‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 160 sur 269 · CIRCULATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CIRCULATION GÉNÉRALE

s^étale en deux nappes horizonlales pour former les contre-alizés supérieurs^ ceux-ci conservent d abord leur tendance vers Touest tout en progressant vers le nord ; mais peu à peu ils traversent des parallèles dont la vitesse est graduellement décroissante. Ils prennent bientôt de l'avance vers lest sur ces parallèles^ et leur direction apparente s'incline vers le nord-est. Parvenus à une certaine distance dans le voisinage des tropiques^ ils s abaissent vers le sol; là se reproduit le phénomène signalé dans la nappe ascendante; les contre alizés y pénètrent avec leur vitesse acquise et leur tendance vers lest; l'inclinaison de leur vitesse dans le sens de la verticale rend cette vitesse moins apparente^ et nous retrouvons h ces latitudes deux nouvelles régions dites des calmes tropicaux. En marchant de l'équateur vers le pôle nord^ nous rencontrons donc : I "* la région des calmes équatoriaux ; 2"" les alizés du nord-est ; 3"* les calmes tropicaux ; 4"* au delà sont les vents variables d'entre sud-ouest et nord-ouest. Une série pareille se rencontre dans l'hémisphère sud.

En résumé^ nous trouvons dans chaque hémisphère deux circuits ayant pour base commune la nappe équatoriale ascendante. Le premier, ctrc/«7 direct, est généralement limité aux régions intertropicales; le second, circuit dérivé, n'est en réalité qu'une anse prolongée du premier et s'étend des tropiques à une distance variable des pôles. Ces deux circuits se distinguent Tun de l'autre par des caractères essentiels tenant à leurs positions diverses dans l'Atmosphère.

Le circuit direct se développe en hauteur. Tandis que l'alizé rase le sol, le contre-alizé circule dans des régions très-élevées. La dislance qui sépare ces deux courants, jointe à la régularité de leur© allures, les empêche d'empiéter l'un sur l'autre et de s'influencer mutuellement dans leur marche. Il n'en est plus ainsi du circuit dérivé. La branche prolongée du contre-alizé y est devenue superficielle; elle rase la surface du sol , le courant de retour se trouve dansleniême cas. L'un et l'autre sont donc au môme niveau, simplement juxtaposés et séparés l'un de l'autre par la seule action de la rotation terrestre. Il est des points où ces courants se côtoient, et leurs qualités diverses donnent lieu à des perturbations atmosphériques nombreuses et quelquefois redoutables. Leurs lits se déplacent à la surface du globe, et la succession de l'un à l'autre dans un même lieu y produit de brusques variations dans l'état du ciel : telle est en particulier, selon M. Marié Davy, l'origine des vicissitudes de nos climats tempérés. Afin d'éviter la confusion, on ap-

pelle courant équatorial la branche du contre-alizé supérieur prolongée dans le circuit dérivé, et courant polaire le courant de retour dans le même circuit.

Cette circulation générale de TAtmosphère est influencée d une certaine manière par les saisons.

Sur la fin de notre été, les régions environnant le pôle nord ont eu pendant plusieurs mois des jours sans nuits; la température s'y est notablement adoucie et l'air s'y est raréfié. Aux jours sans^ nuits succèdent bientôt des nuits sans jours, accompagnées de froids d'une extrême rigueur; l'air se contracte et appelle de l'air pour combler le vide formé par le froid. A chacun de ces changements dans notre hémisphère correspond un changement inverse dans l'hémisphère opposé; un transport général de l'Atmosphère a donc lieu chaque année alternativement de l'hémisphère sud a l'hémisphère nord et réciproquement.

L'afflux de Tair vers le pôle nord pendant l'hiver s'effectue par l'intermédiaire des courants équaloriaux, qui acquièrent alors une très-grande ampleur; les perturbations s'y accroissent dans le même rapport : c'est la saison des tempêtes. A mesure que le soleil revient vers nous, que notre atmosphère s'échauffe et se dilate, le courant équatorial se ralentit, il atteint à des latitudes moins élevées. Au contraire, les courants polaires prennent plus d'activité; mais comme ils sont diffusés à la surface de l'Asie, et même de l'Europe, leur vitesse est rarement très-grande; Tété est la saison des calmes pour notre hémisphère. Les troubles atmosphériques de cette saison sont limités à de faibles étendues, et leur gravité toute locale est empruntée à des phénomènes électriques d'une nature toute spéciale: c'est la saison des orages.

