CE QU'IL Y A DANS L'AIR
u Supposons maiotenant que chaque homme consomme 1 kilogramme d'oxygène par jour^ qu'il y ait mille millions d'hommes sur la Terre, et que, par l'effet de la respiration des animaux et la putréfaction des matières organiques, celte consommation attribuée aux hommes soit quadruplée. Supposons de plus que l'oxygène dégagé par les plantes vienne seulement compenser l'effet des causes d'absorption oubliées dans notre estimation; ce sera mettre bien haut, à coup sûr, les chances d'altération de l'air. Eh bien ! dans celte hypothèse exagérée, au bout d'un siècle tout le genre humain et trois fois son équivalent n'auraient absorbé qu'une quantité d*oxygène égale à 1 5 ou 1 6 cubes de cuivre de 1 kilomètre de côté, tandis que l'air en renferme près de 134 000.
w Ainsi, prétendre qu'en y employant tous leurs efforts les animaux qui peuplent la surface de la Terre pourraient en un siècle souiller l'air qu'ils respirent, au point de lui ôter la huit millième partie de l'oxygène que la nature y a déposé, c'est faire une supposition infiniment supérieure à la réalité. »
Nous verrons, au chapitre suivant, que dans les lieux habités, fermés ou mal ventilés, les effets de la respiration des hommes ou des animaux, les phénomènes de la combustion du charbon ou des matières combustibles peuvent amener l'air à vn degré d'altération notable. Aussi dans les appartements, casernes, salles d'hôpitaux, amphithéâtres, dans les puits et galeries de mines, etc., l'analyse chimique, lorsqu'elle est suffisamment précise, indiquel-elle toujours une composition différente de celle qui correspond à l'air libre.
En outre, dans les lieux habités et même en dehors de Tmfluence de la présence de nialades, les émanations animales qui s'échappent avec la vapeur acjueusepar la transpiration pulmonaire et cutanée peuvent exercer une influence physiologique incontestable et souvent plus fâcheuse que celle de la production de l'acide carbonique ou de la disparition de l'oxygène en faible quantité.
C'est surtout lorsque l'air arrive à Tétat de saturation par les causes précitées qu'on est porté à le considérer comme nuisible. On admet aujourd'hui que pour éviter toute influence désastreuse sur l'économie organique il faut construire les demeures, et surtout les hôpitaux, de manière à donner 60 mètres cubes d'air pur par heure et par individu.
Telle est l'Atmosphère terrestre, à la fois usine et substance de la vie à la surface de notre planète. Une combinaison chimique quelconque effectuée dans son sein pourrait la mettre en confia-
gration et anéantir la vie^ comme on peut facilement Timaginer en supposant par exemple la rencontre d'une queue de comète formée de gaz hydrogène ou quelque émanation expulsée des entrailles du globe. Il y a quatre ans^ nous avons assisté à une sorte de fin de monde de cette nature^ à Fincendie d un monde de la constellation de la Couronne boréale causé par une combustion d'hydrogène, comme l'analyse spectrale l'a montré. Aujourd'hui ce monde^ embrasé et brûlé, roule silencieux dans les déserts du vide. C'est le spectacle que nous pouvons aussi donner d'un jour à l'autre aux habitants des autres planètes. Une simple modification dans la composition de notre atmosphère pourrait causer ici la mort universelle, et peut-être préparer des conditions nouvelles à des générations inconnues. Il est probable, en effet, que quoique l'oxygène soit sur la Terre le principe de la vie, les milliards de mondes de l'infini ne sont pas identiquement organisés de la même façon, et qu'il y a des modes d'existences divers vivant en des atmosphères tout à fait différentes de la nôtre. Peut-être dans cent siècles, les hommes de la Terre seront-ils tout différents de ce que nous sommes aujourd'hui, et vivront-ils eux-mêmes dans les régions aériennes, conquises et hospitalières.