LE MARTEAU D'ARGENT
Je ne m'en défends plus et Je ne yeux qu'allefl^ Beeoimaitre la place où j.e dois Timinoler.
{Ândromaque,)
Voici le temps qu'il fît, la nuit où se passa ce que je vais dire. Vers cinq heures, le ciel s'obscurcit et les marques d'un orage prochain parurent dans rair étouflfant* '^^
Je m'en souviendrai toujours. Cétait le 5 janyier 1897.
Accablés, Hiram-Roi et Gale gisaient «sur la natte de ma chambre. Accoudé avec Tanit-Zerga à la baie rocheuse, j'épiais les signes avant-coureurs des éclairs.
Un à un, ceux-ci surgirent, zébrant l'obscurité, maintenant complète, de leurs raies bleuâtres. Mais nul coup de tonnerre ne suivît. L'orage n'avaif dû ^'accrocher aux pî^es du Hoggar. Il passait.
sans éclater, nous laissant dans notre morne J>aiii (de sueur.
— Je vais me coucher, — dit Tanit-Zerga.
J'ai déjà dit que sa chambre était au-dessus de
la nmenne. La baie qui Téclairait dominait d'une dizaine de mètres celle où je demeurai accoudé.
Elle prit Gale dans ses bras. Mais Hiram-R«^ ne voulut rien entendre. Accrocha des quatre pattes à la natte, il poussait des miaulements de colère et de détresse.
— Laisse-le, — dl)»-je, en fln de compte, à Tanît-Zerga. — Pour une fois, il peut bien dormir ici. i
€^ëst ainsi qne le petit fauve porte sa large part de respODSAbiiitè dans les événements qui vont suivre.
Resté seul» je m'abîmai dans mes réflexions. La nuit était noire. La montagmâ tout enttère était ensevelie daiu le sile]a4^.
Il fallut les grondements d&pius/en plas:ra«qm«& du guépard pour me tirer de ma méditatioxi.
Dressé contre la porte» Hiiiam-4floiJa:labQafiii|; de ses griffes grinçantes. Lui qui, tout à l'heure^ W9sàk refusé, de suivre Tanit-Zerg^, il ^^oulait sifurtir. Il voulait soriin
— Paix! — dls-^j.^. — En voilà asMz. Cottchetoi.
Et j'essfvjai de l'ajrracher de la porté.
Je n'obtiiij d'autre résultat qp'im (tosp de patte qui me fit eïianeeler..
Alors» ^p àM^assis sur non dtvan^
Mo9L fmambilité fut àé cèurte darée; <c Uni p^ d<t sincérité n^veq moi^naém^ m^ dis^je. Depuis que Morhange m'a abandoniié, depuis que j'tti yu Aiituiéft> jer n^ai plus qu'ftite peaséêv A quoi ben lue tei£rrer a^^c tes histoires» i^ailluurs £&ar^ maates» de^ Tanit-Zerga. Ce guépard ôrt uil préte&tev peulHêtre un guiâé«. Oh! je sens ql^'il va se passer cette! nuit dès choses niTfistécitUd^v ComuajBiibt ai-jispxà rester si kmgtëmps dans Finaei* tion! »
Immédiatefiiëhf^ isaâ t^solniioa f ut prisée
« Si j'^uio^e la: porte» peIt8ai^fe» ifirau^R^ boïi'^ dira à travers les couloirs^, eit j'«um fort à fâit^ po«r suivre sa piste à la eourse. U £aut précéder: airteemeut. )»^ «
Le store de la baie était mû pas* une cotdétefté^ Je le fis ebdkt. Je tordis une solicite Uà^m que Î6 fixai au eoilier mélaHique du guépard.
J'entr'ouvrk la, porte;
— Là, maisnteuant^ tu peux allée. Diouc!<^méht^ éh! doûcemisiii*
J^avais en effî^ toutes les peines du mé^^ét U modérer Tasdeut dliisam^Itai qui lu'dntr^naif à travers le ténébi^ux AMalë de» couMrs»
li était un peu moitis de aeuf hett^es^ et lés veiT^ leuaéft roses étakot presqu»* éH^Me» âPem leurs ntobes. De tempr^ eft temps, nmù»^ en* ôiK^fci^ns uuè qui, jjeifât en g^4siilaiit ses derniers tmtit. Quel laby^ )piiithel D'ores et déjà, je savais que je ne pourt^ls^ plus veecAUttâiIra le chemin de Ui e^teiâhre. 3è B'ftvais ^M «btfre le pstpmil^
D*abord furieux» il s'était, petit à petit» habitué à me remorq[uer. Il filait, presque à ras du sol, avec des reniflements de bonheur.
