LES FRUITS DES SAISONS
particulière de chaque saison^ et son aspect caractéristique, depuis l*hiver aux neiges silencieuses jusqu'à 1 été \erdoyant et généreux. Complétons ici notre esquisse de la marche générale des saisons; considérons son influence sur la vie humaine^ démontrée par la statistique^ qui^ de nos jours, ne respecte plus rien.
Si nous examinons d'abord la mortalité dans chaque pays^ nous voyons qu'elle éprouve des variations très-sensibles selon les différents mois de Tannée. Déjà de nombreuses recherches ont été présentées sur ce sujet intéressant^ et Ton a reconnu que^ dans nos climats^ les rigueurs de Thiver sont en général mortelles pour l'espèce humaine.
La vie des plantes et celle des animaux sont* intimement liées à la marche des saisons^ comme nous lapprécierons sous une forme spéciale dans le chapitre suivant. La vie humaine^ quoique en apparence plus individuelle et plus indépendante, n'en subit pas moins les lois élémentaires de la nature terrestre qui a formé nos corps. En analysant les proportions des décès de la Belgique suivant les âges^ M. Quételet a constaté que les petits enfants sont plus sensibles aux variations de la température. Pendant la première année^ la plus grande mortalité des enfants arrive en été^ en aoùt^ la moindre en avril et novembre.
Après la première année^ la mortalité des enfants change complètement : le maximum se présente après Thiver^ et le minimum en été. Vers Tâge de huit à douze ans^ ces termes se déplacent un I)eu et avancent dans Tordre des mois^ jusqu'après Tépoque de la puberté, de manière que le maximum des décès s'observe en mai^ et le minimum en octobre. Après la puberté, le maximum rétrograde jusqu'à l'âge de 25 ans, et vient se placer invariablement au mois de février^ jusqu'aux âges les plus avancés. Quant au minimum, il ne quitte plus Tété.
A aucun âge de la vie,Tinfluence des saisons n'est plus sensible sur la mortalité que dans la première enfance et dans la vieillesse, cl à aucun âge elle ne Test moins qu'entre 20 et 25 ans, lorsque J'bomme physique, entièrement développé, jouit de la plénitude de sa force.
Dans la figure 1 07, la courbe pleine est tracée suivant les nombres généraux de la mortalité en Belgique et en France , à Texception des villes de Bruxelles, Paris et Lyon. La courbe pointillée est tracée d'après les nombres donnés par ces villes. On voit qu'en outre de fa règle générale qui place le maximum de la mortalité en février et le minimum en juin, l'influence des saisons est plus
marquée dans les campagnes que dans les villesy oii Ton réunit plus de moyens de se préserver de l'inégalité des températures. La hauteur de la courbe dépend du nombre de morts correspoudant à chaque mois^ Après les décès^ passons aux naissances. Les documents relatifs aux naissances présentent aujourd'hui les renseignements les plus complets. La période annuelle est biea connue^ et ses effets scientifiques ont été appréciés dans la plupart des pays ; on prévoit même déjà une période diurne.
Le nombre principal des naissances arrive de février à mars, quelle que soit la nation ou la ville que l'on prenne pour exemple.
Les mois de juin et juillet sont ceux où il nait le moins d'enfants. On trouve un second maximum sept mois après le premier^ vers le commencement de l'automne.
Il naît environ 55 000 enfants par an à Paris.
Le maximum (5100) arrive en mars; le minimum (3900) arrive en juin. Pour la France en-
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Fig. 107. - Influence des saisons sur les déc^s. nombre rond^ un mil*
lion de naissances par an. Le maximum^ qui arrive également en mars^ est de 730000; le minimum, qui arrive en juin, est de 565000. On aura, du reste, une idée plus facile à saisir de cette influence des saisons
1. Comme exemple d'une année pour la ville de Paris, voici les décès de Tannée 1S69, divisés par mois (population, 1 825274 habitants) :
Janvier Février Mars...
Avril. . .
Mai....
Juin . . .
Moyennes par jour.
Juillet . . . .
Août
Septembre Octobre. •• Novembre.
Décembre.
Mojeoo'»
pâT j*<Lr.
