CHAPITRE IX
i/ATLAWTIDE
M* Lé Mesgé considéra Morhange victorieiïse- X9£Kit lï était Yisôble qu'il ne s'adressât qu'à lui, qu'il Le jurait seul digu^ de ses cpufldeiuîes,
— Nx)iahreuï sout^ monsieur, — dit-il^ — les officiera français ou étrangers, que te caprice de notre souveraine, Antinéa, a conduits ici. Vous êtes le premier ji q^ii je fais l'honneur de SQiss réyélatiopfi. Mais vous ave^ été l'élève de J^lidux, ^ |e dois tant à la mémoire Ae «e £ran4 homme qu'il me semble lui readre howm^ë^ en Taisant part à l'un de ses disciples des résultats «niques, fosc dire, de mes rechcrdhes partîeu- Sères.
i II agita sa sonnette. Ferradji parut.
*^ Du eafé pour céB messieuri, «- SOmmanéii M. Le Mesge.
n nous tendît un coffret, peinturluré dé eoîî-
leurs voyantes, plein de cigarettes égyptiennes.
— Je ne fume jamais, — expliqua-t-il, — '- mais lA^ntinéa vient quelquefois ici. Ces cigarettes sont les siennes. Prenez, messieurs.
J'ai toujours eu horreur de ce tabac blond, jqui permet à un garçon coiffeur de la rue de la Michodière de se donner l'illusion des voluptés orientales. Mais, en l'espèce, ces cigarettes musquées n'étaient pas sans attrait. Et il y avait longtemps que ma provision de caporal était épuisée.
— Voici la collection de la Vie Parisienne, monsieur, me dit M. Ise Mesge, — usez-en, si elle vous intéresse, tandis que je m'entretiendrai avec votre ami. -^
— Monsieur, — répondis-je assez vertement, il est vrai que je n'ai pas été l'élève de Berlioux. (Vous me permettrez néanmoins d'écouter votre teonversation : je ne désespère pas de la trouver intéressante.
— A votre aisé, — dit le petit vieux.
Nous nous installâmes confortablement. M. Lé Mesge s'assit devant le bureau, tira ses manchette^ et commença en ces termes :
— Si épris que je sois, monsieur, d'une complète objectivité en matière d'érudition, il né m'est pas possible d'abstraire totalement mon histoire propre de celle de la dernière descendante de Clito et de Neptune. C'est à la fois mon regret et mon honneur.
:« Je suîy fils de mes œuvres. Dès Tenfance, la prodigieuse impulsion donnée aux sciences historiques par le xix* siècle me frappa. Je vis où était ma voie. Je Tai suivie, envers et contre tous.
« Envers et contre tous, je dis bien. Sans autres Iressources que celles de mon travail et de mon mérite, je fus reçu agrégé d'histoire et de géographie au concours de 1880. Un grand concours.
Sur les treize admis,- il y eut des noms qui depuis sont devenus illustres : JuUian, Bourgeois, Auerbach... Je n*en veux pas à mes collègues aujourd'hui parvenus au faîte des honneurs officiels;! je lis avec commisération leurs travaux, et les pitoyables erreurs auxquelles les condamne l'insuffisance de leur documentation me dédommageraient ami^ement de mes déboires universitaires et me combleraient d'une ironique joie, si, depuis longtemps, je n'étais au-dessus de ces satisfaç-tions d'amour-propre. C
<o Professeur au lycée du Parc, à Lyoïî, c'est là que je connus Berlioux, et que je suivis avec passion ses travaux sur l'histoire de l'Afrique. Dès cette époque,. j*eus l'idée d'une très originale thèse de doctorat. Il s'agissait d'établir un parallèle entre l'héroïne berbère du vii* siècle, qui lutta contre l'envahisseur arabe, la Kahena, et l'héroïne française qui lutta contre Tenvahisseur anglais, Jeanne d'Arc. Je proposai donc à la Faculté des Lettres de Paris ce sujet de thèse : Jeanne d'Arc et les Touareg. Ce simple énoncé
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souleva dahs lé monde savant un tolU général, un éclat de rire inepte. Des .amis m'avertirent discrètement» Je me refusais à les croire. Force m'en fut, pourtant» le jour où» appelé chez mon recteur, celui-ci, après avoir manifesté pour mon état de santé un intérêt qui m'étonna* me demanda finalement s'il me déplairait de prendre un congé de deux ans^ à demi-traitement. Je refusai avec indignation* Le recteur n^inststa pas^ mais, quinze jocirs après, un arrêté ministériel» sans autre forme de procès, me nommait dans vm des lycées de France les plus infimes» les plus reculés» à Mont* de-Marsan.