Rien qui ressemble à un corridor noir comme un corridor noir. Un doute me vint. Si j'allais me trouver tout à coup dans la salle de baccara. Mais c'était de l'injustice envers Hiram-Roi. prustrée, elle aussi, depuis trop longtemps, d'une chère présence, elle me conduisait bien, la brave ))ête, là où je souhaitais qu'elle me conduisit.
Soudain, à un tournant, l'obscurité vers laquelle Jnous marchions s'irradia. Une rosace verte et Irouge, d'un éclaiiage très pâle, apparut. v
. En même temps, le guépard s'arrêtait avec ua ïaiaulement sourd devant une «porte où était déjcoupée cette rosace lumineuse.
Je reconnus la porte que m'avait fait franchir, le lendemain de mon arrivée, le Targui blanc, iquand j'avais été assailli par Hiram-Roi, quand je m'étais trouvé en présence d'Antinéa.
— Nous sommes aujourd'hui de bien meilleurs compagnons, — soufflai-je en le flattant pour qu'il ne poussât pas un grognement indiscret.
En même temps, j'essayai d'ouvrir la porte.
Sur le sol, la verrière se répétait, verte et rouge.
Un simple loquet, que je fis tourner. En même ;temps, je raccourcissais la laisse, pour être plus maître d'Hiram-Roi, qui commençait à devenir înerveux.
La grande salle, où j'avais vu pour la première ïoîs Ântinéa, était toute noire. Mais le jardin sur
lequel elle s'ouvrait brillait sous une lune trouble, dans un ciel pesant d'orage qui n'éclate pas. Aucun souffle d'air. Le lac luisait comme une masse d'^tain.
Je m'assis sur un coussin, le guépard ronronnant d'impatience maintenu solidement entre mes deux genoux. Je réfléchis. Non sur mon but. Il y avait longtemps qu'il était arrêté. Mais sur les moyens.
C'est alors qu'il me sembla percevoir un murmure lointain, un bruit assourdi de voix.
Hiram-Roi grogna plus fort, se débattit. Je lui rendis un peu de laisse.^ Il se mit à raser les murs sombres, du côté d'où semblait partir le bruit. Je le suivis, trébuchant le plus discrètement possible dans les coussins épârs.
Maintenant, mes yeux accoutumés à l'obscurité discernaient la pyramide de tapis où m'était apparue Antînéa.
Soudain, je trébuchai. Le guépard s'était arrêté. Je sentis que je lui avais marché sur la queue* Brave animal, il ne cria pas.
Tâtant la muraille, je sentis une seconde porte. Doucement, doucement, comme la précédente, je l'ouvris. Le guépard rugit faiblement.
— Hiram-Roi, — murmurai-je, — taîs-toî.
Et j'entourai de mes bras son cou puissant.
Je sentis sur mes mains sa langue humide et tiède. Ses flancs battaient. Un immense bonheur les secouait.
Devant nous, éclairée dans sa partie 'centrale, une nouvelle salle venait de surgir. Au milieu.
six hommes» accroupis sur une natte, jouaient aux dés, en buvant du café dans de minustailes tasses de cuivre à longue tige.
C'étaient les Touareg blancs.
Une lanterne pendue au plafond éclairait eu rond leur cercle. Tout autour de ce nœud régnait Tombre la plus compacte.
Les visages noirs, le^ tasses de cuivre» les burnous blancs, l'obscurité et la kimîére mouvanies composaient une singulière eau-forte.
Ils jouaient avec une gravité recueillie, annonçant les coups d'une voix rauque.
Âlor&, toujours doucement» doucement» je détacbai la laisse du collier de Timpatient petit fauve.
s — Va, mon fils.
Il bondit avec un glapissement ai^.
Ce que je prévoyais était arrivé.
Le premier bond d'Hiram-Roi Favaît porté au milieu des Touareg blancs» semant le désarroi dans ce corps de garde. D*un autre bond» il était rentré dans l'ombre. J'entrevis vaguement la bouche ténébreuse d'un second couloir» de l'autre côté de la pièce, yis-à-yis de celui où Je m'étais arrêté.
« C'est là », pensai-je.
