxications qu'il étudie d'ailleurs avec tant de succès, par exemple Tintoxication arsenicale, dont les funestes résultats sont malheureusement trop communs à notre époque, et il pourra se vanter alors d'avoir rendu un immense service à l'humanité.
«•conclusions.
ir
Le diabète n'est certes pas le seul état pathologique énéral dont la cause essentielle lui échappe ; toutes les autres diathèses sont dans le même cas, et la stérilité de la discussion qui dure depuis si longtemps à Paris sur la htberculose, achève de prouver qu'en pareille matière les idées émises par les Laënnec, les Louis, les Chomel, les Trousseau, les Andral, etc., etc., valent un peu plus que Vhéttrogènie régressive et la pneumonie casceuse ; n'en serait-il pas ainsi d'ailleurs, que nous devrions être trèsréservés sur ces importations d'outre-Rhin.
Malgré les curieuses études que le microscope a permis de faire sur le cancer, on ne guérit pas mieux aujourd'hui ce fléau que par le passé; et si quelque jour l'inspiration d'un médecin-génie lui faisait découvrir une prophylactique sûre de la dégénérescence cancéreuse, il est plus que probable que ce ne serait pas le microscope qui lui en suggérerait l'idée.
Sous le rapport de la synthèse , le déterminisme est aussi impuissant que la chimie, et c'est là une preuve certaine de son peu de portée biologique. 11 parvient bien à produire chez les animaux soumis à ses expériences , certaines maladies locales , telles par exemple que des inflammations ; à provoquer certains phénomènes, tels que la toux, l'éternuement, le hoquet, le vomissement, les convulsions; mais jamais il ne peut créer de toutes pièces aucun état morbide de l'ensemble du système, tel que les diathèses, les fîèvTes essentielles, etc., parce que ces dernières sont sous la dépendance directe des causes dynamiques.
C'est que l'organisme humain, répétons-le encore, n'est pas un simple bloc de matière, comme le donnent à en-
tendre les novateurs au milieu de leurs réticences, et qu'ils n*en sont pas, par suite, les maîtres absolus. S'il en était ainsi, du reste, ils pourraient en calculer les phénomènes dynamiques comme le font les mathématiciens pour la matière brute : or ce calcul a été depuis longtemps reconnu impossible.
Lorsque, au lit du malade, le médecin veut se rendre un compte satisfaisant des phénomènes morbides, porter sur eux un jugement sain, en connaître autant que possible la nature, le point de départ, etc., il ne doit pas se borner à tenir compte des circonstances de milieu qui ont pu concourir à leur développement , des changements qui se sont produits dans l'organe ou le tissu affecté, lequel n'est pas toujours le siège réel de la maladie ; mais il faut encore qu'il interroge tour à tour les dispositions dynamiques du sujet, les passions qui le dominent, le degré plus ou moins grand de dépendance où se trouvent les fonctions lésées des déterminations animiques, la loi des sympathies; enfin toutes les circonstances qui découlent de l'hérédité, du tempérament, des habitudes, du sexe, etc.
Est, et sera toujours un médecin incomplet, insuffisant, celui qui dans ses investigations cliniques se borne à palper, ausculter, mesurer, percuter; celui qui. soit en pratique, soit en théorie, s'arrête seulement aux espèces de maladies ou aux apparences morbides (diarrhée, pneumonie, pleurésie, phthisie, etc., etc.), et ne remonte pas au fond ou à la nature du mal, c'est-à-dire à Vêlement ou à la modification dynamique ; le médecin, en un mot, qui n'est pas familier avec les applications cliniques de l'analyse et de la synthèse philosophique. C'est ce médecin myope et localisateur qui s'obstine par exemple à voir
l'inflammation dans ces engouements pulmonaires, qui sont si communs dans le cours des fièvres , et qui , loin de réclamer la saignée, les antimoniaux, etc., appellent au contraire l'emploi du quinquina et des analeptiques.
