PLUIES DE CHAIR, DE SOUFRE, DE GRAINES
d*éliiicel1es ardentes qui non*seulement mirent le feu à toute la campagne des en* Tirons, maïs encore à une partie de Tescadre ccHnmandée par M. de Court, et qui était alors au port d^Almérie.
Le 10 mars 1695, sur les sept heures du soir, il s'éleva, à Châtillon-sur-Seine, un grand orage; la tète de la nuée qui paraissait Texciter, s^étant enflammée, Taîr parut tout en feu ; ceui qui le virent en furent fort effrayés et crurent que les villages voisins étaient entièrement consumés par le feu qui tombait de tous côtés en étincelles semblables à celles qui sortent du fer rouge quand on le bat. Après être tombées, elles roulaient quelque temps à terre et devenaient bleues ; elles s'éteignaient ensuite. Cette pluie de feu dura un quart d'heure, occupa un grand terrain où elle ne causa point dUncendie ; à la queue de Torage la neige tombait à grands flocons.
En 828, il tomba du ciel des grains semblables à ceux du blé, mais plus petits. Od met en regard de ce fait insolite les succès des Sarrasins et des Turcs.
On peut accepter sans difficulté ce fait, ainsi que le suivant rapporté par Jonston : Pendant deux heures, dans la Carinthie et sur une surface de plus de deux milles, il tomba des grains de blé dont on put faire du pain.
Nous admettons volontiers encore le récit de Cassiodore, qui assure que chez les Atrébates, en 371 , il tomba de la laine véritablement mêlée à la pluie.
Les pluies de soufre j fréquemment citées aussi, ne sont d'habitude que le pollen de certaines plantes dioïques, notamment pins et noisetiers, qui peut être, par les vents, transporté à de grandes distances. Sans remonter à la pluie de soufre qui détruisit Sodome et Gomorrhe, on ne peut guère, cependant, révoquer en doute certaines chutes de soufre, qui paraissent bien constatées. Olaus Wormius rapporte que, le 16 mai 1646, il tomba à Copenhague une pluie très-abondan(e qui inonda toute la ville et qui contenait une poussière exactement semblable au soufre par sa couleur et son odeur. Au dire de Simon Paulli, le 19 mai 1665, il tomba en Norvège, par une tempête horrible, une poussière tout à fait semblable au soufre. qui, jetée dans le feu, donna la même odeur et qui, mêlée avec Tesprit de térébenthine, produisit une liqueur dont Todeur ressemblait parfaitement à celle du baume de soufre. Le voisinage des volcans de l'Islande peut suffire à l'explication de ces faits. Des phénomènes de même nature ne sont pas rares à Naples. Sigesbek fait mention, dans les mémoires de Breslaw, d'une pluie de soufre tombée dans la ville de Brunswick, et qui était un vrai eoufre minéral.
Le fait demanderait confirmation. Quant aux pluies de pollen, de fleurs, de feuilles, elles ont été authentiquement constatées.
A Autrèche (Indre-et-Loire), le 9 avril 1869, à midi dix minutes, l'air était trèscalme et sans aucun nuage. M. Jallois rapporte qu'un de ses correspondants constata une pluie de feuilles sèches de chône tombant des régions élevées de l'atmosphère; sa vue est très-perçante : il les voyait apparaître comme des points brillants sur l'azur du ciel à une très-grande hauteur et tomber autour de lui en suivant une trajectoire presque verticale , légèrement inclinée de l'ouest à l'est. Il fut témoin de ce phénomène pendant environ dix minutes , mais la pluie de feuilles avait probablement commencé avant sa sortie. Une pièce d^eau voisîfne sur laquelle ces feuilles surnageaient en montrait au moins une par mètre carré.
Ce phénomène paraît être une conséquence d'une très-forte bourrasque arrivée le 3 avnl ; les feuilles de chêne soulevées par un tourbillon et transportées dans les hautes régions de l'atmosphère ont été soutenues par le vent pendant six jours, et sont tombées lorsque le calme s'est rétabli.