* fians la pièce, la confusion était indescriptible» muette cependant, et l'on voyait que la .proximité id'une grande présence imposait cette réserve aux gardes exaspérés. Les mises et les cornets à déi avaient roulé d'un côté, les tasses de FautrCi r
L'ATLANTIDE ÎÎ65
Deux des Touareg, violeminfent cmirfcaturés, s« {rottaient les tàtes avec de somtîs jurons.
Imrtile -de dire que j'avais profité de ce silenieleuK tohu-bobu pour me glisser dans la pièce. J^étais maintenant blotti contre la paroi du second «ouloir, celui par lequel venait de disparaître fiiram-Itoi.
Au même instant, un timbre clair tinta dans le sîtence. Au tressaillement qui secoua les Touai<eg» f e constatai que ntËEkéraire que j^avais suivi 4était le bon.
Un des six hommes se leva. Il pasfi^ à côté de ttoi, j^caâK)ttai son pas. Mon calme était parfait. lie moiîMlre de n^s mouvements était admirablement calculé.
« Au point où y^cn suis, fiie rôpétai-|e, qa^esÉt-ce que je risque : d*être reconduit poliment efaez
Le Targui souleva une tenture. A sa suite» je Tânais d'entrer dans la chambre d'Antinéa.
Cette chambre, immense, était à la fois éclairée et très sombre. Tandis que la partie droite où se tenait Antinéa, brillait de lumières exactement eirconscrites par des abat-Jcur» la partie gauche 'estait obscure.
gt Ceux qui ont pénétré dans un intérieur musulman savent ce que c'est qu'un guignol, sorte de niche carrée dans la muraille, à quatre pieds du sol, â rentrée obstruée par un tapis. On y accède pafr des marches de bois. Je venais de deviner, à gauche, un guignol. Je m'y introduisis. Mes artèrei$
battaient dans Tombre. Mais j'étais toujours calmé.
De là, je voyais, j'entendais tout.
J'étais dans la chambre d'Antlnéa.. Rien dé particulier dans cette chambre, sauf un grand luxe de tapis. Le plafond était dans l'ombre, mais plusieurs lanternes multicolores épandaient sur les étoffes lustrées et les fourrures une lueur loin-^ taine et doucei,
Etendue sur une peau de lion. Antinéa fumait* Un petit plateau d'argent, une buire étaient à côté d'elle. Hiram-Roi, blotti à ses pieds, les léchait éperdument*
Le Targui blanc se tenait debout, rigide, une ïnain sur le cœur, Fautre sur le front, dans l'attitude du salut.
D'une voix très dure, sans le regarder, Antinéc^ parla.
— Pourquoi àvez-vous laissé passer le guépard? J'ai dit que je voulais être seule^
— Il nous a bousculés, maltresse, — fit huniblement le Targui blanc.
— Les portes n'étaient donc pas fermées ?
Le Targui ne répondit pas.
— Faut-il emmener le guépard? — demanda-t-il^ Et ses yeux, sur }iiram-Roi qui le fixait sans
bienveillance, disaient suffisamment qu'il spuhaijtait une réponse négative.
— Laisse-le, puisqu'il est là, — dit Antinéa.;
Elle tapotait fébrilement le plateau de sa petitg J)îpc d'argent.
— Que fait le capitaine î — demanda-t-elle.
— Il a dîné tout à l'heure de bon appétit» — répondit le Targui.
— N'a-t-il rien dit ?
— Si» il a demandé à yoir son camarade, l'autre officier.
Ântinéa martela de coups plus brefs le petit plateau.
— N'a-t-îl rien dit encoire ?
— Non, maîtresse, — fit Thomme.
Une pâleur courut sur le petit front de TAtlantidej
— Va le chercher, — dit-elle brusquement, S'étant incliné, le Targui sortit*
C'est avec liné anxiété inexprimable que j'avais écouté ce dialogue. Ainsi Morhange, Morhange.., Etait-il donc vrai? Etait-ce injustement que j'avaisi douté de Morhange? Il avait voulu me revoir et ne l'avait pu !
Je ne quittais pas des yeux Antinéa.
Ce n'était plus la princesse hautaine et railleuse de notre première entrevue. L'uraeus d'or ne se dressait plus sur son front. Pas un bracelet, pâS une bagué. Seule une large tunique lamée la vêtait. Ses cheveux noirs, libres de tout lien, s'épâhdaient en nappes d'ébëne sur ses fragiles épaules, sûr ses bras nus.
