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LES PUISSANCES DE L'AIR

Le plus terrible cyclone des temps modernes est probablement celui du 1 0 octobre i 780, que l'on a spwcialement nommé le grand ouragan, et qui semble avoir résumé toutes les horreurs de ces grandes scènes de la nature. Partant des Barbades, où rien ne resta debout, ni arbres ni demeures, il fît disparaître une flolte anglaise mouillée devant Sainte-Lucie, puis il ravagea complètement cette île, où six mille personnes furent écrasées sous les décombres. Ensuite le tourbillon, se portant sur la Martinique, enveloppa un convoi de transports français, et coula plus de quarante navires portant quatre mille hommes de troupes. Les bâtiments

Fig. 171. — Le dieu des vents, d'aprit un desslD jtponaîi.

du convoi disparurent : telle est l'expression laconique dont se servit le gouverneur de la Martinique dans son rapport. Plus au nord, la Dominique, Sainl-Eustache, Saint- Vincent, Puerto-Rico furent également dévastés, et la plupart des bâtiments qui se trouvaient sur le chemin du cyclone sombrèrent avec leurs équipages. Au delà de Puerto-Rico, la tempête se replia au nord-est vers les Bermudes, et, bien que sa violence se fût graduellement afGûblie, elle n'en coula pas moins plusieurs vaisseaux anglais qui retournaient en Europe. La rage destructive de l'ouragan ne fut pas moindre à terre. Neuf mille personnes périrent à la Martinique, mille à Saint-Pierre seulement, où il ne resta pas une seule maison debout, car la mer s'éleva aune hauteur de 7",5, et cent cin-

quante maisons disparurent instantanément le long de la plage. A Port Royal, la cathédrale, 7 églises et 1400 maisons furent renversées; 1600 malades blessés furent ensevelis sous les ruines de l'hôpital, A Saint-Eustache, sept bâtiments furent mis en pièces sur des rochers, et des dix-neuf qui coupèrent leurs amarres et qui gagnèrent le large, un seul retourna au port. A Sainte-Lucie, six mille personnes périrent; les plus fortes constructions furent arrachées de leurs fondations; un canon fut transporté à plus de 30 mètres, et des hommes ainsi que des animaux, furent enlevés du sol et jetés à plusieurs mètres de distance. La mer monta à une si grande hauteur, qu'elle démolit le fort, et renversa un bâtiment contre Thôpital, qui fut écrasé sous le poids. Des 600 maisons de Kingstown, dans l'île Saint- Vincent, 14 seulement restèrent debout ! la frégate française /a Junon se perdit.

Dans les Iles sous le Vent, les personnes qui habitaient le palais du gouvernement cherchèrent un refuge au centre des constructions, pendant le fort de la tempête, pensant que Tépaisseur énorme des murs (près d'un mètre) et leur forme circulaire les préserveraient de la fureur du vent; à onze heures et demie, elles étaient forcées de se réfugier dans la cave, le vent ayant pénétré partout et arraché presque tous les toits ; mais Teau montant à une hauteur de plus d'un mètre, il fallut se sauver dans les batteries, où chacun chercha un abri sous les canons, dont quelquesuns furent déplacés par la force du vent. L'ouragan était si fort que, scondé par la mer, il porta un canon de 1 2 à une distance de 126 mètres (sur son affût, sans doute, qui avait des roues). Au jour, la campagne avait le même aspect qu'en hiver; il ne restait plus une seule feuille, ni une seule branche aux arbres. La colère des hommes s'arrête devant une semblable lutte des éléments. Lorsque le Laurier et V Andromède se perdirent à la Martinique, le marquis de Bouille mit en liberté les vingt-cinq marins anglais qui avaient survécu au naufrage, en écrivant au gouverneur anglais de Sainte-Lucie qu'il ne voulait pas garder prisonniers des hommes tombés entre ses mains pendant une catastrophe commune à tous (Dove).

L'un des plus curieux exemples de ces convulsions de l'Atmosphère nous est fourni parle cyclone des Indes du 10 août 1831, raconté dans les termes palpitants qui suivent parle major général Reid dans sa Météorologie américaine :

La Barbade est distante de Ttle Saint- Vincent de 37 lieues environ. La tempête

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