Même en thérapie, l'expérience démontre journellement combien est indispensable la recherche des modifications dynamiques. Toutes choses égales, en effet, le médicament dont l'action est la plus vulgaire et la mieux connue, peut demeurer inerte, ou même se changer en une sorte de poison, sous l'influence de certains états moraux; cette modification insolite , étrange, des effets médicamenteux est donc due à l'intervention, à l'action plus ou moins directe de l'âme sur la force vitale , et par suite sur la matière organisée.
Le déterminisme n'a ni les qualités requises ni les moyens nécessaires pour fonder une nouvelle science médicale; ses ouvrages, riches en détails micrographiques, sont plutôt des traités d'histologie et d'hétérogénie microscopiques que des traités de physiologie ou de pathologie; le clinicien y trouve fort peu de médecine; la thérapeutique y est surtout plus que négligée.
Lorsqu'on affiche la prétention de faire table rase de rhippocratisme, qui est encore, quoi qu'on en dise, la médecine du plus grand nombre des praticiens, même à Paris, il faut ouvrir à l'art salutaire d'autres horizons que ceux de la microscopie, du chimismeet de la mécanique.
Semblable à cette célèbre Bande noire qui au commencement de ce siècle détruisit tous les monuments historiques de notre patrie, et bâtit avec leurs débris de mesquines constructions dans le goût moderne, le déterminisme veut évidemment réaliser un plan du même genre; mais il
en sera pour ses frais; car, ce que Ton peut toujours réaliser dans Tordre physique , on est impuissant à le faire dans l'ordre moral. Les monuments les plus solides, les plus gigantesques, tombent sans peine sous le marteau des démolisseurs; mais les idées traditionnelles sont impérissables et indestructibles ! Soutenue par sa sœur la philosophie , et appuyé sur vingt-deux siècles d'observation . d'expérience, rhippocratisme verra la fin du déterminisme comme il a vu celle du broussaisisme, de l'organicisme. de rhomœopathie*, etc.
Puisque, depuis l'origine dessociélés, il est parfaitement reconnu que les dogmes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, acceptés par le consentement unanime, sont la base essentielle de la civilisation humaine, la source de toute morahté, et que leur oubli nous ramènerait à la condition des brutes, au débordement de tous les vices et de tous les crimes, est-ce porter atteinte à la
^ La médecine traditiormelle, (|ui compte encore à Paris de nombreux et savants adeptes, parmi lesquels je me permettrai de citer en premier»' ligne M. le D' Noël Guéneuu deMussy, n'a pas ses ennemis les plus dangereux dans le camp mattuialiste ; il convient aussi de ranger parmi eux certains médecins qui, pour arrêter le torrent positiviste, s'appuient sur les principes de la vraie doctrine, mais sans vouloir rendre hommage à leur mère et en donnant comme de leur cru les arguments qu'elle leur fournit . Une telle conduite est coupable et n'honore pas ceux qui la tiennent : j»* connais tel ouvrage, tel mémoire qui sont littéralement composés de lambeaux enlevés aux auteurs les plus justement illustres de l'école hippocratique. dont on n'a pas même daigné citer les noms. Heureusement que personne ne s'y trompe, et que la secrète ambition de ces enfants ingrats est parfaitement jugée et appréciée. On sait très-bien qu'ils n'ont rien inventé et que c'est dans les vieux livres qu'ils trouvent leurs inspirations.
CONCLI'SIONS.
liberté de la conscience, à celle de la pensée, que d'opposer des barrières à l'athéisme, lorsqu'il tend à se produire cyniquement en public, comme il le fait à cette heure; et doit-on permettre que quelques hommes égarés ou pervers scandalisent sans cesse les honnêtes gens par des discours, des publications impies et anti-sociales ?
Dieu a-t-il moins de droit au respect de tous que les souverains d'ici-bas; et ces derniers, dépositaires des pouvoirs de la Société, ne sont-ils pas commis à sa conservation, à la défense de ses intérêts physiques et moraux? partant, ne leur incombe-t-il pas pour premier devoir de réprimer par de bonnes lois les scandales de l'athéisme ?
Sans doute tous les hommesdoivent avoir le droit, selon leur conscience, de professer et de soutenir par le raisonnement leurs opinions rehgieuses; mais cette liberté, la plus précieuse et la moins prescriptible de toutes, doit-elle être étendue à l'athéisme, c'est-à-dire à la négation absolue des principes de la morale?
