DÉTERMINISME ET FATALISME
Ceux qui croient aux miracles sont évidemment déterministes ; il ne pourrait pas y avoir d'infraction aux lois naturelles si ces lois ne réglaient pas d'avance tout ce qui se passe; en dehors du miracle, tout est donc déterminé ; je ne crois pas inutile de revenir une fois encore sur la différence qui existe entre le déterminisme et le fatalisme ; je le ferai en quelques mots quoique Tayant déjà fait ailleurs, car la confusion entre ces deux manières de voir continue d'être très fréquente. Les déterministes croient que tout est déterminé, c'est-à-dire que l'état du monde à un moment donné est entièrement déterminé p^r Tétat du monde, au moment précédent, et par l'application des lois naturelles dans l'intervalle de ces deux moments. Bien entendu, les animaux, les hommes en particulier, sont compris dans le monde, et leur état, les modifications qui se produisent en eux jouent leur rôle dans le concert universel. Un fataliste raisonne de la même manière, mais il se met à part et se con-
sidère comme un rouage inutile de la grande machine ; nos idée6 étant pour nous des facteurs d'actions, le fataliste est annihilé par son fatalisme même. Un homme qui prie est forcément fataliste; c'est pour lutter contre cette tendance dangereuse que la sagesse des nations a imaginé le proverbe : « Aide-toi, le ciel t'aidera » .
Dans notre état de connaissance imparfaite des lois naturelles, la question positive du miracle est difficile à trancher ; pour un croyant, la constatation du miracle est aisée; il en voit partout et n'essaie pas de discuter la valeur miraculeuse du phénomène observé. Pour un athée au contraire, il y a toujours une attitude possible, même devant le fait le plus extraordinaire : « Je ne sais pas tout, doit-il dire; ce que vous me montrez ne s'explique peut-être pas par les lois que je connais; mais il y a tant de lois que je ne connais pas! » On croit donc au miracle par nature, comme on est athée ou croyant par nature.
Mais il peut y avoir une altitude intermédiaire, et elle existe en effet. Quelques-uns croient que Dieu a créé le monde et lui a imposé des lois définitives en se défendant à lui-même d'y toucher ; ils n'admettent pas le miracle et sont déterministes parfaits. Ceux-là n'ont aucune raison de craindre Dieu ou de l'adorer ; leur ligne de conduite doit être la même que celle des athées qui ne diffèrent d'eux que parce qu'ils ne tirent aucune satisfaction
DISCUSSION DES PREUVES DE l'eXISTBNCB DE DIEU 65
du dogme de la création ; et, en fait, on doit déclarer athées comme les autres ceux qui, logiques jusqu'au bout, seraient obligés de souscrire à cette foripule, infiniment absurde pour un croyant et dans la forme et dans le fond : « Si Dieu mourait (??), il n*y aurait dans le monde rien de changé I »