SUBSTANCES CONTENUES DANS L'AIR
sons de notre sang; là ce sont des vibrions, qui viennent s'attacher à nos dents comme des bancs d'huîtres aux rochers; plus loin c'est de la poussière d'animalcules microscopiques si petits qu'il en faut 1111 500 000 pour faire un gramme ; ailleurs ce sont des grains de pollen qui vont germer sur nos poumons et répandre la vie parasite, incomparablement plus développée que la vie normale visible à nos yeux.
Les vents et les ouragans, en agitant violemment TAtmosphère, les courants ascendants dus aux inégalités de température, les volcans en émettant d'une manière incessante des gaz, des vapeurs et des cendres tellement divisées, que souvent elles vont s'abattre a de prodigieuses distances, portent et maintiennent dans les plus hautes régions des corpuscules enlevés à la surface du sol ou arrachés à la partie interne et peut-être encore incandescente du globe. Dans les phénomènes liés à l'organisme des plantes et des animaux, ces substances si ténues, d'origines si diverses, dont l'air est le véhicule, exercent vraisemblablement une action bien plus prononcée qu'on n'est communément porté à le supposer. Leur permanence est d'ailleurs mise hors de doute par le seul témoignage des sens, lorsqu'un rayon de soleil pénètre dans un lieu peu éclairé ; « l'imagination se figure aisément, mais non sans un certain dégoût, dit M. Boussingault, tout ce que renferment ces poussières que nous respirons sans cesse, et que l'on a parfaitement caractérisées en les nommant les immondices de l Atmosphère, Elles établissent en quelque sorte le contact entre les individus les plus éloignés les uns des autres, et bien que leur proportion, leul* nature, et, par conséquent, leurs effets soient des plus variés, ce n'est pas s'avancer trop que de leur attribuer une partie de l'insalubrité qui se manifeste habituellement dans les grandes agglomérations d'hommes. »
On aura une idée de ce que nous pouvons absorber en respirant, en jetant un coup d'œil sur la collection d'objets de la page suivante. Les quatre premiers sont des foraminiftres; les deux suivants, des écailles d'ailes de papillon. Au second rang, nous voyons deux milioles, coquilles de la pierre à bâtir, et deux animalcules qui sèchent et ressuscitent sur les toits : le tardigrade et le rotifère. Le dernier rang nous représente de petits grains de pollen, comme il y en a des milliers en suspension dans l'air au printemps. Il est superflu d'ajouter que tous ces êtres et germes sont extrêmement grossis. Nous respirons tout celai Mais nous en buvons et mangeons bien d'autres.
Les eaux météoriques entraînent ces poussières en même temps qu'elles en dissolvent les matières solubles, parmi lesquelles se trouvent des sels fixes ammoniacaux, comme elles dissolvent la vapeur de carbonate d'ammoniaque et le gaz acide carbonique répandus dans l'air. Une pluie, lorsqu'elle commence, doit donc renfermer plus de principes solubles que lorsqu'elle finit, et si cette pluie se prolonge sans interruption par un temps calme, il
Fig. 1". — Corpuscules en suspension dans
arrive un moment oîi l'eau ne contient plus que de très-faibles indices de ces principes.
Des miasmes, propagateurs des épidémies, sont entraînés par les courants aériens; le choléra, la fièvre jaune, la variole, les maladies qui périodiquement tombent sur les peuples, paraissent avoir leur principal mode de propagation dans l'Atmosphère, usine de la mort comme de la vie. La mortalité, qui a été si considérable à Paris pendant les premiers mois de cette année 1870, par suite de