Les courants équatoriaux ont à leurs extrémités polaires des dii^ections parallèles à Téquateur et marchent de l'ouest a l'est. Maigre leurs variations d'amplitude et d'intensité, on comprend quHi> aient fini par imprimer à l'atmosphère des pôles un mouvement de rotation continu dans le sens de la rotation terrestre.

Pendant plusieurs siècles, les alizés furent une énigme pour le^ météorologistes et les navigateurs. Halley et Uadley proposèrent les premiers l'explication que nous venons de développer, et que les observations contemporaines ont peu modifiée depuis le siècle dernier.

La figure suivante montre le cours et la dii*ection des alizés de l'Atlantique : on y reconnaît au premier coup «l'œil TinQuenee des saisons et celle des continents. En février et mai*s, riiémisplière

LES VENTS ALIZES. 495

sud eat dans lasaison d'été; la température y est à son maximum, ou s'en trouve peu éloignée. En auût et septembre, le nord de l'Afrique arrive à sou tour vers la fin de son été; c'est là que lu force d'aspiration a son maximum.

Entre les deux alizés, on reconnaît deux zones faiblement teintées ; ce ftont les zones des calmes équatoriaux. Ces calmes occupent des positions très -différentes à la fin de l'hiver et de l'été; ils suivent, en effet, mais de loin, la marche du soleil entre les tropiques. Jamais ils ne franchissent l'équateur à la surface de l'A tiantique. En février et mara, mois où ils s'en approchent le plus près, l'alizé du N. E. s'airêle vers le V degré de latitude nord en

FEVIItElt.MAItt

AOUT. SErrCMBRt.

Fig. 141. — Vents aliïOs de l'AllanliqHï

mojenoe; en août et septembre, mois où ils s'en éloignent le plus, le même alizé s'arrête vers le 1 r degré.

A mesure qu'un navire, dans l'océan Atlantique, se rapproche de l'équateur, une certaine anxiété saisit l'équipage; car il sait qu'au premier moment le vent favorable qui les a poussés jusqu'ici ' faiblira de plus en plus, pour s'évanouir enfin complètement. La mer s'étend autour d'eux, semblable à une glace sans fin, et le bâtiment, qui dans sa course rapide égalait le vol des oiseaux, est cloué pour ainsi dire sur le cristal limpide. Les rayons solaires tombent verticalement sur l'espace étroit où ces hommes ^nt renfermés.

Le soleil qui, deux fois par an, donne d'aplomb sur ces régions, ne s'éloigne jamais assez pour qu'un refroidissement puisse avoir lieu. L'Atmosphère échauffée ) devient tellement légère qu'elle se

trouve douée d'un mouvement ascendant continuel. II 8'évapore en même temps de locéan Atlantique et de l'océan Pacifique une quantité incommensurable d'eau qui se répand dans lair embrasé et s*élève avec lui. Mais à mesure que Tair monte vers les hautes régions^ il se refroidit de plus en plus, et parfois très-brusque ment, de sorte qu'une grande partie de Teau qu'il avait enlevée se transforme en gouttes. Ces changements subits produisent des tempêtes passagères, fréquentes dans les régions équinoxiales. Nous venons de voir qu a mesure que le vent se rapproche des zones tempérées sur lesquelles il va retomber en les refroidissant, le courant supérieur rencontre des couches d'air animées d'une moindre vitesse dans le sens du mouvement diurne. Il en résulte que le retour des vents alizés donne lieu dans les zones tempérées à un vent qui soufQe du sud-ouest pour Thémisphère boréal, et du nord-ouest pour T hémisphère austral. Ainsi en France, par exem-

Fig. 143. — Le contre-courant alizé supérieur au sommet du Ténériffe.

pie, le vent soufQe plus souvent du sud-ouest que de toute autre direction. Dans le temps des discussions sur le mouvement réel de la Terre, les coperniciens présentaient les vents alizés comme une preuve du mouvement de rotation diurne, d'occident en orient. C'était pour eux une simple illusion. Entraîné par le mouvement de notre globe, l'observateur aurait quitté l'air atmosphérique qui, dès lors, aurait semblé produire un vent soufflant en sens contraire, ou de l'orient à l'occident. Mais nous venons de voir que c'est la combinaison des vitesses différentes, d'une part, des couches d'air déplacées par suite des différences de température des divers points du globe, et d'autre part, des couches atmosphériques entraînées dans le mouvement diurne, qui produit réellement les vents alizés. La théorie du mouvement de la Terre n'a pas besoin de celte prétendue preuve météorologique.