c( Comprenez bien que j*étais ulcéré, et vous excuserez les déportements où }e me livrai dans ce département excentrique. Et que faii^ dans les Landes, si on ne mange ni né ix)itî Je Os, ardemment, l'un et Tautre. Mon traitement fila en foies gras, en bécasses, en vins de saMe* Le résultat fut assez prompt : en moins d'un an» mes articulations se mirent A craquer commt les moyeux trop huilés d'une bicyclette qui a fourni une longue course sur une piste poussiéreuse. Une bonne crise de godtte me eloua sur mon lit. Heureusement, dans ce pays béni, le remède est à eôté du mal. Je partis donc, aux vacances^ pour 0ax, en vue de faire fondre ees douloureux petits fcristaux.
« Je louai une chambre au bord de TAdeor»
sur la promenade des Bûiffttoté. tlne brave Femme yenalt faire mon méûa^^. E&e Asdisait également
L*AttANTIDE 148
^ettti d'tiïi vient monsieur, juge d'instruction em
retraite et président de la Société Roger-Ducùs,^
yague magma scientifique, où des savants d*anron*
dissement s'appliquaient, avec une prodigieuse
incompétence, à Fétûde des questions les plus
hétéroclites. Une après-midi, j*étais chez moi»
à cause d*une forte pluie. La brave femme était
en train d*astiquer avec frénésie le loquet de cuivre
de ma porte. Elle employait une pâte appelée
tripolî, qu'elle étendait sur un papier, et frottait»
et frottait... L'aspect particulier du papier m'in-^
Iri^ua. J'y jetai un coup d'œil. « Grands dieux!
« Où avez-vous pris ce papier? » Elle se trouble 2
a Chez mon maître, il y en a comme ça des tas^
« J'ai arraché celui-ci à un cahier. — YoUà dtt
« francs, allez me chercher ce cahier. »
^ « Un quart d'heure plus tard, elle revînt, me le rapportant. Bonheur! Il n'y manquait qu'une page, celle dont elle avait astiqué ma porte. Ce manniscrit, ce cahier, savez-vous ce que c'était? tout simplement le Voyage à VAilGntîde, du mythograpbe Denys de MUet, cité par Diodore, et dont j'avais si souvent entendu déplt^rer la perte par Berlîottx*.
<« Cet iâestimaUe doeuxnent contenait de nom-
1. Gomment le Voyage à f Atlantide â-t-!l échofié ft Daxt Je n^ifti trotrré jusqu'ici qa*ûne hypothèse siktisfâi- «ttsies U aurait été découvert en Afrique par le voyageur de Béhagle, membre de la Société Roger-Ducos, quf fit ^8 études au aE^lège de Daac et Kéjoiiraa ensuite à phisieurt reprises dans cettç yllle. (Note de M. Leroux.)
