CE QU'IL Y A DANS L'AIR
la petite vérole^ des pleurésies et des fluxions de poitrine, s'est manifestée surtout dans les arrondissements septentrionaux^ sur lesquels les vents du sud apportent les miasmes de la grande ville et où l'ozone disparait presque complètement. La connaissance des conditions de la santé publique sera fournie en partie par l'élude des rapports de la météorologie avec les variations de cette santé^ qui oscille constamment sous le souffle léger des brises comme sous le faible balancement de la pression barométrique.
L air rapporté de 7000 mètres de hauteur par Gay-Lussac, lors de son voyage aérostatique^ avait la même composition que celui qui se trouvait à la surface de la terre. Les expériences de M. Boussingault en Amérique, celles de M. Brunner dans les Alpes, conduisent aux mêmes conclusions. Cette similitude dans les résultats dépend de ce que les courants d air et les variations continuelles de densité mélangent sans cesse les couches atmosphériques.
En est-il encore de même à des hauteurs plus considérables? Cela n'est pas probable, car Tazote et l'oxygène étant à l'état de mélange et non de combinaison, les gaz doivent s'arranger suivant Tordre des densités, eu égard^ bien entendu, à la loi d'expansion, c'est-à-dire qu'ils se comportent comme deux atmosphères distinctes^ le plus dense devant s'étendre moins loin que l'autre; de sorte que la proportion d'azote, dont la densité est 0,972, celle de l'air étant I , doit s'accroître à mesure que l'on s'élève dans l'Atmosphère ; tandis que l'oxygène, dont la densité est 1 ,057, et qui est le plus dense, doit se trouver en plus grande proportion à la surface. Suivant cette hypothèse, à 7000 mètres, ce dernier gaz n'entrerait plus que pour 19 centièmes dans le volume de Tair; mais, jusqu'à présent, l'expérience n'a pu constater une telle différence, attendu que cette évaluation suppose l'air tranquille, et qu'entre ces limites il est continuellement agité.
La composition de l'air varie entre de très-faibles limites : quand il pleut, l'eau condensée dissout plus d'oxygène que d'azote; quand il gèle, l'eau abandonne ces mêmes gaz; l'eau qui s'évapore en rend aussi à l'Atmosphère.
Nous pouvons nous demander maintenant, en terminant cette étude de la composition chimique de l'air, si cette constitution varie actuellement sur le globe terrestre.
En vertu d'une de ces grandes harmonies naturelles qui lient le r^e animal et le règne végétal, tandis que les animaux fonctionnent comme des appareils de combustion, fixent l'oxygène
(le Tair et le rejettent à l'état d'acide carbonique dans TAtmosphère, les végétaux jouent un rôle inverse; ils fonctionnent en effet comme des appareils de réduction : sous l'influence des rayons solaires, les parties vertes des plantes réagissent sur l'acide carbonique, le décomposent, fixent le carbone et restituent l'oxygène à l'air. L'Atmosphère, que les animaux tendent à vicier, est purifiée par l'action des A'égétaux. L'équilibre chimique de composition de l'air tend donc à se conserver en vertu de ces actions inverses exercées sur ses éléments constitutifs.
Certains phénomènes dus à la décomposition des roches par oxvdation, sembleraient d'abord de nature à modifier à la Iongue la composition de l'air; mais une série d'actions inverses de réduction tend à restituer, sous la forme d'acide carbonique, l'oxygène disparu. Comme le fait observer Ebelmen, dans son mémoire sur les altérations des roches, le jeu des réactions de la matière minérale à la surface du globe semble aussi de nature à établir une compensation pour maintenir la constance de composition chimique de l'Atmosphère.
Cette compensation s'établit-elle d'une manière exacte? En supposant qu'elle n'ait pas lieu, ce qui est possible, la quantité d'oxygène ira-t-elle en diminuant? « C'est une grande question, disait Thenard, dont on ne pourra avoir la solution qu'au bout de plusieurs siècles, en raison de l'énorme volume d'air dont notre planète est entourée. »
Dans leur beau mémoire sur la véritable constitution de l'air atmosphérique, MM. Dumas et Boussingault s'exprimaient ainsi en 1841 :
(( Quelques calculs qui ne peuvent avoir une précision bien absolue, sans doute, mais qui reposent néanmoins sur un ensemble de données suflisamment certaines, vont montrer jusqu'où il conviendrait de pousser l'approximation de l'analyse pour atteindre la limite où les variations d'oxygène pourraient se manifester d'une manière sensible. L'Atmosphère est sans cesse agitée; les courants excités par la chaleur, par les vents, par les phénomènes électriques, se mêlent et en confondent sans cesse les diverses couches. C'est donc la masse générale qui devrait être altérée pour que l'analyse put indiquer des différences d'une époque à l'autre. Mais cette masse est énorme. Si nous pouvions mettre l'Atmosphère tout entière dans un ballon et suspendre celui-ci au plateau d'une balance , il faudrait pour lui faire équilibre dans le plateau opposé 581 000 cubes de cuivre de 1 kilomètre de côté.