Cette pluie de feuilles de chêne me remet en mémoire une pluie d'oranges.
Le 8 juillet 1833, une trombe qui s'était formée sur la mer à la pointe de Pausilippe, près de Naples, fit irruption sur le rivage et vida complètement deux grandes corbeilles d*oranges ; quelques instants après, et à une assez grande distance de
là, une jeune fille qui se trouvait sur une terrasse» vit une pluie d'oranges tomber autour d'elle : phénomène beaucoup plus gracieux qu'une pluie de grenouilles et de crapauds, mais plus étonnant encore, puisque les oranges sont bien plus volumineuses et plus lourdes que ceux de ces animaux qu'on a vus figurer dans les pluies d'orage.
Après les pluies de végétaux^ voici maintenant des observations plus curieuses encore et constatées d'une manière irréfîitaUe. Ce sont des pluies d* animaux vivants.
Déjà nous avons vu au chapitre des Trombes, p. 610, que ces météores peuvent soulever l'eau des étangs avec les poissons qu'elle contient. Le météorologiste Peltler raconte qu'il reçut un jour sur la tête des grenouilles apportées par une trombe. C'était à Ham, en 1835, et le fait fut dûment constaté. Citons>en un, beaucoup plus récent.
Dans la nuit du 29 au 30 janvier 1869, vers k^ 30" du matin, après un violent coup de vent, la neige est tombée jusqu'au jour (Arache, Haute-Savoie), et le ma* tin, on a trouvé sur cette neige une grande quantité de larves vivantes. Elles n*ont pu éclore dans les environs, car les jours précédents la température avait été trèsi)asse ; le 24 janvier, le thermomètre avait marqué 16 degrés, et les jours suivants une moyenne de 5 degrés à sept heures du matin. Elles paraissent être pour la plupart celles du Trogosita mauritanica, qui est commun sur les vieux boîs dans les forêts du midi de la France. On a trouvé aussi quelques chenilles d'^un petit papillon de la tribu des noctuéliens, probablement du Siibia ttagnieoJa. Cette chenille parvient à toute sa grosseur dans le courant de février, et habite le centre et le midi de la France.
Cette pluie d'insectes à Arache, à une altitude de 1000 à 1200 mètres, ne peut s'expliquer que par un vent violent qui les a transportés de quelque localité du midi de la France.
M. Tissot, instituteur communal, qui a observé ce phénomène, ajoute que, dans le courant de novembre 1854, par un vent violent, plusieurs milliers d^însectes, en grande partie vivants, vinrent s'abattre sur un bosquet des environs de "nirîn. Les uns étaient à l'état de larve et les autres à l'état d'insecte parfait, et appartenaient tous à une espèce de Tordre des hémiptères qui n*a jamais été trouvée que dans File de Sardaîgne.
Les auteurs anciens ont rapporté plusieurs exemples de ces chutes d''insectes.
Phanias, cité par Porta, rapporte que dans la Chersonèse il est tombé, pendant trois jours, une pluie de poissons.
Dans Athénée, Philarcus raconte avoir vu tomber du ciel des poissons et des grenouilles en grande quantité et en plusieurs lieux. Le même auteur fait la citation suivante : « Uéraclide Lembus, au vingrt-unième livre des Histoires, dit que Dieu 6t pleuvoir des grenouilles autour de la Pœnie et de la Dardanie, en si grande quantité que les maisons et les chemins en étaient remplis. On fenna les habitations et on en tua un grand nombre; on en trouvait mêlées aux aliments, et cuits avec eux; les eaux en étaient remplies; on ne pouvait poser le pied à terre. La décomposition de leurs cadavres donna une odeur tellement infecte, qn^il fallut déserter le pays.
Varro affirme que tous les habitants d'une certaine ville de la Ganle furent chassés de leurs maisons par d'innombrables grenouilles tombées du cieL
Scaliger dit que la ville de Mirabel, en Aquitaine, fut, de son temps, remplie de