ASCENSIONS DE MONTAGNES
censioDs sont faites par des touristes, qui mettent leurs jours en danger par simple curiosité et sans aucun intérêt scientifique. Un très-petit nombre méritent, comme par exemple celle de MM. Cli. Martins, Bravais et Lepileur, eo 1844, d'être inscrites à côté de celle de Saussure comme contribution au progrès des coonaissances humaines. Plusieurs ont été marquées par de terribles catastrophes, ordinairement dues à la témérité et à l'imprudence. L'une des plus mémorables est celle du 20 août llj'iO, conduite par le docteur Hamel malgré la neige fraîchement tombée, et où trois guides furent engloutis dans la grande crevasse que l'on voit à la base du sommet du Mont-Blanc. En 1845, l'ascension
Fig. 139. — Cïta&lroplie du
remarquable de MM. Desor, Dollfus-Ausset et Daniel DoUfus fut terminée par un éboulement dans lequel celui-ci ne dut la vie qu'à un petit escarpement de roches sur lequel l'avalanclic le laissa pendant sa chute formidable. En 18G4, l'asceositm do M. Tyndall au pic de .Morteratsch se termina par une pareille avalanche, sans mort d'Iiomme. I) n'en fut pas de même dans la catastrophe du mont Cervin, en 18G5. Sept voyageurs s'étaient élevés à la cime de ce pic pointu, et pour redescendre, s'étaient attachés, comme d'habitude, à une longue corde. Par un faux pas, le second de la file tomba sur le premier, puis le troisième, puis le quatrième, et, de précipice en précipice, descen-
dirent^ la lête la première, pour ne s'arrêter qu'à une profondeur de 4000 pieds. Les trois derniers eurent le temps d'enfoncer dans la glace leurs bâtons ferrés, et de s'y arc-bouter avec la plus grande énergie; la corde se rompit et ils furent sauvés, mais les quatre autres, parmi lesquels était lord Douglas, étaient broyés en pâte.
La fusion des neiges entraîne parfois des déplacements du centre de gravité des grandes masses, qui alors s'écroulent le long des flancs des montagnes, heurtant avec violence tous les obstacles qui s'opposent à leur chute accélérée. Ce sont les avalanches, dont plusieurs, trop mémorables, ont détruit des villages entiers et enseveli de paisibles populations sous leurs ruines. La plupart des chutes des neiges se produisent avec une grande régularité, si i)ien que le vieux montagnard, habile à discerner les signes du temps, peut souvent annoncer, à la vue des surfaces neigeuses, à quelle heure précise aura lieu l'écroulement. Le chemin des avalanches est tout tracé sur le flanc des montagnes. Les amas neigeux qui se détachent des pentes supérieures se précipitent dans les lits inclinés que leur offrent les couloirs, descendent en longues traînées, puis arrivés au déversoir de leur étroit ravin, s'épanchent sur de larges talus de . débris. La plupart des monts sont ainsi rayés sur tout leur pourtour de sillons verticaux où s'engouffrent au printemps ces masses croulantes.
Sur les pentes rapides, les neiges glissent aussi par les escarpements, se tassent contre les obstacles, s'accumulent dans les parties les moins déclives, puis , lorsqu'elles sont animées d'une assez grande force d'impulsion, s'écroulent enfin avec fracas et se précipitent dans les profondeurs des gorges. Les allures de chaque avalanche varient d'ailleurs nécessairement suivant la forme même de la montagne. Sur les escarpements coupés à pic, les neiges des terrasses supérieures plongent directement dans les abîmes qui s'ouvrent au-dessous. Au printemps et en été, alors que les blanches assises, ramollies par la chaleur, se détachent d heure en heure des hautes cimes des Alpes, le gravisseur, arrêté sur quelque promontoire voisin, contemple avec admiration ces cataractes soudaines qui se précipitent dans les gorges du haut des sommets éclatants. On voi» d'abord l'énorme couche de neige s'élancer en cataracte et s'abimer sur les degrés inférieurs ; des tourbillons de neige poudreuse s'élèvent au loin dans les airs, puis, quand le nuage s'est dissipé et que l'espace est rentré dans sa paix solennelle, on entend soudain le tonnerre de l'avalanche se prolon-