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AVERSES PRODIGIEUSES

marquer AragOy inspira des doutes à tous les météorologistes; ou soupronnait une erreur d'impression; mais le fait fut vérifié. Deux seaux de bois, de 64 et 70 centimètres de hauteur, vides avant la pluie, furent constatés avoir été remplis avant sa fin.

Nous avons vu qu'il arrive parfois également des chutes de neiges fort abondantes. Pour en rappeler une ici, le Moniteur du 12 janvier 1807 faisait remarquer que la neige tombée en quelques jours sur Paris, sur une épaisseur de 15 centimètres, représentait un volume de un million trois cent quarante et un mille mètres cubes, et demandait pour être enlevé 1 5 000 tombereaux fonctionnant pendant 6 jours, et 6 millions de dépense.

En songeant à l'impression de terreur que fait éprouver la vue d'un précipice. Ton peut se demander comment nous ne sommes pas effrayés de sentir suspendues sur nos tfttes de si énormes quantités d'eau : des quantités capables de fournir sur la surface d'un hectare, comme la pluie de Toulouse en 1844, trois mille hectolitres d'eau dans 30 minutes, ou comme celle de Gènes, quatre-vingt-un mille hectolitres en 24 heures.

Dans les réglons équatoriales, au sein des plateaux montagneux, des forêts immenses et des lacs profonds, on assiste parfois à des scènes d'orage dont nos régions tempérées ne donnent qu'une faible idée. Pendant la saison des pluies, c'est-à-dire pendant six mois de l'année, la chaîne des Andes est le séjour de gigantesques orages.

Pendant son voyage à Quito, la curieuse capitale de la République de l'Equateur, située sur le premier degré de latitude et à 3000 mètres au-dessus de la mer, M. Ernest Charton fut témoin d'une de ces tourmentes, dont il trace un tableau pittoresque :

Je savais, dit-il, que chaque jour, à trois heures de raprès-midj, la tempête se déchaînait avec violence dans les montagnes, etm'étant aventuré une fois assez loin de la ville, je m'étais promis d'être de retour avant Theure fatale ; mais désireux d'achever une vue commencée et retardé ensuite par des accidents de terrain, je devins malgré moi le spectateur d'une scène dont la plume ou le crayon sont impuissants à peindre la sublime horreur.

Le soleil avait tout à coup disparu derrière un amas de nuages qui enveloppaient le sommet des Andes de leurs sombres tourbillons. Les flancs des montagnes et leurs mille cavernes rugissaient en vomissant des éclairs, tandis que le ciel, de son côté, lançait des torrents de flammes ; pendant trois heures, je ne vis autour de moi qu'une atmosphère embrasée, j'entendis sans interruption les détonations effrayantes de la foudre que répétait la voix profonde des échos. Celui qui assiste au bombardement et à l'incendie d'une place de guerre n'a devant les yeux que la pâle imitation de cette lutte imposante des éléments. Enfin la tempête épuisée fît un dernier effort; le tonnerre plus rapide devança la trombe d'air qui marchait ; celle-ci déchira, enleva ou renversa tout ce qui se trouvait sur son passage, elle

pénétra dans la forèl et obligea les palmiers et les cèdres à se courber. Le ciel alors ouvrît ses cataractes et versa ses torrents sur les monts enflammés, la terre n'était plus qu'un océan, Pair apaisé n'avait plus de souffle, mais ce désordre dura peu: bientôt de tiëdes vapeurs s'élevèrent du sol, l'borizon s'éclaircit et une agréable fraîcheur me rendit la vigueur nécessaire pour réagir contre de si terribles impressions.

J'aurais infailliblement péri comme tant d'autres voyageurs imprudents si je n'avais trouvé un refuge dans une caverne. Encore les décharges électriques qui m'entouraient mcnacèrentr elles plus d'une fois de m'atteindre. Lorsque je rentrai à la posacfa, l'hôtelier me croyant mort, racontait déjà ma triste aventure avec force détails qui faisaient le plus grand honneur à son imagination. Le brave homme m'accueillit néanmoins avec joie, et, pendant toute la soirée, le récit des catastrophes causées par des tempêtes des Cordillères défraya la conversation.

Ces lugubres histoires auraient probablement troublé mon sommeil et m'auraient exposé à d'afl'reux cauchemars, si un charitable Péruvien n'eût changé le cours de nos idées en nous racontant une anecdote comique.

Deux généraux, venant de Lima, traversaient ensemble les difficiles passages des Andes. Engagés dans une conversation animée, ils oubliaient le péril auquel les exposait l'allure paresseuse de leurs mules. Tout à coup, une averse de grêle vint fondre sur eux; la foudre éclatait à chaque instant, et la terre, mise en contact avec l'électricité des nues, lançait elle-même des flammes. Enfin, la puissance des vents devint si menaçante que nos deux amis craignirent de se voir emportés avec leurs montures. Ils cherchaient des yeux un abri : leurs regards découragés n'en apercevaient nulle part. .

Un vaste étang bordait leur chemin.

« Eh? dit l'un d'eux, si nous nous mettions dans l'eau, nous serions moins exposés au vent et à la foudre.

— Excellente idée ! réplique l'autre ; entre deux maux, il faut choisir le moindre. »

Là-dessus nos généraux mettent pied à terre et s'enfoncent jusqu'au cou dans la nappe liquide ; mais si leur corps était préservé, leur tête ne l'était pas, et pour la garantir ils la plongeaient dans l'eau à chaque éclair, enviant le sort des heureux habitants du petit lac que la nécessité de la respiration n'obligeait point à paraître à la surface.

Leur terreur redoubla quand ils virent foudroyer leurs mules à quelques pas de l'humide retraite; croyant leur dernière heure arrivée, ils recommandèrent leur Ame à Dieu.

« Ilélas ! s'écria l'un, j'ai depuis longtemps oublié mes prières.

— Je vais alors, répliqua l'autre qui avait été élevé dans un couvent, dire k haute voix le Confifeor, et vous n'aurez qu'à répéter mes paroles. »

Tous deux se mirent à réciter d'une voix tremblante les saintes oraisons, accompagnées de vigoureux et fréquents mea culpa.

Quoique résignés à mourir, nos deux voyageurs faisaient maints plongeons entremêlés de signes de croix. Eonne ou mauvaise, l'expérience ne leur fut j»aH funeste. L'orage cessa, et la foudre les avait épargnés. Cependant ils n'avaient plus de montures, point de vivres ni d'habits de rechange, et ils durent, dans cet état lamentable, faire à pied plusieurs lieues avant d'atteindre une habitation. Lorsqu'ils y arrivèrent, leurs cheveux, dit-on, étaient blancs : une seule épreuve les avait vieillis plus que vingt campagnes.

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