‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 14 sur 269 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C'est au grand chimiste français Lavoisier que la science est redevable de la découverte de la composition chimique de lair.

Remontons directement aux recherches de ce laborieux observateur, et écoutons de sa propre bouche le résumé de ses curieuses études.

Notre atmosphère, remarque-t-il, doit être formée de la réunion de toutes les substances susceptibles de demeurer dans Tétat aériforme au degré habituel de température et de pression que nous éprouvons. Ces fluides forment une masse de nature à peu près homogène, depuis la surface de la Terre jusqu'à la plus grande hauteur à laquelle on soit encore parvenu, et dont la densité décroît en raison inverse des poids dont elle est chargée ; mais il est possible que cette première couche soit recouverte d'une ou de plusieurs autres, de fluides très-différents.

Quel est le nombre et quelle est la nature des fluides élasti* ques qui composent cette couche inférieure que nous habitons?

Après avoir établi que la chimie présente deux méthodes essentielles pour l'étude des corps, savoir l'analyse et la synthèse, Lavoisier décrit comme il suit sa fameuse expérience de la première analyse de l'air :

J'ai pris un matras (fig. ]9| de 36 pouces cubiques environ de capacité, dont le col était très-long et avait 6 k 7 lignes de grosseur intérieurement. Je l'ai courbé, comme on le voit représenté (fig. 20), de manière qu'il pût ôtre placé dans un fourneau M, tandis que l'extrémité e de son col irait s'engager sous la cloche 0, placée dans le bain de mercure. J'ai introduit dans ce matras k onces de mercire très-pur, puis, en suçant avec un siphon que j'ai introduit sous la cloche G,

j'ai élevé le mercure jusqu'en L; j'ai marqué soigneusement cette hauteur avec une bande de papier collé, et j'ai observé exaclenient le baromètre et le thermomëU-e.

Les choses ainsi préparées, j'ai allumé du feu dans le fourneau, et je l'ai entretenu presque continuellement pendant douze jours, de manière que le mercure fût échauffé jusqu'au degré nécessaire pour le faire bouillir.

[| ne s'est rien passé de remarquable pendant tout le premier jour : le mercure, quoique non bouillant, était dans un état d'évaporation continuelle, il tapissait l'intérieur des vaisseaux de goiitteletles, d'abord très-fines, qui allaient ensuite en augmentant, et qui, lorsqu'elles avaient acquis un certain volume, retombaient d'elles-mêmes au fond du vase et se réunissaient au reste du mercure. Le second jour, j'ai commencé à voir nager à la surface du mercure de petites parcelles rouges, qui pendant quatre ou cinq jours ont augmenté en nombre et en volume, après quoi elles ont cessé de grossir et sont restées absolument dans lemèmettat. Au bout de douze jours, voyant que la calcinalion du mercure ne faisait plus aucun progrès, j'ai éteint le fi'u et j'ai laissé refroidir les vaisseaux. Le volume de l'air

Fig. 30. — L'appareil.

contenu tant dans le raatras que dans son col et sous ta partie vide de la cloche était, avant l'opération, do 50 pouces cubiques environ. Lorsque l'évaporation a été finie, ce même volume, à pression et à température égales, ne s'est plus trouvé que de ki à 43 pouces: il y avtût eu, par couséquent, une diminution de volume d'un sixième environ. D'un aulre c.té, ayant rassemblé soigneusement les parcelles rouges qui s'étaient formées, et les ayant séparées, autant qu'il était possible, du mercure coulant dont elles étaient baignées, leur poids s'est trouvé de 45 grains.

L'air qui restait après cette opération, et qui avait élè réduit aux cinq sixièmes de son volume par la calcination du mercure, n'était plus propre à la respiration ni à la combustion ; car les animaux qu'on y introduisaity périssaient en peu d'instant, et les lumières s'y éteignaient sur-le-champ, comme s'y on les eût plongées dans l'eau.

D'un aulre cùli5, j'ai pris les 45 grains de matière rouge qui s'était fonnée [wndant l'opération, je les ai introduits dans une très-pelite cornue de verre à laquelle était adaplé un appareil propre à recevoir les produits liquides et aériformea qui pourraient se sèiiarer ; ayant allumé du feu dans le fourneau, j'ai observé qu'à mesure que la matière roug^ était échauffée, sa couleur augmentait d'intensité. Lorsque ensuite la cornue a approché de l'incandescence, la matière rouge a cornmencé à perdre peu à peu de son volume, et en quelques minutes elle a entièrement disparu ; en même temps, il s'est condensé dans le petit récipient 41 grsips 1/3 de meicure coulant, et il a passé sous la cloche 7 à 8 pouces cubiques d'un fluide élas-

Kg. 11. — Ltvoisier analysant l'air atmuipliérique.

Page 1