ENCORE LE POINT DE VUE SOCIAL
Quoi qu'ayant déjà traité cette question dans la deuxième partie de ce livre, je dois montrer en toute sincérité le bien fondé, au point de vue social, de l'objection faite à «mon* » monisme par la Revue des Pères de la Compagnie de Jésus. Que deviennent, dans la théorie moniste, les notions de but, de responsabilité, de mérite, de justice, toutes notions qui sont exploitées par chacun de nous, dans les moindres actes de la vie quotidienne? La réponse à ces questions est analogue à celle que j'ai faite précédemment à propos de la liberté absolue. L'homme n'est pas libre au sens absolu du mot, en ce sens que, pour les monistes du moins, il ne peut y avoir en lui de raison d'agir indépendante de la variation de choses qui sont susceptibles de mesure; l'activité de l'homme ne réside pas dans l'homme même, mais résulte de réactions entre le corps de l'homme et les agents localisés dans le milieu qui l'entoure; il n'y a donc pas de liberté absolue chez l'homme; mais, dans une troupe d'hommes, chacun agit à chaque instant pour des raisons qui sont en lui et qui sont connues de lui seul; cela suffît pour que, au point de vue social, il soit considéré comme
1. Ce monisme n'est « mien » que parce que j'ai été jusqu'au bout des conclusions qu'il faut en tirer.
216 L'ATOÉISlIg
libre; il n'est pas libre du monde, mais il est à peu près libre de ses voisins qui n'interviennent dans ses conditions de vie qu'en luttant avec lui pour l'existence. Rigoureusement, deux hommes qui sont enfermés dans un espace limité comme air et comme aliments ne sont pas libres l'un de l'autre, puisque chacun d'eux, quoique ignorant les pensées de Tautre, intervient cependant dans la genèse de ces pensées, en consommant sa part de l'oxygène qui est indispensable à la pensée. Il ne saurait y avoir de liberté absolue, s'il n'y a pas de pensée indépendante de la variation de choses mesurables.
Chose bizarre, et qu'on ne saurait trop répéter, .alors que Ton a l'habitude d'opposer comme contradictoires le déterminisme et le fmalisme, l'étude moniste de la fabrication évolutive de rhomme montre dans l'observation prolongée, faite par les hommes, du déterminisme humain, l'origine du fînalisme. C'est la connaissance héréditaire du fait que tel acte succède à tel mouvement cérébral, qui a permis l'adaptation progressive des « moyens » à la « fin ». J'ai développé ces considérations dans un ouvrage récent*, je me contente donc de les signaler; mais je prévois encore ici l'objection des dualistes : « Vous avez nié tout à l'heure la valeur directrice de la