‹ L'atmosphère [microform]Chapitre 198 sur 269 · LES TEMPÊTES · texte numérisé non relu

LES TEMPÊTES

Du haut de la cathédrale, de quelque côté que Ton dirigeât ses regards, on ne voyait que désolation et ruines. Toute la surface du pays était ravagée ; aucune trace de végétation ne paraissait, si ce n'est, çà et là, quelques touffes d^herbe jaunie. Le sol était roussi et brûlé comme si une traînée de feu avait passé sur le pays et consumé tous ses produits. Les quelques arbres qui restaient encore debout, dépouillés de leurs rameaux et de leurs feuilles, avaient Taspect triste et morne de Thiver; et les nombreuses villas des environs de Bridgetown, naguère entourées de bosquets, étaient maintenant à nu et en ruine.

Une pluie d'eau salée tomba dans toutes les parties dePtle. Le poisson d'eau douce périt dans les étangs, et Teau des viviers resta salée plusieurs jours après l'ouragan.

Ainsi que l'attestent la plupart des rapports, la quantité d'électricité développée dans les grands ouragans est vraiment remarquable. Les éclairs ne sont point de simples lueurs d'une durée éphémère, mais des flammes passant rapidement sur la surface de la terre, aussi bien que s'élevant jusque dans les régions supérieures.

L*ua des derniers cyclones observés est celui que traversa la frégate française la Junon, le 1" mai 1868, frégate de premier rang commandée par le capitaine de Marivault^ partie de France pour une mission dans les mers de Tlnde et de la Ghinei.

Malgré tous les efforts accomplis pour s'éloigner du centre, d'après les indications barométriques rappelées plus haut, on ne put couper à temps sa trajectoire, et Ton fut atteint par la tourmente furieuse qui inonda le pont et éteignit les fourneaux.

La mer s'élevait en véritables montagnes, qui déferlaient lourdement sur le navire. Elle avait emporté la galerie, les embarcations suspendues sur les flancs et à l'arrière. Une grande ancre, détachée de ses liens, avait produit, en défonçant un sabord de l'avant, une large voie d'eau qu'on put avec beaucoup de peine boucher en y entassant des hamacs. Une pluie torrentielle se joignait aux coups de mer continuels, et la lutte était désormais dirigée contre l'envahissement des flots. L'équipage entier, distribué entre les pompes et les chaînes de seaux, travaillait avec une admirable confiance et un sang-froid plein d'entrain.

La tourmente durait depuis sept heures, écrit un officier, redoublant à chaque heure de violence et de bruit.... quand tout à coup, un silence absolu se fit, un silence que je ne puis comparer qu'à celui qui suit l'explosion d'une mine sur un bastion pris d'assaut. C'était le calme central, calme subit et étrange qui produisit plutôt de Tétonnement qu'une impression de sécurité, tant on s'y sentait comme en dehors des lois ordinaires de la nature. Le mouvement du tourbillon continuait dans le haut de la colonne d'air dont nous occupions la base. Des oiseaux, des poissons, des sauterelles, des débris sans forme tombaient de tous côtés, et l'état électrique de l'Atmosphère produisait une sensation vertigineuse sans analo-

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