LA NEIGE
tombent un instant^ et prennent la forme d*un ûlament qui se gèle au moment même de la transformation physique. En vertu des lois de la cristallisation^ ces petits filaments de glace se soudent suivant des angles de GO degrés^ et forment les figures si nombreuses^ mais toutes du même ordre géométrique^ de la neige. Puis ces nuées de neige descendent plus ou moins vite dans leur atmosphère calme, se dilatent ou se resserrent plus ou moins suivant les conditions de température auxquelles elles sont soumises. C'est ainsi que je considère la formation de la neige, sans toutefois Taflirmer, car nul n a encore assisté directement à cette formation, et malgré mon grand désir, je n'ai pas encore réussi à m'élever en ballon jusqu à l origine d'une chute de neige*.
La construction des flocons de neige a frappé depuis longtemps les observateurs. Keppler parle de leur structure avec admiration, et d'autres physiciens ont cherché à en déterminer la cause; mais c'est seulement depuis Tépoque où Ton a appris à connaître les lois de la cristallisation en général (ex : soufre, sel, etc.) qu'il a été possible de jeter quelque lumière sur ce sujet.
Nous apprenons en géométrie que de tous les polygones inscrits dans un cercle il n'y en a qu'un seul dont tous les côtés soien». éj^aux aux rayons de ce cercle : c'est l'iiexagone régulier, ou figure à six côtés. Or, c'est cette figure géométrique simple et complète que la nature semble préférer à toutes les autres. C'est elle que Tabeillc et la guêpe construisent dans leurs alvéoles, et l'ingénieuse mouche à miel a résolu de plus le grand problème géométrique de « fournir le plus d'espace avec le moins de matière » en donnant pour fond à son hexagone une pyramide à trois rhombes égaux. Cette figure hexagonale est découpée sur les fleurs des cbamns, et nous la retrouvons dans les cristallisations de la glace et de la neige, dans l'analyse de toutes les formes présentées.
La tendance de la glace à prendre une forme cristalline est rendue sensible par les dessins de feuilles de fougère que l'on observe
1. Dans son ascension du 26 juin 1863, M. Glaisher rencontra à 4500 mètres un nuage de neige immense, car il s'étendait sur une épaisseur de 1800 mètres. Cétait ane scène véritablement admirable. Cette neige était entièrement composée de petits cristaux parfaitement visibles, d'une délicatesse extrême. On voyait les pointes écartées les unes des autres, suivant deux systèmes de cristallisation , car les intervalles angulaires étaient les uns de 60^ et les autres de 60-f-30, ou 90**. Il y avait une multitude de formes variées qu'il était facile de reconnaître, en les recueillaot sur la manche de Thabit.
Quand cette neige cessa de tomber, les aéronautes notaient plus qu'à dix mille pieds du sol, et entraient dans un brouillard épais dont ils ne purent sortir qu'en toachant le sol.
sur les carreaux de vitre en hiver, quand Teau vient à s'y congeler. Chacun a vu ces cristaux arborescents sur les fenêtres des pièces non chauffées, figures souvent fantastiques dont le peut dessin ci-dessus (fig. 1"23) donne simplement l'idée analytique. Les lignes naissent, se prolongent, se multiplient comme des rameaux, s'étendent sur le tableau de verre en faisant constamment des angles de 00 degrés.
Si nous prenons un bloc massif de glace, nous pourrons, en le fondant lentement au foyer d'un faisceau de lumière électrique et en projetant cette dissection sur un écran, apercevoir les molécules de glace se séparant les unes des autres en laissant voir leur structure géométrique. La force cristalline avait silencieusement et symétriquement élevé atome sur atome; le faisceau électrique les fait tomber silencieusement et symétriquement. « Observez celte ima'Eo, disait sif Jolin Tvndall à l'une de ses lerons de l'Institution
Fig. 123. — Arbore s :e lices de la glace sur les vitres.
royale d'Angleterre, observez cette image (fig. 134', dont la bejulé est encore bien loin de l'effet réel. Voici une étoile, en voilà une autre; et àmesureque l'action continue,laglaceparaitserésoud[f de plus en plus en étoiles, toutes de six rayons «t ressemblant chacune à une belle fleur ù six pétales. En faisant aller et venir ma lentille, je mets en vue de nouvelles étoiles; et, à mesure que l'action continue, les bords des pétales se couvrent de dentelures, et dessinent sur l'écran comme des feuilles de fougère. Très-peu, probablement, des personnes ici présentes étaient initiées aux beautés cachées dans un bloc de glace ordinaire. Et pensez qiieb prodigue nature opère ainsi dans le monde tout entier. Chaque atome de la croûte solide qui couvre les lacs gkcés du Nord a été fixée suivant cette même loi. La nature dispose ses rayons avK harmonie, et la mission de la science est de puritier assez nos organes pour que nous puissions saisir ses accords, m