L'athéisme n'est pas seulement, d'ailleurs, un danger social, mais une grave insulte jetée à la face de l'humanité Jout entière: or l'insulte doit toujours être impitoyablement réprimée, de quelque façon qu'elle se traduise.
Tout citoyen est libre de s'affiher aux thuggs de l'Inde, aux empoisonneurs des Antilles, aux vaudoux, aux gitanes, aux frères du poignard, etc., mais sous la condition de remplir ostensiblement ses devoirs envers la société dont il relève. Que l'athéisme devienne une charbonnerie, on peut facilement se faire à cette idée; mais qu'on lui permette de se [produire dans les discours, de s'étaler dans les journaux et dans les livres, c'est ce que la Société ne saurait permettre sans se suicider, sans donner les mains à sa propre ruine.
tt
Ainsi que le disait le martyr de Sainte-Hélène : N'est pas athée qui veut; ajoutons à cette parole profonde: Est liWe de l'être qui le peut, mais sous la coîulition expresse de ne se livrer à aucune propagande et de garder so7i impiété pmir lui seul.
Enfin, les aspirations séculaires de l'athéisme, la marche qu'il a invariablement affectée dans tous les temi)s pour arriver à ses fins perverses, nous indiquent clairement que les vraies barrières qu'on peut lui opposer sont la religion, la famille et le reclassement agricole, qui seuls peuvent préparer à la patrie ces générations vigoureuses, au moral comme au physique, d'où sortirent les Léonidas, les Décius, les Du Guesclin, les Bayard, les d'Assas, les Du Couëdic, les Bisson, et tant d'autres héros dont s'honore l'humanité.
POST-SCRIPTUM
A la suite de l'enquête ordonnée par les autorités compétentes, la pétition de M. Léopold Giraud a été repoussée par le Sénat, comme reposant sur des allégations fausses, impossibles à prouver, et contre lesquelles d'ailleurs protestaient avec indignation les fonctionnaires de l'Instruction publique mis en cause : aucun de ceux-ci ne s'est soucié de passer pour un athée, ni même simplement pour un matérialiste ^ et sous ce rapport l'unanimité a été significative ,
En reproduisant dans ce livre cette fameuse pétition, que j'ai qualifiée de remarquable, parce que je la croyais fondée à tous les points de vue, et dont j'avais d'ailleurs pris le texte dans un journal de médecine (celui de Bordeaux) qui lui avait fait un honorable accueil, je n'ai fait qu'user de mon droit d'historien et de publiciste ; mais aujourd'hui même qu'elle a été jugée par le Sénat, je n'hésite pas à déclarer qu'abstraction faite des questions de personnes, dont je ne me suis jamais préoccupé, je continue à en approuver le fond, c'est-à-dire tout ce qui touche à la nécessité de la répression de l'athéisme et à l'émancipation de l'enseignement supérieur. Pour bien juger de l'esprit qui préside à cet enseignement , spécialement en médecine, ne sufiit-il pas d'ouvrir les livres qui nous viennent de Paris?
^98 POST-SCRIPTrM.
En effet, que les matérialistes ne se fassent pas illusion : malgré le hill cV indemnité du Sénat, les deux grandes questions sont restées debout, pressantes, grosses d'orages mais aussi d'espérances, et comptant parmi leurs défenseurs le clergé catholique, les ministres de tous les autres cultes reconnus, les philosophes théistes dont le nombre n'est certes paspetit, de grandes personnalités intellectuelles et des membres trés-éminonts de l'Université; déplus, après avoir énergiquement et victorieusement repoussé les accusations que la malveillance faisait peser sur lui au sujet de l'hétérogénie et de notre consanguinité avec lis grands singps, M. le Ministre de l'Instruction publique a fait connaître au Sénat qu'il avait misa l'étude depuis longtemps la question de l'enseignement supérieur.