t>reuses citations du Critica, II reproduisait Tessentiel de l'illustre dialogue» dont vous avez eu entre les mains tout à l'heure le seul exemplaire qui subsiste au monde. II établissait de façon indiscutable la position du château des Atlantes»^ et démontrait que ce site» nié par la science actuelle, n'a pas été submergé par les flots» ainsi que se le figurent les rares défenseurs timorés de l'hypothèse atlantide. Il le nommait « massif central mazycien. » Vous savez qu'il ne subsiste plus dé doute sur l'identification des Mazgces d'Hérodote avec les peuplades de Tlmoschaoch» les Touareg, Or, le manuscrit de Denys identifie péremptoirement les Mazyces de l'histoire avec les Atlantes de la prétendue légende. ^
« Denys m'apprenait donc que la ps^rtie centrale de l'Atlantide, berceau et demeure de la dynastie neptunienne, non seulement n'avait pas sombré dans la catastrophe contée par Platon, et qui engloutit le reste de l'île Atlantide, mais encore que cette partie correspondait au Hoggar targui, et que, dans ce Hoggar, du moins à son époque, la noble dynastie neptunienne était réputée se perpétuer encore.
(c Les historiens de l'Atlantide estiment à neuf mille ans avant l'ère chrétienne la date du cataclysme qui anéantit tout ou portion de cette contrée fameuse. Si Denys de Millet, qui écrivait il n'y a guère plus de deux mille ans, juge qu'à son époque la dynastie issue de Neptune donnait encore ses lois, vous concevrez que j'eus vite
l'idée suivante 1 ce qui a subsisté neuf mille ans peut subsister onze mille ans. Dès ce moment, je n'eus plus qu'un but : entrer en relations avec les descendants possibles des Atlantes, et si, comme j'avais maintes raisons de le croire, ils étaient bien déchus et ignorants de leur splendeur première, leur révéler leur illustre filiation.
« Il est également compréhensible que je n'aie pas fait part de mes intentions à mes supérieurs universitaires. Solliciter leur concours ou même leur autori;sation, étant données les dispositions que j'avais pu constater chez eux à mon égard, c'eût été, de façon à peu près certaine, risquer gratuitement le t^abanon. Je réalisai donc mes petites économies et m'embarquai pour Oran sans tambour ni' trompette. J'arrivai le l*'octobre à In-Salah. Mollement étendu sous un palmier, dans l'oasis, j'avais un plaisir infini à penser que, le même jour, le proviseur de Mont-de-Marsan, affolé, contenant avec peine vingt horribles marmots hurlants devant la porte d'une salle de classe vide, lançait de tous côtés des télégrammes à la recherche de son professeur d'histoire.
M. Le Mesge s'arrêta et nous lança ïïn regard satisfait.
J'avoue que je manquai alors de dignité, et ne me souvins pas de l'affectation perpétuelle qu'il avait marquée de ne se mettre en frais que pôut Morhange.
— Excusez-moi, monsieur, si votre récit m'intéresse plus que je ne m'y attendais. Mais vous
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wvee 4pke Men des élémeilts me foBft défaut pour v<ms <Kymprendre. Vous aréz parlé de la dynastie neptanienne. Qu'^est cette dynastie, ^oart vous faites» je <;r(HS9 descendpe Aatinéa? ^Quel eft Ma rôle dans Thistoire de rÂtlantide?
M. Le Mesge sourit avec condeseendanGe» toist en t^lignant de l'œil du>\.até de Morhao^. CeluMii» sans sourciller» sans mot dire» menton dans la main» coude sur le >genou» écoutait.
— Platon iwus répondra poiir moi, inonaiesm:, — dit le professeur.
Et il ajouta» avec nn accent de pitié indicible :
< — Est41 donc possiUe que wous n^ayez jaaiiin& eu connaissance du début du Critiasè?
n avait pris sur la table le ntanusicrit dont la 5016 a>^it tant énm Moiiiange. Il ajusta ses Innettes» se mit à lire. On eût dit ipie la magie plsîtoniiûenne geeouait, transfigurait ee petit TieiUard xidicule.