On a directement constaté l'existence du contre-courant supérieur. Le capiUiine Basil Hall a observé que dans la région des vents alizés les nuages très-élevés marchent constamment dans

LES VENTS ALIZES. 497

une direction opposée à oelle du vent inférieur. Le même voyageur trouva, dans le mois d'août 1820, au sommet du pic de Té- DértfTe, un veut du sud-uuest, c'est-à-dire, un veut diamétrale- Dieol opposé au vent alizé qui soufDuit à la surface de ta terre. C'est ce que montre la figure précédente. Le '22 juin 1799, lors de l'ascension que Humboldt ût sur la même montagne, il régnait sur le sommet un vent d'ouest très-violent.

Voici line autre preuve de l'existence de ce même contre-courant des vents alizés, déduite de la chute, à la Barbade, des poussières lancées par le volcan de l'île de Saint- Vincent :

Fig. (44. — Cvndrcs du Mome-Uaiau, transporlées pat l'atizè supérieur,

Dans la soirée du 30 avril 1612, on entendit pendant quelques instants, à l'Ile de Barbade, des explosions semblables aux décliar^cs de plusieurs pij:ce3 de gros calibre : la garnison du cliâteau Sainte-Anne resta sous les armes toute la nuit. Le lendemain matin, l" mai, l'horizon de ta mer, à l'orient, était clair et bien dëtini ; mais immédiatement au-dessux on apercevait un nuage noir qui couvrait déjà le reste du ciel, et qui même, bientôt après, se répandit dans la partie ou commençait h poindre la lumiËre du crépuscule. L'obscurité devint si épaisse, que dans les appartements il était impossible de distinguer la place des fenêtres, et qu'en plein air plusieurs personnes ne purent voir ni les arbres h cAté desquels elles se trouvaient, ni les contours des maisons voisines, ni m^me des mouchoirs blancs placés à 15 centimètres des jeux. Ce phénomène était occasionné par la chute d'une crande quantité de poussière volcanique provenant de l'éruption d'un volcan de l'Ile de Saint-Vincent. Celte pluie d'un nouveau genre, et l'obscurité profonde qui en était la conséquence, no cessèrent entièrement qu'entre midi et 1 heure, lies arbres d'un Ikus flc^ibli.' ployaient sous le faix ; le bruit que les branches des autres arbres faisaient en se cassant contrastait d'une manière frappante avec te calme parfait de l'almosphère; les cannes & sticrc furent totalement ronversi'es: cnlin toute l'Ile se trouva couverte d'une couche de cendres verdâtrcs qui avait 3 cenlimi très d'épaisseur.

Saint- Vincent est h 80 kilomètres à l'occident de la Barbade, et son volcan avait

projeté cette immense quantité de poussière jusqu'à la hauteur à laquelle régnait le courant supérieur, courant assez puissant lui-même pour effectuer ce transport.

Le 20 janvier 1835, tout l'isthme de l'Amérique centrale ressentit la secousse du tremblement de terre qui accompagna l'éruption du volcan de Coseguina« sur le lac de Nicaragua. Les détonations furent entendues de la Jamaïque située à 200 lieues dans le nord-est de Nicaragua, et méuie à Bogota qui en est éloignée de plus de 350 lieues. Union, port de mer de la cAte ouest de la baie de Conchagua, fut enveloppé d'une obscurité complète pendant 43 heures. Des cendres loinbi'^rent k Kingston et dans d'autres parties de la Jamaïque dont lés habitants purent savoir ainsi que les détonations qu'ils avaient entendues n'étaient pas dos coups de canon.

Pour qu'une aussi grande quantité de cendres ait pu être lancée par des mornes bas, comme Morne-Garou et Coseguina, jusque dans la région de l'alizé de retour, il a fallu que les éruptions atteignissent un degré de violence extraordinaire.