Il faut attacher aussi une grande importance aux nobles paroles adressées par l'Empereur à M^*" de Bonnechose. archevêque de Rouen; elles ne peuvent laisser aucun doute sur les sympathies du chef de l'Etat en faveur des intérêts religieux et de la liberté de l'enseignement supérieur. L'amour de Dieu, relui de la patrie et de la famille, sont en elfet connexes, comme je l'ai prouvé dans ce livre: et quoi qu'en ait dit le célèbre Helvétius, dans son écril paradoxal de l'Esprit \ les athées ne sauraient faire de bons soldats.
» M Tous los liens de père et d'enfaiit (dit ee singulier philosophe) peuvent nuire à ceux d*^ citoyen et produisent «les vices sous r;i|»p;nviir,de vertus (qui aurait jamais cru »;elay), de petites sociétés dont les iut.'ivl-, presque toujours opposes à lintérét publie, éteindraient à la lin. dans les âmes, toute espèce d'amour pour la pairie. On ne pourra soustraire les peuples à ces calamités, qu'en brisant entre les hommes tous tes liens de parenté^ et en déclarant les enfants citoyens de l'État. C'est le seul
POST-SCRIPTUM. 499
Attendons-nous donc à voir surgir d'un instant à l'autre, cette fois-ci dans le sein du Corps législatif et par l'initiative de nos plus illustres députés, la question de la répression légale et indispensable de l'athéisme, celle de la liberté de l'enseignement supérieur, dont l'Université n'a d'ailleurs rien à craindre, parce que ses institutions ne sauraient perdre le moins du monde à la libre concurrence, et que la Vérité n'a jamais rien à redouter de sa sœur chérie, la Liberté. C'est par elle seule au contraire qu'elle a promptement raison des utopies, des systèmes antisociaux, et surtout des coteries qui rêvent l'asservissement de l'intelligence humaine et l'annihilation du libre arbitre. Aux Etats-Unis d'Amérique, on est depuis plus d'un demisiècle parfaitement fixé sur ce point, et la lecture du document suivant, que j'extrais du voyage de La Fayette dans cette contrée, achèvera de le mettre en lumière aux yeux de mes lecteurs.
moyen d'étouffer les vices (ceci est le plus fort! ). D'ailleurs, toute
espèce de dépendance étant injiistey le fils ne dépend pas plus du père que celui-ci de sa progéniture. »>
Voilà des idées ({ui peuvent être mises en pratique avec succès au milieu d»'S {grands singes sans queue, mais auxquelles nous ne saurions répondre (|u'en envoyant à Charenton ceux qui les émettent. Du reste, c'est à la famille qu'en veulent surtout les athées, parce qu'ils comprennent que, tant t|u'on n'y touchera pas, leurs projets pervers resteront à l'état de lettre morte. La citation de ce simple passage du livre de l'Esprit, hvre qui fourmille d'énormités ejusdem farina, me paraît justifier à lui seul l'arrêt du I>arlement de Paris, en date du 6 février 1739, qui condamna cet ouvrage au feu.
POST-SCRIPTUM
POST-SCRIPTUM
De la Liberté de TEnseignement aux États-Unis.