4( Ayant thé au sort les différentes parties de ikt terre, its dieux (AUnrent, les uns une ^contrée plus grsnde, les autres une plus petite.^ C*je^ ainsi >que Neptune, ayant reçu en parias^ Vtle AUaiàide., plaça les enfants qu'il auait ei» d'une mortelle dans une partie de cette île. C'était, non loin de ifa jner,, une pkdme située au milieu de Vile, la plus belle, •assure-^t^au, et la plua feriiie des plaines. A owqiumte'StadeS'enmroR de cette :plaine, au mUieude l'île,' était Une montagne. Là habitait un de ces hamn&s qui, *à-l'origine ides i^osESy naquirent de la terje, Euénorauec ^a femme, Leacippe. llsengen^
drèrénl une fille auique^ Clito» Elle fêtait xùibiit lorsque son père et sa mère ntoMi lueni^ et Neptune^, s'en étant épris, Vépousa. La uionlagne oà elb^ demeurait, Neptune la fortifia en Visolant tout ojor tour. Il fit des enceintes de mer et de terre, xiUep» natiuement, les unes plus petites, les mitres plus grandes, deux de terre et trois de mer^ et les arxoih' dit oj^ centre de Vite, de manière que toutes leurs^ partis s'en trouvassent à une égale disiauce^^ »
M. Le Mesge interrana^ît sa lectuj?e.
— Cette disposition Joe voas.rappeIie4^Ue rient — interrogea^t-M.
Je regardai Morhange, abîmé dans des réflexioas de plitô en jpFus profondes.
— Ne vous Es^pelIe-t-eUe arien? — insista la voix incisive ^ professeur^
— Morhange, Morhange, — l)ali9utiai^e, — souvenez-vous» hier, notre' «course» inotre enlèvement, .les deux couloirs qukxn aous a £aît traverser avant d'arriver dans cette montagne... Des en^ ceintes de terre ei de mer.,. «Deux cooloirs, deux enceintes de terre.-
— Hé! hé! — fit m: £,e Mesge.
Il souriait en me regardant. Je coni^is que soa sourire signifiait : « Serait-il moins otius €pie je n'aurais-cru? »
Comme en un grand ^ort» Morhan^e rompâi le silence.
O — J'entends bien, j'entends J^en... I^es trois enceintes de mer... Mais alors» mensieur» vous
supposez, dans votre explication, dont je ne conteste pas l'ingéniosité, vous supposez exacte l'hypothèse de la mer Saharienne !^
— Je la suppose et je la prouve, — répondit Firascible petit vieillard, avec un coup sec frappé sur le bureau. Je sais bien ce que Schirmer et les autres ont avancé contre elle. Je le sais mieux que vous. Je sais tout, monsieur. Je tiens à votre disposition toutes les preuves. En attendant, ce soir au dîner, vous vous régalerez sans doute avec de succulents poissons. Et vous me direz si ces poissons-là, péchés dans le lac que vous pouvez apercevoir de cette fenêtre, vous semblent des poissons d'eau douce.
