L'AMMONIAQUE
Lauterbourg, entraîne dans ses eaux au moins 10 245 kilogrammes d'ammoniaque^ c'est-à-dire certainement plus de 6 millions de kilogrammes par année !
L'Atmosphère incessamment reconstituée dans ses principes actuellement invariables par le travail immense des êtres vivants qui, semblables à autant de soufflets chimiques, agissent sans trêve au fond de l'océan aérien, est le théâtre de modifications cjiimiquès accidentelles qui ont leur part dans l'organisation générale. Nous voyons jaillir du sol des vapeurs aqueuses, des effluves de gaz acide carbonique, presque toujours sans mélange d'azote; du gaz hydrogène sulfuré, des vapeurs sulfureuses, plus rarement des vapeurs d'acide sulfureux ou d'acide hydrochlorique; enfin du gaz hydrogène carboné, dont on se sert, depuis des milliers d'années, chez différents peuples, pour l'éclairage et le chauffage.
De toutes ces émanations gazéiformes, les plus nombreuses et les plus abondantes sont celles d'acide carbonique, qu'on nomme aussi mofelies. Aux époques antérieures, la chaleur plus forte du globe et le nombre considérable de failles que les roches ignées n'avaient pas encore comblées, favorisèrent puissamment ces émissions; de grandes quantités de vapeur d'eau chaude et de ce gaz se mêlèrent au fluide aérien et produisirent cette végétation exubérante de charbon de terre et de lignites, sources presque inépuisables de force physique pour les nations. L'énorme quantité d'acide carbonique dont la combinaison avec la chaux a produit les roches calcaires, sortit alors du sein de la terre, sous l'influence prédominante des forces volcaniques. Ce que les terres alcalines ne purent absorber se répandit dans l'air, où les végétaux de l'ancien monde puisèrent incessamment. Alors aussi, d'abondantes émissions d'acide sulfurique en vapeur ont amené la destruction des mollusques et des poissons, et formé les couches de g}'pse. A. de Humboldt ajoute que l'introduction du carbonate d'ammoniaque dans l'air est probablement antérieure à l'apparition de la vie organique sur la surface du globe.
Outre les vapeurs ammoniacales, l'Atmosphère contient encore des traces non insignifiantes d'acide azotique et d'acide azoteux. Plusieurs observateurs ont aussi démontré, surtout dans les grandes villes, la présence d'une petite quantité d'un principe hydrogéné et probablement carburé. M. Boussingault a le premier constaté par des expériences précises, dans l'air de Lyon, la présence d'un gaz ou d'une vapeur hydrogénée dont la teneur en hydrogène atteignait au maximum 0,0001 dans une partie d'air en volume.
L'analyse y a décelé aussi une quantité variable d'iode.
La disparition ou la presque disparition de Tiode dans l'air ou dans les eaux de certains pays montagneux serait^ suivant M. Cha tin^ liée avec l'existence du goitre chez les habitants de ces contrées. Les conclusions de ce savant ont été généralement accueillies avec une certaine incrédulité par les chimistes. Cependant si Ton considère que les eaux pluviales recueillies dans les pluviomhires contiennent des sels assez variés provenant du lavage des poussières en suspension dans Tatmosphère^ et que des chimistes exercés ont souvent constaté la présence de Tiode dans les eaux pluviales^ on pourra accorder sans difficulté que la présence de l'iode libre ou combiné peut être admise^ sinon comme normale^ au moins comme accidentelle dans l'air.
Nous arrivons maintenant au dernier élément constaté dans l'Atmosphère par des études toutes spéciales, à ïozone.
Vers 1780, Van Marum se servant de puissantes machines électriques excita dans un tube plein d'oxygène un grand nombre d'étincelles de près de 1 5 centimètres de longueur. Après en avoir fait passer dans le tube 500 environ, il reconnut que le gaz avait pris une odeur très-forte qui, dit-il, « parut être très-clairement l'odeur de la matière électrique. » Tout le monde sait, en effet, que si la foudre tombe quelque part, elle laisse ce qu'on appelle vulgairement une odeur de soufre. Van Marum reconnut aussi que le gaz possédait après Texpérience la propriété d oxyder le mercure à froid. Soixante ans après, en 1839, M. Schœnbein, professeur à Bille, informait l'Académie des sciences de Munich qu'ayant décomposé l'eau par la pile, il avait été frappé de l'odeur du gaz dégagé au pôle positif. Après quelques recherches, il conclut qu'un corps simple nouveau se trouvait mis en évidence par son expérience, et il l'appela ozone, de o^w (émettre une odeur). Un grand nombre de mémoires furent successivement présentés sur la question par différents savants.
L'ozone est intéressant au point de vue chimique, tant par sa nature que par ses affinités énergiques ; il oxyde en effet directement l'argent et le mercure, du moins quand ces métaux sont humides ; il chasse l'iode de Tiodure de potassium, et forme avec . le métal un oxyde sans doute plus oxygéné que la potasse. Les hydracides lui cèdent leur hydrogène. Les sels de magnésie se décomposent par son contact avec formation de peroxyde. Le chlore, le brome, l'iode passent, au moyen de l'ozone, à l'état d'acide chlorique, bromique, iodique, pourvu qu'ils soient humides.