Après avoir visité en détail le grand collège de Colombie, lors de son dernier voyage aux États-Unis, La Fayette alla voir celui de Georges-Town, que dirigeaient lesjésuites. Lorsque je vis, dit l'hislorien (M. Levasseur, secrétaire du général), les révérends pères on costume de TOrdre, je ne pus me défendre d*un sentiment pénible : tous les méfaits que Ton reproche à la société des jésuites en Europe se présentèrent en masse à mon imagination effrayée, et je déplorai l'aveuglement des Américains, qui conGenl l'éducation de leurs enfants à une secte aussi ennemie de toute liberté. En rentrant à Waslimgton, je ne pus nrerapêcher de communiquer mes réflexions et mes craintes à iM. Cambreling, député de l'état de New-York, avec lequel je passai la soirée; et lorsqu'il m'entendit exprimer le vœu que tous les jésuites fussent dans tous les pays repoussés de l'instruction publique, il secoua la tête d'un air de désapprobation. «Cette mesure, ditil, ne sera jamais prise chez nous: elle serait contraire à l'esprit de liberté qui nous anime; elle serait injuste à l'égard des jésuites, dont nous n'avons nullement à nous plaindre ; et je ne connais d'ailleurs dans notre société aucun pouvoir qui soit en droit de prescrire cette mesure. — 11 est possible que vous n'ayez point sujet de vous plaindre des jtîsuites, parce que chez vous ils sont encore peu nombreux et qu'ils ne sont point encore arrivés au pouvoir; mais patience!.... Voyez ce qui se passe en Europe, et tremblez! —Ce qui se passe en Europe ne peut jamais avoir lieu chez nous, tant que nous serons assez sages pour ne point changer nos institutions; tant que nous n'aurons ni religion de l'état ni monopole, nous n'aurons à redouter ni les intrigues, ni l'influence d*aucune associnlion. Pour que l'instruction publique fût un moyen efficace d'action pour les jésuites, il faudrait qu'elle fût leur monopole; or, grâce à la sagesse de nos insmw lions, nous n'avons de monopoles d'aucun genre. Nous ne gémissons pas, comme vous, sous U joug de plomb d'une université privilégiée; chez nous, chaque père de famille est le seul juge de la
manière dont il lui convient de faire élever et instruire ses enfants; de là, concurrence entre tous ceux qui veulent se livrer à Vexercice de l'instruction publique , concurrence qui ne se soutient que par un sincère attachement à nos institutions, un profond respect pour les lois qui sont notre ouvrage, et la pratique de toutes la vertus qui font le bon citoyen. Les jésuites eux-mêmes sont obligés de remplir ces conditions pour obtenir la confiance du public ; tant qu'ils la mériteront, je ne vois pas de quel droit on viendrait les priver de l'exercice d'un droit qui nous est commun à tous. »
(iC n'est pas de cette manière qu'en France les gens qui font tant de bruit au nom de la liberté, et qui se disent libres penseurs, entendent les principes démocratiques : ils ne veulent de la liberté absolue que pour eux-mêmes, et ne sont au fond que les plus détestables despotes. Du reste, ce fait est parfaitement reconnu, et les horreurs commises en 1793 l'ont établi depuis longtemps.
Les pièces suivantes me paraissent par elles-mêmes trop éloquentes pour que je ne les reproduise pas ici sans commentaires: elles peuvent, en effet, servir à fixer l'opinion sur le caractère de renseignement médical à Paris.
/o Lettre dr M. le Doyen de la Faculté de médecine de Paris // }f. //> Ministre de l'Instruction publique, r/ 1 occasion de la pétition Giraud
Monsieur le Ministre,
Depuis quelque temps, la Faculté de médecine est l'objet d'attaques qui jettent une vive émotion dans le monde savant et dans le public. Des protestations se sont élevées contre plusieurs professeurs. Divers cours ont été incriminés successivement. Telle proposition accidentellement émise dans une leçon et inexactement rapportée; telle définition scientifique transformée à tort en affirmation dogmatique; tel propos malicieusement inventé et mis dans la bouche d'un médecin d'hôpital appartenant à la Faculté; une thèse de médecine légale sur le libre arbitre, récemment soutenue devant un jury qui, tout en blâmant la doctrine, avait cru pouvoir admettre le candidat: tout cela a été habilement exploité, si bien que l'enseignement est représenté comme imprégné d'idées subversives et la Faculté dénoncée comme une école de matérialisme.
Rien n'est plus inexact et plus injuste. La Faculté de médecine fait des médecins; elle est à la fois une école professionnelle et une institution de haut enseignement. Les éludes y présentent un double caractère de théorie et d'application : d'un côté, la démonstration de«« faits; de l'autre, leur interprétation, leur enchaînement; ainsi, la pra-
PIECES JUSTIi^ICATIVES.
tique donnant la main à la théorie, telle est la double condition que doit présenter l'enseignement dans une école de médecine. L'art du médecin ne serait, en effet, qu'un vain empirisme s'il n'était éclairé par la science. C'est cette science elle-même qui est en cause dans les attaques dirigées contre la Faculté.