« Comprenez bien, — poursuivit-il plus calme, — l'erreur des gens qui, croyant à l'Atlantide, se sont mêlés d'expliquer le cataclysme où ils ont jugé que l'île merveilleuse avait tout entière sombré. Tous, ils ont cru à un engloutissement. En l'espèce, il n'y a pas eu immersion. Il y a eu émer" sion. Des terres nouvelles ont émergé du flot atlantique. Le désert a remplacé la mer. Les sebkhas, les salines, les lacs Tritons, les sablonneuses Sjrrtes Sont les vestiges désolés des flots mouvants sur lesquels cinglèrent jadis les flottes partant à la conjquête de l'Attique. Le sable, mieux que l'eau, engloutit une civilisation. Aujourd'hui, de la belle SIe que la mer et les vents faisaient orgueilleuse et yerdoyante, iî ne reste que ce massif calciné. Seule a subsisté, dans cette cuvette rocheuse isolée à j[aniais du monde vivant, l'oasis merveilleuse jfiuQ
ffiBS avez Si vos pîeds, ces Truîts rcmgèS, cette cascade» ce lac^ bleu, témoignages sacrés de Tâge d'or disparu. Hier soir, en arrivant ici, vous avez franchi les cinq enceintes : les trois enceintes de mer, pour jamais desséchées; les deux enceintes de terre, creusées d'un couloir où vous avez passé à dos de chameau, et où, jadis, voguaient les trirèmes. Seule, dans cette immense catastrophe, s'est maintenue semblable à ce qu'elle fut alors, dans son antique splendeur, la montagne que voici, la montagne où Neptune enferma sa bien-aimée CUto, fille d'Evénor et de Leucippe, mère d'Atlas, aïeule millénaire d'Ântinéa, la souveraine sous la dépendance de laquelle vous venez d'entrer pour toujours. •
— Monsieur, — dit Morhange, avec la plus exquise politesse, — le souci n'aurait rien que de très naturel qui nous pousserait à nous enquérir des raisons et du but de cette dépendance. Mais voyez à quel point m'intéressent vos révélations : je diffère cette question d'ordre privé. Ces jours-cî, dans dçux cavernes, il m'a été donné de découvrir une inscription tifinar de ce nom, Ântinéa. Mon camarade m'est témoin que je l'avais tenu pour un nom grec. Je comprends maintenant, grâce à vous et au divin Platon, qu'il ne faille plus m'étonner d'entendre appeler une barbare d'un nom grec. Mais je n'en reste pas moins perplexe sur l'étymôlogie de ce vocable. Pouvez-vous éclairer ma religion à ce sujet?
— Monsieur, — répondit M. Le Mesge, — je
|B0 L?ATZJLNTTDC
^ij manquerai cevtakiement pas. Que je SBk à ce propos que ^fous^ n'êtes pas le prenncr â HK poser une tette question. Parmi les explaraleurs que j'ai vus entrer ici depuis cMa: ana^ fatt ^upart y ont été attirés de la même manière^ intr^uê» par ce vocal>ie grec, repreduil en tzfinar«, JTai même dressé us catalogue assez exact de jf0« inscriptions) et des ea^^raes où^ on les iebjHmire*^ Toutes» ou prescfoCr sont aceompagsiéesi dds jRtte f ormute i Antiméa. Ici €Oinm»ence son. damoiae^ IT» moi-même fait repeindre à Focre tefie €W telhs l|Bi commençait à s^'effacer. Mais»- pour en re'veiiîif Ib ce* que je tous dis^ tout d'abord» aucuni deH SliropéeBs conduits ici pas ce mystère ^i^gr»* ' ]^^[ue n'a plus eu» dès qu'il s'est troÂvé daoa lef yaiaîs d'Antinis^ cuire d^ètre éck^fé sur cette iBymologie» lia ont tous. eu. immédiaitement. autre îûrtel en tète. A ce propos^, il. y swraife bien deâ flKiaesF à; dise snr lepien dlmpartance réelle qu'ont feë préoeeupationsi puremienfc scientiflquesr mêm^ jj^por les Sûvan4is^ et. comme ils les staerifient vite IREX sotids lesr plus» ferre à terre, edui de leur yie^ Vnrexempl*.
— Niinns jr re\deîidrcn)s une iEmtsé 1 ois»^ vouifi^ f^HU^ mGBODsieur». — - M AbniKuige, toii^ouinig admi*< 9MbCer de courtoisie;.
*— Gette digresfiintt n'antiait q^xm but» monsieiôR
limsr prouver que jieneTamrcamptepas au nombM
■èfe ces: sairai£f& indices* Vous -vaus» imiusétes en!
MTef de connaître les racines de ce aom». Antioâ^
1R cela^ a^^^amt de savout quefie sorte de feiBiu^ efi^t
c«fib qui te porté, oua les. motifis pour cpioiv vou3' «1ê monsieur,. êtes« ses. prisonniers^.