Ses belles paupières étaient largement bleuies. Un pli lassé tordait sa divine bouche. Avais-jé dé la joie ou de la peine à voir ainsi palpitante cette nouvelle Cléopâtre, je ne savais.
258 L'AftJlNTIDE
Blotti à ses pieds, Hiram-Roi laissait peser sur elle un long regard soumis.
Un immense miroir d'orichalque, aux reflets dorés» était incrusté dans la paroi de droite. Sou* dain, Antinéa se dressa devant lui. Je la vis nue. ^ Spectacle amer et splendide ! Comment se oom» porte devant sa glace une femme qui se croit seule» dans Tattente de l'homme qu'elle veut dompter.
De six brûle-parfums disséminés dans la pièce montaient dlnvisibles colmines de fumée odorante. Les essences balsamiques de TArabie-Pétrée tissaient des trames ondoyantes où se prenaient mes sens dévergondés... Et, me 'tournant le dos, toujours droitei comme un lys, devant son miroir, Antinéa souriait.
^Des pas assourdis sonnèrent dans le couloir. Instantanément, Antinéa reprit la pose noncha* lante sous laquelle, la première fois, elle m'était apparue. Il faut avoir vu une telle transformatioii pour y pouvoir croire.
Précédé par le Targui blanc, Morhange venait iie pénétrer dans la chambre.
Lui aussi était un peu pâle. Mais je fus surtout f rfq>pé par l'expression de paix sereine qui régnai^ sur ce visage que je croyais o^>endant eœmaltie* Je sentis que jamais je n'avais compris rhomm^ gu'était Moi^ange» jamais. '^
"1^ n se tint droit devant AntiBéai» sana gvoir l'air jla remarquer le gest^ j'inyttiitioa ^ i'asgfi<4£ gpt^eile lui ftvait f aitâ ^ ;
Elle le regarda en souriant.
— Tu t'étonnes peut-être, — fit-elle enfin» •— qn*à une heure si tardive je te fasse venir.
Morhange ne sourcilla pas.
— As-tu bien réfléchi ? demanda-t-elle.
Morhange eut un sourire grave, et ne répondit
pas.
Je vis sur le visage d^Antinéa Teffort qu'elle faisait pour continuer à sourire ; j*admirai la maîtrise de ces deux êtres.
— Je t'ai fait venir, — reprit«^lle. — Tu ne devines pas pourquoi? Eh bien, c'est pour t'annoncer quelque chose à quoi tu ne t'attends pas. Ce n'est pas te faire une révélation que te dire : je n'ai jamais rencontré un homme tel que toi» Durant ta captivité auprès de moi, tu n'as manifesté qu'un seul désir. Tu te rappelles lequel ? '
— Je vous ai demandé, — dit simplement Morhange, — l'autorisation de revoir, avant de mourir, mon ami.
Je ne sais, en entendant ces paroles, lequel des deux sentiments surpassa en mon cœur l'autre, du ravissement ou de l'émotion : ravissement de constater que Morhange disait vous à Antinéa ; émotion d'apprendre quel avait été son unique vœu.
Mais déjà, d'une voix très calme, Antinéa disait :
— Justement, c'est pour cela que je t'ai con- Vi/ipié, pour te dire que tu vas le revoir. Je fais plus. Tu me mépriseras peut-être davantage en
constatant qu'il t'a suffi de me tenir tête pour m'amener à subir ta volonté» moi qui jusqu'ici ai plié tous les autres à la mienne. Quoi qu'il en soit» c'est décidé : à tous les deux, je vous rends votre liberté. Demain» Cegheïr-ben-Cheïkh vous Ireconduira en dehors de la quintuple enceinte^ £s-tu satisfait ?
— Je le suis, — jfit Morhange avec un sourire railleur.
^ntinéa le regardait.
^— Cela me permettra, — reprit-il, — d'orgàhiser yn peu mieux la prochaine excursion que je compte faire par ici. Car vous ne doutez pas que je ne tienne à revenir vous témoigner ma reconnaissance. Seulement, cette fois, pour rendre à une aussi grande reine les honneurs qui lui sont dus, je prierai mon gouvernement de me jbonfier deux ou trois cents soldats européens! ainsi que quelques canons.
Antinéa s'était dressée, très pâle.
~ Tu dis î
— Je dis, — fit froidement Morhange, — que c'était prévu. Âpres les menaces, les promesses.
