SUR QUELQUES VENTS PARTICULIERS
j>aiier dans le désert, et que le simoun vint surprendre dans leur marche.
La poussière impalpable que Tair charrie en épais nuages pénètre dans les narines, les yeux, la bouche et les poumons et détermine l'asphyxie. Quand les choses ne vont pas jusqu'à ce terme fatal, l'évaporation rapide (|ui se fait à la surface du corps, sèche la peau, enflamme le f^osier, accélère la respii»«rtion, et cause aux voyageurs une soif ardente. Le souffle terrible du simoun aspire, en passant, la sé\e des arbres, et fait disparaître par une évaporation rapide, l'eau contenue dans les outres des chameliers. La cara\ane est alors en proie à toutes les horreurs d'une inextinguible soif, qui allume le sang. C'est ainsi que plus d'une caravane a péri dans les mêmes solitudes. Aussi voit-on les routes habituellement suivîtes par les caravanes, parsemées de squelettes d'homnu^s et d'animaux blanchis par le temps et le soleil: ce sont les bornes miliaires de ces sinistres sentiers.
Dans son voyage dans l'Asie centrale, Arminius Varabéry, savant hongrois déguisé en derviche, observa l'ouragan de sable et les terribles influences de la cluileur sur l'organisme humain en traversant le désert entre Khiva et Bokhara (longitude 60^, latitude 40^). Ayant quitté le pays des Turkomans et FOxus, sa caravane péiuHra (hins les sables
Noire slalion matinale, dit-il, porlait le nom charmant dV\damkyrylgan flrafliiisez : l'endroit où périssent les hommes), et il suffisait de jeter un regard vers riiorizon pour se convaincre que celte appellation tragique ne lui arait pas été Liiatuilenient donnée. Ou'on se représente un océan de sables, s'étendant à perle de vue, façonné d'un côté par le souffle furieux des ouragans en hautes collines semblables à des values, de l'autre, en revanche, représentant assez bien le niveau dun lac i)aisil)le à peine ridé par la brise du couchant. Dans Tair pas un oiseau, sur la terre pas un animal vivant, pas même un vers, pas môme un grillon. Nuls ve>ti,i^es autres que ceux dont la mort a semé ces vastes espaces, des monceaux d'os blanciiis que clKupie passant recueille et réunit pour servir de jalons à la marche des voyageui's (|ui lui succéderont. Examen fait de nos outres, nous calculions que nous ne manquerions guère d'eau pendant plus d'un jour; mais (die diminua avec une ra[)idité surprenante. Cette découverte doubla la vigilaniv avec kKjuelle j'avais 1 u'il sur mes ap[)rovisionnements. Les autres voyageurs, se tenant pour avertis, attirent de même, et jionobstant nos inquiétudes, il nous arliva pai'foi^ de sourire en coutenqdaiit ceux de nous qui, vaincus par le sommeil, ^'endormaient les l)ras tendrement pressés autour de leur outre. En dépit, d'une chaleur à loul loudre. nous étions contraints d'accomplir, le jour comme la nuit, des marche- de cinq à six heures. En cllet, plutùt nous sortirions des sables, moins nous auriou- à craindre les dé>astreuses inlluences du tebbad (vent de fièvre', qui p<'ut vou> ensevelir sous la poussii'rc s'il vient vous surprendre au milieu de ces dunes.
Coiiinie nous ap[>ro<hious des montagnes, le Kervanbashi et ses gens nous si-