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L'AUTOMNE. — L'AIR ET LA TERRE VÉGÉTALE

vie. A l'exception de Teau^ c'est la seule substance qui dans le sol fournisse un aliment aux plantes. Nous n*avons qu'à observer les progrès de la végétation sur les rochers nus pour étudier rhistoire de la terre arable depuis le commencement du monde. D'abord il s'y forme des lichens et des mousses^ dans la décomposition desquels des plantes plus parfaites trouvent leur nourriture. Celles-ci à leur tour augmentent la masse du terreau par leur putréfaction; ainsi^ à la fin^ il s'y forme une couche d'humus^ qui peut alimenter les arbres les plus vigoureux.

L'automne, en répandant à la surface de la Terre les dépouilles des bois^ les débris de la végétation dont les coteaux et les plaines étaient enrichis aux beaux jours du soleil^ et en arrosant le sol par ses pluies multipliées; l'hiver, en ensevelissant les campagnes endormies sous son immense couverture de neige, préparent l'un et i*autre les conditions de la vie nouvelle qui doit ressusciter au printemps. Sans l'air les plantes ne respireraient pas et ne sauraient exister, même les plus inférieures. Sans l'air, la surface du sol ne pourrait recevoir le moindre tapis «de mousse, ni le plus léger humus végétal : la terre serait partout abrupte, stérile et dénudée. Sans l'air, les nuages ne sauraient se former, ni se tenir suspendus au-dessus des campagnes. Sans l'air, il n*y aurait ni pluies, ni eau, ni humidité, ni vent, ni circulation. L'Atmosphère s'affirme, de quelque côté qu'on l'étudié, comme la condition suprême et comme l'organisatrice permanente de la double ne végétale et animale qui fonctionne sur cette planète. Les saisons modifient constamment le sol géologique lui-même. Pour l'observateur peu réfléchi, il semble que les roches et les substances minérales soient absolument indestructibles, qu'elles représentent pour ainsi dire le type de la stabilité et de la durée. Mais un peu d'attention fait voir que les roches se détruisent sans cesse, et que toute substance minérale exposée à l'air et à la pluie est forcément vouée à la destruction. L'air, par son humidité^ son acide carbonique et son oxygène, exerce sur les roches une puissance d'altération vraiment extraordinaire. Aucun rocher ne résiste à son influence : calcaire et basalte, granit et porphyre, rien n'est à l'abri de l'attaque chimique de l'Atmosphère et de l'eau. Ce que les poëtes et les rhéteurs appellent la main du temps n'est autre chose que cette action chimique s'exerçant pendant un long intervalle. Les alternatives de chaleur et de froid sont de puissants auxiliaires de l'air dans cette œuvre de destruction. Le froid brise en fragments^ par suite de la congélation de l'eau qui

les a pénétrées^ les pierres que Taction de Fair doit ensuite décomposer : c*est une division mécanique qui prépare et facilite une décomposition chimique.

Le calcaire grossier retiré des terrains tertiaires^ a\ec lequel on bâtit les maisons de Paris^ subit une désagrégation lente^ qui les fait tomber en poussière. Le peuple attribue cette altération à Tastre des nuits; il dit que la Lune mange les pierres. — Le savant hydraulicien Bélidor fait à ce propos la consolante remarque que les actions étant réciproques et la Terre étant bien plus grosse que la Lune^ elle doit lui en manger bien davantage 1

Âinsi^ de nos jours et sous nos yeux^ Faction combinée de Teau et de l'Atmosphère produit^ en agissant sur les roches qui composent les montagnes^ des éboulements^ des chutes de terrains^ etc., aussi désastreux quelquefois que les tremblements de terre ou \^^ éruptions volcaniques.

Les montagnes se détruisent sans cesse. Le froid fend et divise les roches^ Tair les décompose^ Teau les lave et les emporte. Cest un nivellement général opéré par les seules forces de la nature. Si la Terre dure assez longtemps et n'a plus de ces secousses qui laissent des reliefs à sa surface^ les montagnes finiront par s'user, les vallées et la mer par s'exhausser; si bien que^ comme rien ne se perd^ l'eau de l'océan^ débordant petit à petit, occupera à la tin toute la surface du globe, avec deux cents mètres d'épaisseur — couche suffisante pour noyer le genre humain et ses œuvres.

Ainsi l'air, soit directement, par son action lente, soit par 1 intermédiaire des végétaux et des animaux, modifie constamment la surface de notre planète. Aujourd'hui c'est la mince couche de terre arable qui constitue pour nous la plus grande richesse de la terre. Cette couche est extrêmement mince, et dans la plupart des pays n'atteint guère plus d'un pied d'épaisseur. La culture dépend à la fois de sa composition chimique, de l'engrais par lequel on l'enrichit, et du sous-sol sur lequel elle repose. Ce sous-sol n est pas insignifiant, car suivant qu'il est argileux, sablonneux ou calcaire la pluie agit en des proportions plus ou moins favorables. On peut remarquer facilement la mince épaisseur de la terre végétale par les nombreuses tranchées que l'industrie des chemins de fer a opérées un peu partout, surtout lorsque ces tranchées sont fiiites dans la craie blanche (comme par exemple au sud de Paris, au chemin de fer de Sceaux, de Montsouris à Arcueil, où la terre grise de la surface n'est qu'un tapis de quelques décimètres d'épaisseur .