Jks' reganlaît fixement te petit viôuiL. Mais il paflaiii aii^ee le plus profond séJl^ieu^
« Tant mieux pour toiy, peas^-jîe. Auftrement, j'aurais tôt fait de t'eaivoyer par la fenêtrer ironiser à ton ai^. La. loi de ia chute 4es corps db d&it pas être mo^fiëe^ au Hoggar. ».
— Vous ave^ sans; doute, monsieur, — coor tiaua, iup^erturfoable sous mon regard axde^ Mu Le* Mesge s'adressaat à. Morbaoge^ — formulé qiielques hypothèses étymolog^u^s, lorsque vous vous êtes trouvé la pi:emière fois en face de ce nom, Aisliaéa^ Verrie^vous un inconvénient à me les €OiiMiBuni(^ier?
— Aucun, monsieur, — dit Morhange.
Ek très posém^ent, U énuméra les étymologies dont j'ai parlé plus haut.
Le^ petit homme au plastron cerise se frottait les mains..
— Très bien, — àpprécia-t-il, avec un accent de jubilation, intense. -^ Excessivement bien, du. moins pour tes médiocres coniiaissances> helléniques qui doivent être Vôtres. Tout ceci n'en est ptt6 moins faux» archi-f aux.
— C'est bien, parce qne je m'en doute que je vous questionne, — fit doucement Morhange.
— Je ne vom ferai pas languie davanlagie,. — dtt M. Le Mesge. — Le mot Antinéa se décompose de la façon suivante : ti n'est autre chose qu'une inunii^tioi^ barbare dans ce nom essentiellement
162 l'atlantidf
grec: Ti est rarticle féminin berbère. Nous avons plusieurs exemples de ce mélange. Prenez celui de .Tipasa, la ville nord-africaine. Son nom signifie rentière, de ti et de fcâooc. En Tespëce, tinea signifie la nouvelle, de ti et de v^ou
— Et le préfixe an? — interrogea Morhange,
— Se peut-il, monsieur, — répliqua M. Le Mesge, — qwe je me sois fatigué une heure à vous parler du Critias pour aboutir à un aussi piètre résultat? Il est certain que le préfixe an, en lui-* même, n*a pas de signification. Vous comprendrez qu'il en a une, lorsque je vous aurai dit qu'il y a là un cas très curieux d'apocope. Ce n'est pas an qu'il faut lire, c'est atlan. Atl est tombé, par apocope; an a subsisté. En résumé, Ântinéa se décompose de la minière suivante : Tf — vl* — 'aTX 'Av, Et sa signification, la nouvelle Atlante, sort éblouMsante de cette démonstration.
Je regardai Morhange. Son étonnement était sans bornes. Le préfixe berbère ti l'avait littéralement sidéré.
— Avez-vous eu l'occasion de vérifier cette très ingénieuse étymologie, monsieur? — put-il enfin proférer.
— Vous n'aurez qu'à jeter un coup d'œil sur tes quelques livres, — fit dédaigneusement M. Le Mesge. ->
Successivement, il ouvrit cinq, dix, vingt placards. Une prodigieuse bibliothèque s'amoncela à notre vue.
— Tout, tout, il y a tout ici, — murmura Mo-
rhangèy avec une étonnante inflexion de terreur et d'admiration.
— Tout ce qui vaut la peine d'être consulté»
du moins» — dit Le Mesge. — Tous les grands ouvrages dont le monde; réputé savant déplore aujourd'hui la perte.
— Et comment sont-ils ici?