Antinéa marcha sur lui. Il avait croisé ses bras. Jl la regardait avec une sorte de pitié grave.
«~ Je te ferai mourir dans les plus atroces supplices, — dit-elle enfin.
— Je suis votre prisonnier, — dît Morhange.
— Tu souffriras des choses que tu ne peux même Supposer.
Et Morhange répéta avec le même ^alme triste ;£
— Je suis votre prisonnier.
Antinéa tournait dans la salle comme une bête en cage. Elle alla vers mon compagnon, et, ne se connaissant plus, le frappa au visage.
II sourit et la maîtrisa, unissant ses petits poi- . gnets qu'il tenait serrés avec un étrange mélange de force et de délicatesse.
Hiram-Roi rugit. Je crus qu'il allait bondir. Mais les yeux froids de Morhange le retinrent, fasciné^
— Je ferai périr devant toi ton compagnon, — balbutia Antinéa.
Il me sembla que Morhange était devenu plus pâle, mais ce ne fut qu'une seconde. Il riposta par une phrase dont la noblesse et la perspicacité me stupéfièrent. >
— Mon compagnon est brave. Il ne craint paS la mort. Et je suis sûr en outre qu'il la préférera à une vie que je lui rachèterais au prix que vou$ me proposez.
Ce disant, il avait lâché les poignets d'Antinéa« Elle était d'une pâleur effrayante. De sa bouche, je sentis que les paroles définitives allaient sort'^»
— Ecoute, — dit-elle.
Qu'elle était belle, alors, dans sa majesté m^^prisée, dans sa beauté pour la première fois im^ puissante !
— Ecoute, — reprit-elle. — Ecoute. Une dernière fois. Songe que je tiens les portes de ce palais, songe que j*aî un empire suprême sur ta vie., Songe que tu ne respires qu'autant que je t'aime, songe.
— J'ai songé à tout cela, — dit Morhange.
— Une demi&re fois, — répéta. Antinéa.
La menreiUeose sérénité du visage de Morhange
se fit alors telle que je ne vis plus son interlocutrice, n n'y avait plus rien de la terre dans ce visage transfiguré.
— Une dernière fois, — fit la voix presque l>risée d'Ântinéa.
Marhange ne la voyait plus.
— Eh bien, sois satisfait! — dit-elle.
Un son clair retentit. Elle avait frappé sur le timbre d'argent. Le Targui blanc parut.
— Sors.
Et Morhange, tête droite, sortit.
Maintenant Antinéa est entre mes bras. Ce n'est plus Taltiëre, la méprisante voluptueuse que je presse sur mon cœur. Ce n'est plus qu'une petite fille malheureuse et bafouée.
Telle est sa prostration : elle ne s'est pas étorî'
'^ée de me voir surgir à e'ôté d^elle. J'ai sa tête sur
^!on épsLiale. Comme le croissant lunaire dans les
liages noirs, je vois apparaître et disparaître parà£d la chevelure le petit profil d'épervîer. Ses bras iièdes m'étreignent convulsivement...
tremblant cœur humain,..
Qui pourrait résister à de tels èmbraasênîmts, parmi ces parfums multipliés, cette moiteur noclume! Je sens que je ne suis plus qu'un être abdiqué. Est-ce ma voix, cette voix qui murmure T
— Ce que tu voudras, ce que tu me demanderas, je le ferai, je le ferai. ^^
Mes sens sont aiguisés, décuplés. Ma tête renversée repose sur un petit genou nerveux et doux. Les nuages d'odeurs tourbillonnent. Il me semble soudain que les lanternes d'or du plafoBd se mettent à osciller comme des encensoirs géants. Est-ce ma voix, cette voix qui répète dans iiii têve :
— Ce que tu voudras, je le ferai.
Presque contre mon visage, j'aperçois celui d'Antinéa; dans les prunelles immenses, une lueur étrange a passé.
Un J>eu plu» loin, je vois les pnmelles fulgurantes d'Hiram-Roi. A côté de lui» il y a ime petite table de Kairouan, bleu et or. Sur cette taUe, je VOIS le timbre qui scrrt à Antinéa pour appeler. Je vois k marteau dont elle Ta heurté tout à Tbeure, wù marteau à mancbe d'ébène très loog, à lourde tête d'argent... )e marteau avec lequel le petit lietitenant Ksàske a d<mné la mort«
Je ne vois phis rien*