Les saisons^ dont la valeur astronomique est due à la transla-

lioQ de la planète inclinée autour du Soleil relativement immobile^ et dont Tœuvre météorologique est due à Texisteoce et à la nature de TAtmosphère^ les saisons^ disons-nous^ se succèdent comme oous lavons analysé pour Tentretien de la vie terrestre. Nous arrivons à la dernière^ à Thiver^ sombre^ froid et glacé. Prenons une juste idée des météores qui le caractérisent.

Tout d abord^ regardons ensemble ce paysage d'hiver qui vient de passer sous nos yeux. C'est le même que celui que nous avons vu, coloré et plein de mouvement, par une belle journée d'été fp. 372). Il est transformé maintenant sous le ciel gris et silencieux d'hiver. Le vert feuillage a disparu des arbres, la prairie est recouverte dune couche de neige grésillante, le ruisseau est gelé et 1 habitation du paysan semble morte elle-même comme la nature....

Avec rabaissement progressif de la température, le thermomèlre est descendu jusqu'au niveau inférieur de ses indications caloriûques^ jusqu'au zéro, point remarquable, où l'eau cesse de prder son état liquide, et devient solide ! comme le minéral. Elle peut alors revêtir des formes différentes, soit qu'elle devienne massive, à l'état de glace, soit qu'elle s'agglomère légèrement dans les fines broderies du givre, soit qu'elle tombe lentement en paillelles de l'Atmosphère et se soude dans les flocons étoiles de la neige. C'est ordinairement par ce dernier météore que Thiver commence à s'alïirmer, car la neige se produit dos que la température est descendue à zéro. Si cette température égale ou inférieure à zéro s'étend depuis les nuages jusqu'à la surface de la terre, l'eau arrive jusqu'au sol à l'état de neige. Si la neige en tombant n'a qu'une faible couche d'air au-dessus de zéro à traverser, et qu'elle soit abondante, elle arrive de même à l'état de neige et y persiste. C'est ce que l'on voit parfois en été (exemple : la chute de neige du 4 juillet 1868 près de Nice, entre la Tinée et la Vésubie, qui persista jusqu'au lendemain dans les vallées de Saint-Sauveur et de Rimplas). Si la couche d'air qui avoisine le sol est d'une haute température et d'une épaisseur de plusieurs centaines de mètres, la neige n'arrive pas jusqu'à terre, et nous recevons de la pluie plus ou moins froide. C'est le cas d'un grand nombre d'averses de printemps et d'automne, car au-dessus de la ligne de zéro dans l'Atmosphère, que nous avons tracée plus haut, l'eau des nuages est constamment à l'état de neige, aux jours les plus chauds de l'été aussi bien qu'en hiver.

En développant son tapis à la surface de la terre, la neige forme à la fois une couverture et un écran : une couverture^ parce qu'é-

tant peu conductrice, elle s'oppose au passage de la cbaleur et empêche la terre qui la supporte de se refroidir jusqu'au degré de l'air; ud écran, parce qu'elle s'oppose au rayonnement nocturne. C'est ce que M. Boussingault a constaté à Bechelbronn, en 1841, en plaçant un premier thermomètre sur la neige et en recouvrant la boule de neige, un second sous la neige, en contact avec le sol, et un troisième à l'air libre à M mètres de hauteur. Voici quelquesunes de ses remarques :

Sous la neige. C-O — S'.S 0°,0 — 2»,0 O'.O

Surlaneige.. — 15 — 12 0 — l k — 82 — 10

La température est toujours plus élevée au-dessous de la nci^e qu'au-dessus. Sans la neige, dans les matinées du 12 et du 1.3 ftvrier citées ci-dessus, les feuilles, les tiges, le collet des racines auraient subi un froid de — 12° et de — 8°. Ce sont ces refroiilissemciits nocturnes qui font périr un grand nombre de plants (]•! blé d'automne quand le champ n'est pas abrité.

Au sommet du Mont-Blanc, Cli. Marlins a observé — 17" ,6 à la surface de la neige, et— 14<*,6 à deux déciini très de prorondeur (28 aoùtiaii).

Je relèverai aussi les expériences de Rozet, dans lesquelles la tempéraliire Ju sol sous la neip:e se montre à —V,b et —2 degrés, celle du sol découvert de nà^v étant à —£",5 et —3 degrés 'Paris, janvier 1855).

La neige ajoute encore une influence aux premières en faveur de la fertilisation du sol. Comme la pluie et comme les brouillards, elle renferme une proportion notable d'ammoniaque (plusieurs milligrammes par litre d'eau), qui existe à l'état volatil dans l'Atmosphère, et qu'elle prend et ramène sur le sol en s'opposant ensuite à sa volatilisation, qui ne manque jamais d'arriver après les pluies et surtout après tes pluies chaudes.

Si, comme il arrive ordinairement, la terre a subi, avant que la neige tombe, l'action d'une forte gelée, capable de tuer les insecle^ nuisibles, toutes les chances sont en faveur d'une année ferlile.

Originairement, c'est-à-dire dans les nuages glacés des hauteurs de l'Atmosphère, la neige paraît être formée de filaments de glace •.'xtrëmement déliés. Lorsque les gouttelettes d'eau qui forment les brouillards et les nuages ordinaires se congèlent, ce qui n'arrive (]iie par des froids de 30 et 30 degrés, sous l'influeDce des hautes altitudes ou de courants glacials, il est probable que ces .^'outteleltes ne gardent pas alors leur état sphéroïdal, mais qu'elles

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