— Cher monsieur, comme vous ine navrez»
moi qui vous avais cru au courant de certaines choses! Vous oubliez donc le passage où Pline TÂncien parle de la bibliothèque de Carthage et des trésors qui y étaient entassés? En 146» quand cette ville succomba sous les coups du bélitre Scipion» l'invraisemblable ramassis d'illettrér g[ui avait nom le Sénat romain eut pour ces richesses le plus profond mépris. Il en fit don aux rois indigènes. Ce fut ainsi que Mastanabal recueillit le merveilleux héritage; il fut transmis à ses fils et petits-fils» Hiempsal» Juba P'» Juba II» le mari de l'admirable Cléopâtre Séléné» fille de la grande Cléopâtre et de Marc-Antoine. Cléopâtre Séléné engendra une fille qui épousa un roi atlante. C'est ainsi qu'Ântinéa» fille de Neptune» compte au nombre de ses aïeules l'immortelle reine d'Egypte. C'est ainsi que, par ses droits d'héritage» les vestiges de la bibliothèque de Carthage» enrichis des Vestiges de la bibliothèque d'Alexandrie» se trouvent actuellement sous vos yeux.
« La Science fuit l'homme. Alors qu'il instaupaAi ces monstrueuses Babels pseudo-scientifiques» Berlin» Londres» Paris» la Science s'est reléguée
154 l'atlantuib
dans ce coîa déaeirtitiue du Hoggac. IIs> peu^esA bien, là-bas, forger leurs hypothèses» basées, sur la perte de» ou^urages mystérieux de l'antiiiaité. : ces otc^oragie» ne aout pas perdus. Us sont. îck Ici les livres hébreux^ cjialdéeaas» assspri»^. Lei, les grandes traditions égyptiennes^ qui iu^^èreut Solon, Hérodote et Platon^, Icî^ les mythographes grecs» les nxagicients de l'Afrique roâsataûe, tes ceyenrs indiens, touâ les tjrésors, en uu mot» dont l'absence tsiih des dissertations, eontempoiraines. de paii)Vres> diases> risiblesk, Q^oyez^-m'en, il. est hmn vengé, Fhumbfe petit, universitaire qu'Us oui priK. poua: fou, doné ib out fait ft. J'^i: vécu, j^^ vis, îe vivrai dans, un perpétuel' édîii de i-ive^ devant leur émààtkm fuisse ^ trtwcpiée. Et, quand j€^ serai mort,, ^erre1u:^ gvâce aux préeautkNa^^ jalcmsos prises par NeptndS£' poiir isoler sa. t»en-aimée CUto^ du reste du momde. l'erreur,, dis^j^e^ eontliuiesa à ï'égner en maitre^e souveralae su? leurs pitoyables, écrits.
— Monsieur ^ — dit Mochangé d'uiaé ^mx gtavé,^ — vous venez d'aSfirmeir If influence: de l'EgypIe^ isur la civîlisatioa des genrs de pap ici. Pouf d«s raisons que Saurai peut-être un jmar Voecasion devous enfiiqoigv, |e tiendrais à avoir Ift preuve da •^eCte lïnmixtion*
— «Qu^à cela né tienne,, nseiisieixr, -— irépou^ M. I^ Mesge.
Alors^, ài mon tmur. jje m'avauçm.
— Beu:sL moès» s?H vous plalt^ nbonsiem?, — ëis^je bimtaleuieut. — Je ne vouS; cacberaî pa&
^é ces discussions historiques raë paraissent absolument hors de saison. Ce n'est pas ma fautej, si vous avez eu des déboires universitaires, et si yous n'êtes pas aujourd'hui au Collège de France ou ailleurs. Pour l'instant, une seule chose m'imiporte : savoir ce que nous faisons, ce que je fais ici. Beaucoup plus que l'étymologie grecque ou berbère de son nom, il m'importe de savoir ce que me veut au juste cette dame, Antinéa. Mon camarade désiré connaître ses rapports avec l'Egypte antique : fc'est très bien. Pour ma part, je désire être surtout ïïxé sur ceux qu'elle entretient avec le Gouvernejnent général de l'Algérie et les bureaux arabes*
M. Le Mesge eut un rire strident.
Je vai» vous» faire nœ Féposrse qui vous don« tef â satisf aeiion à tcois. deux, — réponâii41.
Et il ajouta :
— SuJvez-BiOi. Il est temps^ qwe vou« appreniez.