De nos jours f la médecine est entrée dans des voies nouvelles , Elle ne cherche plus l*aUiancc de tel ou tel système philosophique qui puisse servir de prémisses à ses déductions, de fondement à ses doctrines. Rompant avec les traditions du passé, elle a renoncé à la méthode à priori et a trouvé une base plus solide dans l* expérience et dans l'observation. Voulant mériter le nom de science, elle a adopté franchement la méthode scientifique. Ainsi que la physique et la chimie, la médecine commence aujourd'hui par établir des faits, et après avoir tiré de ces faits les conséquences immédiates, prochaines, elle ne s'élève à des inductions plus générales qu'à la condition que la base affermie permette l'accès des hauteurs.
Telle est la méthode expérimentale, instrument de découvertes sans nombre. Pour être positive, elle n'a rien de commun avec le positivisme, doctrine philosophique avec laquelle certaines personnes affectent de la confondre.
La science est maîtresse de choisir la méthode qui lui convient, de répudier cette vaine dialectique qui faisait plier les faits devant l* autorité d'un système, de se maintenir sur son domaine, qui est celui delà raison et du libre examen. Il faut quelle y conserve une indépendance absolue.
La Faculté de médecine a introduit dans son enseignement cette méthode exacte de la science moderne. Elle enseigne la physiologie d'après les expériences, la médecine d'après les faits. Dans ces cours, des maîtres autorisés exposent la structure des organes, le jeu régulier ou troublé de leurs fonctions, en se préoccupant uniquement des conditions matérielles des phénomènes. C'est là la tendance qu'on voudrait faire condamner, en l'accusant de conduire au matérialisme. On voudrait que l'Étal, affirmant une doctrine opposée à celle qui prévaut aujourd'hui, et se chargeant de la Hûre triompher, imposât auK professeurs, non-seulement des programmes, mais des convictions.
Il n'en sera pas ainsi; la Faculté en a la ferme espérance. Elle ne
PIECES
s'émeut point de toutes ces attaques, et poursuit avec calme le cours de ses travaux en se maintenant dans la voie purement médicale. Elle ne prend parti pour aucun système philosophique, et respecte ce qui est respectable en dehors et au-delà de la science. Elle ne redoute point la liberté de renseignement, mais elle demande énergiquement, pour ses programmes scientifiques, la liberté des doctrines, et pour ses membres , ce premier droit de tous les citoyens , la liberté de conscience.
Le Doyen, Wurtz.
Extrait de la lettre de M. Piton, étudiant en niédecine de V École de Paris y au rédacteur de la Gazette de France.
Paris. 29 mai.
Monsieur,
Je commence par vous déclarer que je suis j^ositivisle, c'est-à-dire plus athée encore qu'un matérialiste.
C'est vous dire que je ne comprends pas la reculade en matière de profession de foi, et que je tiens à protester de toute mon énergie contre les défections honteuses que vous reprochez avec justice à certains hommes officiels (ceux mis en cause par M. Giraud).
Permettez-moi de vous féliciter de la manière dont vous avez posé la question dans l'article que vous avez publié le 28 mai.
Assurément je partage les idées que vous y exprimez
Dire que renseignement de l'École de médecine n'est pas matérialiste'f mais c'est nier le soleil !
Dire que la philosophie n'a rien à voir avec la science, la docirme avec la profession'! mais c'est montrer une incapacité ou une duplicité inqualifiable l
Pour moi, élève des matérialistes de VÉcole de médecine, sans oublier ce que je leur dois d'instruction et de force, je m'engage à vous soutenir dans la campagne que vous entreprenez pour conquérir Je terrain de la liberté !
Beaucoup de mes amis pensent autrement: ils craignent votre parti. Je crois qu'ils ne se rendent pas bien compte de ce qui fait votre force.
Beaucoup d'autres ne vous craignent pas, et demandent qu'on ouvre l'arène: je suis de ceux-là.
Vous voulez la lutte? Nous aussi : mais à visage découvert . . .
Agréez, Monsieur, l'assurance de l'estime que mérite tout homme qui conforme sa conduite à un principe.
A. Piton,
Etudiant en médecine.