C*est Halley qui^ le premier^ affirma l'existence de Talizé supérieur comme conséquence de Talizé ordinaire. Sans avoir encore de preuves directes du fait a>ancé par lui^ il en trouvait la certitude dans la rotation presque instantanée du vent à des directions opposées^ lorsque Ion traverse les limites polaires des alizés. Pour Halley comme pour tous les météorologistes actuels^ le courant équatorial du S. 0. qui règne aux latitudes moyennes de notre hémisphère n'est^ en efTet^ que la continuation d*une fraction de notre alizé supérieur de retour.

La branche supérieure du circuit intertropical est, à son origine équatoriale, à un niveau si élevé qu on n*a pas pu constater son existence avec certitude^ en montant sur les pics les plus hauts des Cordillères dans le voisinage de la région des calmes. Mais, comme celte branche s^abaisse progressivement vers la surface du globe, à mesure qu'elle s avance vers les tropiques, et que, d*un autre côté, elle parcourt dans sa route des régions de moins en moins chaudes, quelques nuages apparaissent dans Tair qu*elle entraine : ce sont autant de témoins servant à constater sa direction.

L'existence des alizés fut reconnue dès le premier voyage de Christophe Colomb. Les vents réguliers qui poussaient ce hardi navigateur dans la route nouvelle par laquelle il voulait arriver dans rinde, excitèrent la terreur de ses compagnons, en leurfaisant craindre Timpossibilité du retour en Europe. Si après la découverte du nouveau monde que Colomb rencontra au lieu de Tinde qu'il croyait atteindre, cet intrépide marin n'eût pas cherché à éviter les vents alizés, en se dirigeant au nord avant de tourner à l'ouest, nul doute qu'il ne serait pas revenu en Ësi)agne. Avec se>

navires à la fois mal approvisionnés^ et d'une construction défectueuse qui leur donnait une mauvaise marche^ il eût^ ainsi que ses équipages^ péri par le manque de vivres dans l'immense région de râlizé.

Cest de la lutte de ces deux courants^ c'est du lieu où le courant supérieur retombe et atteint la surface^ c*estde leur pénétration réciproque que dépendent les plus importantes variations de la pression atmosphérique^ les changemeAts de température dans les couches d air^ la précipitation des vapeurs aqueuses condensées^ et même, comme Dove Ta montré^ la formation et les figures variées que prennent les nuages. La forme des nues qui donne aux paysages tant de mouvement et de charme^ nous annonce ce qui se passe dans les hautes régions de TAtmosphère; quand Tair est calme, les nuages dessinent sur le ciel d'une chaude journée d'été » l'image projetée y> du sol dont le calorique rayonne abondamment vers l'espace.

Dans le grand Océan et l'océan Atlantique, les alizés s'étendent à peu près jusque vers les tropiques; mais, dans la mer des Indes, la présence des terres s'oppose à l'établissement de vents régu tiers ou alizés; tandis que dans l'hémisphère sud, à une certaine distance des terres, l'alizé S. Ë. règne presque constamment, dans l'hémisphère nord de l'océan Indien il règne un vent $. 0., dirigé vers la péninsule de l'Hindoustan, le nord de l'Inde et la Chine, depuis avril jusqu'en octobre; et, depuis octobre jusqu'en avril, un vent contraire a lieu et règne du N. E. au S. 0. : ces vents sont les moussons de l'océan Indien. Ce mot est dérivé du malais moi^st/}, qui veut dire saison. Ainsi, pendant l'été de notre hémisphère, lorsque le soleil a ses déclinaisons boréales, c'est la mousson S. 0. qui règne seule ; tandis que dans notre hiver, lorsque le soleil a ses déclinaisons australes, c'est la mousson N. E. qui prend naissance. Ces vents pénètrent dans l'intérieur des continents, où ils sont influencés par la forme des terres. Les chaînes de montagnes tendent en général à faire glisser les masses gazeuses parallèlenoient à leur direction. Voici Texplication de ces vents périodiques.

En janvier, la température de l'Afrique méridionale est à son majoitnum, celle de l'Asie à son minimum. La partie septentrionale de l'océan Indien est plus chaude que le continent, mais moins chaude que la partie méridionale du même océan à latitude égale. Nous trouverons donc, dans l'un et l'autre hémisphère, des vents d'E. dirigés vers les points les plus échauffés. D'octobre en avril

Page 1