Maximum, mars; minimum, juillet et octobre. ^ Total» 45 873.
sur les naissances en examinant la figure 1 08^ dans laquelle la hauteur de la courbe et ses ondulations correspondent aux chiffres mensuels des déclarations officielles de naissances. Ces courbes sont tracées d*après les nombres réunis de la France et de la Belgique. [On a remarqué; dans certains pays^ une échancrure dans la courbe^ au mois de décembre^ indiquant une diminution de conceptions en marS; produite par Tobservation de Tabstinence du carême. C'est ce qu'un relevé de deux siècles a permis de constater en particulier à Versailles par mon savant confrère le docteur Bérigny. Mais^ dans ce cas^ ce qui manque en mars se reporte sur avril : la nature ne perd pas ses droits.]
L'influence^ soit directe^ soit indirecte^ de la révolution annuelle de la Terre autour du Soleil, des grandes variations de la température que cette révolution détermine ; et de certaines constitutions météorologiques , sur les conceptions ; et les naissances du genre humain^ parait donc bien évidente. Cette induction est d'autant mieux démontrée que de l'autre côté de Téquateur, où les saisons se succèdent à Topposé des nôtres^ comme par exemple à Buenos-Ayres, le retour périodique des mêmes résultats paraît s*effectuer durant les mêmes saisons ^ c'est-à-dire à six mois d'intervalle. Le renversement du maximum et du minimum suit exactement celui des saisons. En outre^ les époques du maximum et du minimum des conceptions avancent dans les pays chauds et retardent dans les pays froids.
Les heures du jour ont aussi une influence sur les naissances. Il naît 5 enfants de 6 heures du soir à 6 heures du matin pour 4 de 6 heures du matin à 6 heures du soir. Le minimum est à 10 heures du matin^ le maximum à minuit.
Cette influence est moins prononcée pour les décès. Cependant Taspect d'un grand nombre de tableaux montre qu'un minimum très-accentué se manifeste entre 6 heures du soir et minuit. On meurt plus le matin.
Ainsi^ il résulte de tous les faits cités que^ dans notre état de .
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Tis. 108.— Influence des saisons sur les naissances.
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eivilir^atioa 7 aoiis »)mniP3 . en partie du moins ^ soumis aux diverses infliienci^ p«^rio<iii{iieâ ^'ofiBrent, sous le rapport qui nouâ occupe^ les plantes et les animain, Les saisons laissent une trace ineffarable de leur pasr^îure par leur influence sar le nombre des naiïïsances et des décès qui s opèrent, chaque année, dans les divers États de TEonipe. H peut être curieux de rechercher, d autre part, s'il eu est de mèoie du nooibre des mariages. Dans cet ordre de phénomènes, les usages établis et les volontés individuelles doivent avoir une part beaucoup plus grande. Les causes constantes qui déterminent la période, plus assujetties a la volonté humaine et aux habitudes reli:zieuses, doivent avoir des ^ets marqués chez les différents peuples. ^Zependant F influence météorol<^ique n'en reste
pas moins marquée.
Deux maxima se présentent aux mois de mai et de novembre ; le maximum de mai est celui qui se prononce surtout de la manière la plus sensible. Le minimum d*été arrive en août. — Mais on remarque pendant Ihi- Tcr deux dérangements complets^ qui tiennent lun à la fin de Tannée qui iait reporter sur janvier la moitié des ^mariages qu'il aurait fallu compter en décembre^ et Tautre qui, par l'arrivée du carême, iait avancer d'un mois environ les mariages qui sans cela auraient Heu en nmrs. Ces deux augmentations des nombres de décembre et de mars, &ites en diminuant les valeurs de janvier et de février, donnent à la courbe une régularité assez remarquable. — La courbe échancrée de mars et décembre est une courbe sociale. La courbe naturelle serait la courbe pointillée.
C'est ici surtout, ditQuételet, que l'on trouve une admirable con* firmation du principe que : Plus le nombre des individus que Ton observe est grand, plus les particularités individuelles, soit phv* siques, soit morales, s'effacent et laissent prédominer la série des faits généraux en vertu desquels la société existe et se consene.
J<uar ï ev itar» Ami Hax Juia JuiIAjût S«pt. Jet ^ov î^ece J^ax.
Fig. lOÎ^. — Inluer.ce des saisom sur les mariages.